Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 08:56
Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (2)


La « parentèle paroissiale » de Plessé


              Lorsque l’on parcourt les archives concernant la paroisse de Plessé – à l’occasion de la création d’une métairie pour Guillaume de Marbré (1482), d’une chapelle pour Jean de Tournemine (1489), d’une chapelle sous le patronage de St-Jean pour Jean IV de Lespinay (1500) – on y voit à chaque fois nommées, avec le recteur de la paroisse (Pierre de Trevegat, depuis au moins 1482 jusqu’après 1500), 30 à 40 personnes : les nobles, quelques bourgeois connus comme tels, et quelques laboureurs (paysans libres) et métayers, certains de ces derniers apparaissant dans les aveux concernant les Lespinay (cf. les dossiers relatifs aux aveux de Kerguemer en 1430 et de Lespinay en 1661). Il serait intéressant d’étudier les divers aveux de la paroisse de Plessé pour mieux en connaître les membres et ce qui peut les relier. Mais déjà, à travers les archives Lespinay connues, nous avons un bon échantillon des membres de la paroisse de Plessé entre 1430 et 1661.


Les « affiliés » au réseau paroissial

              Les  familles nobles de la paroisse de Plessé semblent avoir assumé une certaine solidarité au niveau paroissial, comme les villageois au niveau de chaque « frairie » (en Bretagne : communauté des habitants d’une trève ou fraction de paroisse). Il faut mettre à part le suzerain direct, seigneur de Fresnay (les Volvire, puis les Rohan), les Tournemine seigneurs de Trémar (et de Barra) et les Carheil seigneurs de Carheil, qui ont la haute justice sur la paroisse. À la fin du XVe siècle, les autres familles nobles sont les suivantes :


Capeau, sieur de Malaguet

Gaultron, sieur de Launay

La Rivière, sieur de La Rivière

Lespinay, sieur de Rozet, Bodouan puis Lespinay

Marbré, sieur de Malarit et des Bignons

Parajeau, sieur du Guynio et de Lagodin (ou Laboden)

Rouaud, sieur de Chesnevert en Plessé et de Tréguel en Guéméné-Penfao

À ces noms, il faut ajouter :

du Guiniou ou Guynio

Guischard, sieur de Kerguemer puis de La Perchette.


               On ne sait si tous les membres de ces deux dernières familles sont nobles. Les aveux faits par la dame de la Perchette en 1402 et sa fille Guillemette du Guiniou en 1470 semblent montrer que ces deux personnes étaient nobles, ou dames de fiefs nobles. L’aveu du domaine de Kerguemer en 1430 par Perrot Guischard concerne des terres roturières.

               Parmi les non nobles cités dans les assemblées paroissiales, on trouve les Jenvresse ou Janvresse (dont Robert, notaire de la Cour du Gâvre), et d’autres : Allain, Aoustin, Breger (ou Berger), Chastelier (ou Châtelier), Coquerel (prêtre), Coren, Courault, Davy, Flory, Gresneuc, Haye, Jehan, Jouachin, Le Beau, Le Coz, Le Moyenne (ou Le Moyne), Le Roux, Moriceau, Ollivier dit Guilliers (originaire de Guilliers, dans le Morbihan), Praud, Renaud, Renaudot, Robin, Rouer (dont un métayer), Téraud, etc. Il faut y ajouter la liste incomplète des noms trouvés dans quelques aveux : Agasse, Amossé, Baron, Blanchart, Blandin, Bodin, Bomberel, Bonneau, Bonneron (ou Bouverone), Bonnet, Boulot, Bresel, Brunbrel, Channel, Cherdeport (ou Chardeport), Chommel, de Foix, de La Barre, de L’Escrin (cordonnier) ou Delescrain, de Rube, du Roux, Février (dont un notaire), Fouchard, François, Frétillet, Gergaud (cordonnier), Gicquel, Guenn, Guérin, Hachept, Hamon, Harel, Huby, Hures, Jarnier, Labbé, Laillet, Laudron, Lévesque, Loirac, Lucas, Malarit (ou Malrit), Malin, Merot, Morice, Morin, Moulnier (maréchal ferrant) ou Mounier, Nepveu, Nouel ou Noël, Oren, Ouaisel, Pessu, Potin, Pronost (cordonnier), Regnard, Roaud (ou Rouaud), Roixeau (ou Rouxeau), Roué (cf. Rouer, Rouez), Sodouy, Villeneuve, Vivien… On voit, à travers cette liste impressionnante pour une petite paroisse, bien que très partielle, la diversité des noms. Plessé et Rozet sont des lieux de passage et de brassage.

           C’est parmi ces « paroissiens » de Plessé que le « réseau Lespinay », comme l’ont appelé certains historiens, prend ses racines tout naturellement. En particulier : Aoustin, Capeau de Malaguet, Carheil, Guischard, le notaire Jenvresse, La Rivière, Marbré, Parajeau, Rouaud, Tournemine. Un La Rivière épouse une Lespinay (fille de Jean II) ; un Carheil épouse une Spadine, fille d’une Lespinay (fille de Jean III) ; un Rouaud épouse une Lespinay (fille de Jean IV) ; un Lespinay (Jean V) épouse une Marbré. Jamet Capeau, qui afferme la traite des bêtes vives avec Jean Parageau en 1480, constitue en 1514 une rente pour Jean IV de Lespinay et une autre pour Jean Parageau par l’intermédiaire de Jean Coué, beau-frère de Jean IV de Lespinay. Les Parageau font profiter Jean III et Jean IV de Lespinay de leurs contacts dans les milieux de la finance bretonne. Les La Rivière, receveurs de la châtellenie du Gâvre, ont des liens de dépendance avec le trésorier Lespinay. Lorsque Jean II Parageau cherche des personnes pour se porter caution pour lui (ca.1527), il s’adresse à des voisins de Plessé qui ont un certain renom : Jean de La Rivière, Abel Rouaud Sr de Tréguel, et à Jean Coué. Jean de Tournemine vend sa terre de Trémar à Jean de Lespinay en 1495. En 1573, René Tournemine, lieutenant général du roi en Bretagne, sera protecteur de Pierre de Lespinay, persécuté en tant que huguenot. Etc.

              Ainsi, au moins cinq familles nobles de Plessé (ou de Guéméné-Penfao en ce qui concerne les Rouaud), sans compter les du Guiniou et les Marbré, vont établir des liens entre elles : liens matrimoniaux directs ou indirects, liens et appuis professionnels réciproques. On retrouve ainsi Jamet Capeau, Abel Rouaud et plusieurs générations de La Rivière, de Parageau, de Lespinay. Finalement, une seule famille semble rester à l’écart, celle des Gaultron, d’après notre documentation actuelle. Au XVe siècle, le territoire de la châtellenie ducale du Gâvre relevait de la paroisse de Plessé. Les tâches administratives de la châtellenie étaient le plus souvent assurées par des paroissiens de Plessé : les La Rivière, receveurs ou « châtelains », les Lespinay, sergents féodés du Gâvre, les Parageau, sergents-receveurs du Gâvre…Quelques noms seulement (François de Lonneday, semble-t-il de Guenrouët, paroisse voisine de Plessé, Tristan Le Bascle, Pierre Simon), entre 1466 et 1475, ne seraient pas originaires de Plessé. C’est par les fonctions au sein de la châtellenie du Gâvre, mais aussi de la seigneurie de Blain, que certaines familles nobles de la région de Plessé vont améliorer leur statut socio-économique et que d’autres vont s’élever dans l’échelle sociale et, parfois, s’intégrer à la noblesse.


Le statut socio-économique des affiliés

              On a l’impression que la solidarité, ou plutôt la coopération, joue à Plessé entre personnes et familles de même niveau socio-économique, indépendamment des origines. C’est une constatation, mais pas forcément une règle absolue. Plusieurs familles de petite bourgeoisie de Plessé intégreront la noblesse dès le XVIIe siècle ou bien, vivant noblement (ce qui est déjà relativement coûteux), s’allieront à des familles nobles. Le réseau des familles « nobles » de Plessé est d’ailleurs ouvert à diverses personnes, initialement employés subalternes, qui grâce à cela ont progressé dans les fonctions et responsabilités financières et, en même temps, dans l’échelle sociale.

               En dehors du cas des Lespinay, nous connaissons mal l’histoire et la « richesse », en particulier foncière, des autres familles de Plessé à l’époque du trésorier Jean IV de Lespinay. La seigneurie de Trémar, très étendue, possède une cour de haute justice et des fourches patibulaires dont la juridiction s’étend à un bon tiers de la paroisse. Il en est de même de la seigneurie de Carheil, quoique sur une superficie moins grande. La seigneurie de Fresnay, vassale de Blain, d’abord aux Volvire (juveigneurs des seigneurs de Blain par les femmes) puis aux Rohan de Blain par rachat, commande tout le territoire de la paroisse de Plessé, sous l’autorité seigneuriale de Blain mais aussi sous l’autorité ducale de la châtellenie du Gâvre. Les autres « seigneurs » de Plessé sont titulaires de « sieuries », ayant en général moyenne et basse justice sur de tout petits territoires, dépassant rarement 50 hectares. Ils dépendent eux-mêmes directement du seigneur de Fresnay (et de sa cour de justice), leur suzerain principal, du duc de Bretagne par la châtellenie du Gâvre et, pour certains, des cours de justice inférieures de Trémar et de Carheil (cf. Marquis de Goué, « Quelques notes sur la paroisse de Plessé », Bulletin de la Société d’archéologie de Nantes et de la Loire-Inférieure, 1931.). Ces cours de justice (Fresnay, Trémar, Carheil) sont, pour leurs seigneurs, des moyens d’affirmer un pouvoir mais aussi de percevoir des revenus.

               Polignac, Bodouan, Rozet, sieuries nobles initiales des Lespinay, ne dépassaient pas chacune 50 ha, taille maximale des métairies nobles de Plessé au XVe siècle, dont plus de la moitié était composée de landes incultes (d’après les archives et l’ancien cadastre de Plessé). C’est aussi le cas de Malarit, pour les Marbré, siège d’une maison forte entourée d’étangs, ou de Kerguemer, métairie roturière des Guischard. Il en est de même pour la sieurie de Malaguet des Capeau, celle du Guiniou partagée entre les Parageau et les Lespinay (puis les Spadine), celle de Launay des Gaultron, celle du Chesnevert des Rouaud, celle de La Perchette, et celle des La Rivière. Le fief de Lagodin ne semble pas dépasser quelques hectares et l’on n’en connaît pas le statut, noble ou roturier. Avec quelques dizaines d’hectares agricoles, une famille noble ou d’apparence noble peut à cette époque arriver à maintenir un niveau minimal de vie noble, dans une « maison » noble de deux à trois pièces, sans pouvoir forcément tenir son rang dans les montres, où elle doit présenter soit un archer, soit un écuyer à cheval, soit un homme d’armes en tenue. C’est d’ailleurs la tenue qui paraît la plus coûteuse. Aussi, pour ne pas déchoir, faut-il s’assurer d’autres revenus que ceux fournis par les productions agricoles et d’élevage de la sieurie, et ne pas avoir une famille trop nombreuse à entretenir… (cf. Jean Gallet, Seigneurs et paysans bretons, du Moyen-Âge à la Révolution, Rennes, Ouest-France-Université, 1993, 340p.)

               Dès Jean III, avec l’acquisition de la sergenterie féodée de Rozet, les Lespinay disposaient d’une maison à Rozet à titre gratuit, gage de la sergenterie, d’un droit de lever des taxes sur la foire St-Mathieu à Rozet, et peut-être de droits de douane pour le passage des marchandises à Rozet sur la route Nantes-Redon (nous n’en avons pas trouvé trace, mais cela est plausible). Le même Jean III, peu avant sa mort, avait aussi acquis les droits sur la foire et le passage de Saint-Clair, face à Guenrouët sur les bords de l’Isac, contrôlant ainsi la voie commerciale entre Guenrouët et Plessé. Ces deux « rentes » devaient être la source principale de la fortune des Lespinay, avant même les revenus de leurs terres et les spéculations faites sur la recette du Gâvre et sur des fermes (offices fiscaux) détenues peu d’années. Au XVIIe siècle, le seigneur de Carheil, successeur des Lespinay sur leurs terres, bien que plus gros propriétaire encore, était très attaché à ces sources de revenus.

              Il semble que les Parageau aient détenu des « rentes » comparables avec leurs terres du Guiniou (sur la route de Fégréac) et de Lagodin (au pont contrôlant l’entrée de Plessé à l’Ouest), situées aussi sur des voies de communication importantes à l’époque, mais dès 1465 leur fortune foncière paraît très inférieure à celle des Lespinay. C’est par les offices financiers qu’ils vont s’enrichir quelque peu, possédant alors, comme les Lespinay, une maison à Nantes où ils exercent une partie de leur activité. Les Capeau, moins bien lotis avec une petite sieurie, bénéficieront d’activités en commun avec les Parageau et avec Jean IV de Lespinay. Les La Rivière de Plessé, qui vendent leur métairie de La Rivière aux Lespinay à une date non précisée, n’ont pas d'autre fief noble connu ; leur seule fortune semble provenir de leur activité de receveurs du Gâvre et de petits offices obtenus en liaison avec les Parageau et les Lespinay. Mais leur ascension est continue et va les mener jusqu’à la Chambre des comptes de Bretagne. Quant aux Rouaud du Chesnevert et aux Gaultron de Launay, ils restent assez discrets, dans nos sources tout au moins.

               En 1489, au moment du mariage d’Hélène de Marbré avec Jean V de Lespinay, les Marbré sont de gros propriétaires par rapport aux autres nobles de Plessé, car ils possèdent plusieurs fiefs (à Plessé : Malarit, Le Breil, Les Bignons ; à St-Aubin-des-Châteaux : Le Bois-Vert), Malarit et le Bois-Vert étant les plus importants avec leur maison-forte, dont la surface totale pouvait dépasser 150 hectares (le calcul reste à faire à partir des aveux).

               En 1510, un indult de la cour de Rome accorde aux Lespinay et à quelques autres certains avantages en matière de pratique de la religion catholique. Certaines des familles nommées dans cet indult (dans l’ordre du texte) ont entre elles des liens très forts : Jean IV, Jean V de Lespinay et leurs épouses ; Guillaume de Lespinay (probablement le fils de Jean V, âgé de 9 ans, puisque sa femme n’est pas prévue) ; Olivier de Lanvaulx du Mas (seigneur de Beaulieu), proche ami de Jean IV, et sa femme de Beaubois (Perrinelle Glé ?) ; Jean du Verger de Trégrain ; Guillaume de Saint-Gilles de Brignon et sa femme (probablement Jeanne de La Vallée) ; Jean Parageau et son épouse du Guynio ; Jacques Coterel de Trégonau et son épouse (Perrine de Langle) ; François Giffart du Plexis (dont le fils Olivier épousera Catherine de St-Aubin) ; René Benoist ; Pierre de Saint-Aubin (époux d’Isabeau de Tréviel) et son fils aîné du Serric (qui épousera Françoise Giffart, sœur d’Olivier) ; Théobald de la Noë de la Ramée ; Jean Le Tresle du Budo et son épouse ; Vincent de Loveday et son épouse Perrine ; Jean Léraud et son épouse de La Barauraye. Pierre de Marbré, cousin issu de germain d’Hélène de Marbré et Jean V de Lespinay, a épousé ca.1500 Françoise Giffart. Cet ensemble est un « cocktail » d’amis, de parents, de relations et de deux familles de paroissiens de Plessé.

              Il faut maintenant s’intéresser aux diverses parentèles qui ont pu jouer un rôle dans l’ascension du trésorier Lespinay et qui, le plus souvent, mettent en relation des personnes liées à la paroisse de Plessé.


Partager cet article

Repost 0
Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
commenter cet article

commentaires