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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 00:40
Thèse de Nicole Dufournaud
Rôles et pouvoirs des femmes au XVIe siècle dans la France de l'ouest
EHESS, Paris, 2007

Extraits concernant les Lespinay

 

            Cette thèse, passionnante, montre néanmoins comment le raisonnement scientifique peut être vicié par les jugements de valeur de certains auteurs. Bien que dirigée lors de son DEA par Michel Nassiet, excellent spécialiste de la noblesse et des systèmes d’alliance aux XVe-XVIe siècles, le modèle de raisonnement utilisé ici par Nicole Dufournaud est celui appliqué par Dominique Le Page dans ses études de cas sur les Lespinay (voir bibliographie). Il a eu semble-t-il l’occasion de guider l’auteur dans ses recherches et ses interprétations. On donne donc ici l’impression que les Lespinay, pris comme exemple, étaient des gens intéressés et malhonnêtes de père en fils. Il est vrai que tous les systèmes d’alliance, à travers le monde et l’histoire, sont des systèmes de clientélisme. On y recherche du pouvoir, du profit ou plus simplement de la protection, et parfois de l’amitié et de l’amour. On cherche aussi à reproduire et à transmettre, pas toujours à voler les autres dont les membres de sa propre famille, ce dont semblent accusés en particulier les Lespinay et leur parent Jean des Roussières.

            Par ailleurs, l’auteur montre une connaissance insuffisante des sources publiées par d’autres auteurs qui l’auraient éclairée sur les cas qu’elle a choisis, les problèmes de filiations, les enjeux et le droit successoral de l’époque concernée.

P.S. Les illustrations n’apportant rien, n’ont pas été jointes

 

[p.486]
1) Les charges publiques dans les alliances  

A partir de cinq contrats de mariage établis dans le milieu des offices, nous analyserons les comportements sociaux de leurs membres et constaterons leurs spécificités. Rappelons que les contrats de mariage sont en pays coutumier l'occasion d'organiser la dévolution des biens pour contourner [terme excessif, « préciser » serait mieux ; il s’agit de droit des contrats, et pas de contournement du droit] les règles coutumières et les usages locaux.

a) Agnès de Saint Marsault et sa descendance 

Le première exemple concerne l'alliance de Jehan de Lespinay avec Agnès de Saint Marsault, le fils du trésorier ducal avec une veuve. Agnès de Saint Marsault rentre dans le schéma classique du rôle des femmes nobles dans la transmission des biens. Pourtant, elle mérite toute notre attention en raison de ses trois mariages, de leurs conséquences et de sa durée de vie. Son histoire montre tout l'intérêt qu'il y a à suivre la descendance par les femmes(991).

A la mort du roi Charles VIII, Jehan de Lespinay reprend ses anciennes charges ducales que lui confie de nouveau la reine Anne. A la mort de cette dernière, plusieurs commissions sont créées pour l'obliger à rendre ses comptes. Il meurt en juillet 1524 sans avoir eu le temps d'en finir le compte rendu [Non: la reddition !]. Le pouvoir royal s'en prend alors à ses héritiers qui sont placés dans une situation délicate. Dès le mois d'août, les scellés sont mis sur ses biens et, en novembre, le roi institue une commission pour statuer sur sa gestion : faire rendre compte par son héritier. Charles Luillier reçoit la tâche de gérer les biens de Lespinay dont la succession est assumée par Guillaume, son petit-fils. Ce dernier obtient de Louise de Savoie un mandement – elle est régente – qui ordonne que toute l'affaire soit portée devant les Grands Jours de Bretagne. Guillaume parvient à garder ainsi la maîtrise de la procédure. Cependant, les terres sont confisquées et les héritiers sont condamnés à payer quatre-vingts mille livres dont leur aïeul avait été trouvé redevable. L'affaire se finit en 1527 : François Ier fait don des terres de Lespinay et de Tremar à un grand serviteur royal, Louis Du Perreau, sr de Castillon ; une autre partie des terres est vendue à Anne vicomtesse de Rohan [ces terres appartiennent à la succession Chaffault-Ploesquellec, à laquelle les Rohan sont intéressés].

Note 991 : Nos sources, toutes tirées de titres de famille, semblaient bien obscures avec un intérêt bien limité. Grâce à Dominique le Page, nous avons reconstitué l'histoire de la famille de Lespinay [Non, hélas]. A partir de ses travaux, nos sources se sont alors éclairées [Non, puisque le résultat est erroné]. Nous apportons ici notre contribution à cette enquête qui n'avait pas été totalement résolue [mais qui l'a été depuis 70 ans par la Marquise de Lespinay]. C'est aussi le fruit d'une collaboration entre un historien et une étudiante [qui est ici un échec lamentable]. Qu'il en soit ici de nouveau remercié. LE PAGE 1996:215-227.

L'énigme historique à résoudre est en trois points : en premier lieu, l'amende [il ne s'agit pas d'une amende mais d'un débit ou dette] ne fut jamais réglée [si, d’une certaine façon, par la saisie des biens Lespinay, dont la valeur bien moindre montre qu’il n’y a pas eu enrichissement « excessif »] ; en second lieu, dans la seconde moitié du XVIe siècle, un descendant de Jehan de [p.487] Lespinay, Pierre, est le seigneur des terres confisquées préalablement comme Lespinay et Tremar ; enfin, les autres terres ne furent jamais mises en la possession d'Anne de Rohan(992) [la succession Chaffault-Ploesquellec ne faisait pas partie de celle du trésorier].

Note 992 : En 1540, Anne de Rohan se plaint de ne jamais en avoir pris possession. D'après l'Abbé Travers, François Ier lui vendit le 3 décembre 1527 les terres du Gâvre et de Lesneven pour la somme de vingt-deux mille livres ; en 1540, il la fit rembourser par Christophe Brecel, sénéchal de Nantes. TRAVERS 1837:288.  [Christophe Brécel était héritier des du Chaffault, et partie prenante dans les transactions]

Voilà donc les faits de l'affaire qui vont nous permettre d'analyser en détail les liens de parenté du trésorier.

Avec Bertranne Robellot, Jehan de Lespinay a eu plusieurs enfants dont Guillaume l'aîné [Source ?], Jehan le juveigneur [tout prouve qu'il est l'aîné] et Marie. Si Guillaume l'aîné fut receveur ordinaire de Nantes, son frère fut secrétaire puis maître à la Chambre des comptes de Bretagne jusqu'à son décès en 1517. Ce dernier, Jehan, est celui sur lequel porte notre intérêt.

En 1515 [Non, 1514], une double union se réalise : Marie Du Chaffault épouse Guillaume de Lespinay le jeune, le fils de Jehan et de la défunte Hélène de Marbré, dame de Malarit ; la mère de Marie, Agnès de Saint Marsault, veuve de Jehan Du Chaffault, épouse le père de Guillaume, Jehan de Lespinay, lui-même fils du trésorier. Marie Du Chaffault est une héritière principale : elle apporte son nom patronymique et les armes de la lignée du Chaffault. De son côté, Agnès cumule le douaire de son premier mariage avec celui du second ; ce qui en fait une double douairière. Cette seconde union qui exigeait l'accord du seigneur supérieur [Non, c'est la 1re union qui nécessitait cet accord], a fait l'objet d'une amende féodale [Non] de dix mille trois cents livres à Jean de Laval, sr de Châteaubriant, qui s'était opposé [Non] au mariage de Jehan de Lespinay avec Agnès : elle fut payée dès 1514 (993). [c’est ce que croit la Marquise de Lespinay, mais 1) les archives montrent que le paiement a eu lieu un an avant la menace d'amende ! 2) la menace d’amende était de 10.000 livres, pas de 10.300, si l’une des filles du Chaffault était mariée hors du pays nantais, ce qui ne fut pas le cas ; 3) il s’agit de sommes relatives aux deux mariages, soit 5.000 livres chaque, comme le prévoit le contrat pour les autres sœurs, plus 300 livres]

Note 993 : Nous ignorons le motif du refus de Jean de Laval. [il semble plutôt qu’il n’y a pas eu amende, puisque tous les mariages ont eu lieu sous les juridictions du duché de Retz et de la seigneurie des Huguetières]

Pour résumer, le père Jehan, veuf, et son fils Guillaume le jeune se marient en même temps le premier avec Agnès de Saint Marsault, veuve, et le second avec Marie la fille aînée. Ces unions sont préparées par Jehan de Lespinay, le trésorier et son fils Jehan (994). Le fils, Guillaume le jeune, n'est nommé que secondairement et exceptionnellement [Non]. Du côté des femmes, Marie Du Chaffault, la future épouse de Guillaume, est l'objet de toutes les attentions : elle est l'héritière principale. L'accord s'effectue donc entre Jehan père, Jehan fils et sa future belle-fille Marie [Non, elle n'a que 12 ans ; c'est sa mère qui négocie sous le contrôle de son frère Samson de St-Marsault]. Les terres qu'elle apporte suite à la succession de son père – du Chaffault, Lanvault et Auvers – seront la jouissance non pas de Guillaume, mais de son grandpère Jehan le trésorier, et de son père Jehan [inexact, les droits de Jean V sont plus limités par le contrat et seulement en cas de décès de Jean IV], jusqu'au décès prématuré de Marie. Et si elle décède sans enfant, les deux Jehan en seront propriétaires [ils ont la charge des 5 autres sœurs]. Les deux Jehan s'obligent l'un pour [p.488] l'autre et renoncent à la division des biens. Leurs biens sont donc en communauté(995) [NON, ils sont en usufruit pour Jean IV ; et Jean V ainsi que Guillaume s’obligent solidairement à respecter le contrat]. Marie est désavantagée par son mariage, mais elle reste quand même propriétaire de ses propres et les deux Jehan n'ont pas le droit d'aliéner ses biens. Ils ont donc intérêt à une mort prématurée de l'héritière [Pourquoi ? Se marie-t-on pour tuer sa femme, dans le monde nobiliaire ?]. Si Jehan le trésorier s'est enrichi grâce à ses charges ducales, il complète son enrichissement par le biais de ce mariage [Non, il doit subvenir aux besoins des 6 filles du Chaffault et de leur mère, en échange d'un usufruit sur trois terres (importantes)].

Note 994 : Le contrat de mariage est manifestement un brouillon ou encore une copie partielle [Non, c’est une copie authentique incomplète ; il y manque au moins le premier feuillet]. Pour toute l'affaire, voir dans notre corpus les titres de famille « lespinay » et « espinay ».

Note 995 : Ce qui explique [NON] que Guillaume ne pourra pas entrer dans ses droits de succession après la mort de ses père et grand-père, les biens de Jehan le Trésorier ayant été confisqués entièrement par le Roi [avec une partie des biens du Chaffault, par abus de droit].

Une raison de cet étrange contrat semble être la faiblesse [OUI] de la position d'Agnès de Saint Marsault, veuve de Jehan Du Chaffault : tous ses enfants sont des filles. Marie a cinq sœurs juveigneures qui bénéficient par son mariage d'une somme de « 1.000 [NON, 5.000] livres monnoie de Bretaigne » chacune, à laquelle s'ajoutent « 200 escuz pour estre distribuez par la main de ladite damoiselle leur mere ». Il est prévu [comme dans tout contrat notarié] le décès potentiel des sœurs voire même l'entrée en religion « en celuy cas les deniers qu'elle eust eu ou peu avoir pour son droit viendra en accroissement aux aultres filles juvigneures en leurs mariages » ; événement qui serait bénéfique aux autres sœurs [c’est inexact, car la fille qui entre en religion a droit au paiement de son trousseau]. Ces filles apparaissent bien dépossédées de leurs biens, en faveur de leur sœur aînée [c'est normal dans le droit coutumier breton], et la maison du Chaffault passe sous la puissance des Lespinay [oui, mais sous contrôle du conseil de famille]. Deux clauses le précisent. La première est que les filles puînées ne peuvent se marier sans le consentement de leur parenté : elles restent sous leur autorité. Cette clause est préventive et montre que la parenté des filles du Chaffault n'était pas dupe [pourquoi ce mot ?] de la mainmise des Lespinay sur la maison du Chaffault [NON, elles sont sous l’autorité de leur conseil de famille, ce qui est classique. Pourquoi chercher à tout prix une « mainmise », un intéressement malhonnête ?]. La seconde clause concerne le nom et les armes de la maison du Chaffault : « a esté convenu et accordé que les enfans qui seront procreez desdits Guillaume de Lespinay et ladite Marie du Chaffault seront tenuz prendre le nom et armes de la maison du Chaffault et que de tous les sieurs dudit lieu ont accoustumez porter ». La transmission du nom et des armes s'opère également par les filles comme les biens [c’est classique dans la grande noblesse quand une branche risque de tomber en quenouille]. Cette clause est étonnante car à la date de ce mariage, Jehan de Lespinay, le trésorier, n'a pas pléthore de mâles pour assurer la lignée. Pourquoi alors perdre le nom « Lespinay » ? La maison du Chaffault doit être bien plus honorable et d'extraction bien plus ancienne [OUI]. Pourtant il existe du côté des du Chaffault au moins un héritier mâle, Louis, certainement [ ! ] le frère de Jehan [NON, 1) Jean n'avait pas de frère vivant en 1499 lors de la succession Pont-L'Abbé - Ploesquellec, 2) ce Louis n’avait pas d’enfant mâle au décès de Jean du Chaffault, ce qui lui aurait permis de tenter de revendiquer la succession des biens nobles s'il avait été frère de Jean, 3) en outre il aurait été un cadet selon la coutume de Bretagne : si cela avait été le cas, il aurait pu exercer son droit de retrait lignager, ce qu'il n'a pas fait puisqu'il n'était pas frère de Jean], qui sera tué dans les années 1530 par le notaire Nepvouet (996). Il a alors plus de cinquante ans. A l'époque de ce mariage, il est donc encore dans la capacité de procréer et d'assurer la filiation de la maison du Chaffault. Apparemment, cette clause n'a pas été respectée : Pierre, le fils de Marie et de Guillaume, gardera le nom de Lespinay avec le titre de seigneur du Chaffault(997). [NON, les aînés des Lespinay ont porté les deux noms pendant plus d’un siècle, avec les armes écartelées]

Note 996 : Voir dans notre corpus les Titres de famille Nepvouet E1073.

Note 997 : Voir dans notre corpus les Titres de famille Lespinay 2E3199.

[p.489]
Enfin, les trois générations (fils, père et grand-père) acceptent que Agnès de Saint Marsault garde la jouissance de son « droict de douayre » sur les terres des du Chaffault, après son nouveau mariage. Il s'y ajoute   le nombre de cent livres de rante en assiette par douare... o choays desdits de Lespinay sans en estre aucunement tenue en faire restitution ». Nous ne savons rien de l'opinion du lignage du Chaffault. Veuve, Agnès de Saint Marsault vivra pendant de nombreuses années sur son domaine du Poitou et profitera largement de son douaire. De plus, son second mari décédant avant son père, Jehan le trésorier, elle gagne la jouissance d'un nouveau douaire sur les biens de ce dernier. Cette éventualité, peu probable au départ, fut le cas : Agnès devient veuve très vite ; en 1520, Jehan le sr de Mallary est décédé
[en 1517] lors du second mariage de sa sœur Marie.

Agnès de Saint Marsault préserve son intérêt en sacrifiant [source ?] en partie celui de ses filles et de la maison du Chaffault. En fait, Marie du Chaffault profite [pourquoi ?] de la situation en récupérant avec son époux une partie de ses terres après le décès de Jehan de Lespinay, le trésorier. Car elle bénéficia, comme sa mère d'ailleurs [ ? née ca.1480, décédée vers l’âge de 58 ans], d'une longévité surprenante [ ? née ca.1500, elle est morte à environ 55 ans] en contrariant toutes les hypothèses émises dans les clauses du contrat mariage [NON, le rôle des hypothèses notariées est de prévoir le pire ; c’est une bonne chose que cela n’arrive pas].

Qu'en est-il de la puissance de la maison de Lespinay ? Les dispositions des deux contrats de mariages ont-elles servi ou affaibli les Lespinay ? Le patrimoine patiemment constitué par Jehan de Lespinay, le trésorier, est le signe de l'affirmation de Lespinay et de la faveur dont il jouissait auprès de la duchesse Anne (998). Nous constatons que, par son premier mariage, son fils, Jehan le jeune, devient seigneur de Mallarit grâce à son épouse Hélène de Marbré, dame de Mallarit ; en 1515, les Lespinay, grande famille d'officiers, continuent leur politique foncière en ajoutant les terres nobiliaires du Chaffault qui se situent au sud du comté nantais et dans le Poitou ; les deux mariages de Marie de Lespinay avec Jean de La Bourdonnaye puis Robert de Grancru, noble écuyer, renforcent la notabilité de la lignée. Par les femmes, que ce soit Marie de Lespinay, Hélène de Marbré, Marie Du Chaffault ou Agnès de Saint Marsault, les Lespinay accroissent leur patrimoine nobiliaire [c'est inexact en ce qui concerne Marie de Lespinay puisqu'elle emporte avec elle une partie du patrimoine Lespinay].

Note 998 : LE PAGE 1997:402.

En 1523 [1524], Jehan le trésorier meurt après son fils. De l'union entre Marie Du Chaffault et son petit-fils Guillaume naît Pierre de Lespinay, arrière-petit-fils du trésorier. Celui-ci aura un fils nommé Samuel. Son arrière-grand-mère, en ligne paternelle, est donc Agnès de Saint-Marsault. Le graphe suivant donne un aperçu des généalogies habituellement réalisées par les [p.490] historiens et que nous récusons : ils ne s'occupent que des ascendants paternels [NON, heureusement]. Nous y avons malgré tout laisser visible Marie Du Chaffault et Agnès de Saint Marsault.

(Graphe non joint, sans intérêt ici)

Cette généalogie est trop simplifiée, par le raccourci établi sans les femmes. Elle ne permet pas de comprendre l'ascendance de Samuel, ce que nous démontrons ci-après. La naissance de Samuel ne s'explique que par ses deux lignées : maternelle et paternelle. [C’est couramment ce que font les généalogistes]

Il s'agit maintenant de quitter les femmes pour s'intéresser de plus près à un homme : Louis Du Perreau, sr de Castillon (999). En effet, Samuel est issu d'un mariage entre Pierre de Lespinay et Aliénor Du Perreau.

Note 999 : Louis du Perreau, seigneur de Castillon, de Trémar, et de Lespinay est né avant le mois d'août 1489, de Jean Perreau, notaire, secrétaire et clerc des comptes du roi, et de Madeleine Laurens [Source ?].

Agnès de Saint Marsault, car il s'agit toujours d'elle, veuve une seconde fois, s'est remariée très vite avec un certain de Romersvalle dont elle a eu une fille Jacqueline, qui se marie avec Louis Du Perreau [ERREUR, elle s’est remariée elle-même en 1526 avec Louis du Perreau, et n’a pas eu d’enfant de lui ; il aurait fallu lire la Marquise de Lespinay citée dans la bibliographie…]. Or, les biens de Jehan de Lespinay, le trésorier, confisqués par François Ier sont récupérés en partie par le sr de Castillon sous forme d'un don royal. Il devient un homme de confiance de François Ier qui l'envoie dans des missions diplomatiques en Italie puis en [p.491] Angleterre. En 1530, il est nommé valet de chambre de la reine Eléonore et entre en fonction dès le 4 juillet, le jour du mariage royal, fonction qu'il garde jusqu'en 1547 avec celle de gentilhomme de la chambre du roi. Il meurt en 1553 [NON, en 1548]. Or, il épouse, avant 1543 [en 1542], Jacqueline de Romersvalle. Une lettre du 12 septembre 1553 nous la situe : 

« Nous Jacqueline de Romersvalle, dame de Marcheville, les Ocyeux et Villiers, veufve de feu messire Louys de Perreau, chevalier, en son vivant seigneur de Castillon et Trémar et Lespinay, tant en nostre nom que comme ayant la garde noble et administration des biens de noz enffans.... »

Elle écrit de « nostre maison de Lespinay » où elle demeure. Jacqueline de Romersvalle figure sur la liste des femmes de la reine Eléonore sous le nom de « Mme Jacqueline de Romezelles, dame de Castillon », entrée en fonctions en 1543 (1000).

De ce mariage sont issus au moins trois enfants : Henri Du Perreau, l'héritier principal, Jacques Du Perreau, écuyer, seigneur de Castillon, les Otieux et Villiers qui épouse avant 1581 Antoinette de Prye ; et enfin, Aliénor Du Perreau, femme de Pierre de Lespinay ! Nous nous apercevons avec surprise que Aliénor Du Perreau est la petite-fille d'Agnès de Saint Marsault par sa mère(1001) [ERREUR énorme !]. En conséquence, nous proposons une nouvelle généalogie simplifiée [erronée] des Lespinay qui montrent les trois alliances d'Agnès de Saint Marsault et sa descendance, en tenant compte également des femmes (Illustration 75).

Note 1000: KAULEK 1885:XII-XVI.
Note 1001 : Si elle n'était pas décédée avant 1563, Agnès verrait alors sa petite-fille [Non] se marier avec son petit-fils.

Note 1002 : Pierre de Lespinay aurait eu au moins un fils nommé René de Lespinay d'un premier lit.

L'examen des pièces, constituées principalement des contrats de mariage, nous permet de prolonger l'enquête de Dominique Le Page. En 1563, Pierre de Lespinay épouse Aliénor Du Perreau (1002). L'union a été conclue par Henri de Rohan [OUI]. Pierre est nommé sieur du Chaffault et de Malary. Jacqueline de Romersvalle laisse à sa fille, entre autres, les terres de Lespinay et de Tremar sa demeure habituelle, terres que lui avait données son mari, Louis Du Perreau. Par le biais de ce mariage, le descendant de Jehan le trésorier, Pierre, récupère les terres confisquées et offertes par le roi de France à Louis Du Perreau. Mais à aucun moment l'affaire n'est rappelée dans le contrat [SI, on cite la procédure menée par les héritiers du Chaffault et Samson de Lespinay]. Notons que l'union est voulue et consentie « au château de Blain en la salle de la Rayne es presence de haut et puissant Henry vicomte de Rohan... et plusieurs autres gentils hommes et damoiselles », Blain est un fief des Huguenots. La religion a-t-elle joué un rôle dans ce dénouement ? Nous ne le pensons pas car Jacqueline de [p.492] Romersvalle exige que le mariage soit fait selon les rites romains [cependant, le mariage est fait au temple de Blain, les époux étant protestants]. Henri de Rohan intervient, semble-t-il, plutôt comme seigneur supérieur.

Il est donc avéré que les terres confisquées par le roi et données à Louis Du Perreau, reviennent à Pierre de Lespinay quarante ans plus tard. Tout n'est qu'arrangement. Grâce au mariage de sa fille Jacqueline issue de son troisième mariage [NON, erreur], Agnès de Saint Marsault [elle est décédée ca.1538 !] peut préserver les biens de son petit-fils Pierre, fils de Marie Du Chaffault, fille issue de son premier mariage. Pierre n'est « de Lespinay » que de nom ; dépouillé, il retrouve sa terre et son identité complète grâce à Aliénor. Quant à la terre de Trémar, il subsiste une part d'ombre. D'une part, Jacqueline de Romersvalle y demeure et, d'autre part, en 1579, Henri Du Perreau, semble-t-il son fils aîné, est dit seigneur de Tremar lors du contrat de mariage de son frère Jacques, seigneur de Castillon, avec Antoinette de Pryé : la terre de Tremar n'aurait donc jamais été réellement cédée et serait restée à la famille du Perreau.

L'affaire du trésorier se finit dans nos sources en 1585 par le contrat de mariage entre Samuel de Lespinay, le fils de Pierre et d'Aliénor, avec Suzanne Des Roussières, une héritière principale. Jean Des Roussières confirme le partage de la succession à sa fille : il lui remet les biens sis au Poitou et garde ceux de Bretagne qui auraient dû être transmis à David Des Roussières, l'héritier décédé. Jan ne veut pas transmettre tous les biens à sa fille, nouvelle [p.493] héritière principale car il veut se remarier. Une clause du contrat de mariage établit que Samuel de Lespinay règle les dettes de son futur beau-père afin que Suzanne, à la mort de son père, prenne possession de l'intégralité de la succession en son nom : deux mille livres sont ainsi payées avant le mariage. Grâce à un inventaire (1003), nous apprenons les faits suivants : d'une part, Jan garde les biens [en usufruit selon le coutumier de Bretagne] de sa première femme Bonnaventure Lover [Louer], au détriment de sa fille ; d'autre part, il se remarie deux fois et décède en laissant ses biens à sa dernière épouse qui comprennent les biens de ses deux premières femmes, sa troisième épouse demeurant avec lui et jusqu'à sa propre mort dans la maison noble de Bonnaventure ; enfin, Suzanne et ses sœurs issus des autres mariages ne récupèrent leurs biens meubles et immeubles qu'après le décès de la troisième épouse, en 1595[classique : il se passe la même chose avec Jacqueline de Rymerswael, qui garde les douaires d’Anne de St-Marsault jusqu’en 1563].

  Note 1003 : adla/titresfamille/espinay/E826/E826-0003.tei .

Il y a eu spoliation du père vis-à-vis de sa fille aînée [NON, c’est une pratique classique du droit successoral, en particulier sur des biens nobles] et dans une moindre mesure, à notre connaissance, de sa seconde fille. Enfin, avec la troisième sœur, elles doivent attendre le décès de la troisième épouse pour hériter de l'ensemble : héritages, biens immeubles et meubles. L'accaparement a été facilité par la communauté conjugale effective au moins pour le troisième mariage, à l'encontre des enfants, ici trois filles vivantes.

Le contrat de mariage entre Samuel et Suzanne est un pari sur la vie et la mort : si son père Jan met au monde un garçon, Suzanne aura des difficultés encore plus grandes pour revendiquer son héritage étant fille aînée du premier mariage, mais fille avant tout [OUI] ; si Suzanne décède avant son père, et sans enfant, Samuel de Lespinay ne pourra pas revendiquer l'héritage de sa femme malgré la communauté de biens entre les époux [normal en droit coutumier, sauf s'il n'y a pas d'héritier dans la ligne de l'épouse].

[p.494]
Ici, l'héritière principale qu'est devenue Suzanne, à la mort de son frère David, est une courroie de transmission des biens de la lignée « des Roussières » vers la lignée « de Lespinay ». Un véritable coup de poker qui réussira, car Suzanne vit longuement et récupère toute sa succession à la mort de son père et de ses belles-mères. La stratégie matrimoniale des Lespinay a été gagnante sur tout le siècle
[Hasard, mais stratégie matrimoniale en effet classique] : ils ont su aussi choisir des femmes d'une longévité surprenante [NON, elles sont pour la plupart mortes à la cinquantaine].

Nous proposons une nouvelle généalogie des descendants de Jehan de Lespinay et de leurs alliés (Illustration 77). [entre autres erreurs : Agnès de St-Marsault n’a jamais épousé N. de Romerswalle, et donc Eléonore du Perreau et Pierre de Lespinay ne sont pas cousins germains ; l’auteur n’a pas lu semble-t-il le livre de la Marquise de Lespinay, qu’elle cite pourtant, et dans lequel il y a les réponses à ses questions et à ses erreurs]

On n'a pas trouvé de trace du paiement de l'amende [il s'agit d'un débit ou "dette" !] de quatre-vingts mille livres [il ne faut pas oublier les biens saisis] : Guillaume de Lespinay et ses héritiers n'auraient donc rien payé [ils n'étaient pas héritiers !]. Si l'alliance avec Louis Du Perreau a permis la récupération de terres, celles entre les deux filles du Chaffault peuvent-elles expliquer le non-paiement ? Nous connaissons deux mariages : en 1531, Françoise se marie avec François Loysel, fils de Françoise Malaise et de Guillaume Loysel, celui-là même à qui Jehan de Lespinay, seigneur de Mallary, remet dix mille trois cents livres, en mars 1515 [1514 !], pour Jean de Laval [le texte ne le précise pas: il s'agit des dots de Marie du Chaffault et de sa mère, payées un an avant la menace de Jean de Laval], sire de Châteaubriant, au titre de l'amende féodale [proposée en 1515, un an après le mariage] ; Catherine épouse quant à elle Christophe Brecel, sénéchal de Nantes, celui qui rembourse Anne de Rohan de la vente non effectuée d'une partie des terres de Lespinay [NON, des terres du Chaffault, C. Brécel représentant son épouse Catherine du Chaffault]. Y a-t-il eu collusion entre les alliances et les charges ? Nous n'en savons rien [Si, cf. ouvrages de la Marquise de Lespinay].

Le rôle d'Agnès de Saint Marsault, peu visible, est bien réel. Elle permet, d'une part, à son petit-fils Pierre marié à sa petite-fille Aliénor [NON] de récupérer les terres confisquées et, d'autre part, les alliances des héritières leur permettent de bien se placer dans le milieu des offices. Sa longévité [+ à 58 ans ?] et la mort des hommes qui l'entourent la favorisent. Enfin, il apparaît qu'elle mène sa vie comme bon lui semble. Aucun membre de sa parenté ne contrôle ses secondes [SI, Samson de St-Marsault] et troisièmes noces [Les Rohan]. C'est une femme active qui connaît les stratégies pour préserver ses intérêts ainsi que ceux de sa descendance. Son rôle reste toutefois traditionnel : la transmission des biens [et sa course en 1513 à travers la France pour trouver un mari pour elle et sa fille aînée ; et sa fonction de dame d’honneur de la duchesse d’Angoulême ?].

  [Trop d’erreurs pour donner une interprétation satisfaisante…]

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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