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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 07:50
Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (1)

 


« Parenté »

              Si la parenté étendue était bien plus répandue aux XVe-XVIe siècles qu’aujourd’hui, il n’est pas sûr pour autant que la solidarité entre éléments de cette « parenté » très large ait été aussi forte que certains historiens l’ont cru à propos du trésorier Lespinay, en particulier dans les milieux de la noblesse, hétérogènes et hiérarchisés (au minimum en trois niveaux : haute, moyenne et petite noblesse, auxquels il faut ajouter en Bretagne la « noblesse dormante »). L’existence de liens étendus de parenté dépendait aussi de la connaissance que l’on pouvait avoir de sa généalogie, de ses degrés de parenté, de ses alliances familiales au delà d’une à deux générations, et de l’intérêt – économique, social, politique, juridique (et successoral) – que pouvait apporter cette connaissance.

               Rappelons que, si l’Église catholique interdisait alors les mariages consanguins jusqu’au 4e degré canonique (et jusqu’au 7e degré avant le concile de Latran de 1215), peu de gens étaient capables de connaître l’ensemble de leur parenté aussi loin (4 générations ascendantes et descendantes). De plus, en se mariant, un individu devenait l’allié de tous les parents et alliés de son conjoint (les « affins ») : à l’interdiction de la « consanguinité », l’Église avait donc ajouté celle de « l’affinité » dans les relations matrimoniales. Dans le cadre d’une certaine endogamie villageoise, il arrivait donc qu’un couple marié soit « parent » sans le savoir et sans par conséquent avoir demandé de dispense. Les règles de parenté canonique donnaient un pouvoir supplémentaire à l’Église, qui avait déjà le monopole de l’état civil, pour contrôler les mariages et les familles, accorder ou non des dispenses, rendre ou non des couples et des enfants illégitimes, surtout à une époque où les registres paroissiaux étaient rares… La haute société bénéficiait souvent de dispenses en matière de mariages consanguins, dès le 2d degré, dont ne bénéficiait pas le commun du peuple.

 

La parenté canonique



        ┌─────────────────────┐

   4° degré                                           

        │                                           │

        ├──────────┐                   │

   3° degré                                        

        │                      │                    │

        ├─────┐          │                    │

   2° degré                                      

        │          │           │                    │

        │          │           │                    │

   1° degré                                   

                 Ego         2°          3°                  4°

                degrés de consanguinité avec « Ego »




                 En matière successorale, on voit un exemple de méconnaissance de la parenté proche (probablement de mauvaise foi) dans les poursuites intentées de 1504 à 1511 par la famille d’Olivier de Marbré contre Hélène de Marbré, cousine germaine, et son mari Jean V de Lespinay (donc parents au 2e degré canonique), demandant à ces derniers de prouver leur parenté à l’égard de leur grand-père Pierre de Marbré et de Guillaume de Marbré, frère cadet de celui-ci et donc parent au 3e degré canonique.
                Un exemple contraire de bonne mémoire généalogique est représenté par les poursuites intentées entre 1514 et 1517 par Charles de Rohan-Gié, cousin issu de germain de Jean du Chaffault (dont il est parent au 3e degré canonique), contre Marie du Chaffault et sa famille (4e degré), pour tenter de capter l’héritage de Marguerite du Pont-L’Abbé (« héritage Plusquellec »), doublement parente au 2d degré canonique de Jean du Chaffault. En effet, la mère de Jean du Chaffault, Catherine du Pont-L’Abbé, était à la fois la demi-sœur de la mère (Jeanne de Plusquellec) de Marguerite du Pont-L’Abbé par le premier mariage de sa mère Anne de Penhoët avec Maurice de Plusquellec, et la demi-sœur du père (Charles du Pont-L’Abbé) de Marguerite par le premier mariage de son père Jean I du Pont-L’Abbé avec Marguerite de Rostrenen. Voir à ce sujet, le dossier « Des fondations matrimoniales pour l’avenir : l’entrée dans la cour des grands ».


Parenté et réseau


                 Une alliance matrimoniale ne suffit pas pour que les membres de la belle-famille, nouveaux alliés en puissance, fassent profiter leurs parents par alliance de leur fortune, de leurs contacts, de leur réseau, sauf intérêt particulier. Il en est de même des parents plus proches « par le sang », qui ont des ascendants en commun. En effet, il faut ajouter une correction à cette pseudo règle de l’entraide obligée entre les membres d’un réseau de parenté : d’une part il faut soit être de même niveau social, soit être un « client » dont on peut tirer avantage et qui procure un pouvoir supplémentaire (cf. les travaux de Nassiet, et de Bourquin cités en bibliographie) ; d’autre part, dans tous les cas, il faut qu’il y ait un intérêt en jeu, une réciprocité possible, pour que ceux qui contrôlent le réseau, par le pouvoir qu’ils détiennent, acceptent d’aider l’un des membres du réseau. Certes, on se rencontre lors des mariages et des enterrements, lors de certains baptêmes, de certains conseils de famille, lors de procédures successorales intentées ou subies en commun, lors de diverses affaires, éventuellement à la Cour (seigneuriale, ducale, royale), mais cela ne suffit pas à créer des liens permanents et forts de solidarité, surtout entre la haute noblesse et les autres niveaux de la société. 

                Ce constat, valable pour le XVe siècle et le début du XVIe siècle, ne l’est plus pour les milieux protestants de la deuxième moitié du XVIe siècle. Ceux-ci, au contraire, passant outre aux anciens barrages « de classe », renforcent leurs réseaux de famille et de clientèle (multipliant les situations d’endogamie confessionnelle) et les mettent en interaction, dans un premier temps pour répandre les idées de la Réforme, et dans un deuxième temps pour se protéger mutuellement des persécutions dont ils sont l’objet.

                Avant l’époque de la Réforme et en ce qui concerne les Lespinay, nous avons vu que par leur alliance avec les du Chaffault ils deviennent parents de membres de la grande noblesse, les Penhoët, les Pont-L’Abbé, les Plusquellec, et par eux des Rohan, des Foix, etc. Mais cette alliance est vue comme une mésalliance par les membres de la belle-famille. Seule la puissance du trésorier Lespinay et l’intérêt de son appui leur ont momentanément fait accepter cette parenté, mais sans que la barrière « de classe » soit levée, les Lespinay faisant partie de la petite noblesse. Le procès de la succession Plusquellec, qui se termine en 1518 à l’avantage des héritiers du Chaffault, dont les Lespinay, et de Pierre de Foix qui s’est joint à eux, montre bien cette situation curieuse. De même, après le mariage Chaffault-Lespinay en 1514, les menaces de poursuites en 1515 de Jean de Laval, suzerain des du Chaffault à cause de leur seigneurie de Monceaux, montrent que cette mésalliance est mal vécue en ce qui concerne la fille aînée surtout, qui aurait mérité un mariage au moins homogamique, les juveigneures entrant traditionnellement dans des relations d’alliances hypogamiques, ou au couvent...

                Quant à l’alliance Perreau-Lespinay en 1563, elle n’a pas donné accès au réseau de la belle-mère Jacqueline de Rymerswael dans les Pays-bas espagnols, mais le protestantisme y est probablement pour quelque chose, créant des clivages imprévus. Les parents des Rymerswael devenus protestants sont en fuite, chassés des Pays-Bas par l’inquisition qui les rend passibles de la peine de mort. Les Lespinay et les Perreau, huguenots, ne semblent pas avoir eu de contacts avec leur parentèle catholique des Pays-Bas (Rymerswael, Ersel, Glymes). Même les liens avec les d’Espinay catholiques, du fait du deuxième mariage de Jacqueline de Rymerswael avec Louis d’Espinay, ne semblent pas avoir été très suivis. Ici la religion est venue ajouter un élément de plus dans les critères de mise en œuvre des réseaux de parentèle. À partir de 1558, les Lespinay et les Perreau, devenus huguenots, ont coupé les contacts avec une bonne partie de leur parentèle catholique, mais semble-t-il pas complètement avec leur proche parenté.

                 Enfin, si l’on s’intéresse à la parentèle des Lespinay partageant le même niveau social, dans la mesure où les parentés et les alliances se vérifient exactes (ce qui n’est pas certain dans plusieurs cas), on ne peut être sûr que la progression de Jean III et de Jean IV de Lespinay dans l’administration des finances soit due à l’appui et l’aide directe par exemple des Pinart, des La Rivière ou des Becdelièvre, contrairement à ce qu’ont affirmé les historiens qui ont traité des « malversations » des Lespinay dans leurs activités financières au moyen de leur réseau familial. Si cette hypothèse de l’appui de la parentèle est recevable, elle reste une hypothèse qui « peut » expliquer la réussite des Lespinay dans la finance ; mais 60 ans d’alliance Parageau-Lespinay dans les petits offices et certaines fermes du duché, une grande expérience et une grande fidélité à l’égard du pouvoir, suffisent à expliquer cette réussite.

                  Néanmoins, les parentèles sont des moyens de contacts non négligeables et cela justifie que l’on s’y intéresse, car le hasard ne suffit pas à expliquer certaines alliances et certains appuis. Nous proposons de tenter de reconstituer ici plusieurs « parentèles » larges, plus ou moins actives à l’époque du trésorier Jean IV de Lespinay (dans l’ordre d’apparition chronologique) : 1) tout d’abord celle des paroissiens de Plessé, 2) ensuite celle des Parageau, des La Rivière, des Robellot, des Spadine, des Chaffault. Nous laisserons de côté les milieux de la cour des Rohan, de celle des ducs et de la cour royale, où c’est le plus souvent le pouvoir qui mène le jeu des alliances et des réseaux.

 



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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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