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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 05:40
1 - Les recherches d'histoire familiale (mise à jour 14/05/2009)

            Les recherches que nous proposons concernent ici les débuts de l'histoire bretonne connue des Lespinay (XV-XVIe siècles), en particulier la place de Jean (IV) de Lespinay, trésorier de Bretagne, décédé en 1524, qui par ses relations a donné à cette famille son importance pour les siècles suivants, négociant des alliances familiales et politiques à haut niveau, des offices, des acquisitions foncières pour ses enfants, petits-enfants et collatéraux. On verra qu'à l'appui inconditionnel de la duchesse Anne de Bretagne pour laquelle le trésorier avait risqué sa vie, s'est ajouté l'appui des Rohan, suzerains des Lespinay et parents par alliance de Guillaume de Lespinay (petit-fils du trésorier), qui s'est révélé très efficace au moment du protestantisme et de la restitution, par des artifices étonnants, des biens saisis sur le trésorier à sa mort. Cette histoire a entraîné des considérations parfois haineuses d'historiens bretons récents. On essaiera ici de faire la part des choses en tentant de se replacer dans le contexte de l'époque, en corrigeant certaines erreurs ou certains jugements de valeur et en revoyant certaines interprétations douteuses.

Articles publiés sur le blog

En résumé : L'héritage du trésorier, ou « l'affaire Lespinay »

0.
Introduction
   
Bibliographie

1.
Histoire résumée des premiers Lespinay à Plessé (Loire-Atlantique)
   
Les familles Lespinay (l'Espinay) - d'Espinay en Bretagne (XVe-XVIe s.)
   
Le patrimoine des Lespinay à Plessé

2. Documents
  - Les blasons des Lespinay et de leurs alliés
  -
Les signatures des Lespinay (1431-1817)
  - Deux anciennes généalogies Lespinay (1638 et 1668)
  - Aveu de Kerguemer en 1431
  - Aveu de la seigneurie de Lespinay, 10 juin 1661
  - Localisation de la seigneurie de Lespinay en 1661 (début)
  - Localisation de la seigneurie de Lespinay (suite et cartes)

  - Un prêt au Duc en 1465
  - Registres paroissiaux de Ste-Croix (Nantes)
    1481-1493, 1494-1509, 1510-1523, 1524-1535

3. Le trésorier Lespinay et la construction familiale - Ascension sociale et réseau de clientèle
 -
De la paroisse au Duché : un réseau en construction
    ¤  un indult papal de 1510
 -
Des fondations matrimoniales pour l'avenir :
    ¤ 
l'entrée dans la "Cour des Grands" (les Rohan, la Cour royale)
    ¤ 
la famille Du Chaffault
    ¤  une curiosité : les doubles mariages (exemple Du Chaffault)
 -
La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan
    ¤ 1500-1526 : les trois mariages d'Anne de St-Marsault
    ¤ 1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)
   
¤ 1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

4. Les suzerains des Lespinay (à Plessé, à Monceaux)
   Bertrand d'Argentré et le trésorier Lespinay
   Dom Lobineau et le trésorier Lespinay
   Dom Morice et le trésorier Lespinay

5. Plessé et les réseaux de parentèle
 - Parenté et réseau
 - Une parentèle paroissiale à Plessé
 - Les Parageau
 - Les La Rivière
 - Les Pinart
 - Les Robellot (ou Roblot)
 - Les Robellot (ou Roblot) (suite-2)
 - Les Spadine
 - Les Spadine (suite-2)
 - Les Chaffault
 - Les registres paroissiaux nantais : exemple de Ste-Croix

6. Le trésorier Lespinay et les réseaux financiers
 - Procédures relatives aux comptes du trésorier Jean (IV) de Lespinay, 1523-1572
 -
Résumé des pièces de procédure
 - Jean IV de Lespinay, un fidèle des autorités ducales ?
 - Les missions de Jean du lespinay pour le compte d'Anne de Bretagne
 - Le procès contre Jean (IV) de Lespinay, trésorier de Bretagne: les auteurs
     
1) travaux de Jean Kerhervé, 1986-1987
      2)
travaux de Philippe Hamon, 1994
      3) travaux de Dominique Le Page, 1995-1997 (1)
      4) ...................... idem ................. (suite 2)
      5) D. Le Page: "Jehan de lespinay, trésorier et receveur de Bretagne", 1996
      6)
J. Kerhervé, prosopographie des financiers bretons, XIV-XVe s.
      7) D. Le Page, prosopographie des financiers bretons, XV-XVIe s.
      8) P. Hamon, "Messieurs des Finances", 1999
      9)
Jean de Lespinay vu par Georges Minois, 1999, et commentaires
      10) travaux de Nicole Dufournaud, 2007
      11) Les réseaux financiers bretons et Jean IV de Lespinay

7.
L'enrichissement "frauduleux" des premiers Lespinay ?

8. La famille Perreau, les Lespinay et le protestantisme (en Vexin)
 -
La famille Perreau, Nivernais-Picardie-Vexin, XV-XVIe s.
 -
Alliances et religion (protestantisme au XVIe s.)
 -
Description de la pierre tombale de Jacques de Perreau (Magnitot, en Vexin)
 - Pierre de Lespinay et le protestantisme breton
 -
Les prénoms "protestants" chez les Lespinay et leurs alliés
 - Villers-lès-Guise, héritage des Perreau : le temple construit par Jacob de Lespinay
 
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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 23:08

Les réseaux de parenté à travers les registres paroissiaux de Nantes

Paroisse Sainte-Croix de Nantes

Registres des baptêmes 1481-1535

 

               La source première et principale relative aux relations familiales et inter-familiales pour les périodes antérieures à l’état civil municipal est l’« état civil » religieux : les registres des baptêmes, mariages et sépultures pour les catholiques et, à partir du milieu du XVIe siècle, les registres protestants, lorsqu’ils n’ont pas été détruits… En ce qui concerne les Lespinay de Plessé, installés une partie de l’année à Nantes, devenus protestants à partir des années 1550 et alors expulsés de Nantes, leur nom n’apparaît pratiquement plus sur les registres catholiques, sauf en ce qui concerne la branche aînée de Briort qui abjure dès le début du XVIIe siècle.

 

               L’étude des réseaux auxquels était lié Jean IV de Lespinay nécessite une lecture complète des registres paroissiaux de Nantes, au moins pour la période allant jusqu’à 1524, Jean IV décédant le 30 juillet 1524. Nous avons commencé par les baptêmes enregistrés à Ste-Croix de 1481 à 1535, paroisse de Renée de Lespinay, sœur du trésorier général Lespinay et épouse de Jean Spadine.

              Ont été recopiés les actes concernant les Lespinay et leurs alliés (Spadine, Picart, Guyolle, Marbré, Carheil, Avignon, Coué, Rouxières, Ménardeau, La Bouexière, Raboceau, Blanchet, du Vergier, Rouaud, du Chaffault, Gabart, Loysel principalement). On apprend par exemple qu’Henriette de Lespinay, sœur de Jean IV de Lespinay, a épousé Jean Picart, et qu’elle est la tante ou la mère d’Isabeau et Gillette Picart, femmes de ses neveux Jean et Gilles Spadine (fils de Renée de Lespinay et de Jean Spadine). Elle est la mère de Jeanne Picart, épouse en secondes noces de Julien du Vergier, et très probablement la belle-sœur de Pierre Picart époux d’Anthonine Avril (famille d’officiers des finances). La recherche a aussi permis de préciser la succession des baptêmes dans le temps (et donc des remariages) ainsi que l’année de mariage ou de décès de certains protagonistes de nos « réseaux » de relation. Les accointances entre les familles apparaissent dans le choix des parrains et des marraines (deux parrains s’il s’agit d’un fils, deux marraines s’il s’agit d’une fille). Nous avons simplifié le début de chaque acte par « b », résumant les diverses phrases « a été baptisé(e) », etc. Très souvent les parrains et marraines sont des personnes de deux générations différentes, en général parentes, réunissant parfois parents et enfants, frères et sœurs, oncles et tantes, neveux et nièces (y compris par alliance). En général, le nom des épouses n’est pas mentionné, ce qui complique l’étude des relations entre les personnes impliquées dans les baptêmes. Parfois, cependant, le nom est mentionné. Dans d’autres cas, nous avons ajouté entre crochets le nom de l’épouse lorsqu’il est connu par d’autres actes (ou par les prosopographies de J. Kerhervé, de D. Le Page et de Nicole Dufournaud).

 

              On remarquera qu’il y a deux frères Jehan Spadine surnommés tous deux à plusieurs reprises « le jeune » : l’un (époux d’Isabeau Picart) est l’aîné mais parfois surnommé « le jeune » par rapport à son père, nommé aussi Jean, et « l’aîné » par rapport à son frère cadet ; l’autre (époux de Marguerite) est « le jeune » parce qu’il est le frère cadet du précédent. On a le même cas avec les frères Jean Hux et avec les sœurs Jeanne Giron, qui apparaissent dans les actes relevés.

 

              Jusqu’en 1564 en France, l’année (calendrier julien) commence sur les registres le jour de Pâques, c’est-à-dire en général fin mars et se termine de même en mars. Sa numérotation change donc à Pâques (jour mobile). Ainsi le baptême du 30 mars 1480 concernant Thomas des Landes est à mettre en 1481, comme le sont les actes qui suivent celui du 30 mars 1480 et qui sont en effet relatifs à avril 1481, premier mois de l’année. Cela explique pourquoi un couple marié le 2 avril 1480 peut avoir un enfant né de sa légitime union en janvier 1480 (en fait 1481) ! La France adopta le calendrier grégorien en 1582, le dimanche 9 décembre 1582 de l’ancien calendrier julien étant suivi du lundi 20 décembre 1582 du nouveau calendrier grégorien. Aussi lorsque les Archives départementales de Loire-Atlantique précisent que les registres de Sainte-Croix de Nantes commencent en 1480, il s’agit en fait de 1481. Le fonds Freslon, constitué de fiches rassemblées, souffre du même défaut : souvent, mais pas toujours, les trois premiers mois de l’année sont attribués par erreur à l’année précédente. Beaucoup de généalogistes se sont laissés piéger, probablement parce qu’ils ont utilisé le fonds Freslon, très incomplet et parfois erroné, au lieu de se référer aux registres même et à la succession des mois qui aurait permis de corriger l’erreur fréquente vieillissant d’une année les dates de baptême du premier trimestre de chaque année…

 

 

Mentions relatives aux Lespinay de Plessé dans les registres de Sainte-Croix de Nantes

 

Brience Pinart, épouse de Jean III de Lespinay, mère de Renée, Jean IV, Marie et Henriette, qui suivent :

1488, 21 [30 ?] avril, b. Françoise fille de Jehan Blanchet et Isabeau [de Kernerret] sa femme, parrain Guillaume Marbré, marraines Jehanne [Picart] femme de Pierre Guyhou et Brience [Pinart] veuve de deffunct Jehan de Lespinay [grand-mère de Jehanne Picart ?].

 

Renée de Lespinay, épouse de Jean Spadine et fille aînée :

1481, 17 (?) février, b. Guillaume fils Symon Bergere et Marguerite sa femme, parrains Guillaume de Foretz et Michel Chevreau, marraine Regnée [de Lespinay] femme Jehan Spadine.

1481, 11 septembre, b. René fils de Lorens Denyau [?] et Honorée sa femme, parrains Macé Le Feuvre et Jehan Bus, marraine [Renée de Lespinay] femme Jehan Spadine.

1483, 29 janvier, b. Jehan fils Jehan Glesguen dit Rostelain et Perrine sa femme, parrains Jehan Perot et Guillemin Laurens dit Le Picart, marraine Regnée [de Lespinay] femme Jehan Spadine.

1484, 29 avril, b. Pierre fils Oudin Floury et Taneguye sa femme, parrains Pierre Guiolle et Gilles Macerel, marraine Regnée [de Lespinay] femme Jehan Spadine.

1486, 15 décembre, b. Regnée fille Jehan Blanchet changeur et Isabeau de Kernarrech sa femme, parrain Thomas Riou, marraines Regnée [de Lespinay] femme Jehan Spadine et Perrine femme Jehan Blanchet.

 

Jean IV de Lespinay, trésorier général de Bretagne, fils aîné :

1508, 9 novembre, b. Jehanne fille Maistre François Ménardeau docteur en médecine et Gillete Spadine sa femme, parain Jehan de Lespinay trésorier général de Bretaigne, Marraines Gillette Picard femme de M. Guillaume Jehan lieutenant de Nantes et Françoise Marays femme de Maistre Olivier Bossard Sgr de St Michel.

 

Marie de Lespinay, épouse de Pierre Guyolle :

1483, 29 juillet, b. Artur fils Jehan Dupré alias Harqret [?] et [?] sa femme, parrains Mestre Artur Jacques aulmonier de la duchesse et Jehan Celier le jeune, marraine Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyole.

1485, 14 mai, b. Yves fils Eudin Flory et Taneguye sa femme, parrains Yvon Guyole et Alain Collin, Marraine Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyole.

1486, 10 septembre, b. Isabeau fille de Thebault Coutart et Honorée sa femme, parrain mestre François Pastourel, marraines Marie [de Lespinay] femme de Pierre Guiole et Isabeau [de Kernerret] femme Jehan Blanchet.

1486, 7 octobre, b. Marie fille Guillaume Cotineau et Geffrionne sa femme, parrain Louys de Saincte Clave [Flaive], marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle et Isabeau [dite Kernereuc, le 6.12.1489] femme Jehan Blanchet changeur.

1487, 20 août, b. Pierre fils Vincent [blanc] et Jacquette sa femme, parrains Pierre de Troye et Jehan Guychart alias Petit, marraine Marie de Lespinay femme Pierre Guiolle.

1487, 9 décembre, b. Perrine fille Jehan Guychart et Jehanne Pouteau sa femme, parrain Pierre de Sobo barbier et varlet de chambre du duc, marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle et Olive de La Chasse femme Pierre Le Breton.

1488, 17 juillet, b. Marie fille Jehan Pouteau et Jehanne sa femme, parrain Thomas Spadine, marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle et Collette [Quatrans] femme Yvon Guyolle.

1489, 20 janvier, b. Marie fille Jehan Blanchet et Isabeau [de Kernerret] sa femme, parrain [blanc], marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle et Julienne Michel femme Robert de Vaulx.

1490, 22 janvier, b. Marie fille Pierre Mahé et Françoise Picart sa femme, parrain Jehan Provost, marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle et Aliénor femme Raoulet Raboceau.

1490, 16 novembre, b. Jehan fils Jehan Jacquet et Yvonne [?], sa femme, parrains Jehan de La Follie et Geffroy Herbert, marraine Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyolle.

1491, 16 octobre, b. Marie fille Jehan Raboceau et Amice [Jarnigon] sa femme, Parrain Maistre Guillaume Larchier Dorais [?] de Clisson, Marraines Marie [de Lespinay] femme Pierre Guyole et Magdalene [Taupier] femme Pierre Raboceau.

1491, 25 décembre, b. Jacquette fille Jehan Spadine et Ysabeau Picart sa femme, parrain Jehan Picart [grand-père ?], marraines Marie de Lespinay femme Pierre Guyolle et Jehanne Picart veuve Pierre Guyhou.

1492, 5 septembre, b. Marie fille Thomas Catrans et Jehanne sa femme, parrain Gilles Chaudet, marraines Marie [de Lespinay] veuve de Pierre Guyolle et Isabeau Picart femme Jehan Spadine le jeune [en fait « l’aîné »]

1493, 16 janvier, b. Jehanne fille maistre Pierre de La Follie et Marie sa femme, parrain maistre Robert de La Follie, marraines Jehanne femme maistre Olivier Lorens et Mais. Marie [de Lespinay] femmeveuve feu Pierre Guyolle. [Jean Coué, « beau-frère » de Marie de Lespinay, veuf de Jeanne Robellot, s’est remarié avec Jeanne de La Folie] [barré]

1493, 29 décembre, b. Marie fille Guillaume Prau [Piau ?] et Raoulette Costart sa femme, Parrain Jehan Crochon, Marraines Marie [de Lespinay] veuve feu Pierre Guiolle et Jehanne femme Thomas Cotart [ou Costart].

1494, 30 mars, feste de Pasques, b. Catherine fille Pierre Soboth [= Sabaoth] et Aliénor sa femme, parrains Bernard [Léonard ?] de Sardaigne, marraines Catherine [du Boul] femme Collinet de Marcy et Marie [de Lespinay] veuve de feu Pierre Guiolle.

1495, 11 février, b. Marie fille François Nycolle et Perrine sa femme, parrain Maistre Symon de Brouille [ou Broville], Marraines Marie de Lespinay veuve Pierre Guyolle et Jehanne Orbonneau femme Jehan Anisan dit de Bleing.

1495, 30 juin, b. Jehan fils de Guillaume Le Boursier et Jacquemine de La Forest sa femme, Parrains Jehan Le Roy et Gilles Tremblay, Marraine Marie de Lespinay veuve de Pierre Guiolle.

1496, 16 mars, b. Artuze fille de Jehan Poulaille et Marie Le Court sa femme, parrain noble hom Artur de Loyon Sgr dud. lieu, marraines Marie [de Lespinay] veuve de Pierre Guiolle et Jehanne femme de Thomas Coustart [ou Costart].

1496, 24 avril, b. Pierre fils Julien du Vergier [maistre des Monnayes de Nantes, le 11.07] et Jehanne Picart sa femme, Parrains Pierre Mahé [époux de Françoise Picart, sœur probable de Jehanne] et Nicolas Du Val [fils de Louise de Becdelièvre], marraine Marie [de Lespinay] veuve de feu Pierre Guyolle.

1497, 3 juin, b. Françoise Derien fille Mess. Henry Derien secrétaire du Roy et Jehanne de Bouteville sa femme, parrain Me Jehan Lasnier recteur de la prévosté de Nantes, Marraine Françoise Lorans femme de Mestre [blanc] Pierre de Ploermel et Marie [de Lespinay] veuve de feu Pierre Guyolle.

1497, 9 août, b. Georgette fille Pierre de Saboth [Sabaoth] et Alioneur sa femme, parrain Vincent Guyto, marraines Georgette femme Suplice [Sulpice] Lasné et Marie [de Lespinay] veuve Pierre Guyole.

1500, 29 août, b. Gilles Spadine fils maistre Gilles Spadine et Gillette Picart sa femme, parrains Pierre Picart et Maistre Benoist Seillardin [Teillardin], marraine Marie de Lespinay.

1503, 19 juin, b. Marie fille de Guillaume Prau [Piau ?] et Colette sa femme, parrain Pierre Boulart, marraines Marie [de Lespinay] veufve de Pierre Guyole et Marie femme de Guyon Guyole.

1503, 10 septembre, b. Marie fille de Anthoine Maucompuert [?] et Perrine sa femme, marraines Ysabeau femme de Guillaume Cousin et Marie [de Lespinay] veufve de Pierre Guyole.

1504, 11 février, b. Louis fils de Guillaume Cousin et Ysabeau sa femme, parrains Louis Main et Guillaume Moysen, marraine Marie de Lespinay veuve de Pierre Guyole.

1504, 12 février, b. Claude fils Bertran Geslin et Guillemette sa femme, parrains Jacques de La Touche Sgr de ….…[?] et Jehan Boulin [?] appoticayre, Marraine Marie de Lespinay veuve de Pierre Guyole.

1508, 2 janvier, b. Guillemette fille M. Bonabes Blanchart et Jehanne sa femme, parrain M. Guillaume Le Bastle, Marraines Marie [de Lespinay] veuve feu [blanc] Guyole et Ysabeau [Picart] femme de Jehan Spadine Compterole de Nantes.

1508, 18 octobre, b. Marie fille de Artur Apvril et Guillemette sa femme, parain Guillaume Anysan, Marraines Marie [de Lespinay] veuve de Pierre Guyolle et Ysabeau [Picart] femme de Jehan Spadine Compterolle de Nantes.

1509, 15 août, b. Jehanne et Marie enffans de Jehan Rogays et Jehanne sa femme, parrain de Jehanne : Mathurin Cotineau, marraines Gillete femme de Allain Boursier [Bouchier ?] et Gaspardine veuve de Pierre Cotineau. Parrain de Marie : Pierre Le Boeran [?], marraines Marie de Lespinay veuve de Jehan [pour Pierre ?] Guyole et Marie femme de Jehan Louys [?].

 

Henriette de Lespinay, épouse de Jean Picart :

1482, 5 février, b. Jehan fils Guillaume Guillemin et Marie sa femme, parrains Maistre Jehan Mercier et maistre Jehan Rogier, marraine Henriette de Lepinay femme Jehan Picart.

1488, 3 juin, b. Gilles Cotineau fils de Guillaume Cotineau et de Geffrionne de Betre dit Malo sa femme, Parrains Gilles Thomas et Estienne de Moutery [?], Marraine Henriette de Lespinay femme Jehan Picart.

1497, 23 mai, b. Henriette fille Guillaume Spadine Sgr de La Mainguyaye et Françoise Rouxeau sa femme, parrain Leonart de Sardayne Sr du Fort, marraines Henriette [de Lespinay] femme Jehan Picart et Guillemette femme Herguy Friconneau.

1499, 17 août, b. Guillemette fille Julien du Verger maistre de la monnaie de Nantes et Jehanne [Picart] sa femme, parrain maistre Guillaume Larchet doyen de Nantes, marraines Henriette [de Lespinay] femme Jehan Picart et Ysabeau [Picart] femme Jehan Spadine.

 

Les enfants de Jean IV de Lespinay :

1494, 2 juin, b. Jacques fils Jehan Blanchet et Ysabeau [de Kernerret] sa femme, parrains Jehan Prevost et Jehan de Lespinay, marraine Catherine [du Boul] femme Colinet de Marcy.

1502, 27 octobre, b. Ysabeau fille M. Gilles Spadine et Gillete [Picart] sa femme, parrain Guillaume de Lespinay, Marraines Ysabeau [Picart] femme Jehan Spadine et Henriette Picart fille Jehan Picart [et Henriette de Lespinay].

1507, 5 juillet, b. Claude fils Guillaume Loysel maistre de la monnaie et Guillemette sa femme, parrains maistre Robert de Comenan receveur de Crozon et Mathurin Bault, marraine Guillemette [Moulnier] femme de Guillaume de Lespinay.

Abel Rouaud, époux de Jeanne de Lespinay, est cité trois fois : en 1524, 1529 (baptême réunissant des parents : Blanchet, Spadine, Ménardeau, Rogon) et 1530.

 

             Ces divers baptêmes montrent des rapports privilégiés avec les Blanchet (les deux Jean et Charles), les Guyolle, Picart, Ménardeau, Spadine, du Vergier. Brience Pinart est marraine en 1488 avec sa petite-fille Jeanne Picart et Guillaume de Marbré, beau-père de son petit-fils Jean V. Jean IV est parrain en 1508 de Jeanne Ménardeau (arrière-petite-fille de Renée de Lespinay sœur de Jean IV) avec sa nièce Gillette Picart, grand-mère de la baptisée. Guillaume fils de Jean IV de Lespinay est parrain en 1502 d’Isabeau Spadine fille de sa cousine Gillette Picart, alors que son épouse Guillemette Moulnier est marraine en 1507 de Claude Loysel (demi-)frère aîné de François Loysel qui épousera en 1531 Françoise du Chaffault, belle-sœur d’un autre Guillaume de Lespinay, petit-fils de Jean IV. Ces diverses familles comprennent des receveurs, un miseur, un banquier ou changeur, un procureur, deux maîtres des monnaies, un professeur de médecine, de petite noblesse et de petite bourgeoisie mélangées. Comme sa nièce Isabeau Picart, Marie de Lespinay épouse de Pierre Guyolle est de nombreuses fois marraine à Ste-Croix (30 mentions notées) entre 1483 et 1509, dont au moins 18 fois avec des parents et amis connus (Guyolle, Costart-Parageau de Plessé, Blanchet, La Chasse, Spadine, Quatrans, Mahé, Raboceau, La Follie, Picart, Laurens, du Vergier, Blanchart, Avril), le plus souvent mêlés à la finance bretonne. C’est dans ce milieu, très nantais, bourgeois ou de noblesse récente, que le trésorier général Jean IV de Lespinay, tuteur des sœurs du Chaffault, marie Catherine du Chaffault (qui épouse Christophe Brécel en 1520) et que son petit-fils Guillaume marie Françoise du Chaffault (qui épouse François Loysel en 1531), sœur de Catherine.

 

Liens de parenté entre plusieurs familles ci-dessus

(hypothèse)

 

 

Voir extraits des registres : 1481-15091510-1535, 1536-1557.

 

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 10:46
Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (7)

Les Spadine

Avec la famille Spadine, nous continuons en réalité l’examen du réseau des affins Robellot. En effet, si aucune trace d’influence de la famille Pinart n’est visible dans les parentèles constituées par les alliances des Lespinay dans la deuxième moitié du XVe siècle et au XVIe siècle, par contre l’influence Lespinay-Robellot y transparaît nettement. On ne peut séparer les affins Robellot de ceux des sœurs et des enfants du trésorier. Mais c’est en étudiant la parentèle Spadine que l’on voit le mieux la mise en œuvre de relations sociales et familiales étroites entre bourgeoisie et noblesse du grand Ouest français (Bretagne, Normandie, Anjou, Poitou, avec un détour en Touraine) dont la construction a commencé au XVe siècle et qui se consolident en Bretagne nantaise au XVIe siècle et au cours des siècles suivants. En effet, les familles observées d’une part essaiment dans tout l’Ouest de la France et d’autre part s’allient à des familles non bretonnes venues faire fortune en Bretagne sous le règne des derniers ducs, puis à l’instigation d’Anne de Bretagne et des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier. En outre, on va souvent retrouver des noms de familles rencontrés dans la parentèle Robellot et dans les relations professionnelles des Lespinay.

               La descendance de Jean du Chaffault a été aussi construite en grande partie par Jean IV de Lespinay, en lien étroit avec le réseau Robellot et le réseau Spadine : nous la traiterons à part. À partir des années 1480, les sources deviennent nombreuses, en particulier celles qui proviennent des premiers registres paroissiaux de Nantes, conservés partiellement. Grâce à ces registres, nos connaissances sur les relations entre personnes et familles s’accroissent considérablement. 

Une famille noble de Carquefou et de Nantes

               Les Spadine sont originaires de Carquefou près de Nantes, où ils sont seigneurs du Housseau et de La Mainguays. Ils sont aussi paroissiens de l’église Saint-Croix de Nantes, et souvent mentionnés dans les registres de cette paroisse. Certains auteurs ont imaginé que les Spadine étaient d’origine écossaise, leur nom s’écrivant aussi Spadinc (erreur de lecture ?) et ressemblant à Spalding (Marquise de Lespinay, 1937, p.68). Avec la même imagination, comme à propos des Guiolle et des Carheil, d’autres auteurs en ont fait des marchands italiens originaires de Gênes (Kerhervé, 1986, p.646-647), ou des marchands espagnols installés à Nantes (Le Page, 1997, p.386 : « importante famille marchande d’origine espagnole installée à Nantes depuis le règne de Jean V ») au début du XVe siècle. Les Spadine comparaissent à la réformation de la noblesse bretonne en 1429 pour Carquefou en la personne de Pierre Spadine, procureur de Nantes, seigneur de La Mainguays (source Joseph de Goué, Une paroisse bretonne, Carquefou. Son histoire et ses seigneuries, Nantes, Héron-Mesnier, 1912, 167p.). En 1423, « noble homme » Jean Spadine seigneur du Housseau est procureur des nobles, bourgeois, manants et habitants de la Ville de Nantes. En 1462, son petit-fils Jean l’aîné témoigne dans une enquête de Jean des Roussières, lieutenant de Nantes, relative aux fermiers de la traite des fardeaux (Marquise de Lespinay, 1937, p.69) ; en 1470, il rend aveu du Housseau au Prieur de La Madeleine ; bien que figurant parmi les nobles de Carquefou, il est mentionné en 1477 comme « marchand et bourgeois de la Ville de Nantes » (Bibl. Mun. Nantes, fonds Bizeul, n°1684). C’est ce « Jean l’aîné » qui épouse ca.1465 Renée de Lespinay, sœur du futur trésorier général de Bretagne. En 1480-1483, les Jean Spadine l’aîné (époux de Renée de Lespinay) et le jeune (époux d’Isabeau Picart) sont fermiers de la prévôté. Le Livre Doré de l’Hôtel-de-Ville de Nantes (1890, p.65-81) mentionne les Spadine à plusieurs reprises : 1492 (Thomas et Jean Spadine le jeune), 1499-1503 (Guillaume et Jean Spadine, avec Pierre Picart miseur de Nantes), 1503-1506 (Jean Spadine, miseur), 1513 (Jean Spadine, contrerolle), 1514-1517 (Jean Spadine miseur), 1517-1520 (Jean Spadine cité avec Guillaume Moulnier), 1523 (Jean Spadine, procureur des bourgeois, nobles, etc.). 
                Les liens Lespinay-Spadine semblent particuliers. En effet, Renée de Lespinay, fille de Jean III et de Brience Pinart, épouse Jean Spadine vers 1465, et deux de leurs fils, Jean et Gilles Spadine, épousent vers 1485 deux sœurs Isabeau et Gillette Picart. Or, Henriette de Lespinay, sœur de Renée et de Jean IV, partage en 1507 avec les héritiers de Jean Picart (frère ou père d’Isabeau et de Gillette ?), ce qui laisse supposer qu’elle avait des liens particuliers avec les Picart, peut-être comme femme de Jean Picart ou d’un membre de sa famille. Isabeau et Gillette Picart pourraient donc être aussi bien ses nièces que ses propres enfants[1]… C’est l’alliance Lespinay-Spadine, comme on l’a vu, qui permet de prouver que Jean IV, Renée, Marie, Henriette et Guillaume de Lespinay sont les enfants de Jean III de Lespinay et de Brience Pinart. Les documents successoraux montrent : 1) que Renée est fille de Jean III et Brience, héritant des terres du Guiniou à Plessé, 2) que Marie, veuve Guyolle, chez qui a lieu le partage successoral en 1500, est sa sœur, 3) que Henriette, partageant avec les Picart parents des Spadine, est aussi sa sœur, 4) et par déduction que Jean IV et son frère Guillaume sont aussi ses frères. D’après les documents Spadine, Jean IV a donc au moins un frère vivant en 1500 ; s’agit-il de Guillaume dont on n’entend plus parler depuis 1468 ou d’un autre ? Le partage a lieu le 12 juin 1500. Le 16 juillet 1500, Renée et son mari sont déjà décédés, probablement des suites de la peste qui sévit alors à Nantes. 

Les Spadine

  Jean II    ═ Guillemette                      Jean

de Lespinay  du Guiniou                     Spadine

       │                                                (1423)

       │                                                    │

  Jean III    ═  Brience                         Pierre

de Lespinay    Pinart                          Spadine

  (+1465)       (+1500)                            │

       ├───────────────┐                 ├───────────────┐

  Jean IV  ═ Bertranne      Renée    ═   Jean                        Guillaume ═ Françoise

de Lespinay  Robellot   de Lespinay    Spadine                       Spadine       Rouxeau

  (+1524)                       (+1500)      (+1500)                             │

                                   ┌───────┬──┴──┐                ┌────┴┬──────┐

                                Jean         Gilles       Jeanne          Jean (?)   Thomas ( ?)  Henriette

                              Spadine    Spadine     Spadine       Spadine      Spadine       Spadine

                           ═ Isabeau    (+1512)   ═ Guillaume                                     (née 1497)

                               Picart      ═ Gillette     de Carheil

                                                 Picart

                      ┌─────┬───┴─┬─────┬──────┐

                  Gillette        Françoise        Gilles        Raoullette   Marguerite

                (née 1490)   (née 1495)    (né 1500)    (née 1504)    Spadine

                ═ François    ═ Alain de      ═ Yvonne    ═ Charles    ═ Robert (de)

                Ménardeau   La Bouexière   Percherel     Blanchet       Trégouët


Jean Spadine le jeune, l’aîné des fils de Renée de Lespinay, époux d’Isabeau Picart, est parrain le 12 novembre 1492 à Ste-Croix de Nantes de Thomas fils de Jean Spadine seigneur de Beauvoys et de Marguerite [ ? ].  Il est mentionné dans le registre de St-Nicolas de Nantes (Arch. Mun. Nantes GG 168) au baptême le 6 août 1503 de Jean fils de Consuelo [Gonsalvo] de Complude et de Guydone [Guyonne] Le Goutz [Le Gouz], les parrains étant maître Raoul de Gamour, avocat à la Cour, et Jacques Huet, sieur de La Belière, et la marraine Isabelle [Picart] femme de Jean Spadine. Jean de Complude épousera Françoise d’Astoudelle et sera le père de Bonaventure de Complude (1532-1584), maire de Nantes. Il semble que la même Guyonne Le Gouz, fille de Raoul Le Gouz, ait épousé en premières noces Alonso de Mirande en 1496, dont elle a eu Jeanne née en 1499.

Gilles Spadine, deuxième fils de Renée de Lespinay, né vers 1470, a au moins cinq enfants de Gillette Picart sa femme qu’il épouse vers 1489. L’aînée, Gillette [alias Marguerite ? in Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay…, p.72] (née en 1490, baptisée à Sainte-Croix en présence de sa grand-mère Renée de Lespinay le 12 juillet), épouse ca.1506 François Ménardeau, fils d’Etienne et de Marguerite de La Rairie, d’une famille très liée aux familles de l’administration bretonne, bourgeoises et nobles, mais aussi aux Lespinay, aux du Chaffault et à leur parentèle, comme le révèlent en particulier les registres paroissiaux nantais (cf. plus loin). La deuxième, Françoise (née en 1495), épouse Alain de La Bouexière, procureur de la Chambre des comptes de Nantes, dont elle eut au moins deux enfants : Olivier et Anne. Le troisième, Gilles (né en 1500), époux d’Yvonne Percherel, fait partie en 1546 des héritiers de Jean Hux l’aîné (1499-1544), maître des comptes, son beau-frère, époux de Françoise Percherel. Sa sœur Raoullette (née en 1504) épouse Charles Blanchet, d’une famille que nous connaissons déjà. Enfin, Marguerite épouse Robert (de) Trégouët.

                Jeanne Spadine, troisième enfant de Renée de Lespinay et de Jean Spadine, a pu naître ca. 1490, soit 20 ans après ses frères ; elle épouse en 1511 Guillaume de Carheil (+1532), voisin des Lespinay à Plessé. Sa descendance va s’allier dans les mêmes familles que celle de son frère Gilles. Curieusement, elle se marie cinq ans après sa nièce Gillette Spadine et plus de 20 ans après ses frères... Ne serait-elle pas plutôt la petite-fille de Renée de Lespinay ?

 

               C’est la Marquise de Lespinay (Jehan de Lespinay, Thrésorier de Bretagne, 1937, p.69, 70 et 73) qui suggère que Guillaume Spadine, époux de Françoise Rousseau ca.1480 (dont il aurait eu deux fils et une fille), est le frère cadet de Jean l’aîné. Ses fils sont probablement un autre Jean dit aussi « le jeune », époux de Marguerite, père de Thomas (baptisé en 1492), et Thomas Spadine, tous les deux nés au début des années 1470. La fille est Henriette, baptisée en 1497, fille de Françoise Rousseau (ou Rouxeau). Guillaume Spadine, né vers 1455-1460, pourrait-il être un fils de Jean Spadine l’aîné, né vers 1440-1445 ? C’est peu probable, au vu des mentions qui les concernent dans les registres paroissiaux. En outre, la descendance de ses trois enfants n’apparaît pas dans les relations des générations suivantes, peut-être aussi parce qu’ils n’auraient pas eu de descendance.
 

Les Spadine dans les registres paroissiaux

                Les registres paroissiaux nantais nous fournissent énormément de données : relations de parenté (et nombreuses familles recomposées…), relations sociales (mais aussi de parenté) avec la mention des parrains, des marraines et des titres, des fonctions et des seigneuries des personnes nommées. Il est difficile de résumer tout cela. Nous allons en donner un aperçu et faire quelques reconstitutions de parentés « consanguines » et de parentés « par alliance » qui forment ensemble des parentèles ou des réseaux à la fois d’affins et d’affinités. L’étendue de nos informations provient essentiellement du fait que les familles concernées sont devenues nantaises en grande partie et que leurs principaux événements familiaux sont recensés dans les anciens registres paroissiaux de Nantes qui ont été conservés et nous sont ainsi accessibles, contrairement aux registres de Plessé, de Carquefou ou d’ailleurs pour la même époque. On y voit que les « ennemis » du trésorier Jean IV de Lespinay et de son petit-fils Guillaume (en particulier Alain de La Bouexière, François de Trégouët, Pierre Laurens) leur sont fort proches et partagent avec leur parenté de nombreuses fêtes familiales. Dans les années 1490, Jean IV de Lespinay était en procédure contre Jean de Carheil, père de Guillaume, mari de Jeanne Spadine sa nièce.

                 Voyons tout d’abord les baptêmes des Spadine et de leur descendance : ils ont tous lieu à la paroisse Sainte Croix de Nantes. Le 12 juillet 1490 est baptisée Gillette fille de Gilles Spadine et de Gillette Picart, en présence de sa grand mère Renée de Lespinay. Le 12 novembre 1492 est baptisé Thomas fils de Jean Spadine sieur de Beauvoys et de Marguerite [ ?], avec comme parrains Thomas Ernault et Jean Spadine [fils de Renée de Lespinay], et comme marraine « G. femme Jean Leclerc » [médecin de la duchesse]. En 1497 est baptisée Henriette fille de Guillaume Spadine seigneur de La Mainguaye et de Françoise Rouxeau. 
                 Parmi les enfants de François Ménardeau et de Gillette alias Marguerite Spadine, notons : en 1508 Jeanne (parrains Jean IV de Lespinay trésorier général de Bretagne, Guillaume Jehan lieutenant de Nantes) ; en 1510 Anne (parrain François Lespervier sieur de Briort ; marraines Anne du Chastelier femme du chancelier de Bretagne [Philippe de Montauban] et Jeanne de Caradreuc) ; en 1512 Marguerite (marraines Thomase [ ? ] femme de Jean Gabart et Françoise [femme d’Alain de La Bouexière] fille de feu Gilles Spadine) ; en 1513 Jean (parrains Jean Berthelot docteur aux droits, vice-chancelier de Bretagne, et Pierre Laurens procureur de Nantes ; marraine Marguerite Lespervier femme de Jean du Cellier sénéchal de Nantes) ; en 1514 Françoise (parrain Jean Spadine ; marraines Françoise [ ? ] femme de Guillaume Loysel et Jeanne [Raboceau] femme de Pierre Rogon) ; en 1516 Guillaume (parrains Guillaume Jehan lieutenant de Nantes et Guillaume de Carheil ; marraine Olive Bourneuf dame de Léraudière) ; en 1517 Pierre (parrains Pierre Pillays et Jean Spadine ; marraine Françoise Spadine femme de Bonabes Blanchart). Parmi les baptêmes des enfants du deuxième mariage de François Ménardeau avec Marie Ernault, notons : en 1522 Arthur (parrains Arthur Ernault, François Bergeot ; marraine Gillette Picart veuve de Guillaume Jehan) ; en 1523 Françoise (parrain Jean Ernault frère de la mère ; marraines Gillette Lespinay femme de Pierre Avignon et Françoise Donnay femme de Sire Arthur Avignon) ; en 1524 Jeanne (parrain Guillaume Avignon [époux de Madeleine Raboceau] ; marraines Jeanne Giron femme d’Etienne Ménardeau et Raoullette [épouse de Charles Blanchet] fille de feu Gilles Spadine) ; en 1529 François, fils posthume (parrains Jacques Hubert et Arthur Avignon ; marraine Thomine fille de François Ernault). Jacques Hubert, sieur de La Thébaudière, époux d’Anne Ménardeau (fille de Gillette Spadine), parrain de François Ménardeau, est devenu clerc secrétaire greffier à la Chambre des comptes sur résignation de Jean Parageau en 1524, charge qu’il conserva jusqu’à son décès en 1545 ; en 1523, il avait été commis par Jean IV de Lespinay à la place de Pierre Cosnoal à la ferme des ports et havres (D. Le Page, 1997, p.604-605).

La parenté Spadine – Ménardeau


Cette généalogie reconstituée à partir du registre des baptêmes de Ste-Croix de Nantes ne correspond pas du tout à la généalogie « sur titres » établie par La Chenaye-Desbois & Badier (1868, t.13, col. 615-624), où l’on fait exister la « famille noble & ancienne » des Ménardeau depuis 1272. Pierre Ménardeau, procureur général de la Chambre des comptes de Bretagne, époux de Renée Gabart, est dit fils de Pierre, maître des comptes, et de Hélène de Brécel fille de Louis sénéchal de Nantes, lui-même fils de François Ménardeau et de Renée-Françoise-Perrine Le Porcher [au lieu de Perrine Poher], qui est le fils de Jean-Baptiste-Ambroise Ménardeau, vivant en 1488, fils de Jean-Baptiste-César, etc. [2] En fait, il y a eu confusion entre plusieurs personnages. On ne retrouve pas trace d’un mariage Brécel (peut-être une Hélène Brécel, soit fille de Catherine du Chaffault et de Christophe Brécel, soit nièce de ce dernier, qu’un Pierre Ménardeau épouse en secondes noces vers 1550 ?). On y apprend néanmoins que François époux de Perrine Le Porcher [Poher] aurait eu deux autres frères : Noël, chef de la branche de Beaumont en Guyenne (qui existe en effet), et Jacques « seigneur du Housseau » (terre des Spadine), +1539, époux de Perrine d’Harouis, auteur de la branche de la Bouchetière (qui existe aussi), et dont le fils Pierre épouse Catherine Hus (elle est née en 1587 !), fille de Gabriel Hus trésorier des États de Bretagne. Or c’est Pierre Ménardeau, fils de Gillette Spadine qui est seigneur du Housseau, terre reçue de sa mère, et Pierre Ménardeau fils de Jeanne Hux qui est l’auteur de la branche de la Bouchetière. Il est possible qu’il y ait eu un Jacques Ménardeau et une alliance Harrouys, mais le Jacques mentionné ici est en fait François Ménardeau époux de Gillette Spadine. Les frères (probables) François et Étienne Ménardeau, fils d’Étienne et de Marguerite de la Rairie sont oubliés, alors qu’ils sont les ancêtres de tous les Ménardeau ultérieurs… Si les titres sont peut-être exacts, la filiation proposée ne l’est pas. Cela devrait obliger à vérifier avec soin, ce qui n’a pas été fait ici, la filiation des descendants d’Étienne Ménardeau et de Jeanne Giron.

Le 16 octobre 1527, Gilles fils de Maître Charles Blanchet, secrétaire à la chancellerie de Nantes, et de Raoullette Spadine (mariés ca. 1526) a pour parrains Me Guillaume de Carheil et G. Moraud sieur de La Perrière, et pour marraine sa grand-mère Gillette Picard dame de La Nicollière en St-Philbert [veuve de Gilles Spadine puis de Guillaume Jehan, lui-même veuf de Marie Aubin]. En 1528, sa sœur Anne a pour parrain Abel Rouault écuyer, sieur de Tréguel [époux de Jeanne de Lespinay, fille du trésorier], et pour marraines Anne fille de François Ménardeau et Françoise Rogon ; en 1529 son autre sœur Marguerite a pour parrain Olivier de La Bouexière, docteur es droits, procureur du roi en la Chambre des comptes de Bretagne, et pour marraines Marguerite et Françoise « les Ménardeaux ». Le 7 septembre 1525, Pierre fils de Guillaume de Carheil et de Jeanne Spadine (mariés en 1511) a pour parrains Maître Pierre Laurens, seigneur de Launay, procureur de Nantes, et René de La Serpaudaye (cousin de Guillaume de Carheil), la marraine étant Olive Le Roux (Arch. Mun. Nantes, GG414, 1513-1535). Pierre Laurens nous est connu, comme allié des Moulnier ou à propos des poursuites intentées contre Guillaume de Lespinay.

De 1534 à 1552, se suivent les baptêmes des 12 enfants connus de Gilles Spadine (né en 1500, fils de Gilles et de Gillette Picart) et d’Yvonne Percherel [ou Pescherel]. Parmi les parrains et marraines citons : 1534 Guillaume Laurens procureur de Nantes et Isabeau Picart ; 1535 Jean Hus [ou Hux] l’aîné, Jean Hus le jeune receveur de Nantes et Françoise Spadine femme d’Alain de La Bouexière, procureur de la Chambre des comptes ; 1536 Alain de La Bouexière et Françoise Percherel ; 1537 Jean de Carheil et Gillette Dessefort ; 1539 Pierre d’Acigné, chanoine de St-Pierre de Nantes, Jean Percherel et Marguerite Spadine femme de Robert Trégouët ; 1540 Jean de Langle, lieutenant de Nantes, Jeanne Mauléon épouse de Jacques de Châteautro sénéchal de Cornouaille et Jeanne de Trégaranteuc (fille de Pierre, petite-fille de Jean, commis de la recette de Ploermel de 1499 à 1520) ; 1541 François Gabart, Pierre Guischard (époux de Françoise Ménardeau) et Anne Ménardeau femme de Jacques Hubert ; 1543 Jean Laurens (époux de Jeanne Gabart, sœur de François), Pierre Ménardeau et Jeanne [Guéheneuc] de Juset femme de Jean de Langle sénéchal de Nantes ; 1544 Etienne Ménardeau, Françoise Ménardeau femme de Pierre Guischard et Anne Blanchet ; 1546 Françoise de Trégouët (fille de François et de Françoise Ménardeau) et Anne de La Bouestière [Bouexière] ; 1547 Audebert Touzelins receveur des fouages (commis de Pierre Touzelin, famille originaire de Tours), Vincent Jolivet, Jeanne Marqueraye femme de Jean Alain ; 1552 Gabriel [Guéheneuc] de Juzet procureur de Nantes, Guillaume Mortier et Jeanne Gabart femme de Jean Laurens. Parmi les baptêmes des enfants de Jean Spadine (né en 1535) et de Perrine Poher [ou Poyer, Pohet, Pohier], on note : en 1560 Gilles (parrains Gilles Spadine sieur de La Nycolière (son grand-père) et Alain Eubert [Hubert] « l’esné », sieur de La Thébaudière (fils de Jacques et d’Anne Ménardeau) ; marraine damoiselle Jeanne Poher dame de La Chevallerays) ; en 1561 Isabeau (parrain Jean Jallier sieur de La Renaudière, fils de François, receveur de Nantes, et de Marguerite Poullain ; marraines Isabeau de La Bouessière et Jeanne Spadine) ; en 1565 Yvonne (marraines Marguerite de Trégouët, fille de François de Trégouët sieur de Carmahéas, et Yvonne Percherel sa grand mère, femme de noble homme Gilles Spadine, sieur de La Nicollière ; parrain Claude Guyhéneuc sieur de La Selle, alloué des régalles de Nantes) ; en 1566 Marguerite (parrain noble homme [ ? ] Sorel [Soret], auditeur des comptes de Bretagne ; marraines damoiselle [Marguerite] Blanchet femme de noble homme Guillaume Le Maire, sénéchal de Nantes, et Françoise Spadine). Le registre de St-Clément de Nantes (Arch. Mun. Nantes GG13) complète celui de Ste-Croix avec le baptême le 20 août 1573 de Guillaume fils de noble gens Jean Spadine et damoiselle Perrine Pohel [Poher ou Poyer], sieur et dame de La Nicollière, avec comme parrains nobles gens Guillaume Lesnay, président au présidial d’Angers, second président du Parlement de Bretagne, et Guillaume Lemaire, sénéchal de Nantes, et comme marraine damoiselle Marguerite de Kermainguy femme de noble homme David Grimaud seigneur de Procé.

La descendance de Gilles II Spadine (à partir des registres), 1500-1600

Gilles     ═  Yvonne

Spadine    Percherel

 °1500

       ├─────────┬──────────┬──────────┐

Jean °1535         Guillaume °1534     Jeanne °1540         Gilles °1546

Perrine              Alain °1536           François °1541     Audebert °1547

    Poyer                Gilles °1537          Jean °1543            Gabriel °1552

   (Poher)              Pierre °1539          François °1544

       ├─────────┬──────────┬───────────┐

Gilles °1560           Artus °1563        Yvonne °1565        Guillaume °1573

Isabeau °1561       Julien °1564        Marguerite °1566   ═ 1603 Françoise

                                                                                                  de Roussillon



Parmi les autres baptêmes Ménardeau, on note comme parrains en 1553 Olivier de La Bouexière, seigneur dudit lieu ; en 1555 Guillaume Le Maire juge au Présidial de Nantes « époux de damoiselle Marguerite Blanchet » ; et comme marraines en 1555 Françoise de La Chasse [veuve de Jean de La Rivière (+1552), successeur de Guillaume de Lespinay à la Chambre des comptes] femme de noble homme Tristan de Saint-Martin, et Françoise Hubert. À noter aussi en 1556 le baptême de Pierre fils de François Ménardeau et de Perrine Poher [ou Poyer], sieur et dame de Ranzay, avec comme parrains Sire Pierre Poher ayeul et Pierre Ménardeau sieur de La Bouchelière frère du père, et comme marraine damoiselle Marguerite Spadine dame de La Maingays.

Quelques affins des Spadine


(A suivre…)


[1]  Il faudrait retrouver ce partage de 1507 pour en savoir plus (source non citée par la Marquise de Lespinay, 1937).

[2] La généalogie précise d’ailleurs que les premiers degrés ne sont pas prouvés et que la filiation est incertaine. Les prénoms multiples n’existant pas dans les registres des XVe et XVIe siècles, il est évident que ces premiers degrés sont faux. Quant aux trois « frères » François, Noël et Jacques, il s’agit d’un collage de trois individus de même époque (mais pas de même génération) dont on a fait des frères.


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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 10:26

Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (6bis)


Les Robellot (suite)

 

                Guéheneuc – Les Guéheneuc (alias Guyheneuc, Guiheneuc, Guehenneuc) habitent les paroisses de Fay (seigneurs de La Briançais) et de Guéméné-Penfao (seigneurs de Juzet), voisines de Plessé. La famille de Bertranne Robellot, épouse de Jean IV de Lespinay, avait des contacts avec plusieurs familles des évêchés de Vannes, de Saint-Malo, de Dol et même de Nantes, par la position particulière de la paroisse de Guer, où vivaient les Robellot au XVe siècle. Ainsi, quatre des enfants de Jean IV ont été mariés dans le réseau des Robellot : Moulnier (de Saffré, év. Nantes), avec Guillaume de Lespinay ; La Bourdonnaye du Couédic (de Carentoir, év. Vannes), Gaincru de La Touche (Ploërmel, év. Vannes), avec Marie de Lespinay ; Guéheneuc de Juzet (de Guéméné-Penfao, év. de Nantes), apparentés au Hudelor, avec Bertranne de Lespinay ; Hudelor (de Guer, év. St-Malo), apparentés aux Robellot par les du Plessix, avec Honorée de Lespinay. Avec les Guéheneuc de nouveaux liens apparaissent, la plupart extérieurs au monde des finances. Un Jean Guiheneuc est garde de l’horloge de la Ville de Nantes en 1443 (in Livre Doré de l’Hôtel-de-Ville de Nantes, 1890, p.73). Jean II Guéheneuc (+1518), sieur de Juzet, qui épouse Bertranne de Lespinay en 1513, est le fils de Pierre et de Jacquette Godus, et l’arrière-petit-fils de Jean I Guéheneuc qui avait épousé Marguerite Gauvain, puis Jeanne de Montauban (tante de Philippe et Marguerite de Montauban ?). Jean III Guéheneuc, fils aîné de Bertranne, épouse Françoise du Pé, et leur fils René (alias Jean) épouse Jeanne de Kermainguy, parente de François de Kermainguy l’alloué de Nantes ; sa sœur Jeanne épouse (ca. 1538) Jean de Langle ; son frère Claude épouse Jeanne Texier, leur fils Jean IV épousant en 1593 Louise de Callac, fille d’Olivier et de Jeanne du Gourvinec, petite-fille de Jacques (d’une famille de receveurs et de gens des comptes depuis plusieurs générations, avec François, ses fils Jacques et Pierre, Geoffroy fils de Pierre, Olivier fils de Jacques). Quant à Jean de Langle (1510-1590, lieutenant de Nantes puis conseiller au Parlement de Bretagne), il a de son troisième mariage en 1585 avec Françoise de Mareil un fils, Julien (conseiller au Parlement de Bretagne), qui épouse Yvonne Laurens en 1605 et dont le fils Julien épouse en 1642 Marie de Lespinay…

 

Jean Guéheneuc ═ Jeanne de Montauban

            │

François Guéheneuc ═ Guillemette Mol

            │

Pierre Guéheneuc                      Jean de Lespinay

1480 Jacquette Godus      ═     Bertranne Robellot

            │                                          │

Jean Guéheneuc     ═  1513      Bertranne de Lespinay

            ├─────────────────┬──────────────────┐

  Jean Guéheneuc           Claude Guéheneuc              Jeanne Guéheneuc

Françoise du Pé          ═ Jeanne Texier                   ═ Jean de Langle

            │                                   │                                    │

     René/Jean ═              Jean Guéheneuc ═ 1593       Julienne de Langle

Jeanne de Kermainguy      Louise de Callac             ═ François d’Aiguillon

 

 

                Mais les Guéheneuc ne sont pas des inconnus pour les Lespinay. Jean V de Lespinay, frère de Bertranne, a épousé auparavant une parente des Guéheneuc en la personne d’Hélène de Marbré. En effet, Françoise Guéheneuc, fille de Georges et de Marguerite de Montbourcher, épouse en 1466 Pierre Le Maistre sieur de La Garlaye, leur fils Jean épousant en 1490 Guyonne Blanchet, fille de César et de Julie de Talhouët. S’agit-il des mêmes Blanchet que ci-dessus ? C’est fort probable au vu des alliances importantes de cette famille. Quant à Pierre Le Maistre, il est le frère cadet de Roland, seigneur du Boisvert en St-Aubin-des-Châteaux, dont la fille Jeanne épouse Guillaume de Marbré, qui sera le beau-père de Jean V de Lespinay. Par ailleurs, un Lespinay épousera au XVIIe siècle une descendante de Pierre Le Maistre, fille de Louise Le Maistre et de Gabriel de Goulaine. Georges Guéheneuc semble être le frère cadet de Jean Guéheneuc époux de Jeanne de Montauban.

               Becdelièvre – Issu d’une famille d’apparence noble de Lohéac ayant probablement dérogé fin XIVe siècle, propriétaire de la sieurie du Bouéxic, Guillaume Becdelièvre, époux d'Anne Sorel (fille de Pierre, sieur de La Gélinaye en Carentoir, et de Marie Morio) et secrétaire du duc Jean IV, est anobli en 1442. Pierre Becdelièvre (+1504), 2e fils de Guillaume et Anne, sieur du Boisbasset, ancien trésorier général de Bretagne, est disgrâcié après la mort du duc François II en 1488 pour avoir pris le parti français, celui d’Anne de Beaujeu, régente de France. Ses biens sont saisis sur ordre de la duchesse Anne le 20 avril 1491... et lui sont restitués immédiatement après par le roi Charles VIII. Sa sœur avait épousé en 1466 Guillaume Robellot, beau-frère de Jean IV de Lespinay. On ne voit pas bien comment ce serait lui, alors en disgrâce, qui aurait appuyé la candidature de Jean IV de Lespinay à la trésorerie générale en 1489… Parmi les frères de Pierre Becdelièvre, Thomas épouse Perrine Gillot ou Gillet, dont un petit-fils Gilles épouse en 1520 Gillette de La Chasse et un fils, Etienne, épouse en 1502 Jeanne Dautye, fille de Clément Dautye et de Jamette Carré, dont Jean IV de Lespinay est le parrain ; Charles, sieur de Chavagnes et membre du conseil de la duchesse, épouse en premières noces Gillonne de Beaune, sœur de Jacques de Beaune intendant des finances de France (exécuté en 1527) et fille de Jean de Beaune (+1480), grand argentier des rois Louis XI et Charles VIII, et de Jeanne Binet ; en deuxièmes noces il épouse Pernelle de Dreux, membre d’une famille qui deviendra illustre sous le nom de Dreux-Brézé.
               Le tableau ci-après nous montre les alliances directes des Becdelièvre avec les familles Bourgneuf, Brillet, Challot, La Chasse, Beaune, Dautye et Robellot. Il faut y ajouter celle de Françoise Becdelièvre, sœur probable de Guillaume et belle-sœur de Jeanne Sorel, avec Jean Brillet, sieur de Laubinière, dont le fils Guyon épouse Anne Paynel de l’illustre famille de Bricqueville. Est-ce leur fils, un autre Guyon Brillet, qui épouse Françoise fille de Pierre Becdelièvre et de Jeanne Bourgneuf, et dans ce cas sa cousine issue de germaine ? C’est probable. Comme on l’a vu, presque toutes ces alliances touchent de près la finance et toutes les familles citées ont entre elles des parentés directes ou indirectes. Raoul Becdelièvre épouse en 1489 Guillemette Challot, fille de Jean Challot ou Challet qui épousa en 1475 Philippine du Pé, d’une famille de Bouguenais (près de Nantes) que l’on retrouve à plusieurs reprises parmi les alliés du réseau Lespinay-Parageau. Jean Challot, frère de Guillemette, et Perrine du Bois (qu’il épouse en 1500) ont un fils Jean qui épouse en 1527 Blanche Le Maistre, cousine des Lespinay. Michel Challet ou Challot fut fermier du billot de l’évêché de Rennes en 1508 avec Julien Lamy, associé à Gilles Carré.

 

Quelques alliances Becdelièvre

 

                           Thomas    ═   Mathilde

                         Becdelièvre     de Penhoët

                   ┌──   ───    ──┴─────────┐

   Jean  ═  Françoise                           Guillaume  ═ Jeanne

  Brillet    Becdelièvre                        Becdelièvre     Sorel

                          ┌───────┬─────────┴─┬──────────────┐

   Jeanne   ═   Pierre       Thomas   ═ Perrine   Charles   ═  Gillonne      Françoise ═ Guillaume

 Bourgneuf  Becdelièvre  Becdelièvre  Gillot   Becdelièvre de Beaune  Becdelièvre    Robellot

                    (+1504)     (+ca.1473)                                                        │

                          │              ├──────────────┐                               │

   Guyon  ═   Françoise     Raoul     ═ Guillemette  Etienne    ═ Jeanne      Rose   ═  Jean des

   Brillet      Becdelièvre  Becdelièvre    Challot    Becdelièvre  Dautye    Robellot   Roussières

                                          │

                                      Gilles       ═    Gillette

                                    Becdelièvre   de La Chasse

 

                À la mort de Jean IV de Lespinay le 30 juillet 1524, alors en charge de la trésorerie générale de Bretagne, plusieurs créanciers se présentent à la requête de Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier : au nom de la Chancellerie et du Conseil du Duché, Hervé du Quéleneuc (maître des requêtes, 1er président à la Chambre des comptes, exécuteur du testament du chancelier Montauban avec Jean IV de Lespinay en 1516), Gilles Le Rouge (maître des requêtes, président du Parlement), Louis des Déserts (maître des requêtes puis président du Parlement). Les autres créanciers sont : Gilles Carré, membre des réseaux Becdelièvre et Lespinay ; Pierre Thierry, aussi membre des réseaux Becdelièvre et Lespinay (Jeanne épouse de Jean Bourgneuf ; Michel, frère de Pierre, commis de Jean IV de Lespinay) ; Étienne Becdelièvre (neveu de Jean IV) et sa femme Jeanne Dautye (filleule de Jean IV) ; Anceau Botnier [(de) Botmeur], receveur de Huelgoat et Châteauneuf-du-Faou de 1517 à 1522 ; Alain de La Bouexière (procureur de la Chambre des comptes, cousin issu de germain par alliance de Guillaume de Lespinay), Guillaume de Lescouët et sa mère Marie de Foretz ; Pierre Avignon (fils de Guillaume et de Madeleine Raboceau, il fut commis de Jean IV de Lespinay) et sa femme [Gillette Lespinay] ; Abel Rouaud gendre de Jean IV de Lespinay ; Guillaume Caÿn (capitaine de navire au Croisic) ; Guillaume de Lespinay et sa femme Marie du Chaffault ; et enfin Agnès de Saint-Marsault, bru de Jean IV. Pour la plupart, ce sont soit des parents ou affins du trésorier défunt et aussi des Becdelièvre, soit des anciens collègues. Ce sont aussi soit des créanciers véritables soit des parents et amis venus pour garantir les intérêts des héritiers en revendiquant des créances familiales. Un tableau peut résumer les liens entre une partie de ces personnes, à travers Etienne Becdelièvre, dont la femme est la filleule de Jean IV de Lespinay et la nièce de Michel Carré, à la fois par sa mère Jamette Carré et par sa tante Gillette Dautye (2de femme de Michel Carré).

 

 

 

                                         ┌───┴───┐

                     Jean          Martin       Michel = 2) Gillette

                    Dautye       Carré        Carré         Dautye

        ┌───────┤               │               │

   Gillette      Clément  ═ Jamette      Gilles

   Dautye       Dautye       Carré       Carré

                    (+1503)        (+1538)

                                         │

                Etienne    ═    Jeanne

            Becdelièvre        Dautye

                (+1537)            (1491-1547)

 

 

                Thierry – Les membres de cette famille sont anoblis en 1500. Pierre Thierry (+1527), sieur du Boisorcant, fils de Julien Thierry (et Raoulette Parès) receveur ordinaire de Rennes, frère de Michel, est trésorier des États de Bretagne jusqu’en 1522, Julien Lamy étant son successeur. Il commence sa carrière financière dès 1498. Il épousa Jacquette du Pontrouaud, dont il eut entre autres François (époux de Françoise du Puy-du-Fou) et Julien (époux de Louise de Châteaubriant), qui dut apurer les comptes de son père, puis il entra dans les ordres après le décès de son épouse en 1522. Michel Thierry (+1516), frère cadet de Pierre, a été commis du trésorier Lespinay en 1500. Il semble avoir pris la suite de son père Julien Thierry à la recette ordinaire de Rennes en 1491. Anobli en 1500, il épousa Marguerite Boisvin, dont il eut au moins François (époux de Marguerite d’Acigné) et Renée (épouse de René de La Chapelle). À peine lancés dans la finance bretonne, les Thierry se sont alliés à des familles féodales bretonnes. Leur ascension sociale ressemble à celle des Lespinay, mais plus rapide encore, avec des alliances et des responsabilités plus importantes.

 

 

 

                                Julien Thierry ═ Raoulette Parès

    ┌──────────────────┴──────────────────┐

 Pierre  ═   Jacquette                                              Michel ═ Marguerite

Thierry   du Pontrouaud                                         Thierry      Boisvin

 (+1527)       (+1522)                                                 (+1516)

    ├─────────────────┐                                    ├──────────────┐

François ═ Françoise         Julien  ═   Louise de        François ═ Marguerite  Renée  ═  René de

Thierry   du Puy-du-Fou   Thierry   Châteaubriant     Thierry      d’Acigné    Thierry   La Chapelle

 (+1566)                                                                  (+1549)                                 

 

 

Coué – Les Coué, seigneurs du Brossay, sont une famille noble de la paroisse de Rénac, en Ille-et-Vilaine, près de Redon. Guillaume Coué, paroissien de Rénac, était receveur de Clisson de 1428 à 1430 (source J. Kerhervé). Jean Coué, qui épouse Jeanne Robellot en 1478, belle-sœur de Jean IV de Lespinay, exerce plusieurs activités financières (Rennes, Nantes, St-Malo) de 1506 à 1513, avant d’être admis à la Chambre des comptes de Nantes en 1516, comme clerc secrétaire, jusqu’en 1529, date où son fils Julien prend sa suite. Il a semble-t-il des relations étroites avec son beau-frère Jean IV de Lespinay et les Parageau. Julien Coué épouse Marie Complude, d’une famille d’origine espagnole, sœur de Jean, et tante de Bonaventure, maire de Nantes (1581-1583). Dans les dossiers de preuves de la réformation de la noblesse bretonne, Julien Coué est dit fils de Jean Coué, qui épouse 1) Jeanne de La Folie et 2) Jeanne de Bois-Brassu, lui-même fils de Henry Coué et de Jeanne Roblot. Les sources familiales disponibles de même que les travaux de J. Kerhervé et D. Le Page montrent que cette filiation doit être corrigée, peut-être du fait que Jean (et non Henri) Coué, qui est avec certitude l’époux de Jeanne Robellot en 1478 et le père de Julien, a peut-être aussi été l’époux de Jeanne de La Folie et de Jeanne du Bois-Brassu (qui pourrait être une seule et même personne). On ne sait pas grand chose sur la famille Coué à part le fait que Jean Coué fut un proche de Jean IV de Lespinay, de Jamet Capeau et de Jean I et II Parageau, tous de Plessé.

 

Guillaume Coué

         │

Guillaume Coué ═ Jeanne Bernardin

         │

Jean Coué  ═ 1478 Jeanne Robellot    Gonsalvo de Compludo ═ Guyonne Le Gouz

         │                             ┌─────────┤

Julien Coué ═ 1530 Marie Complude   Jean de Complude ═ 1530 Françoise d’Astoudelle

         │                                                       │

Pierre Coué ═ Marie de Kerguisec    Bonaventure de Complude ═ Prudence Cheminart

 

 

Jean Coué est clerc secrétaire à la Chambre des comptes de Bretagne en 1515. En 1529, il présente un mandement de survivance de son office en faveur de son fils Julien, qui le conservera jusqu’en 1557. Par la suite, leur descendance prendra la particule à l’instar de beaucoup d’autres familles. Julien, époux de Marie Complude, est en procès en 1533 avec Jean de Complude, son beau-frère (Arch. L.-A. B575). Après l’alliance Coué-Robellot, on remarque que Julien Coué s’est allié avec une famille bien introduite à Nantes et à Angers. Son neveu Bonaventure de Complude devient le 14e maire de Nantes (1581-1583). Prudence Cheminart, épouse de Bonaventure de Complude, est fille d’un maire d’Angers, maître en la Chambre des comptes de Nantes. Les beaux-parents de Julien, Gonsalvo de Complude et Guyonne Le Gouz ont des liens avec les Spadine, puisque leur fils Jean, beau-frère de Julien Coué, a pour marraine le 6 août 1503 Isabelle Picart femme de Jean Spadine (fils de Renée de Lespinay), autre preuve des liens nombreux entre la parentèle Robellot et la parentèle Spadine.

               L’ensemble de ce « réseau » (Robellot, Becdelièvre, Bourgneuf, Moulnier, Blanchet, Guéheneuc, Thierry, Coué, Lespinay), s’il peut être nommé ainsi, comprend tout un petit monde d’anoblis (Becdelièvre, Bourgneuf, de Beaune, Dautye, Thierry…), parfois de fraîche date, bien que de vieille bourgeoisie, et des membres de la petite noblesse, probablement récente ou issue de cadets, qui se sont renforcés mutuellement par des alliances croisées sur plusieurs générations, par des fonctions de plus en plus importantes (Chambre des comptes, Parlement, Mairie de Nantes, etc.), par l’accroissement de leurs possessions nobles et par quelques alliances avec des familles féodales bretonnes (appartenant à la « moyenne noblesse »), apparentées elles-mêmes à la grande noblesse. Nous n’avons vu qu’une partie de ces « croisements », qui se poursuivent tout au long des XVIe et XVIIe siècles.

 

                 Il est curieux cependant que les Robellot n’aient pas bénéficié d’appuis des Becdelièvre pour entrer dans l’administration ducale, puis royale. Comment imaginer dans ce cas que les Lespinay auraient seuls bénéficié de cet appui ? Tous ces groupes de parentés et d’affins se connaissaient plus ou moins, ils avaient parfois des alliances en commun, ils étaient témoins à des mariages et parrains ou marraines aux baptêmes des uns ou des autres, mais leurs relations n’étaient pas toujours aussi complémentaires qu’on le croit. On verra dans le « réseau » Spadine qu’au moins un de ses membres (Alain de La Bouexière, procureur de la Chambre des comptes : la grand-mère de sa femme est une sœur du trésorier Jean IV de Lespinay) n’a pas été tendre envers les héritiers Lespinay dans les procédures menées à leur encontre tandis que les compétences de presque tous les autres seront mises en doute par les commissions royales chargées d’examiner les comptes des officiers de finance en Bretagne. En juin 1527 Alain de La Bouexière ne s’opposera pas au transfert au Conseil du roi à Paris, par l’alloué de Nantes François de Kermainguy, des papiers comptables (garants et acquis) nécessaires à la reddition des comptes du trésorier Lespinay, allant à l’encontre d’une décision du Parlement de Bretagne prise en faveur de Guillaume de Lespinay et rendant ainsi la reddition impossible. En octobre de la même année 1527, la donation par le roi des biens de la succession Lespinay à Louis du Perreau rendait sans intérêt pour Guillaume de Lespinay la poursuite des travaux de reddition des comptes menée jusqu’alors pour récupérer ces biens… (ce que les historiens Kerhervé, Le Page et Minois ne semblent pas avoir compris).

 

(suite : Les Spadine)

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4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 20:37

Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (6)


Les Robellot


La famille Robellot, de noblesse semble-t-il récente, est bien mieux connue que les précédentes au XVe siècle (cf. entre autres B.N., Carrés d’Hozier), alors même qu’elle ne comporte pas d’officiers de finances en son sein. Par contre, par trois frère et sœurs, elle s’est alliée à des familles dont certains membres sont dans la finance et, ainsi, a amélioré sa place dans la « bonne » société bretonne. Mais les liens familiaux sont soit antérieurs aux activités financières de leurs membres soit postérieurs. On peut donc se demander comme précédemment dans quels cas l’alliance facilite l’activité, et dans quels autres cas l’activité facilite l’alliance, sans réponse certaine.

L’étude des diverses parentèles que nous ouvre la famille Robellot nous montre que tout le petit monde des finances se connaît bien, se marie dans les mêmes milieux, s’appuie et s’offre des garanties réciproques. Certains seront poursuivis pour leurs comptes, mais pas tous. Certains autres (ou parfois les mêmes) feront, après la période des poursuites, de très belles carrières dans l’administration (offices financiers, chambre des comptes, parlement, etc.). Pour ce dossier Robellot, comme pour celui des Spadine, les prosopographies de Jean Kerhervé et de Dominique Le Page fournissent beaucoup d’informations nouvelles. Nous avons déjà présenté brièvement la « parenté Robellot ». Il nous faut maintenant insister sur les « affins », les parents de parents par alliance, qui « ont pu » jouer un rôle dans l’ascension du trésorier Lespinay ou du moins faire partie de ses contacts, de ses « clients » (ou dépendants) et de ses mentors (ou conseillers) occasionnels.

Il n’y a aucune certitude d’appui direct de ce « réseau » dans la carrière de Jean IV de Lespinay, contrairement à l’impression que l’on retire de la lecture de J. Kerhervé et de D. Le Page, mais il y a cependant des coïncidences troublantes qui pourraient renforcer ce qui n'est qu'une hypothèse. Dans un seul cas, il est prouvé qu’un membre au moins de la parentèle Robellot, Jean Coué, beau-frère de Jean IV, a travaillé à certaines occasions avec lui et pour lui, mais aussi avec Jean Parageau et Jamet Capeau, tous de Plessé. Mais on ne sait si le mariage Lespinay-Robellot a été dicté par un intérêt envers le réseau des « affins », c’est-à-dire si le second est la cause du premier. Il est plus probable que si Jean IV de Lespinay a pu bénéficier du réseau Robellot, c’est d’une part parce qu’il en connaissait certains des membres avant son mariage, et d’autre part parce qu’une fois entré dans la famille Robellot, celle-ci a apporté ou renforcé des contacts dans les milieux ducaux.

Notons que l’essentiel des membres du « réseau Lespinay-Parageau » listés par les historiens J. Kerhervé et D. Le Page, et cités précédemment, voient décoller leurs activités financières à partir de 1498, lors de la reprise en main de la Bretagne par la duchesse Anne et celle de la trésorerie par Jean IV de Lespinay. Certains, cependant, avaient été en fonction avant la montée en puissance des activités de Jean IV et on peut se demander valablement s’ils ont joué ou non un rôle dans la carrière du trésorier Lespinay, soit comme faire valoir, soit comme appuis actifs.


Famille Robellot – Un groupe d’affins



Dans le groupe « d’affins » du tableau ci-dessus, Guillaume Moulnier est le beau-frère de Pierre (de) Becdelièvre, qui est le beau-frère de Guillaume Robellot, qui est le beau-frère de Jean Coué et de Jean IV de Lespinay. Ajoutons que celui-ci est beau-frère par ses sœurs de Pierre Guyolle (voir « réseau » Parageau), de Jean Spadine (voir « réseau » Spadine) et probablement de N. Picart, époux de sa sœur Henriette de Lespinay (aussi du « réseau » Spadine). Plusieurs familles, membres des « affins Robellot », sont liées aux finances bretonnes (de gauche à droite sur le schéma) : les Moulnier, avec Guillaume ; les Bourgneuf, avec les frères Pierre et Jean ; les Blanchet (aussi alliés aux Spadine au XVIe s.) ; les Becdelièvre, avec les frères Pierre et Charles ; les Coué avec Jean et Julien ; et les Lespinay. On verra à part plus loin les Becdelièvre, presque tous issus du monde de la finance bretonne et française.

Moulnier - Guillaume Moulnier (ou Mosnier), époux d’Olive Bourgneuf, est d’une famille noble de Saffré. Il est auditeur des comptes en 1488, après avoir été au service dès 1465 d’Olivier Baud, trésorier des guerres, puis à partir de 1474 de Pierre Landais, trésorier général de Bretagne. Membre du groupe d’affins de Jean IV de Lespinay, il devient vers 1502 le beau-père de Guillaume, fils cadet de Jean IV. Il a, semble-t-il, exactement le même âge que Jean IV et, avant 1489, il est beaucoup mieux introduit que lui au sein du réseau de la trésorerie générale de Bretagne. Est-il un allié tardif de Jean IV, ou au contraire un appui de la première heure, dès son mariage en 1475 avec Bertranne Robellot ? Est-ce lui qui l’a introduit auprès des Lespervier ? Charles Lespervier, époux de Marguerite de Trézéguidi (cf. registre par. Sainte-Croix de Nantes, 18 juin 1504), écuyer d'Anne de Bretagne, est parrain le 1er mai 1508 à Saint-Nicolas de Nantes de Charles de Lespinay, fils de Guillaume et Guillemette Moulnier, et petit-fils de Jean IV, alors qu’Olive Bourgneuf, mère de Guillemette Moulnier, est sa marraine (Arch. Mun. Nantes GG 169). Le père probable de Charles Lespervier, Georges Lespervier (dont le père était sénéchal de Nantes), a épousé vers 1465 Marguerite de Montauban, sœur de Philippe de Montauban, chancelier d’Anne de Bretagne. Marguerite (de) Lespervier, fille de Georges et Marguerite, est l’épouse de Jean du Cellier, procureur et sénéchal de Nantes (cf. registre par. Sainte-Croix de Nantes, 1509). Est-ce par eux que Jean IV de Lespinay a connu le chancelier Montauban, avec lequel il a « risqué sa vie » au siège de Guérande en 1489 ? Jean IV de Lespinay est l’un des exécuteurs testamentaires de Philippe de Montauban lors de sa mort en 1516. Dans son testament, Philippe de Montauban mentionne Jean IV de Lespinay comme l'un de ses très chers amis (Dom Morice, Mémoires…, 1746, t.3, col.923-924). L’était-il avant son mariage ou l’est-il devenu après sa nomination au poste de trésorier général de Bretagne en 1489 ? En fait, tous ces contacts semblent nés progressivement et, contrairement à ce que laissent entendre certains, Jean IV de Lespinay n’a pas construit un réseau « mafieux », de toute pièce et par « calcul ». Il a été lui-même englobé dans plusieurs réseaux de l’entourage ducal qui lui ont permis de mettre en valeur les capacités qu’il semblait avoir.


Les Lespervier et les Montauban



   Guillaume    =  1) ca.1443 Jeanne de Keradreux              Robert

de Montauban     2) ca.1446 Orfraise de Sérent                Lespervier

   (+1486)                                                                            │

   (1) ├───────────────────────────┐ (2)             │

   Philippe      =  1) Marguerite Le Borgne    Marguerite   =  Georges

de Montauban    2) Anne du Chastelier     de Montauban    Lespervier

   (+1516)                                                         ┌─────┴────┐

        │                                                        Arthur            Charles

   2 filles                                                  Lespervier        Lespervier

                                                                (+1510)




Les Lespervier ont des fonctions à Nantes dès 1443, Jean Lespervier étant alloué de Nantes. En 1459, Robert Lespervier, chevalier, seigneur de Launay, est connétable de Nantes, au moins jusqu’en 1469 (P.A. Perthuis & S. de La Nicollière-Teijeiro, Le Livre Doré de l’Hôtel-de-Ville de Nantes, Nantes, F. Salières, 1890, t.1, p.73 ss.). C’est Arthur Lespervier, fils de Marguerite de Montauban et de Georges Lespervier, qui devient seigneur de Briord en épousant Françoise Landais vers 1488, fille de l’ancien trésorier de Bretagne Pierre Landais. Cette seigneurie, achetée ensuite par Jean des Roussières, reviendra aux Lespinay par le mariage de Samuel I de Lespinay avec Suzanne des Roussières en 1585. Un hasard…

Par ailleurs, Catherine de Montauban, fille de Philippe et d’Anne du Chastelier, épouse René de Volvire, petit-fils d’un seigneur de Fresnay, suzerain de Plessé et des Lespinay, et fils de François de Volvire qui épouse en 1515 Anne du Chastelier, veuve de Philippe de Montauban. Encore un mariage croisé entre deux veufs et leurs enfants d’un précédent mariage… et un autre hasard.

Jean Mosnier (Moulnier) fils de Guillaume Moulnier, sieur de Léraudière, et de Jeanne Laurens, est baptisé à St-Nicolas de Nantes le 14 juillet 1524 (texte latin, Arch. Mun. Nantes GG.170), St-Nicolas étant la paroisse des Moulnier (c’est là qu’a été baptisé Charles de Lespinay en 1508). Il est le petit-fils de Guillaume Moulnier ou Mosnier ci-dessus et le cousin germain de Charles de Lespinay (probablement déjà décédé à l’époque), fils de Guillaume et de Guillemette Moulnier. Ses parrains sont Maître Jean Brissonnet, « vichancelier » de Bretagne, et Maître Jean Desgastz, alloué de Nantes ; la marraine est damoiselle Anne [de Cardonne] femme de noble homme Phillibert Tyssart, général du duché de Bretagne. Ce baptême implique de hauts responsables de la Bretagne, concurrents du trésorier Lespinay, dont particulièrement Jean Brissonnet (Briçonnet), « chef » de l’administration, et Philibert Tyssart (Tissart), « chef » des finances. Chacun est à la tête d’un fort réseau de proches parents et de clients dans les administrations bretonne et française : les réseaux Briçonnet et Cardonne-Tissart, bien plus importants et directs que le « réseau » de Jean IV de Lespinay dont les membres n’ont eu que des responsabilités ponctuelles qu’ils n’ont souvent pas obtenues du trésorier lui-même. Jean Desgastz (des Gastz) semble être un allié de Guillaume de Lespinay, lorsqu’après le décès 15 jours plus tard (le 30 juillet) de Jean IV de Lespinay il est chargé par les héritiers de l’inventaire des biens du trésorier. Par contre Jean Briçonnet, responsable de la commission instituée en 1525 pour examiner les comptes du défunt trésorier, ne semble pas faire partie des appuis des Lespinay. Il en est de même de Pierre Laurens (frère de Jeanne Laurens ?), procureur de Nantes, qui s’oppose au Parlement de Bretagne au nom du roi et ordonne de transférer au conseil du roi les archives indispensables à la reddition des comptes par Guillaume de Lespinay. Ces données montrent une fois de plus qu’un « réseau » ne s’impose pas, même s’il « s’utilise », et que l’on y trouve aussi bien des amis ou des appuis que des ennemis ou des rivaux. Philibert Tissart, anobli en 1516, fait partie des débiteurs du trésorier (pour environ 37.000 livres, dont 23.439 livres d’acquits présentés vers 1560 n’ont pas été décomptées des 80.000 livres dues par Jean IV de Lespinay…) et, bien que rival, il n’est pas un « ennemi », comme le montrent les documents successoraux. Par exemple, il était allé à Tours (en 1517 ?) avec Olivier de Lanvaux et Michel le Bigot pour l’examen des comptes du trésorier Lespinay, ce qui lui fut reproché par le sulfureux rapport Cosnoal qui fit de lui un « complice » du trésorier dont, pourtant, il était le supérieur puisqu’il devait ratifier tous les actes de celui-ci. La marraine, Anne François de Cardonne, épouse de Philibert Tissart, est la fille de Jean François de Cardonne, membre de la maison du roi et général des finances de Bretagne en 1491, dont Philibert Tissart est le successeur en 1516, et de Françoise de La Boissière. Voilà donc un acte d’état civil qui résume à lui seul tout un pan des relations socio-politiques nantaises et bretonnes en 1524, année de la mort du trésorier Jean IV de Lespinay. Il montre que, d’une génération à l’autre, les Moulnier pouvaient se rattacher en même temps à plusieurs « réseaux » concurrents : Landais, Becdelièvre-Robellot, Lespinay-Parageau, Briçonnet et Cardonne-Tissart.

Bourgneuf - Jean (de) Bourgneuf (+1513), époux de Jeanne Thierry et prévôt des monnaies de Rennes, frère de Pierre, est anobli en 1506 avec ses enfants. Les Bourgneuf font partie du monde des affaires et de la finance de Rennes (Kerhervé, 1986, p. 51-52). L’alliance Bourgneuf-Thierry (dont Michel Thierry, commis de Jean IV de Lespinay) de même que l’alliance Bourgneuf-Blanchet confortent l’appartenance de Jean IV de Lespinay, des Thierry, des Blanchet et des Bourgneuf à la fois au monde des finances bretonnes et au même réseau de relation et de compétences. Les générations suivantes vont établir des alliances dans les mêmes milieux. Ainsi Gillette Aubault, petite-fille de Bertrand et de Guillemette Bourgneuf, épouse en 1567 Olivier de Saint-Gilles, arrière-petit-fils de Guillaume de Saint-Gilles et Jeanne de La Vallée, amis des Parageau et de Jean IV de Lespinay. Pour mieux comprendre l’importance d’un réseau de relations sociales, il faut en effet s’intéresser aux alliances sur plusieurs générations. Nous avons de nombreux exemples identiques qui confirment qu’en général ce n’est pas le réseau d’une personne qui prime dans les relations sociales et professionnelles mais le milieu dans lequel évoluent les membres de ces réseaux et où, finalement, ils se reproduisent. On y trouve aussi de grands noms comme les Tournemine, les Bourré, ou d’autres familles rennaises comme les Monneraye (Jean Monneraye, juge-garde des monnaies de Rennes, +1602), etc.

Blanchet – Les Blanchet sont au XVe siècle une famille de propriétaires de marais-salants dans la baie de Bourgneuf-en-Retz (cf. thèse de Nicole Dufournaud, Rôles et pouvoirs des femmes au XVIe siècle dans la France de l'Ouest, thèse d'histoire EHESS Paris, 2007, 2 t. ; t.1 p.428-429 et t.2 p.46-49 ; et Julien Briand, Un exemple d’exploitation de salines : les possessions des Blanchet dans la baie de Bourgneuf à la fin du Moyen-Âge, mém. ss. dir. M. Le Mené, Univ. Nantes, 1998), fort bien alliée aux milieux nobles, bourgeois et financiers bretons. Parmi ses alliances, notons les Bourgneuf, Chabot (de Retz ?), Thomas, de Peillac, de Bellouan, Bonnet, Tempéran, de Servy, Spadine, de Kernerret, d’Achon, etc. Olive Blanchet, épouse de Pierre (de) Bourgneuf, semble appartenir à cette famille, comme Anne Blanchet, probablement la même que Jeanne fille de Jean et de Jeanne Chabot, qui épouse vers 1480 Guillaume de Bellouan. Une autre Anne Blanchet est l’épouse de François Bonnet (+1518), ancien collaborateur de Jean IV et Jean V de Lespinay. François Bonnet, fils de Jean Bonnet et d’Anne du Fou, est associé à Jean I et II Parageau en 1518 et 1519, et collaborateur de Jean IV de Lespinay dès 1511. Il avait épousé ca.1500 Anne Blanchet, remariée ensuite à Alexandre Tempéran, « banquier » (mentionné comme son époux le 16 septembre 1520, registre des baptêmes de Ste-Croix de Nantes). Jeanne, sœur de François Bonnet, épousa en 1525 René de La Bourdonnaye, neveu de Jean de La Bourdonnaye époux de Marie de Lespinay, fille de Jean IV. René de La Bourdonnaye, sommé de rendre les comptes de son beau-frère, prit comme caution en 1537 son père Tanguy et Guillaume Agasse (ou Aguaisse), peut-être de la famille Agasse de Plessé. Marie Blanchet est la femme de Jean-Baptiste de Servy, clerc du trésorier Jean IV de Lespinay dès 1503, mais suspendu par lui en 1514 pour refus de reddition de ses comptes (pour une dette de 60.000 livres). La procédure à son encontre dura jusqu’en 1560. Quand on pense aux 80.000 livres supposées dues par Jean IV de Lespinay en 1524 et à la saisie de ses biens dès 1526, puis à la remise de ses comptes par son petit-fils, clos en 1536, on a du mal à comprendre l’acharnement de certains auteurs contre le trésorier alors qu’il ne déroge pas à la situation générale à son époque, révélatrice d’autres problèmes qui émanent de l’(in)organisation même de l’Etat et du refus de celui-ci d’assumer le coût des services rendus par son personnel... Charles Blanchet, secrétaire de la chancellerie de Nantes, épouse ca. 1527 Raoulette Spadine, petite-fille de Renée de Lespinay et Jean Spadine, arrière-petite-fille de Jean III de Lespinay. Leur fils Louis est baptisé le 16 octobre 1527 à Sainte-Croix de Nantes, avec comme parrain Guillaume de Carheil et Guillaume Morand, et comme marraine Gillette Picard, dame de La Nicollière (voir dossier Spadine). Jeanne Blanchet épouse François d’Achon, dont le petit-fils René est auditeur (1559) puis maître des comptes (1572) en Bretagne…

Il faudrait s’attacher à reconstruire le réseau de parenté de la famille Blanchet. Pour le moment, il est difficile de voir tous leurs liens éventuels, mais leurs alliances dans le monde des finances bretonnes semblent militer pour l’appartenance à une même famille. Par exemple, dans les registres de baptême de la paroisse Sainte-Croix de Nantes, on voit le 9 août 1485 le baptême de Jeanne Blanchet, fille de Jean Blanchet, changeur de Nantes (un autre Jean Blanchet, peut-être le même, est cité comme sénéchal de Nantes en 1487), et d’Ysabeau de Kernerret, avec comme parrain Guillaume Billaut et comme marraines Jeanne de La Porte, veuve de feu Jean de Kernerret, et Marie Rocaz femme de Pierre Billaut. Ainsi, à travers les Billaut, nous avons un lien entre les Blanchet et les Rocaz. Jean Rocaz (cf. Le Page, 1997, p.561), receveur du fouage de l'évêché de Dol de 1544 à 1557, est issu d'une famille de Nozay anoblie par le duc en 1446 (D. Le Page, 1997, la dit d'origine espagnole et marchande), fils de Jean Rocaz sieur de La Villatte. Il épousa Michelle Avril, fille d'Alain Avril – trésorier des Etats de Bretagne et auparavant à la tête d'un grand nombre de fermes à partir de 1522 – et de Marthe de La Grée, veuve de Jean de Bellebarbe et fille, semble-t-il, de François de La Grée, membre du « réseau » Parageau-Lespinay. Les Avril étaient issus d'une famille noble de la région de Redon au service de la famille de Laval, ayant dérogé au XVe siècle puis anoblie de nouveau en la personne d'Alain Avril en 1547. Quant à Yves Rocaz, frère de Jean, il épouse Marie des Roussières, fille d'Yvonnet, lui-même frère probable de Jean des Roussières époux de Rose Robellot, nièce de Bertranne Robellot et de Jean IV de Lespinay. Une descendante de ce Jean des Roussières et de Rose Robellot épousera en 1585 Samuel de Lespinay, arrière petit-fils du trésorier Jean IV. On pourrait multiplier ainsi les nombreux liens indirects par la voie des « affins », réels et non fortuits, entre diverses familles nantaises (et aussi rennaises) sur plusieurs générations.

Le Livre Doré de l’Hôtel-de-Ville de Nantes (1890, t.I, p.65-81) donne des informations complémentaires sur les Blanchet et leurs liens étroits avec les Brécel, Spadine, Guyolle, Ménardeau, Moulnier, de La Porte, Lespervier, Raboceau, des Roussières, Avignon, Picart, du Cellier, de La Chasse, etc., membres du conseil des nobles, bourgeois, manants et habitants de la Ville de Nantes. Plusieurs se sont partagé les fonctions de procureurs-syndics, miseurs, contrerolles, connétable, receveur, parfois à contre-cœur (comme en 1492 où Jean Hubert est nommé d’office pour un an procureur général « des nobles, bourgeois, manans et habitans de Nantes » en remplacement de Guillaume Richerot). Jean Blanchet est procureur-syndic de Nantes en 1459 jusqu’en 1486, où il devient sénéchal (il sera aussi miseur de la ville de 1486 à 1489). En présence de Jean Blanchet toujours sénéchal, un autre Jean Blanchet, peut-être son fils, est cité comme « changeur » en 1492, lors de la nomination d’office de Jean Hubert comme nouveau procureur.

 

Les Blanchet, d'après Nicole Dufournaud (2007)


                      Jean Blanchet = Jeanne Chabot (+ ca.1464)

                           │

       ┌─────────┴─────┬──────────────────┐

    Jean   =  Jeanne       Robert  = Jeanne             Gillette = Jean Chevalier

 Blanchet    Thomas     Blanchet    Lesnier             Honneur = Pierre Simon

                                 (+ca 1483)                           Jeanne = Jean de Peillac

       ┌──────────────┼────────────┬─────────┐

  Jeanne = 1) Guillaume  Marie =           Françoise         Pierre    = Artuze

                 de Bellouan   Jean Lebel                            Blanchet      Pero

                2) Jean                                                      (+1528)

                 de Bellouan                                                    │

                                                                François  =  Anne     = Alexandre

                                                                Bonnet      Blanchet     Tempéran

                                                                                      │

                                                                               Guillaume

                                                                               Tempéran




(Suite...)


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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 15:27

Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (5)


Les Pinart


Les Pinart du XVe siècle, issus de la région de Guingamp et Morlaix, nous sont mal connus. Leur filiation reste incertaine même si l’on peut en tenter une reconstruction. Certains ont été mariés plusieurs fois, et/ou très tardivement, ce qui peut expliquer des écarts importants entre deux générations (cas d’Yvon II Pinart, né ca.1395, dont les fils Paul et Alain se marient au début des années 1470 ; cas de Roland, né ca.1400, qui épouse selon certains généalogistes sa seconde femme Marguerite Quintin vers 1460, et dont le fils cadet Yves se marie en 1506). Mais il est possible que derrière un prénom se cachent deux personnes, comme par exemple pour Roland, époux de Valence Gicquel, qui pourrait ne pas être le Roland Pinart qui épouse Marguerite Quintin, celui-ci étant plutôt le fils cadet d’Yvon II et le fondateur de la branche de la Noë-Verte. C’est aussi à cause de ces écarts entre générations que certaines généalogies actuelles (dont la base Roglo sur l’internet) ont fait de Roland un fils d’Yvon II.

Nous proposons une construction généalogique qui tient compte des archives (voir les travaux de Jean Kerhervé, 1986, et de Dominique Le Page, 1995), des dates connues et des généalogies anciennes. Roland Pinart paraît être de la même génération qu’Yvon II. Par ailleurs, Yvon II est l’auteur de la branche aînée des Pinart du Val et des rameaux de La Noë-Verte et de Cramailles, alors que Roland est l’auteur de la branche de Cadoalan (cf. entre autres Augustin du Paz, Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, Paris, Buon, 1619). Paul Pinart et ses frères Alain et Roland, fils d’Yvon II, sont ignorés des généalogistes actuels alors qu’ils ont eu une descendance conséquente. Il reste donc encore du travail de reconstruction à faire pour mettre en relation généalogique tous les Pinart du XVe siècle et situer plus sûrement Brience Pinart.

Nous savons que les hommes de cette famille furent presque tous officiers de finance au XVe siècle. Brience Pinart faisait-elle partie de la famille Pinart du Val ? C’est ce qu’affirment les généalogistes du XVIIe siècle, mais nous n’en avons aucune preuve puisque aucun document d’époque n’en fait la mention. C’est pourquoi, contrairement aux Robellot, nous ne pouvons rien affirmer sur un éventuel « réseau Lespinay-Pinart ». Nous en sommes réduit à des hypothèses qui, au vu du réseau familial Pinart, penchent en faveur de l’appartenance de Brience Pinart à la famille Pinart de Morlaix, particulièrement à sa branche du Val, dont la souche est Yvon II Pinart.


Rappel des alliances Pinart connues

(généalogie reconstituée, qui reste une hypothèse)

 


Pierre Rouzaut        Yvon I Pinart, Sr du Val = Catherine Ollivier, dame de La Fouais

        │                       (+ ca.1416)                            (+1417)

        │                           ├─────────────┐

Ysabeau Rouzaut = Yvon II Pinart        Roland Pinart = Valence Gicquel

                              (1417, 1427)            (1419, +1462)       (+27.02.1458)

                                     ├────────┬─ ─ ─┐

        Catherine    =  Paul Pinart   Alain Pinart     Brience = ca.1440 Jean III

     de Kerloaguen     Sr du Val     et Roland     (née ca. 1420)    de Lespinay

                                    

                             Yvon Pinart = Michèle Gibon

                                          (1500)

 

L'importance des Pinart se déduit du jugement des commissaires de la montre de 1481 ( le comte de Coëtmen, Roland de Rostrenen et Olivier Le Moënne), pour le rôle de Morlaix, qui estimaient les Pinart comme étant la famille la plus riche de Morlaix, possédant 240 livres de rentes en terres nobles. Or Paul Pinart, fils d'Yvon II, présenta pour lui à cette montre son frère cadet Roland Pinart comme archer en brigandine escorté d'un second archer. Les commissaires exigèrent que le sieur du Val servît désormais par hommes d'armes, c'est-à-dire par un cavalier en armure complète accompagné de deux ou trois combattants (in Louis Le Guennec, Choses et gens de Bretagne, Quimper, 1976).

Quelques alliances Pinart au XVe siècle sont connues, avec les familles : Ollivier, Rouzaut, Gicquel, Quintin, Kerloaguen, Gibon dont plusieurs membres ont été officiers de finance (fermes et offices) ou à la Chambre des comptes de Bretagne. En étudiant ces familles, on découvre d’autres liens avec des hommes de l’administration ducale, comme les Callac, les Carné.

L’alliance Kerloaguen paraît importante. Cependant, il n’y a pas de certitude sur la filiation de Catherine de Kerloaguen, épouse (ca.1460 ?) de Paul Pinart, fils aîné d’Yvon II, et peut-être belle-sœur de Brience Pinart et Jean III de Lespinay. Il semble qu’elle soit la fille de Maurice de Kerloaguen, président à la Chambre des comptes de Bretagne, qui sera en 1446 commissaire pour la Réformation de la noblesse. Ce Maurice de Kerloaguen, époux de Louise Bréhel (ou Bréhet), est lui-même fils d'un autre Maurice, président aux comptes de Bretagne, qui épouse en 1400 Marguerite Estienne. Cette parenté, certaine, avec un président de la chambre des comptes ouvre aux « affins » des possibilités supplémentaires de contacts à haut niveau dans les milieux administratifs et financiers du duché. Quant à Alain Pinart, 2e ou 3e fils d’Yvon II, il épouse en 1473 Marguerite Quintin, fille de Richard Quintin (+1502), sieur de Coatamour et miseur de Morlaix, et de Jeanne Coëtanlem, alors que Roland Pinart son frère épouse vers 1460 une autre Marguerite Quintin, fille de Guillaume Quintin, aussi sieur de Coatamour, et de Marguerite de Kermerc’hou. Cette deuxième Marguerite Quintin pourrait être la sœur de Richard, Guillaume Quintin étant leur père à tous deux. Les Quintin ne semblent pas faire partie de la noblesse au XVe siècle, Richard Quintin ayant été anobli avec ses enfants en 1491.

Une autre alliance importante socialement est, en 1500, celle d’Yvon Pinart (fils de Paul et de Catherine de Kerloaguen) avec Michèle Gibon, fille de Jean II Gibon et de Jeanne de Fresnay. Ce Jean Gibon, fils d’un secrétaire du conseil du duc de Bretagne (Amaury Gibon, +1478), petit-fils d’un président de la Chambre des comptes de Bretagne (Jean I Gibon, +1453), est auditeur en 1477 puis procureur à la Chambre des comptes jusqu’en 1504. Ses descendants seront alliés aux Carné et, par eux, aux Callac (un chambellan du duc Jean V, un chambellan du roi Louis XI), autre famille de la Chambre des comptes de Bretagne. Avant d’être une famille de « financiers » au sens large, les Gibon sont une famille de vieille noblesse bretonne, alliée à de grandes familles (Beaufort, Coëtquen, Coësmes, Cornouaille, Dresnay, Eder, etc.). Jean IV de Lespinay a-t-il pu bénéficier de l’appui des Gibon, alliés de son éventuel cousin germain Yvon Pinart ? Il semble que non, la date de l’alliance (en 1500) étant tardive.



Les Gibon au XVe siècle 

Noël Gibon   =   Marguerite Eder

       │     (ca.1390)

       │

Jean Gibon    =   Olive de Cléguennec

  (+1453)       (1422)

       │

Amaury Gibon = Amice Rolland                              Maurice de Kerloaguen

  (+1478)                                                                                        = Louise Bréhel

       │                                                                                │

Jean II Gibon = Jeanne de Fresnay                                 Catherine    =  Paul

       │                                                                       de Kerloaguen    Pinart

       ├────────────────────────┬────────────────┐             │

Jean III =1) Henriette de Kermerien    Jeanne = Guillaume    Michèle  =  Yvon

Gibon      2) Jeanne de Lannion            Gibon    de Bahuno     Gibon       Pinart

                                                                                                 (1500)

              

Les alliances antérieures d’Yvon Pinart, sieur du Val, avec Isabeau Rouzaut et de son frère (supposé) Roland avec Valence Gicquel, renforcent les liens des Pinart avec le milieu des offices financiers. Les Gicquel étaient une famille de financiers au service des Penthièvre au XIVe siècle (Kerhervé, 1986) ; Valence Gicquel serait la fille de Thomas Gicquel et d’Isabeau de Tréléver, qu’il a épousé à Morlaix le 13 juin 1399. Si Brience Pinart, épouse de Jean III de Lespinay, est bien la fille d’Yvon et d’Isabeau Rouzaut, elle est alors la petite-fille de Pierre Rouzaut, sieur de La Trinité, lieutenant et receveur de Guingamp, et de Jeanne de Kernec’hriou (alias Kermerc’hou, alias Crechamion, +1421), tante probable de Marguerite Quintin, seconde femme de Roland Pinart. Dans ce cas, Jean III de Lespinay, par son mariage, a des liens directs avec des hommes de finance de la région de Guingamp et de Morlaix, son beau-père Pinart ayant lui-même bénéficié de l’appui de son beau-père Rouzaut. Ainsi, le Jean de Lespinay qui est receveur des fouages de l’évêché de Léon en 1446 (Arch. L-Atl. B 4296 f° 227 r°) est peut-être Jean III, qui aurait alors bénéficié de l’appui de sa belle-famille. Cependant, nous ne trouvons aucune autre trace d’un appui des Pinart dans leur région au profit d’un Lespinay, alors que l’on a vu que la collaboration à Plessé entre les Parageau et les Lespinay, sans parenté directe, est étroite.

On le voit ici comme dans les études précédentes : on a l’impression qu’un certain nombre d’alliances matrimoniales s’effectuent au sein d’un même milieu administratif et financier, mais qu’elles paraissent être plus des conséquences que des causes de l’ascension des familles étudiées. Celles-ci ont créé entre elles des liens professionnels, accrus progressivement par divers liens matrimoniaux. Bien que l’histoire de ces familles nous soit peu connue et que d’autres alliances intéressantes aient pu nous échapper, les carrières administratives et financières dues à des appuis précis et directs, autres que ceux des pères (Yvon I et II Pinart) et des beaux-pères (Pierre Rouzaut, Thomas Gicquel, peut-être aussi Yvon II Pinart à l’égard de Jean III de Lespinay), nous semblent peu répandues.

Autre piste, l’historien Jean Kerhervé (Les gens de finances des ducs de Bretagne. Catalogue prosopographique (1365-1491), 1986, p.386) émet indirectement l’hypothèse que les liens entre les Lespinay et les Pinart sont nés de Françoise d’Amboise, duchesse de Bretagne, qui avait reçu en douaire Guingamp (Pinart) et Le Gâvre (Lespinay), dont elle prit possession au décès de son mari en 1457. En effet, outre Guingamp, les liens de la duchesse avec Plessé et Le Gâvre sont connus (voir Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay…, 1937, en particulier p.47-58). Cette hypothèse, plausible, pourrait faire de Brience Pinart, mère de Jean IV de Lespinay, une demoiselle d’honneur de la duchesse ; passant à plusieurs reprises à Rozet avec la duchesse, elle y aurait fait la connaissance de son futur mari. Mais ces informations ne montrent pas si et comment les carrières de Jean III et de Jean IV ont pu être influencées par la duchesse avant qu’elle se retire au couvent ou par les Pinart et leurs alliés.

 

 


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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:32

Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (4)


 

Les La Rivière

 

              Il n’y a pas de certitude quant à la filiation, au XVe siècle, de Jean IV de Lespinay par rapport à son grand-père Jean II. Il a fallu procéder par recoupements et preuves indirectes. Nous savons ainsi que Guillemette de Lespinay, fille certaine de Jean II de Lespinay et de Guillemette du Guiniou, épouse vers 1430 un sieur de La Rivière (est-ce celui de Plessé ?). Leur fille Geoffriote partage en 1465 avec Jean III de Lespinay, juste avant le décès de celui-ci, ce qui en fait aussi un descendant de Jean II et de Guillemette, très probablement le frère de Guillemette de Lespinay, épouse La Rivière. Ce partage signifie-t-il que Geoffriote est seule héritière de sa mère, à défaut de frère, ou bien reçoit-elle la part de biens roturiers dévolue au cadet ou à la fille en présence de fils, en droit coutumier breton ? On pourrait supposer valablement que Guillemette de Lespinay n’a pas eu de fils. Dans ce cas, qui sont les La Rivière (Pierre et Jean) que les auteurs rattachent aux Lespinay soit parce qu’ils ont été commis de Jean IV le trésorier soit parce qu’ils ont repris des offices tenus auparavant par des Lespinay ?

              En 1482, lors d’un échange d’héritages situés « en la ville de Rouzet », nous apprenons que Jean IV est héritier de Jean de Lespinay son père, mais le nom de sa mère n’est pas mentionné. C’est parce qu’il partage les terres du Guiniou en 1500 avec Renée de Lespinay, épouse de Jean Spadine et fille de Jean III et de Brience Pinart, dans la maison à Nantes de Marie de Lespinay, veuve de Pierre Guyolle, que nous déduisons que Jean, Renée et Marie sont frères et sœurs, enfants de Jean III et de Brience, qui vient de décéder, et descendants de Guillemette du Guiniou. Ce partage permet aussi d’établir qu’Henriette de Lespinay est sœur de Jean IV (voir plus loin le dossier Spadine).

               En outre cette filiation, reconstruite faute d’actes d’état civil grâce aux alliances prouvées de deux filles Lespinay avec un La Rivière et un Spadine, concorde avec deux généalogies faites sur titres (disparus) en 1639 et vers 1665.

               En ce qui concerne les La Rivière, la reconstruction généalogique est plus difficile encore. Il n’y a pas de filiation prouvée entre Macé de La Rivière, receveur du Gâvre en 1407, Yves de La Rivière cité par la Marquise de Lespinay et Pierre de La Rivière, sieur de La Rivière à Plessé, et receveur du Gâvre en 1503. On ne sait donc si Guillemette de Lespinay a épousé un La Rivière de Plessé, de Dol, de Rennes ou d’ailleurs. En effet, il existe en Bretagne (et ailleurs) plusieurs familles nobles « La Rivière ». En particulier, un Jean de La Rivière, époux de Jamette Brillet, est chancelier du duc Pierre de Dreux, président de la Chambre des comptes de 1442 à 1448, mais ses biens sont à Rennes et à Dol dans les années 1450 ; il n’a qu’un enfant : Robert de La Rivière, évêque de Rennes, qui meurt jeune en 1450. Il appartient semble-t-il à la puissante famille des La Rivière d’Auverné, près de Châteaubriant. Un Eon de La Rivière, cité par Dom Lobineau, serait de cette même famille. Un Yves de La Rivière, cité par la marquise de Lespinay (in Jehan de Lespinay…, 1937, p.39), pourrait être de la famille du mari de Guillemette de Lespinay, mais sans aucune certitude.

               Dans un document de 1500, un Pierre de La Rivière est dit sieur de La Rivière à Plessé : c’est lui qui sera nommé receveur du Gâvre en 1503 par Jean IV de Lespinay. Le seul lieu de La Rivière à Plessé est une métairie noble, située près du village de Saint-Clair, rachetée plus tard par les Lespinay (avant l’aveu de 1661). Lorsque la Marquise de Lespinay affirme (in Jehan de Lespinay…, 1937, p.39) que les La Rivière ont plusieurs alliances avec les Lespinay, elle n’en apporte pas les preuves indispensables, non retrouvées pour le moment…

               Ce qui lie Macé de La Rivière et les autres La Rivière « de Plessé », c’est qu’ils sont tous à un moment donné receveurs du Gâvre, Macé ayant été le premier connu (1407-1408), nommé directement par le Duc de Bretagne, le domaine du Gâvre étant une châtellenie ducale. Grâce de nouveau aux travaux de thèse des historiens Jean Kerhervé (1986) et Dominique Le Page (1995), nous pouvons essayer de reconstituer la généalogie des La Rivière « de Plessé », mais sans certitude de parenté avec les Lespinay. Pour le moment, les liens entre ces deux familles ne s’expliquent que par leur appartenance à une même communauté paroissiale.




Les La Rivière receveurs du Gâvre




Macé de La Rivière (1408)              Jean II de Lespinay

         ?                                                    │

         │                            ┌─────────┴─────┐

N. de La Rivière     =    Guillemette                Jean III de Lespinay

Sr de La Rivière           de Lespinay                       (ca.1410-1465)

         ?                  │                                                   │

                      Geoffriote                              Jean IV de Lespinay

         ?         de La Rivière                             (ca.1448-1524)

         │                                                                       │

Pierre de La Rivière (1503)                             Jean V de Lespinay

         │                                                                  (1475-1517)

         │                                                                       │

Jean de la Rivière (+1552)                           Guillaume de Lespinay

= Françoise de La Chasse                                     (1501-1545)

         ├───────────────┐

René de La Rivière     François de La Rivière

     (1525)                           (1550)
 


                Pierre de La Rivière est commis par Jean IV de Lespinay de 1503 à 1511 pour la recette du Gâvre. Son fils Jean de La Rivière, receveur du Gâvre de 1511 à 1524, devient en 1524 secrétaire à la Chambre des comptes de Nantes après Guillaume de Lespinay qui résigne sa charge à son profit ; il le reste jusqu’à sa mort fin 1552. René de La Rivière est receveur du Gâvre en 1525, à la suite de la résignation en sa faveur de Jean de La Rivière son père. François, frère de René de La Rivière, est aussi receveur du Gâvre de 1550 à 1552.

                Françoise de La Chasse, épouse de Jean de La Rivière, est-elle une sœur de Gillette de La Chasse, qui épouse le 22 juin 1520 Gilles de Becdelièvre (cf. « réseau » Robellot) ? Autre coïncidence possible, Françoise de Becdelièvre, fille de Pierre Becdelièvre (+ 1504, qui fut trésorier de Bretagne) et de Jeanne Bourgneuf (cf. aussi « réseau » Robellot), est l’épouse de Guyon Brillet ; celui-ci est un parent probable de Jamette Brillet (décédée en 1459), épouse de Jean de la Rivière, chancelier du duc, qui est d’une autre famille que celle de Plessé. Cette Françoise est nièce « par alliance » de Bertranne Robellot, femme de Jean IV de Lespinay. Mais ces liens de « parenté », plutôt distendus, peuvent-ils expliquer la carrière de Jean IV de Lespinay et ses relations avec les La Rivière ? Cela paraît peu probable. L’alliance de Pierre de La Rivière n’est pas connue. Nous n’avons donc pas d’autres informations sur la parentèle des La Rivière de Plessé de 1407 à 1552.

               On peut « imaginer », comme l’ont fait certains historiens, que ces La Rivière sont des descendants de Guillemette de Lespinay, mais cela paraît peu probable puisque Geoffriote de la Rivière, héritière de sa mère Guillemette de Lespinay, intervient seule dans le partage des biens de Jean II de Lespinay et de Guillemette du Guiniou. L’explication est donc à chercher ailleurs, soit dans une parenté étendue, pour le moment introuvable ou difficile à cerner, soit dans la solidarité d’une même appartenance paroissiale.

 
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 09:21

Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (3)


Les Parageau


               Si l’on parle de « réseaux » pour expliquer l’ascension des Lespinay de Plessé dans la finance bretonne, il faut s’intéresser en premier lieu à la famille Parageau de Plessé. C’est une information essentielle et nouvelle qui se dégage des travaux de thèse des historiens Jean Kerhervé (1986) et Dominique Le Page (1995).

               Comme les Lespinay, les Parageau utilisent leurs relations paroissiales pour exercer et étendre leurs activités. Mais il n’est pas nécessaire que les membres du réseau paroissial aient des liens de parenté pour que le réseau fonctionne. C’est probablement le partage de compétences, d’activités et d’intérêts communs qui a entraîné des alliances diverses, et non l’inverse. Il semble y avoir une ou des parentés indirectes entre les Parageau et les Lespinay, peut-être aussi avec les Capeau et d’autres familles de Plessé.

               En 1460, Jean III de Lespinay partageait la ferme de « la traite des bêtes vives » avec Guillaume Parageau. En 1463, il succède à Guillaume Parageau à la recette du Gâvre. En 1465, il est témoin d’un prêt au duc, à la demande de Guillaume Parageau et de son fils Jean I Parageau, fait par ces deux derniers et des associés : G. Le Beveurs, J. Mortier, J. Le Métayer, qui ne semblent pas être de Plessé. De 1485 à 1487, Jean I Parageau partage avec Jean IV de Lespinay la ferme d’Ingrandes et de Champtocé. De 1485 à 1488, Jean I Parageau, Jean IV de Lespinay et leurs consorts (dont Jean II Parageau) tenaient la ferme des ports et havres d’entre le Couesnon et l’Arguenon. De 1485 à 1489, Jean I Parageau et Jean IV de Lespinay se partagent la recette du Gâvre, puis Jean I Parageau continue seul comme receveur du Gâvre alors que Jean IV de Lespinay devient trésorier général de Bretagne. En 1524, à la mort du trésorier Lespinay, c’est Jean II Parageau qui lui succède à la trésorerie générale de Bretagne…


Guiniou et Guyolle : liens possibles entre les Parageau et les Lespinay



                                                                                              Jean II    =  Guillemette

                                                                                           de Lespinay     du Guiniou

                                                                                                   │

Guillaume        Pierre  =  Robine                                               Jean III

Parageau        Guyolle    Delestre                                           de Lespinay

     │                    │                                                            ┌────┴─────┐

 Jean I      =    Jeanne                                 Pierre    =     Marie              Jean IV

Parageau        Guyolle                                Guyolle     de Lespinay      de Lespinay

     ├────  ────  ────  ──┐                                                                    │

 Jean II   =   N. dame     Guyonne = Thomas                                          Jean V

Parageau    du Guiniou   Parageau    Costard                                       de Lespinay



               Les Lespinay comme les Parageau ont une alliance Guyolle. Est-ce le même Pierre Guyolle, époux de Robine Delestre, qui est grand-père de Jean II Parageau, et une fois veuf qui épouse Marie de Lespinay sœur du trésorier, de trente ans sa cadette ? C’est possible. Jean I Parageau, dont le fils Jean II participe déjà à l’administration d’un gros office en 1485, a dû se marier vers 1465 avec Jeanne Guyolle fille d’un Pierre Guyolle né vers 1420. Marie de Lespinay, née ca. 1445, épousait vers la même année 1465 un Pierre Guyolle qui pouvait bien être âgé de 45 à 50 ans (il sera décédé avant 1500). La coïncidence possible entre les deux mariages pouvait créer des liens particuliers entre les deux familles qui, à travers les Guyolle père et fille, devenaient des « affins » selon le droit canonique en vigueur.

              L’autre point à remarquer est qu’à plusieurs reprises Jean I Parageau est dit sieur du Guiniou, alors que son fils, sieur de Lagodin, est dit l’époux d’une dame du Guiniou (ou Guynio). Or Jean III de Lespinay est le propriétaire principal du fief du Guiniou, ayant racheté les parts de Dom Robert du Guiniou et de la succession de Jean du Guiniou. Renée, une autre de ses filles, née ca.1450, épouse de Jean Spadine avant 1470, aura le Guiniou en héritage par un partage du 12 juin 1500, après le décès de sa mère. Mais en effet, aucun acte ne mentionne un Lespinay comme sieur du Guiniou, alors cependant que Guillemette du Guiniou est dite dame du Guiniou et de la Perchette. Cela veut-il dire que Guillaume Parageau avait épousé ou était le fils d’une du Guiniou, héritière principale du fief ? L’étude systématique des aveux de Plessé pourrait peut-être apporter une réponse.

 

             Nous ne sommes pas sûr cependant que ces deux parentés par alliance permettent à elles seules d’expliquer la collaboration fructueuse entre les Parageau et les Lespinay d’abord, puis avec les Capeau, La Rivière, Carheil, etc. Dominique Le Page (1997, p.223 etc.) cite comme membres du « réseau d’influence Lespinay-Parageau » les personnes suivantes : Pierre et Guillaume Avignon son fils, Jean de La Rivière, Jean-Baptiste de Servy, Jean Paubert, François Bonnet, tous commis, Michel Thierry, Clément Dautie (Jean IV de Lespinay est parrain de sa fille), Charles Jouhan, Jean du Fresne (époux de Marie Parageau), sans oublier Jean Coué et Abel Rouaud. Cette liste n’est certainement pas exhaustive. D’autres personnes apparentées en font partie, comme les Spadine, les Moulnier ; et tous les apparentés n’ont pas été dotés d’offices financiers, soit parce qu’ils n’étaient pas compétents, pas volontaires, soit parce que le « couple » Parageau-Lespinay n’a pas recherché systématiquement à se construire un réseau d’influence pour mettre la Bretagne en coupe réglée comme on pourrait le croire en lisant les historiens D. Le Page, J. Kerhervé et surtout G. Minois…
 
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 08:56
Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (2)


La « parentèle paroissiale » de Plessé


              Lorsque l’on parcourt les archives concernant la paroisse de Plessé – à l’occasion de la création d’une métairie pour Guillaume de Marbré (1482), d’une chapelle pour Jean de Tournemine (1489), d’une chapelle sous le patronage de St-Jean pour Jean IV de Lespinay (1500) – on y voit à chaque fois nommées, avec le recteur de la paroisse (Pierre de Trevegat, depuis au moins 1482 jusqu’après 1500), 30 à 40 personnes : les nobles, quelques bourgeois connus comme tels, et quelques laboureurs (paysans libres) et métayers, certains de ces derniers apparaissant dans les aveux concernant les Lespinay (cf. les dossiers relatifs aux aveux de Kerguemer en 1430 et de Lespinay en 1661). Il serait intéressant d’étudier les divers aveux de la paroisse de Plessé pour mieux en connaître les membres et ce qui peut les relier. Mais déjà, à travers les archives Lespinay connues, nous avons un bon échantillon des membres de la paroisse de Plessé entre 1430 et 1661.


Les « affiliés » au réseau paroissial

              Les  familles nobles de la paroisse de Plessé semblent avoir assumé une certaine solidarité au niveau paroissial, comme les villageois au niveau de chaque « frairie » (en Bretagne : communauté des habitants d’une trève ou fraction de paroisse). Il faut mettre à part le suzerain direct, seigneur de Fresnay (les Volvire, puis les Rohan), les Tournemine seigneurs de Trémar (et de Barra) et les Carheil seigneurs de Carheil, qui ont la haute justice sur la paroisse. À la fin du XVe siècle, les autres familles nobles sont les suivantes :


Capeau, sieur de Malaguet

Gaultron, sieur de Launay

La Rivière, sieur de La Rivière

Lespinay, sieur de Rozet, Bodouan puis Lespinay

Marbré, sieur de Malarit et des Bignons

Parajeau, sieur du Guynio et de Lagodin (ou Laboden)

Rouaud, sieur de Chesnevert en Plessé et de Tréguel en Guéméné-Penfao

À ces noms, il faut ajouter :

du Guiniou ou Guynio

Guischard, sieur de Kerguemer puis de La Perchette.


               On ne sait si tous les membres de ces deux dernières familles sont nobles. Les aveux faits par la dame de la Perchette en 1402 et sa fille Guillemette du Guiniou en 1470 semblent montrer que ces deux personnes étaient nobles, ou dames de fiefs nobles. L’aveu du domaine de Kerguemer en 1430 par Perrot Guischard concerne des terres roturières.

               Parmi les non nobles cités dans les assemblées paroissiales, on trouve les Jenvresse ou Janvresse (dont Robert, notaire de la Cour du Gâvre), et d’autres : Allain, Aoustin, Breger (ou Berger), Chastelier (ou Châtelier), Coquerel (prêtre), Coren, Courault, Davy, Flory, Gresneuc, Haye, Jehan, Jouachin, Le Beau, Le Coz, Le Moyenne (ou Le Moyne), Le Roux, Moriceau, Ollivier dit Guilliers (originaire de Guilliers, dans le Morbihan), Praud, Renaud, Renaudot, Robin, Rouer (dont un métayer), Téraud, etc. Il faut y ajouter la liste incomplète des noms trouvés dans quelques aveux : Agasse, Amossé, Baron, Blanchart, Blandin, Bodin, Bomberel, Bonneau, Bonneron (ou Bouverone), Bonnet, Boulot, Bresel, Brunbrel, Channel, Cherdeport (ou Chardeport), Chommel, de Foix, de La Barre, de L’Escrin (cordonnier) ou Delescrain, de Rube, du Roux, Février (dont un notaire), Fouchard, François, Frétillet, Gergaud (cordonnier), Gicquel, Guenn, Guérin, Hachept, Hamon, Harel, Huby, Hures, Jarnier, Labbé, Laillet, Laudron, Lévesque, Loirac, Lucas, Malarit (ou Malrit), Malin, Merot, Morice, Morin, Moulnier (maréchal ferrant) ou Mounier, Nepveu, Nouel ou Noël, Oren, Ouaisel, Pessu, Potin, Pronost (cordonnier), Regnard, Roaud (ou Rouaud), Roixeau (ou Rouxeau), Roué (cf. Rouer, Rouez), Sodouy, Villeneuve, Vivien… On voit, à travers cette liste impressionnante pour une petite paroisse, bien que très partielle, la diversité des noms. Plessé et Rozet sont des lieux de passage et de brassage.

           C’est parmi ces « paroissiens » de Plessé que le « réseau Lespinay », comme l’ont appelé certains historiens, prend ses racines tout naturellement. En particulier : Aoustin, Capeau de Malaguet, Carheil, Guischard, le notaire Jenvresse, La Rivière, Marbré, Parajeau, Rouaud, Tournemine. Un La Rivière épouse une Lespinay (fille de Jean II) ; un Carheil épouse une Spadine, fille d’une Lespinay (fille de Jean III) ; un Rouaud épouse une Lespinay (fille de Jean IV) ; un Lespinay (Jean V) épouse une Marbré. Jamet Capeau, qui afferme la traite des bêtes vives avec Jean Parageau en 1480, constitue en 1514 une rente pour Jean IV de Lespinay et une autre pour Jean Parageau par l’intermédiaire de Jean Coué, beau-frère de Jean IV de Lespinay. Les Parageau font profiter Jean III et Jean IV de Lespinay de leurs contacts dans les milieux de la finance bretonne. Les La Rivière, receveurs de la châtellenie du Gâvre, ont des liens de dépendance avec le trésorier Lespinay. Lorsque Jean II Parageau cherche des personnes pour se porter caution pour lui (ca.1527), il s’adresse à des voisins de Plessé qui ont un certain renom : Jean de La Rivière, Abel Rouaud Sr de Tréguel, et à Jean Coué. Jean de Tournemine vend sa terre de Trémar à Jean de Lespinay en 1495. En 1573, René Tournemine, lieutenant général du roi en Bretagne, sera protecteur de Pierre de Lespinay, persécuté en tant que huguenot. Etc.

              Ainsi, au moins cinq familles nobles de Plessé (ou de Guéméné-Penfao en ce qui concerne les Rouaud), sans compter les du Guiniou et les Marbré, vont établir des liens entre elles : liens matrimoniaux directs ou indirects, liens et appuis professionnels réciproques. On retrouve ainsi Jamet Capeau, Abel Rouaud et plusieurs générations de La Rivière, de Parageau, de Lespinay. Finalement, une seule famille semble rester à l’écart, celle des Gaultron, d’après notre documentation actuelle. Au XVe siècle, le territoire de la châtellenie ducale du Gâvre relevait de la paroisse de Plessé. Les tâches administratives de la châtellenie étaient le plus souvent assurées par des paroissiens de Plessé : les La Rivière, receveurs ou « châtelains », les Lespinay, sergents féodés du Gâvre, les Parageau, sergents-receveurs du Gâvre…Quelques noms seulement (François de Lonneday, semble-t-il de Guenrouët, paroisse voisine de Plessé, Tristan Le Bascle, Pierre Simon), entre 1466 et 1475, ne seraient pas originaires de Plessé. C’est par les fonctions au sein de la châtellenie du Gâvre, mais aussi de la seigneurie de Blain, que certaines familles nobles de la région de Plessé vont améliorer leur statut socio-économique et que d’autres vont s’élever dans l’échelle sociale et, parfois, s’intégrer à la noblesse.


Le statut socio-économique des affiliés

              On a l’impression que la solidarité, ou plutôt la coopération, joue à Plessé entre personnes et familles de même niveau socio-économique, indépendamment des origines. C’est une constatation, mais pas forcément une règle absolue. Plusieurs familles de petite bourgeoisie de Plessé intégreront la noblesse dès le XVIIe siècle ou bien, vivant noblement (ce qui est déjà relativement coûteux), s’allieront à des familles nobles. Le réseau des familles « nobles » de Plessé est d’ailleurs ouvert à diverses personnes, initialement employés subalternes, qui grâce à cela ont progressé dans les fonctions et responsabilités financières et, en même temps, dans l’échelle sociale.

               En dehors du cas des Lespinay, nous connaissons mal l’histoire et la « richesse », en particulier foncière, des autres familles de Plessé à l’époque du trésorier Jean IV de Lespinay. La seigneurie de Trémar, très étendue, possède une cour de haute justice et des fourches patibulaires dont la juridiction s’étend à un bon tiers de la paroisse. Il en est de même de la seigneurie de Carheil, quoique sur une superficie moins grande. La seigneurie de Fresnay, vassale de Blain, d’abord aux Volvire (juveigneurs des seigneurs de Blain par les femmes) puis aux Rohan de Blain par rachat, commande tout le territoire de la paroisse de Plessé, sous l’autorité seigneuriale de Blain mais aussi sous l’autorité ducale de la châtellenie du Gâvre. Les autres « seigneurs » de Plessé sont titulaires de « sieuries », ayant en général moyenne et basse justice sur de tout petits territoires, dépassant rarement 50 hectares. Ils dépendent eux-mêmes directement du seigneur de Fresnay (et de sa cour de justice), leur suzerain principal, du duc de Bretagne par la châtellenie du Gâvre et, pour certains, des cours de justice inférieures de Trémar et de Carheil (cf. Marquis de Goué, « Quelques notes sur la paroisse de Plessé », Bulletin de la Société d’archéologie de Nantes et de la Loire-Inférieure, 1931.). Ces cours de justice (Fresnay, Trémar, Carheil) sont, pour leurs seigneurs, des moyens d’affirmer un pouvoir mais aussi de percevoir des revenus.

               Polignac, Bodouan, Rozet, sieuries nobles initiales des Lespinay, ne dépassaient pas chacune 50 ha, taille maximale des métairies nobles de Plessé au XVe siècle, dont plus de la moitié était composée de landes incultes (d’après les archives et l’ancien cadastre de Plessé). C’est aussi le cas de Malarit, pour les Marbré, siège d’une maison forte entourée d’étangs, ou de Kerguemer, métairie roturière des Guischard. Il en est de même pour la sieurie de Malaguet des Capeau, celle du Guiniou partagée entre les Parageau et les Lespinay (puis les Spadine), celle de Launay des Gaultron, celle du Chesnevert des Rouaud, celle de La Perchette, et celle des La Rivière. Le fief de Lagodin ne semble pas dépasser quelques hectares et l’on n’en connaît pas le statut, noble ou roturier. Avec quelques dizaines d’hectares agricoles, une famille noble ou d’apparence noble peut à cette époque arriver à maintenir un niveau minimal de vie noble, dans une « maison » noble de deux à trois pièces, sans pouvoir forcément tenir son rang dans les montres, où elle doit présenter soit un archer, soit un écuyer à cheval, soit un homme d’armes en tenue. C’est d’ailleurs la tenue qui paraît la plus coûteuse. Aussi, pour ne pas déchoir, faut-il s’assurer d’autres revenus que ceux fournis par les productions agricoles et d’élevage de la sieurie, et ne pas avoir une famille trop nombreuse à entretenir… (cf. Jean Gallet, Seigneurs et paysans bretons, du Moyen-Âge à la Révolution, Rennes, Ouest-France-Université, 1993, 340p.)

               Dès Jean III, avec l’acquisition de la sergenterie féodée de Rozet, les Lespinay disposaient d’une maison à Rozet à titre gratuit, gage de la sergenterie, d’un droit de lever des taxes sur la foire St-Mathieu à Rozet, et peut-être de droits de douane pour le passage des marchandises à Rozet sur la route Nantes-Redon (nous n’en avons pas trouvé trace, mais cela est plausible). Le même Jean III, peu avant sa mort, avait aussi acquis les droits sur la foire et le passage de Saint-Clair, face à Guenrouët sur les bords de l’Isac, contrôlant ainsi la voie commerciale entre Guenrouët et Plessé. Ces deux « rentes » devaient être la source principale de la fortune des Lespinay, avant même les revenus de leurs terres et les spéculations faites sur la recette du Gâvre et sur des fermes (offices fiscaux) détenues peu d’années. Au XVIIe siècle, le seigneur de Carheil, successeur des Lespinay sur leurs terres, bien que plus gros propriétaire encore, était très attaché à ces sources de revenus.

              Il semble que les Parageau aient détenu des « rentes » comparables avec leurs terres du Guiniou (sur la route de Fégréac) et de Lagodin (au pont contrôlant l’entrée de Plessé à l’Ouest), situées aussi sur des voies de communication importantes à l’époque, mais dès 1465 leur fortune foncière paraît très inférieure à celle des Lespinay. C’est par les offices financiers qu’ils vont s’enrichir quelque peu, possédant alors, comme les Lespinay, une maison à Nantes où ils exercent une partie de leur activité. Les Capeau, moins bien lotis avec une petite sieurie, bénéficieront d’activités en commun avec les Parageau et avec Jean IV de Lespinay. Les La Rivière de Plessé, qui vendent leur métairie de La Rivière aux Lespinay à une date non précisée, n’ont pas d'autre fief noble connu ; leur seule fortune semble provenir de leur activité de receveurs du Gâvre et de petits offices obtenus en liaison avec les Parageau et les Lespinay. Mais leur ascension est continue et va les mener jusqu’à la Chambre des comptes de Bretagne. Quant aux Rouaud du Chesnevert et aux Gaultron de Launay, ils restent assez discrets, dans nos sources tout au moins.

               En 1489, au moment du mariage d’Hélène de Marbré avec Jean V de Lespinay, les Marbré sont de gros propriétaires par rapport aux autres nobles de Plessé, car ils possèdent plusieurs fiefs (à Plessé : Malarit, Le Breil, Les Bignons ; à St-Aubin-des-Châteaux : Le Bois-Vert), Malarit et le Bois-Vert étant les plus importants avec leur maison-forte, dont la surface totale pouvait dépasser 150 hectares (le calcul reste à faire à partir des aveux).

               En 1510, un indult de la cour de Rome accorde aux Lespinay et à quelques autres certains avantages en matière de pratique de la religion catholique. Certaines des familles nommées dans cet indult (dans l’ordre du texte) ont entre elles des liens très forts : Jean IV, Jean V de Lespinay et leurs épouses ; Guillaume de Lespinay (probablement le fils de Jean V, âgé de 9 ans, puisque sa femme n’est pas prévue) ; Olivier de Lanvaulx du Mas (seigneur de Beaulieu), proche ami de Jean IV, et sa femme de Beaubois (Perrinelle Glé ?) ; Jean du Verger de Trégrain ; Guillaume de Saint-Gilles de Brignon et sa femme (probablement Jeanne de La Vallée) ; Jean Parageau et son épouse du Guynio ; Jacques Coterel de Trégonau et son épouse (Perrine de Langle) ; François Giffart du Plexis (dont le fils Olivier épousera Catherine de St-Aubin) ; René Benoist ; Pierre de Saint-Aubin (époux d’Isabeau de Tréviel) et son fils aîné du Serric (qui épousera Françoise Giffart, sœur d’Olivier) ; Théobald de la Noë de la Ramée ; Jean Le Tresle du Budo et son épouse ; Vincent de Loveday et son épouse Perrine ; Jean Léraud et son épouse de La Barauraye. Pierre de Marbré, cousin issu de germain d’Hélène de Marbré et Jean V de Lespinay, a épousé ca.1500 Françoise Giffart. Cet ensemble est un « cocktail » d’amis, de parents, de relations et de deux familles de paroissiens de Plessé.

              Il faut maintenant s’intéresser aux diverses parentèles qui ont pu jouer un rôle dans l’ascension du trésorier Lespinay et qui, le plus souvent, mettent en relation des personnes liées à la paroisse de Plessé.


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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 07:50
Le réseau de parenté étendue des Lespinay, XVe-XVIe s. (1)

 


« Parenté »

              Si la parenté étendue était bien plus répandue aux XVe-XVIe siècles qu’aujourd’hui, il n’est pas sûr pour autant que la solidarité entre éléments de cette « parenté » très large ait été aussi forte que certains historiens l’ont cru à propos du trésorier Lespinay, en particulier dans les milieux de la noblesse, hétérogènes et hiérarchisés (au minimum en trois niveaux : haute, moyenne et petite noblesse, auxquels il faut ajouter en Bretagne la « noblesse dormante »). L’existence de liens étendus de parenté dépendait aussi de la connaissance que l’on pouvait avoir de sa généalogie, de ses degrés de parenté, de ses alliances familiales au delà d’une à deux générations, et de l’intérêt – économique, social, politique, juridique (et successoral) – que pouvait apporter cette connaissance.

               Rappelons que, si l’Église catholique interdisait alors les mariages consanguins jusqu’au 4e degré canonique (et jusqu’au 7e degré avant le concile de Latran de 1215), peu de gens étaient capables de connaître l’ensemble de leur parenté aussi loin (4 générations ascendantes et descendantes). De plus, en se mariant, un individu devenait l’allié de tous les parents et alliés de son conjoint (les « affins ») : à l’interdiction de la « consanguinité », l’Église avait donc ajouté celle de « l’affinité » dans les relations matrimoniales. Dans le cadre d’une certaine endogamie villageoise, il arrivait donc qu’un couple marié soit « parent » sans le savoir et sans par conséquent avoir demandé de dispense. Les règles de parenté canonique donnaient un pouvoir supplémentaire à l’Église, qui avait déjà le monopole de l’état civil, pour contrôler les mariages et les familles, accorder ou non des dispenses, rendre ou non des couples et des enfants illégitimes, surtout à une époque où les registres paroissiaux étaient rares… La haute société bénéficiait souvent de dispenses en matière de mariages consanguins, dès le 2d degré, dont ne bénéficiait pas le commun du peuple.

 

La parenté canonique



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   4° degré                                           

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   3° degré                                        

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   2° degré                                      

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   1° degré                                   

                 Ego         2°          3°                  4°

                degrés de consanguinité avec « Ego »




                 En matière successorale, on voit un exemple de méconnaissance de la parenté proche (probablement de mauvaise foi) dans les poursuites intentées de 1504 à 1511 par la famille d’Olivier de Marbré contre Hélène de Marbré, cousine germaine, et son mari Jean V de Lespinay (donc parents au 2e degré canonique), demandant à ces derniers de prouver leur parenté à l’égard de leur grand-père Pierre de Marbré et de Guillaume de Marbré, frère cadet de celui-ci et donc parent au 3e degré canonique.
                Un exemple contraire de bonne mémoire généalogique est représenté par les poursuites intentées entre 1514 et 1517 par Charles de Rohan-Gié, cousin issu de germain de Jean du Chaffault (dont il est parent au 3e degré canonique), contre Marie du Chaffault et sa famille (4e degré), pour tenter de capter l’héritage de Marguerite du Pont-L’Abbé (« héritage Plusquellec »), doublement parente au 2d degré canonique de Jean du Chaffault. En effet, la mère de Jean du Chaffault, Catherine du Pont-L’Abbé, était à la fois la demi-sœur de la mère (Jeanne de Plusquellec) de Marguerite du Pont-L’Abbé par le premier mariage de sa mère Anne de Penhoët avec Maurice de Plusquellec, et la demi-sœur du père (Charles du Pont-L’Abbé) de Marguerite par le premier mariage de son père Jean I du Pont-L’Abbé avec Marguerite de Rostrenen. Voir à ce sujet, le dossier « Des fondations matrimoniales pour l’avenir : l’entrée dans la cour des grands ».


Parenté et réseau


                 Une alliance matrimoniale ne suffit pas pour que les membres de la belle-famille, nouveaux alliés en puissance, fassent profiter leurs parents par alliance de leur fortune, de leurs contacts, de leur réseau, sauf intérêt particulier. Il en est de même des parents plus proches « par le sang », qui ont des ascendants en commun. En effet, il faut ajouter une correction à cette pseudo règle de l’entraide obligée entre les membres d’un réseau de parenté : d’une part il faut soit être de même niveau social, soit être un « client » dont on peut tirer avantage et qui procure un pouvoir supplémentaire (cf. les travaux de Nassiet, et de Bourquin cités en bibliographie) ; d’autre part, dans tous les cas, il faut qu’il y ait un intérêt en jeu, une réciprocité possible, pour que ceux qui contrôlent le réseau, par le pouvoir qu’ils détiennent, acceptent d’aider l’un des membres du réseau. Certes, on se rencontre lors des mariages et des enterrements, lors de certains baptêmes, de certains conseils de famille, lors de procédures successorales intentées ou subies en commun, lors de diverses affaires, éventuellement à la Cour (seigneuriale, ducale, royale), mais cela ne suffit pas à créer des liens permanents et forts de solidarité, surtout entre la haute noblesse et les autres niveaux de la société. 

                Ce constat, valable pour le XVe siècle et le début du XVIe siècle, ne l’est plus pour les milieux protestants de la deuxième moitié du XVIe siècle. Ceux-ci, au contraire, passant outre aux anciens barrages « de classe », renforcent leurs réseaux de famille et de clientèle (multipliant les situations d’endogamie confessionnelle) et les mettent en interaction, dans un premier temps pour répandre les idées de la Réforme, et dans un deuxième temps pour se protéger mutuellement des persécutions dont ils sont l’objet.

                Avant l’époque de la Réforme et en ce qui concerne les Lespinay, nous avons vu que par leur alliance avec les du Chaffault ils deviennent parents de membres de la grande noblesse, les Penhoët, les Pont-L’Abbé, les Plusquellec, et par eux des Rohan, des Foix, etc. Mais cette alliance est vue comme une mésalliance par les membres de la belle-famille. Seule la puissance du trésorier Lespinay et l’intérêt de son appui leur ont momentanément fait accepter cette parenté, mais sans que la barrière « de classe » soit levée, les Lespinay faisant partie de la petite noblesse. Le procès de la succession Plusquellec, qui se termine en 1518 à l’avantage des héritiers du Chaffault, dont les Lespinay, et de Pierre de Foix qui s’est joint à eux, montre bien cette situation curieuse. De même, après le mariage Chaffault-Lespinay en 1514, les menaces de poursuites en 1515 de Jean de Laval, suzerain des du Chaffault à cause de leur seigneurie de Monceaux, montrent que cette mésalliance est mal vécue en ce qui concerne la fille aînée surtout, qui aurait mérité un mariage au moins homogamique, les juveigneures entrant traditionnellement dans des relations d’alliances hypogamiques, ou au couvent...

                Quant à l’alliance Perreau-Lespinay en 1563, elle n’a pas donné accès au réseau de la belle-mère Jacqueline de Rymerswael dans les Pays-bas espagnols, mais le protestantisme y est probablement pour quelque chose, créant des clivages imprévus. Les parents des Rymerswael devenus protestants sont en fuite, chassés des Pays-Bas par l’inquisition qui les rend passibles de la peine de mort. Les Lespinay et les Perreau, huguenots, ne semblent pas avoir eu de contacts avec leur parentèle catholique des Pays-Bas (Rymerswael, Ersel, Glymes). Même les liens avec les d’Espinay catholiques, du fait du deuxième mariage de Jacqueline de Rymerswael avec Louis d’Espinay, ne semblent pas avoir été très suivis. Ici la religion est venue ajouter un élément de plus dans les critères de mise en œuvre des réseaux de parentèle. À partir de 1558, les Lespinay et les Perreau, devenus huguenots, ont coupé les contacts avec une bonne partie de leur parentèle catholique, mais semble-t-il pas complètement avec leur proche parenté.

                 Enfin, si l’on s’intéresse à la parentèle des Lespinay partageant le même niveau social, dans la mesure où les parentés et les alliances se vérifient exactes (ce qui n’est pas certain dans plusieurs cas), on ne peut être sûr que la progression de Jean III et de Jean IV de Lespinay dans l’administration des finances soit due à l’appui et l’aide directe par exemple des Pinart, des La Rivière ou des Becdelièvre, contrairement à ce qu’ont affirmé les historiens qui ont traité des « malversations » des Lespinay dans leurs activités financières au moyen de leur réseau familial. Si cette hypothèse de l’appui de la parentèle est recevable, elle reste une hypothèse qui « peut » expliquer la réussite des Lespinay dans la finance ; mais 60 ans d’alliance Parageau-Lespinay dans les petits offices et certaines fermes du duché, une grande expérience et une grande fidélité à l’égard du pouvoir, suffisent à expliquer cette réussite.

                  Néanmoins, les parentèles sont des moyens de contacts non négligeables et cela justifie que l’on s’y intéresse, car le hasard ne suffit pas à expliquer certaines alliances et certains appuis. Nous proposons de tenter de reconstituer ici plusieurs « parentèles » larges, plus ou moins actives à l’époque du trésorier Jean IV de Lespinay (dans l’ordre d’apparition chronologique) : 1) tout d’abord celle des paroissiens de Plessé, 2) ensuite celle des Parageau, des La Rivière, des Robellot, des Spadine, des Chaffault. Nous laisserons de côté les milieux de la cour des Rohan, de celle des ducs et de la cour royale, où c’est le plus souvent le pouvoir qui mène le jeu des alliances et des réseaux.

 



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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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