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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 10:09

(Précédent [2])

Le trésorier et la construction familiale (3)
Ascension sociale et réseau de clientèle

 

-           De la paroisse au Duché : un réseau en construction

     Des relations locales puis régionales

     Des relations à la cour ducale

-          Des fondations matrimoniales pour l'avenir : l'entrée dans la "Cour des Grands" (les Rohan, la cour royale)

     1488 : le mariage Marbré, un riche héritage

     1514 : le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault

     1517 : l'arbitrage de la succession du Chaffault par le trésorier

-           La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

     1500-1526 : les trois mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)

     1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)

     1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

 

3. La protection des Rohan : la construction de l’alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

            Les 3 mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)
           
            Le cas d’Anne (alias Agnès) de Saint-Marsault est particulier et mérite d’être traité à part de celui de sa fille aînée, car elle va utiliser sa personne et son réseau familial pour protéger les intérêts de ses enfants, et les siens propres, au delà de ce qui est habituel à l’époque. En effet, il arrive souvent qu’une (jeune) veuve épouse en secondes noces un veuf au fils aîné duquel elle va donner en mariage sa propre fille aînée. C’est le cas d’Anne de Saint-Marsault, qui en profite pour se faire accorder à deux reprises (1412 et 1414) un douaire conséquent, avant d’épouser en troisième noce l’homme à qui sera donné par le roi tous les biens confisqués sur les Lespinay, et dont feront partie par erreur certaines seigneuries du patrimoine de son premier mari (Auvers & Lanvaux, Monceaux, La Marzelle) que le trésorier Jean IV de Lespinay avait eu en usufruit.

Le premier mariage (ca.1502) : Jean du Chaffault           

Anne de Saint-Marsault appartient avec certitude à la famille Green de St-Marsault. En effet, son frère Samson de St-Marsault est présent au contrat de son deuxième mariage. Elle est dite aussi sœur de François de St-Marsault, sénéchal de Périgord. Ses deux frères sont connus par plusieurs sources comme fils de Guillaume Green, seigneur de St-Marsault, et d’Hélix de St-Martin. Anne fut dame d’honneur de Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême et mère de François Ier. Elle épousa vers 1500 Jean II du Chaffault, chef de la maison du Chaffault, puînée de celle de Rezay, se disant descendante des Comtes de Nantes. Par ce mariage, elle entrait dans une grande famille bretonne, apparentée aux Rohan ; l’oncle de son mari, Pierre du Chaffault (+1488), avait été évêque de Nantes. C’est à la Cour ducale de Nantes ou à la Cour royale qu’elle dût faire la connaissance du trésorier de Lespinay.
            Lors du décès de son premier mari en 1512, elle cherche immédiatement un moyen de protéger les intérêts de ses six filles face à leurs puissants cousins tout en s’assurant son avenir, en commençant par un mari pour sa fille aînée qui puisse satisfaire ce besoin de protection et un minimum d’opulence. Ses filles étant mineures (âgées entre 4 et 12 ans), il lui fallait aussi un père et tuteur qui puisse les prendre en charge jusqu’à ce qu’elles soient en âge de se marier. Marie du Chaffault l’a donc suivie en Gascogne, en Poitou, en passant par le Périgord, puis finalement l’affaire fut négociée en Bretagne avec le trésorier de Lespinay, son fils aîné étant veuf depuis peu. Jusqu’à ce moment, il semble que les Rohan de Blain, suzerains des Lespinay et cousins des du Chaffault, ne soient pas intervenus dans les tractations, alors qu’ils vont le faire pour le troisième mariage d’Anne, puis le second mariage de Louis du Perreau et enfin le mariage de Pierre de Lespinay, petit-fils d’Anne, pour une raison bien particulière que l’on verra plus loin.
            À la mort de son premier mari, outre La Limousinière (en Poitou) qu’elle détient déjà, elle va recevoir en douaire la seigneurie et manoir de La Marzelle en Poitou (Talmont), tout en résidant avec ses enfants au château de Monceaux près de Nantes. Comme le montrent les sources, elle est considérée comme une « étrangère » en Bretagne, soit parce qu’elle est considérée comme Poitevine ou Périgourdine, soit à cause de son origine anglaise récente.

Le second mariage (1514) : Jean V de Lespinay           

Ce second mariage est éclairé par un contrat très précis, où l’on voit Jean IV de Lespinay s’octroyer l’usufruit des principaux biens du Chaffault en échange de la prise en charge des frais d’éducation des sœurs de Marie du Chaffault, de leur trousseau de mariage et de leur dot. S’il décède avant son fils Jean V, il est prévu que celui-ci le remplace dans ses droits et obligations. Ce que l’on ne voit pas, c’est qu’Anne de St-Marsault reçoit de son côté en douaire des terres achetées par le trésorier à Plessé et Guenrouët (Poncorhan et Trellières)…
            Une autre source est intéressante, car elle montre que si Anne de St-Marsault était « libre » de se choisir un mari (sous le contrôle de son frère Samson, puisque François est alors décédé), puisque veuve et « étrangère », elle n’était pas libre de marier ses enfants à qui elle voulait sans le consentement du suzerain féodal des du Chaffault, Jean de Laval sire des Huguetières, et sans l’avis du conseil de famille. Jean de Laval, par une requête de la Cour des Huguetières, fait défense à Anne de St-Marsault de marier ses filles hors du pays nantais sous peine d’une amende féodale de 10.000 livres, parce que les enfants du Chaffault « sont parents de grands et riches personnages » et que leur mère est étrangère, n’ayant au pays nantais que son douaire. « Or elle a mené sa fille en Poitou, en Gascogne, mais ce qui pis est, afin de parvenir au mariage avec Jehan (V) de Lespinay le Jeune, qui autrement ne se pourroit trouver, a persuadé et soutenu le mariage de sa fille aînée avecque le fils dudit Jehan de Lespinay le Jeune qui est soubz l’âge de douze ans ». (juin 1515, Arch.L.-Atl., fonds La Bénaste). En fait, au moment de la requête (1515), le mariage a déjà eu lieu (1514). En présence de Samson de St-Marsault, le trésorier et son fils verseront 10.300 livres à l’occasion du double contrat de mariage le 27 mars 1514… On voit donc que c’est un mariage très coûteux pour les Lespinay. L’enjeux était important et les bénéfices à venir aussi.
            On a l’impression que c’est Anne de St-Marsault qui était demanderesse et que les Lespinay en ont profité. C’est aussi ce que pense Jean de Laval, qui estime que Jean V de Lespinay n’aurait jamais épousé Anne de St-Marsault sans au préalable avoir marié son fils aîné à la fille aînée de celle-ci, tout cela sans l’accord du suzerain des du Chaffault... Les archives de Loire-Atlantique possèdent la copie de la fin du contrat de mariage Lespinay – du Chaffault, du 15 février 1514, qui contient la convention de mariage Lespinay – St-Marsault relative à l’usufruit de La Marzelle en Poitou. Il s’agit bien d’un double contrat de mariage. Voici l’extrait relatif à Anne, ici Agnès, de Saint-Marsault :

« Plus ont lesdits seigneurs de Lespinay et Mallary et ledit Guillaume de Lespinay voulu et consenty à ladite damoiselle Agnès de Sainct-Marsault acceptant qu’elle ait et jouisse pour son droict de douayre, qu’il luy pourroit compéter appartenir au désir de la coustume de Bretaigne, de la terre de la Marselle estant en Poictou ou toutes et chacunes ses appartenances et deppendences quictes de charges pour en jouyr par usufruict seullement (…). Aussi, ont lesdits seigneurs de Lespinay et Mallary et ledit Guillaume consenty et voulu à ladite damoiselle Agnès de St-Marsault acceptant comme dict est en traictant le mariage d’elle et dudit seigneur de Mallary. Au cas que le deceix dudit seigneur de Mallary adviendroict paravant celluy dudit Sr de Lespinay son pere, que en celluy cas elle ait et jouysse par douayre sur le bien dudit Seigneur de Lespinay oultre ce que luy seroit acquis par coustume faisant le mariage dudit Sr de Mallary et d’elle du consentement dudit seigneur de Lespinay le nombre de cent livres de rante en assiette par donner comme dict est en bons lieux qui se puissent perpetuez ou mille escuz deu une foys payez à choays desdits de Lespinay sans en être aucunement tenue en faire restitution (…). Ce fut faict gré et consenty en la maison de Monceaulx le 15e jour de feuvrier 1514. »

            De ce deuxième mariage, Anne de St-Marsault eut au moins un fils, Samson de Lespinay, né vers 1515, à qui elle a donné le prénom de son frère (tous les documents le présentent comme demi-frère des filles du Chaffault). Mais elle n’eut pas de chance, son deuxième mari mourant le 20 avril 1517. Elle semble être restée alors soit à Plessé (au château de l’Espinay) soit à Monceaux jusqu’au décès du trésorier le 30 juillet 1524. À ce moment, la Chambre des Comptes de Bretagne fait saisir tous les biens des Lespinay, sans trop distinguer ce qui appartient au trésorier défunt, à sa descendance et à ses brus et petites-brus. Anne de St-Marsault n’est plus en sécurité. Elle s’adresse alors aux Rohan, qui vont monter avec elle une opération lui permettant de rester « dame de Lespinay », de conserver ses douaires, d’élever ses filles et d’obtenir la protection d’un haut personnage de la Cour royale. Mais après sa mort (vers 1538), son fils Samson devra engager une procédure pour récupérer une partie de la succession du Chaffault restée entre les mains du 3e mari de sa mère, puis de la 2e femme de celui-ci. Cette procédure durera près de 30 ans avant de se conclure en 1563 par un contrat de mariage qui va résoudre d’un coup tous les problèmes des du Chaffault et des Lespinay.
            On peut affirmer comme Jean de Laval en 1515 que le deuxième et le troisième mariage d’Anne de St-Marsault n’auraient pu avoir lieu sans le mariage Lespinay – du Chaffault. C’est celui-ci qui crée les alliances qui vont gouverner les stratégies et l’ascension sociale et économique des Lespinay au XVIe siècle, donnant à cette famille la position qu’elle tiendra jusqu’au XXe siècle à travers toutes ses branches.

Le troisième mariage (1526) : Louis du Perreau        

Le 4 août 1524, la Chambre des Comptes bretonne fait poser les scellés sur tous les biens Lespinay, un trésorier étant redevable sur ses biens propres des comptes non rendus. Le 20 mai 1525, sous la pression de la régente de France Louise d’Angoulême, cherchant à faire rentrer des fonds pour le financement des guerres d’Italie menées par François Ier son fils, les gens des Comptes sont priés de saisir les biens de la succession de Jean IV et de son fils Guillaume afin de les mettre aux enchères. Les archives (qui ne seront jamais restituées) et le mobilier Lespinay-du Chaffault sont aussi saisis, de même que le douaire d’Anne de St-Marsault, pourtant elle-même dame d’honneur de la duchesse d’Angoulême (elle l’est toujours au moment de son troisième mariage en 1526). Celle-ci se défend « becs et ongles » et entame une procédure pour récupérer ses biens et revendiquer des droits d’usufruit sur la seigneurie de Lespinay. A ce moment, Guillaume de Lespinay, gendre d’Anne de St-Marsault, n’a pas encore eu accès aux documents lui permettant de rendre les comptes de son grand-père et de « sauver les meubles ».
          C’est là que commencent des tractations qui apparaissent aujourd’hui clairement au vu de l’ensemble des sources disponibles, de 1514 à 1563. Les Rohan de Blain vont encourager dès 1525 le remariage d’Anne de St-Marsault avec Louis de Perreau, gentilhomme de la Cour royale, protégé de son frère (qui pourrait être en réalité son père) Jacques de Perreau, conseiller du roi, qui décède en 1528. Ils ont à cette époque tous les deux environ 40 ans. Jacques de Perreau a reçu de François Ier la terre et seigneurie de Castillon à Fay-de-Bretagne, qui dépend de Blain, ce qui l’a mis dans l’orbite des Rohan. L’année suivante, le 5 mars 1526 (1527 semble être une erreur), le mariage a lieu à Angoulême. Louis de Perreau (dont le nom sera écrit par la suite « du Perreau ») devient le « beau-père » et tuteur de Samson de Lespinay, petit-fils du trésorier saisi et fils du second mariage de son épouse, qui continue à s’intituler « dame de Lespinay ». En 1527, le prince de Rohan suggère au roi de donner à Louis de Perreau en récompense de ses services et en dédommagement de ses dépenses non remboursées les biens saisis sur le trésorier Lespinay puisque son épouse détient des droits sur ces biens (cf. le « témoignage » de René de Bruc en 1638 - B.N., Mss.Fr., Cabinet de d’Hozier, vol.266, dos.7146). La décision est prise sur le champ mais sera officialisée en 1529.
            Louis de Perreau reçoit alors toutes les terres Lespinay et même les terres données en douaire à sa femme par ses deux premiers maris (La Marzelle en Poitou, Trellières et Poncorhan en Plessé). Anne reste donc dame de Lespinay … avec son troisième mari. Mais les terres de son douaire seront apportées après sa mort à la deuxième femme de Louis du Perreau, déclenchant à la mort de Louis une longue procédure des enfants des deux premiers lits d’Anne de St-Marsault contre son épouse Jacqueline de Rymerswael, qui finira par les restituer en mariant sa fille à l’un des héritiers d’Anne, Pierre de Lespinay (Samson de Lespinay ayant abandonné ses prétentions au profit de son neveu). Louis de Perreau n’ayant pas d’enfant de son mariage avec Anne de St-Marsault ni d’héritier vivant (son frère et le fils de son frère décèdent tous deux en 1528), ses biens, attribués en 1529, devaient revenir à son épouse en cas de décès, celle-ci ayant, au même âge, une espérance de vie plus longue, sauf décès en couches.
            La mort d’Anne de St-Marsault vers 1538 change la donne. Il va falloir remarier le veuf, devenu vassal des Rohan par ses possessions de Plessé, cette fois-ci à une jeune femme de la Cour lui donnant la possibilité d’avoir des enfants, en particulier une fille à marier. Le pari était risqué. Parallèlement, tous les héritiers du Chaffault entraient en procédure derrière Samson et Pierre de Lespinay, pour récupérer l’intégralité du patrimoine de Jean du Chaffault et d’Anne de St-Marsault.
            Plusieurs générations de Rohan se sont attelées à cette tâche. C’est Anne Vicomtesse de Rohan et dame de Blain (+1529, cousine germaine de la duchesse Anne), suzeraine des Lespinay, cousine des du Chaffault par son mari Pierre de Rohan-Gié, qui organisa le don par le roi des biens des Lespinay à Louis du Perreau, qui à l’époque n’avait pas de descendance. En 1534, son fils René de Rohan épouse Isabeau de Navarre, sœur du futur Henri IV. Isabeau de Navarre puis son fils prennent alors en charge les intérêts des Lespinay, des du Chaffault mais aussi des du Perreau, à travers plusieurs mariages ultérieurs.

 

                 Anne de St-MARSAULT                 Jacqueline de RYMERSWAEL
            dame de l'ESPINAY (1514)               dame de l'ESPINAY (1542)
                         ép.                                                  ép.

          ┌──────┬───────┐           ┌─────────┐
                                                3°                                 
     v.1500                1514                1527      1542                    1554
      Jean                Jean V                     Louis                          Louis

du CHAFFAULT   de LESPINAY        du PERREAU                  d'ESPINAY
    (+1512)            (+1517)                (+1548)                        (+1557)
                                                                                     
                                                                                     
     enfants             Samson                0      4 enfants                Martin
 du CHAFFAULT    de LESPINAY                 du PERREAU dont:     d'ESPINAY
 dont Marie ép.                                Eléonor ép.     Anne ép.      (+1609)
 Guillaume de                                  Pierre de   Claude du BOSC    │
    LESPINAY                                    LESPINAY     d'ESPINAY         
                                                                                            │
      Pierre                                         Samuel                            René
 de LESPINAY                                 de LESPINAY                     d'ESPINAY

 

Quatre maris pour deux dames de la Cour

                Le mariage Perreau - Rymerswael

(sources : Arch.Maine-et-Loire [Lespinay-Perreau], Arch. et Bibl. royales de Bruxelles [Perreau-Rymerswael], B.N. mss. fr. Carrés de d’Hozier)

              Louis du Perreau est chanoine de Liège en 1517 (source non trouvée), seigneur de Castillon en Bretagne en 1529 (don du roi à Jacques de Perreau), gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de 1529 à 1544, conseiller du roi, valet de chambre de la reine Eléonore en 1530, chambellan ordinaire du roi et de la reine, capitaine de Guérande jusqu'en 1536, ambassadeur en Angleterre en 1533, puis de 1537 à 1539, grand maître des eaux et forêts de Bretagne jusqu'en 1541, héraut d'armes de l'Ordre de Sa Majesté jusqu'à sa mort en 1548.
               Veuf en 1538, il est âgé au moins de 50 ans, s’il est bien le fils de Jean (de) Perreau (décédé en 1489), et de 43 ans environ s’il est le fils cadet de Jacques de Perreau (né ca.1470). Dans cette dernière hypothèse (il serait né ca.1495), il a 10 ans de moins que sa première femme (née ca.1485), et déjà près de 30 ans de plus que sa seconde femme Jacqueline (alias Jacquemyne) de Rymerswael. Dans la première hypothèse (né ca. 1486), la plus plausible (René de Bruc établit sa généalogie un siècle après, et on peut supposer que, par ailleurs bien informé, il n’a pas pu se tromper), il a environ 56 ans et près de 40 ans de plus que Jacqueline… Par sa terre de Castillon en Fay-de-Bretagne, il est vassal des Rohan de Blain. Par les terres qu’il a reçues à Plessé, saisies sur Jean IV de Lespinay, il est aussi vassal direct des mêmes Rohan. Sa première femme était une dame de la Cour ; sa seconde femme, avec près de 40 ans de moins que la première, est aussi une dame de la Cour. En effet, Jacqueline de Rymerswael, fille de l’amiral des Flandres, est dame d'honneur d'Eléonore d'Autriche (1498-1558), sœur de Charles Quint et femme de François Ier (en 1530), qu’elle a accompagnée très jeune lors de sa venue en France. Elle est par son père d’une grande famille des Pays-Bas (présentée comme « Espagnole » ou « Flamande » par René de Bruc dans sa généalogie), très riche en terres, et par sa mère (Glimes) elle descend en droite ligne des ducs de Brabant.
                Les Rymerswael, dont les archives belges (Flandres surtout) et néerlandaises (Zélande surtout) sont nombreuses et anciennes (nous n’en avons consulté qu’une faible partie) étaient entre autres comtes de Rymerswael, barons de Lodick et de Nieuwstrien en Zélande, comtes-princes de Rosendael et barons de Merlebeck et Zeurebant en Brabant, seigneurs de Herselle (Ersel), Nieuwstraet, Praetz, Vueldene, Raucourt, Ombrechtegem, Sombergem, Zeuwergem en Flandre, La Cour de Vulpain, Marchainville en Picardie, etc.

                Louis de Castillon était aussi un homme très possessionné en terres, presque toutes sinon toutes issues de dons royaux à son frère et à lui-même, mais sans titulatures : Castillon ou Châtillon (en Fay-de-Bretagne), Tremar, Lespinay, Trellières, Pontcorhan (en Plessé, Bretagne), Villers-les-Guise, Les Otieux (en Picardie).
                Ce mariage est étonnant : on y voit un nouvel anobli, richement possessionné en terres par le roi, personnage important de la Cour, un des conseillers les plus écoutés du roi, épouser une dame de la Cour, de très grande noblesse, mais « étrangère » comme sa première femme Anne de St-Marsault. Il y a certes « mésalliance », ou hypogamie, pour Jacqueline de Rymerswael dont tous les ancêtres sont nobles depuis de nombreuses générations et qui est fille d’un grand baron zélandais, « prince » de Rosendael, et d’une « princesse » de Glimes. Mais Louis du Perreau, quant à lui est un haut personnage de la Cour, un peu à part au milieu de la grande noblesse française, et un grand serviteur de l’Etat, à qui l’on ne pourra reprocher aucune compromission (de même qu’à son frère défunt, Jacques de Perreau). Il est à la fois lié à la duchesse d’Angoulême, sœur de François Ier, par sa première femme, à Eléonore d’Autriche dont il est le « valet de chambre » et dont sa deuxième femme est « dame d’honneur », aux Rohan de Blain (suzerains des Perreau et des Lespinay) et à Françoise de Foix, leur parente, favorite du roi et épouse de Jean de Laval, autre suzerain des Lespinay. Selon les règles nobiliaires, il y a un déséquilibre marqué, mais selon les règles de l’Etat, il y a un équilibre certain, malgré les 40 ans de différence d’âge. Il s’agit donc bien évidemment d’un mariage arrangé au plus haut niveau de la Cour et de l’Etat, entre un homme du roi et une damoiselle de la reine, le roi ne pouvant par ailleurs rien refuser à ses « cousins » Rohan qui l’ont bien servi ainsi que ses prédécesseurs. Aussi bien les archives de Louis du Perreau que celles de Guillaume de Lespinay et son fils Pierre montrent une relation privilégiée avec le roi (Louis XII puis François Ier), qui s’est construite pour le premier grâce à son frère aîné et à l’appui des Rohan, et pour les seconds en tant que membres de la Cour de Claude de Bretagne et de celle de Blain, ceci malgré les poursuites intentées contre eux par les Chambres des comptes de Nantes et de Paris.

                Les deux fiancés vont se marier au château d'Angoulême en présence de la reine en 1542, puis ils iront s’installer à Plessé et à la Cour de Blain. Le contrat de mariage ne nous est pas connu. Ce que l’on sait, par contre, c’est que dès la naissance de leur troisième enfant, une fille nommée Léonore (comme la reine, qui semble en être la marraine), les Lespinay et les héritiers du Chaffault entrent en tractation, avec l’arbitrage des Rohan, pour mettre fin aux procédures en cours entre eux et Louis du Perreau au sujet des biens leur appartenant, indûment saisis et donnés à ce dernier. Rappelons que parmi ces biens, il y a le douaire d’Anne de St-Marsault : La Marzelle et La Limousinière en Poitou, Pontcorhan et Trellières en Plessé (Bretagne), et des créances sur la seigneurie de Lespinay ; il y a aussi Auvers et Lanvaulx en Fougeray, venant de la succession Ploesquellec – du Chaffault ; soit des enjeux relatifs à des fiefs importants, générateurs de revenus substantiels.
                L’importance de ce mariage transparaît dans les archives relatives à la succession d’Henri du Perreau (Arch. Maine-et-Loire), fils aîné de Louis du Perreau, et au fait qu’il a fallu un siècle pour régler cette succession située fort loin de la Bretagne et harmoniser des droits coutumiers discordants.

L’ascendance Rymerswael 

Dès le début du XVe siècle, les biens qui formeront l'essentiel de la succession d'Henri du Perreau sont en possession de Nicolas de Rymerswael ou van Reymerswale, son trisaïeul (source : Bibl.Royale, Bruxelles ; Arch.Maine-et-Loire, E 3174). On remarquera dans cette généalogie, établie sur pièces, un écart moyen de 40 ans entre les générations.[1]


À la mort d’Adrien (Adriaen) van Rymerswael en 1534, Nicolas (Claese) van Rymerswael, époux de Bertha van Nederveen, devient seigneur de Lodick. Mort en 1553, il n’eut pas de postérité, ni sa sœur Jeanne, puisque Jacqueline devient dame de Lodick et héritière de la presque totalité des biens de sa famille. Isabelle (alias Elisabeth), dernière fille d’Adrien, épouse 1) Jacques de Bourgogne (+1557) dont elle a une fille unique qui meurt sans alliance, 2) Baudoin de Werneberg, de Cologne (sans postérité). Devenue protestante, Isabelle fuit hors de son pays les persécutions avec Jacques de Bourgogne. Sa sœur Jacqueline est restée profondément catholique de même que son fils cadet, Martin d’Espinay.

L’ascendance Glimes ou Glymes (bâtards de Brabant)

Les Glimes ou Grimberghe sont seigneurs de Glymes ou Glimes, de Bergen-op-Zoom, Melyn, barons de Grimberghe, seigneurs de Walhain et Brecht (par Jeanne de Boutersem ou Boutershem), barons de Rode. Ils descendent des ducs de Brabant par Jean de Glimes batard légitimé de Brabant.

 

    Jean II              Isabeau
duc de Brabant = de Cortygin
 (1275-1312)
      
Jean de Glimes    Agnès de Jodoigne
 dit Gortygin   =   ou van Geldenaken
légitimé 1344

 (+1361)
      
  Jean II       Isabeau de Walhain
de Glimes = dite de Rupemont
 (+1380)

      
 Jean III                Isabeau
de Glimes = van Grave dite de Grez
 (+1428)

      
 Jean IV             Jeanne van Boutershem
de Glimes     =    de Grimberghe
(+1440)
 (+1427)   (1418)

      
 Philippe           Jeanne de Hamal
de Glimes   =   dite van Elderen
(+1464)
 
(+1476)
      
 Jacques                 Isabelle
de Glimes   =    van Boschuysen
  (+1486)

       ├────────┬───────────
────┐
 Roland        George      Philippine      Jeanne              Adrien
de Glimes   de Glimes = T'Serclaes    de Glimes  =  de Rymerswael
 Sgr. de                                       de Grimberghe     de Lodick
  Rode                                                                  
(+1532)
 



[1]     Certains généalogistes ajoutent une génération que nous n’avons pas trouvée dans les archives de Bruxelles. Celles-ci semblent montrer qu’Adrien, le père de Jacqueline (orpheline à 8 ans environ), est le fils d’Adrien et de Catherine de Herselles. En fait, il serait le fils de Nicolas Van Rymerswaal (fils d’Adrien et Catherine de Herselles) et d’Anna Van Der Sickele. Les mêmes généalogistes font de ce premier Adrien le fils de Nicolas et d’un deuxième mariage avec Elisabeth Van Arnemuiden, ce qui ne correspond pas aux données d’archives.

 
(suite)

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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