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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 11:02

Les suzerains des Lespinay (XV-XVIe siècles)


 L’histoire familiale n’est pas indépendante de l’histoire locale, régionale, nationale et même internationale. Si l’on veut éclairer les débuts de l’histoire des Lespinay, nous devons nous intéresser à la paroisse (Plessé, Guenrouët), à la petite région (Blain), à la région (évêchés de Nantes, Dol, St-Malo), à la « nation » (le duché de Bretagne), aux relations internationales (France, Angleterre, Espagne, Pays-Bas…).
           Plusieurs historiens, spécialistes d’histoire économique, ont éclairé le rôle de Jean III, Jean IV, Jean V et Guillaume de Lespinay, dans de petits offices financiers, puis à la trésorerie générale du duché, puis à la Chambre des comptes de Bretagne. Certains (MM. Kerhervé, Le Page et Minois) ont fait remarquer que les Lespinay étaient arrières-vassaux des Rohan, et donc obligés de les suivre dans leurs choix politiques. Les Rohan ayant été du « parti français » lors des guerres de 1465-1491 entre la Bretagne et la France, Jean IV de Lespinay, futur trésorier en 1489, aurait donc lui aussi choisi le parti français avant de prendre « par opportunisme », en quelques mois, celui d’Anne de Bretagne, risquant en outre sa vie pour elle lors du siège de Guérande en mai 1489. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples que cela, 1) les Rohan n’étant pas les seuls suzerains des Lespinay[1] , 2) les textes utilisés pour fonder cette interprétation étant erronés [2], 3) les Rohan n’ayant pas tous défendu la même position, en particulier ceux de Blain[3].
              Mais en effet, il est très intéressant d’étudier les relations de dépendance, de vassalité, dans lesquelles les Lespinay ont été englobés aux XV-XVIe siècles car elles peuvent ouvrir des pistes de recherche sur les origines de cette branche cadette « de la Maison de Lespinay, maison ancienne de Bretagne ». On pourrait penser que les Lespinay sont soit des cadets d’une famille noble, soit des bourgeois ayant gravi les échelons sans anoblissement apparent, ce qui était fréquent en Bretagne. Il semble que la première hypothèse soit la bonne, sans pour autant ignorer la seconde.
               Il faut rappeler qu’à Plessé, plusieurs suzerainetés étaient présentes concurremment : d’abord celle des seigneurs de Fresnay (issus d'un ramage de Blain) et de Carheil sur les paroisses de Plessé et Guenrouët, celle du Duc sur la châtellenie du Gâvre dont dépend Plessé, celle du seigneur de Blain sur la petite région. D’autre part, certaines familles nobles relevaient des suzerains de Plessé à titre secondaire et d’autres suzerains à titre principal. C’est le cas des Lespinay au début du XVe siècle, qui relevaient à la fois du Gâvre pour Rozet, des Volvire pour leurs terres de Plessé et des Carheil pour leurs terres de Guenrouët, eux-mêmes vassaux des Rohan à cause de leur seigneurie de Blain. Mais ils relevaient peut-être aussi de Bertrand de Dinan en 1419.


                Bertrand de Dinan et alii

  En effet, en 1419, Eonnet de Penhay [Eonnet d’Espinay ou de l’Espinay] et Jean de l’Espinay, ainsi que d’autres Jean de l’Espinay (de Piré où il y a trois Jean de Lespinay au XVe siècle, ou de Bouguenais où il y a un Jean de Lespinay en 1430 ?) et des d’Espinay (Robert, Jean et Guyon, fils de Simon), font partie de l’armée qui accompagne Richard de Bretagne en France, parmi les gens de Bertrand de Dinan, seigneur des Huguetières au Pays de Retz et baron de Châteaubriant, Maréchal de Bretagne (comptes de Jehan Mauléon, in Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1104-1109). Bertrand de Dinan, en tant que Maréchal de Bretagne, pouvait rassembler des gens d’armes sur tout le territoire. Il était un des plus fidèles alliés et serviteurs du Duc de Bretagne. Dans la liste des « gens » qu’il a rassemblés, on trouve beaucoup de cadets du Nord de la Bretagne, dont les membres de familles avec lesquelles les Lespinay se sont alliés dans le demi-siècle qui a suivi : La Tousche, Pinart, La Rivière, du Plessis (Robellot), Marbré (et Le Maistre)… Bertrand de Dinan, qui décède le 31 mai 1444, a des biens à Dinan (diocèse de St-Malo), à Châteaubriant et au Pays de Retz (diocèse de Nantes) : était-il en 1419 le suzerain principal des Lespinay ?
                En 1404, Guillaume de Lespinay fait aveu à Maurice de Volvire d’une petite seigneurie, Polignac en Plessé. Eonnet et son fils Pierre de Lespinay n’ont chacun qu’un hôtel dans la paroisse de Plessé en 1443 (Dom Morice, II, col.1363-1364). En 1428, Jean II (ou III) de Lespinay fait aveu au même Maurice de Volvire « à cause de certaines choses qu’il tient en la paroisse de Plessé », qui ne sont pas des seigneuries dénommables (Arch.L.-Atl., série B, aveux), ce qui laisse croire qu’il tient d’autres « choses » ailleurs, qu’il a pu vendre par la suite pour acheter d’autres biens à Plessé (on est loin ici des accusations de spéculations malhonnêtes faites par certains auteurs). En 1428, Guillemette du Guiniou n’est que partiellement dame du Guiniou (en Guenrouët) ; sa mère est dame de la Perchette en Bas-Calan (en Plessé), bien sur lequel Jean II n’a aucun droit ; Jean II à probablement un « hôtel » à Rozet et c’est tout.
                En 1437, un J. de Lespinay va prêter le serment de fidélité de la noblesse de l’évêché de Dol (Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1301). Est-ce Jean III ?

                Mais il faut aussi s’intéresser aux montres de la fin du XIVe siècle et du début XVe siècle. Elles sont souvent organisées par un chevalier banneret, à la tête de la hiérarchie militaire d’une région, ou par un suzerain qui fait l’appel de ses troupes nobles. En 1380, Jehannigon alias Jarnigain de l’Espinay participe en mars à une montre d’Olivier de Mauny, capitaine de Dol, puis en avril à une autre à Dol d’Eustache de Mauny et enfin une dernière en août de Roland Massuel, encore à Dol (Dom Morice, II, col.243, 247, 264). En mars 1418, un Guillaume de l’Espinay, peut-être le frère d’Eonnet et de Jean II de Lespinay de Plessé, est à la montre de Lancelot Gouyon à Gien (Dom Morice, II, col.965). Lancelot Gouyon est seigneur du Lude puis, en 1428, d’Escoublac (pays de Guérande) après le décès de son frère Jean Gouyon sire de Matignon. Il est fils de Marie de Rochefort (fille du vicomte de Donges, seigneur d’Assérac en Loire-Atlantique) et petit-fils de Jeanne de Dinan. Ces données ne départagent pas les deux pistes principales relatives aux origines des Lespinay : évêché de Dol (et éventuellement de St-Malo) et évêché de Nantes (entre Blain et Guérande).


              Les Volvire de Fresnay (Plessé)

   La paroisse de Plessé est sous le contrôle principal de la baronnie de Fresnay (qui dépend de la châtellenie du Gâvre, qui est au Duc, et de la seigneurie puis marquisat de Blain). Les seigneurs de Fresnay sont au début du XIVe siècle de la famille du Pont(-Château) et à la fin du XIVe siècle de la famille de Volvire. La généalogie des barons de Fresnay montre clairement le poids social et politique important des familles concernées.

         Les Volvire de Plessé sont seigneurs de Fresnay, de La Motte-Aleman, des Ponts de Piremil en Bretagne, de La Roche-Servière, Nieul-sur-l'Autise en Poitou, et Barons de Ruffec. L’épouse de Maurice de Volvire, Isabeau de Rieux, est la fille de Jeanne de Rochefort, vicomtesse de Donges, elle-même sœur de Marie de Rochefort mère de Lancelot Gouyon précité (qui organise une montre à Gien en 1428). Les Lespinay étaient-ils à l’origine des vassaux des Rochefort ? Nicolas de Volvire, frère de Maurice, est conseiller et chambellan du Duc de Bretagne ; il est cité comme baron de Fresnay le 3 avril 1440, peu avant son décès.
                Hervé de Volvire, époux d’Aliénor de Ruffec en 1363, est d’après les sources publiées au XVIIIe siècle (Dom Morice, Dom Lobineau, Dom Taillandier) le fils d’Hervé de Volvire et d’Anthèse de Fresnay ; il est le frère d’Alix (née ca.1320) qui, en 1336, épouse Olivier d’Ust. Certains généalogistes (base Roglo, http://geneweb.inria.fr/roglo?lang=fr;i=11772) en font par erreur le fils de Maurice de Volvire (époux de Marie Chabot), qui est en réalité son frère, né du « deuxième mariage » de son père avec Anthaise de Blain qui est la même personne qu’Anthèse de Fresnay.
               En ce qui concerne l’ascendance Pontchâteau et Blain, il manque une génération entre Hervé II de Blain, né ca.1230 (époux d’Olive Chabot, +1278), et ses supposés enfants Eon, Marquise (née ca.1315 !), Anthaise (née ca.1300) et Simon. Seule l’existence d’une fille (née ca.1270 ?) entre Hervé II et les 4 enfants cités expliquerait la passation de la seigneurie de Blain entre les mains d’Olivier I de Clisson, héritier féodal de sa mère Constance de Pontchâteau, seul de ses enfants à avoir eu une descendance masculine.

            Les seigneurs de Blain : Clisson puis Rohan

  Blain est passée d’Hervé II de Blain à Olivier I de Clisson à la mort d’Hervé II (cf. tableau précédent). Elle est passée ensuite d’Olivier V de Clisson (vicomte de Porhoët et sire de Blain) à Alain VIII de Rohan par son mariage en 1361 avec Béatrix de Clisson fille et héritière d’Olivier V. Les Clisson étaient d’irréductibles ennemis des ducs de Bretagne (et parfois des rois de France) et l’ont payé à plusieurs reprises. Les Rohan, vicomtes de Rohan, comte de Porhoët etc. ont tous servi les rois de France. Cependant, Jean II de Rohan, qui achète la baronnie de Fresnay vers 1493, conseiller et chambellan du roi Charles VIII (sacré en 1484), est en même temps l’époux en 1462 de Marie de Dreux, fille du duc de Bretagne François Ier. Sa fille Anne, suzeraine de Plessé, est une fidèle d’Anne de Bretagne sa cousine germaine. C’est elle qui épouse Pierre II de Gié (Rohan), cousin issu de germain de Jean du Chaffault et donc parent des Lespinay.
               Tous ces « grands » de Bretagne sont à la fois des parents proches et des rivaux, courtisant en même temps les ducs et les rois. Jean IV de Lespinay, employé par l’administration ducale, eut à en souffrir pendant la guerre franco-bretonne qui a précédé le mariage forcé d’Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII en 1491. Sa « maison » de Plessé a été incendiée à cette époque par des membres du parti français parce qu’il tenait le parti de son prince. L’interprétation contraire de MM. Kerhervé, Le Page et Minois est erronée, fondée sur une note erronée elle-même de d’Hozier et sur des supputations au fondement incertain. Il est en effet important de bien connaître les liens existant entre vassaux et suzerains, mais aussi la politique menée par les suzerains et la marge de manœuvre de leurs vassaux. Nous savons que les Rohan de Blain contrôlent directement les vassaux de Plessé à partir de 1493, alors même que Jean IV de Lespinay est au service d’Anne de Bretagne et de Charles VIII (qui cependant l’a relevé de sa charge de trésorier) et que ces Rohan sont à la fois des alliés fidèles d’Anne de Bretagne et de Charles VIII.
               Avant 1493, ce sont encore les Volvire qui sont les suzerains directs des Lespinay. Plusieurs barons de Fresnay seront au service des ducs, comme Nicolas, frère de Maurice, dans la première moitié du XVe siècle. François de Volvire, fils de Jean, est un grand personnage comme ses prédécesseurs, successivement marié à Anne de Valois en 1490, Jeanne de La Rochefoucault en 1491, Françoise d’Amboise en 1503 et Anne du Chastellier en 1515. Il ne semble pas qu’il y ait eu conflit d’intérêt entre les Volvire et les Rohan leurs suzerains. Au moment ou Anne de Bretagne devient duchesse, la baronnie est en voie d’être vendue et c’est à ce moment qu’elle a pu souffrir des guerres, non pas du fait des Rohan, mais du désintérêt des Volvire, de nouveau tournés alors vers le Poitou.



Les « seigneurs de Châteaubriant » et des Huguetières (Montceaux)

Au début du XVIe siècle, les Lespinay prennent possession des biens du Chaffault, presque tous situés en Pays de Retz (sauf Auvers et Lanvaulx en Fougeray, qui viennent des Ploesquellec). En particulier, la seigneurie de Montceaux dépend de la châtellenie des Huguetières qui dépend du duché de Retz. En effet, plusieurs des biens des du Chaffault sont des démembrements des possessions des Rezay dont ils sont juveigneurs, alors même que les Rezay sont dits descendants des comtes de Nantes. Une partie des biens des du Chaffault relève directement du duché de Bretagne, ou du duché de Retz, dont la châtellenie des Huguetières est elle-même un démembrement. Cette particularité des fiefs de la famille du Chaffault semble conforter la coutume qui dit qu’elle est issue des comtes de Nantes.
          La seigneurie des Huguetières fut donnée en dot ca.1284 à Isabeau de Machecoul qui épouse Geoffroy VI baron de Châteaubriant, puis elle passe à Charles de Dinan en 1414, baron de Châteaubriant, et enfin à Françoise de Dinan épouse de Guy de Laval en 1450.
           À cette époque, le seigneur et châtelain des Huguetières est Jean de Laval, baron de Châteaubriant, qui eut l’occasion de faire connaître en 1515 sa désapprobation du double mariage Lespinay - Chaffault et Lespinay - St-Marsault. Dans sa parenté, nous retrouvons des familles alliées aux autres suzerains des Lespinay : Dinan, Rohan, Rieux, Foix, Tournemine. Le tableau généalogique suivant en est le résumé. Après le décès de Jean de Laval, sans héritiers, la châtellenie va changer de mains (Claude d’Annebault) puis être réunie de nouveau au duché de Retz, avec les Gondy, Cossé-Brissac, Neuville de Villeroy.
            Les auteurs déjà nommés ont aussi imaginé que Guillaume de Lespinay, héritier « malhonnête » qui aurait « tout fait » pour ne pas rendre les comptes de Jean IV de Lespinay, a bénéficié de la protection particulière de Jean de Laval pour échapper aux poursuites intentées contre lui à cause de la succession de son grand-père. Cette protection s’était ajoutée à celle de la « dame de Rohan » (Isabelle d’Albret, infante de Navarre), sa parente par les du Chaffault. C’est possible, mais loin d’être sûr. La « piste » Rohan (Anne de Rohan puis Isabelle d’Albret et René de Rohan) est la plus sûre et eux savaient qu’il n’y avait aucune malhonnêteté dans les actions de Guillaume de Lespinay, c’est pourquoi ils ont encouragé « par tous les moyens » la reconstitution du patrimoine des Lespinay entre les mains de Pierre de Lespinay, fils de Guillaume.


Seigneurs des Huguetières

 
                               Charles de Dinan (+1418) = Jeanne de Beaumanoir
                                         
                             Jacques de Dinan (+1444) = ca. 1435 Catherine de Rohan
                                         
Guy XIV de Laval   =  2) Françoise de Dinan
    (+1486)        (1450)     (1436-1499)
        
François de Laval  = Françoise de Rieux
  (1464-1503)  (1482)    (+1532)
        
Jean de Laval = Françoise de Foix   Pierre de Laval = Françoise de Tournemine
(1486-1543) (1506) (1494-1537)     (1489-1521)     ép. 2)
                 s.p.                                  s.p.           Claude d’Annebault (+1562)
                                                                         sgr des Huguetières
 



[1]       Les Volvire de Fresnay sont les suzerains directs des Lespinay à Plessé pendant tout le XVe siècle.

[2]       Les auteurs ont préféré utiliser un texte erroné de d’Hozier, juge d’armes de France au XVIIIe siècle, signalant que Jean IV de Lespinay avait pris le parti du Roi pendant les guerres de Bretagne, alors que le texte de référence écrit par Jacob II de Lespinay un siècle plus tôt (ca.1665) signalait qu’il avait pris le parti de son Prince (= le Duc François II), ce qui n’est pas la même chose, et que sa maison avait été brûlée par les « ennemis » à cette occasion.

[3]       Anne de Rohan, cousine germaine de la duchesse Anne de Bretagne épouse en 1516 Pierre de Rohan-Gié, suzerain des Lespinay, membre du parti breton. Jean II de Rohan n’est devenu suzerain direct des Lespinay que vers 1493, par l’achat de la seigneurie de Fresnay à Jean de Volvire. Les auteurs lui ont donné trop d’importance.

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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