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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 18:06

Pierre de Lespinay, petit-fils du trésorier

et les débuts du protestantisme



Sources :       Marquise de Lespinay, Pierre de Lespinay et les débuts du calvinisme à Blain, Chantonnay, Impr. A.Gaultier, [1939], 90p.

Roger Joxe, Les protestants du Comté de Nantes au seizième siècle et au début du dix-septième siècle (Préface Henri Lavagne), Marseille, Ed. Jeanne Lafitte, 1982, 328p.


               Les Lespinay semblent avoir été, en Bretagne, des protestants de la première heure. Les idées de la Réforme circulaient dans les villes et les ports, en Bretagne comme ailleurs en Europe, mais aussi dans les Cours royales et dans tous les lieux d’intenses échanges, qu’ils soient économiques, philosophiques, politiques. Dans les campagnes, ce sont plutôt des membres de la noblesse et de la bourgeoisie qui ont pris en charge, à l’aide de leur réseau, l’animation des jeunes communautés réformées. À Blain, les Rohan surent entraîner vers le calvinisme autant leurs vassaux que des laboureurs, des artisans, des marchands et des bourgeois d’alentour, auxquels ils apportèrent ensuite leur aide et protection.

Les premiers Lespinay protestants sont d’abord membres de la communauté de Blain, sous la tutelle des Rohan. Très vite, du fait des persécutions (celles de Mercœur en 1585) et de leurs possessions en Pays de Retz et en Poitou, ils vont s’installer dans la communauté de Vieillevigne, plus sûre.

Il est possible que la conversion de Pierre de Lespinay, avant d’avoir récupéré le patrimoine familial de Plessé, entre les mains de Louis du Perreau, ne soit pas due uniquement à l’évolution de ses idées personnelles. L’influence de la cour des Rohan, de leurs alliés Coligny et la rancœur à l’égard du pouvoir y furent probablement pour quelque chose. Cependant, les liens avec la cour royale n’ont jamais été mauvais, Guillaume de Lespinay, puis son père et ses petits-enfants ayant bénéficié de la protection royale à plusieurs reprises, recevant même du roi une autorisation spéciale de chasse ou une demande en vue du mariage d’un protégé du roi avec une protégée de Pierre de Lespinay.


Informations tirées de R. Joxe

p.92.
Blain. « Aux alentours de Blain et de Plessé, une foule de gentilshommes de plus ou moins vieille chevalerie formaient aux Rohan comme une cour et une garde. Les listes seraient longues des manoirs, des Huguenotières plus ou moins fortifiées qui, tapies à tous les replis des vallons, faisaient le cercle autour de leur forteresse : Henleix, Pontpiétin, la Massais en Blain, Malaguet, Le Chêne vert, l’Allier, l’Epinay, Buhel, Calestré, Trémar en Plessé, ou encore, un peu plus à l’écart, Tréguel et Pingué en Guéméné, Vauguérin en Vay, Villoin entre Bouvron et Fay, ou encore, la Cour de Bouée. Là se logeaient de hardis capitaines, héros des guerres passées ou à venir, Pellisson de la Ferassière à Vauguérin, Bourceau de Chesneverd à Plessé, ou de nobles maisons aux alliances enchevêtrées, tels les seigneurs du Chaffaut ou de l’Epinay, ces Chaffaut, dont le manoir se dressait à l’ouest de Plessé et qui tenaient aussi la petite place de Buhel, et leur alliés, les Perreau de Catillon, qui, comme eux, s’entêtèrent jusqu’à la Révocation. C’est même parce qu’en juillet 1563, un dimanche, au grand temple de Blain, « à l’endroit de l’exhortation publique », Pierre de l’Epinay épousa, à la huguenote, Léonore, fille de Louis du Perreau, chevalier, sieur de Catillon, que Le Noir de Crevain, ayant tenu en main l’original du certificat notarié, y pourra voir l’indiscutable preuve de l’ancienne possession où fut l’Eglise de Blain cent un ans avant la démolition du temple en 1665.[268] »
[Note 268 : Crevain, p.124, 126. L’acte était signé Françoise de Rohan, Charles Quellenec du Pont et Guyonne de Théhillac. En 1559, Léonore du Perreau avait été marraine avec Marguerite d’Epinay]

p.97, note 284 : 
En dehors des nobles hommes des Huguenotières, la présence des Réformés fut durable en Blain : à la Bidéais, Bougarré, la Carrée, le Chaffault, Grand Lande, Le Gravier, Guény, Henleix, l’Hôtel-la-Mée, la Martinière, la Miltais, la Rabatelais, la Riotais, etc. ; en Plessé : à Beaulieu, Buhel, Beaucoulon, les Ecobuts, Lallier, Malaguet, la Milatière, Roset, Trémar, etc. ; en Vay et Saffré : la Bergerie, le Brossais, la Chesnaye, Cran, l’Hôtel-Ferrand, Vauguérin ; à la Babinais-en-Fay, Villoin en Bouvron, etc.
[le Chaffault est le nom porté par Pierre de Lespinay, donné aussi à ses terres dans certains documents, et non un lieu-dit de Blain ; Bougarré est au Sud-Est de Plessé ; le Guény est un lieu-dit de la paroisse de Plessé ; Buhel, Lallier, Roset appartiennent à Pierre de Lespinay après son mariage en 1563 ; Trémar appartient à Henri, seigneur de Castillon en Fay-de-Bretagne]


p.105.

Sion. « Parmi ces patrons de l’Eglise de Sion, mi-rennais, mi-nantais, tous plus ou moins cousins, le premier rang, après le tout-puissant seigneur de la Roche-Giffart, revenait sans conteste aux Le Maistre de la Garelay. Ils étaient parents de la Noue, le futur Bras-de-Fer, qui venait de leur céder divers petits fiefs entre Don et Vilaine. Leur château de Derval, en vue de la Chère, place forte à double enceinte, aux larges douves, avait jadis été donnée à Robert Knolles par le duc Jean IV, ce qui lui valut l’honneur d’être assiégé par le connétable Duguesclin. Ils furent aussi seigneurs de l’Orme, en Sion, de la Haye en Pierric, de la Garlay en Derval. »

[Cette famille n’est pas étrangère aux Lespinay. Jean V de Lespinay, fils du trésorier, avait épousé en premières noces Hélène de Marbré, fille de Jeanne Le Maistre. Pierre de Lespinay était donc cousin du célèbre Guillaume le Maistre, chef huguenot, capitaine de Blain puis de Vitré. Louise Le Maistre, fille de Guillaume, épouse en 1627 un cousin des Lespinay par les du Chaffault, Gabriel de Goulaine, dont la fille Henriette épousera Jacob II de Lespinay, arrière-petit-fils de Pierre de Lespinay. Les nouveaux convertis sont souvent parents et établissent entre eux de nouvelles alliances]


p.110.

Vieillevigne : « Au premier rang les La Lande de Machecoul, seigneurs de Vieillevigne, et les Laudonnière de Goulaine se firent les chefs du mouvement sur la frontière de Bretagne. »


p.111.

Les Laudonnière : « Ils résidaient au manoir de Laudonnière, au nord de Vieillevigne, et c’est là que Jean VI de Goulaine fut le premier Protestant. Il avait, en 1554, épousé Barbe de Machecoul, fille de Jean de La Lande et de Françoise Chasteigner : tout naturellement il suivit [p.112] l’exemple de son beau-frère et devint l’un des piliers de son Eglise[342]. »

[Note 342 : (…) Fils de Jean V et d’une du Chaffault, Jean VI, veuf sans enfants, épousa en 1564 Françoise de Gastinaire de la Preuille (en St-Hilaire de Loulay) : il en eut quatre filles et cinq fils, tous Huguenots] [Jean VI de Goulaine était le cousin germain de Pierre de Lespinay]


p.116.

François de La Noue, « le Bayard des Huguenots », était fils de François, gentilhomme de la chambre de François Ier, et de Bonaventure Lépervier de Briord. Il serait né à Briord, en Port-Saint-Père. [p.117] « sa terre de Briord en Port-Saint-Père, le manoir ancestral de la Noue-Briord en Fresnay, furent de petits nids de Huguenots : lui-même y résidait peu[360]. »
[Note 360 : Crevain, p.242 : en 1595 [1585], Abigaÿ de l’Epinay se marie à Briord et Samuel de l’Epinay y épouse une fille de la maison de Briord. Crevain s’étonne que ces mariages soient célébrés par le ministre Guineau et non par celui de Nantes.] [Abigaÿ est Abigaïl, fille de Pierre de Lespinay et Aliénor du Perreau, qui épouse le 19 février 1585 Jean de Breil alors que son frère aîné Samuel épouse le même jour Suzanne des Roussières, héritière de Briord]


p.191.
La Rochelle : Lieu de refuge des huguenots persécutés, en particulier de l’Eglise de Blain, qui doivent fuir avec les Rohan les assauts de Mercoeur en 1585-1586. « D’autres Bretons, accourus derrière le vicomte René de Rohan ou Louveau, s’y retrouvaient, comme après 1572, assez nombreux pour y former une notable partie de la population huguenote et même avoir leur temple particulier à Sainte-Marguerite, avec Louveau, Thierry de Vieillevigne, Oyseau de Trévecar, et qui dura jusqu’en 1598[153]. »

[Note 153 : Tels MM. de Kergrois, du Ponthus, de l’Orme, du Chaffault, de la Babinaye, de la Chevrolière. (…) « Pour apprendre l’histoire des Réformés de Bretagne, dit Crevain, il faut les aller chercher à la Rochelle. » [M. du Chaffault est Pierre de Lespinay, obligé de porter le nom du Chaffault par le contrat de mariage entre son père Guillaume et Marie du Chaffault, aînée et héritière du nom.]

p.261.
Eglise de Blain, dans les années qui suivirent l’Edit de Nantes en 1598, dont les supports sont bourgeois et nobles « aux alliances entrelacées ». « Nobles enfin, vieux capitaines, hobereaux campagnards, officiers de petite judicature, parmi lesquels les Rohan recrutaient leurs fonctionnaires et qui se partageaient les charges administratives ou judiciaires de la seigneurie : mais la génération militaire des Guerres de Religion achevait lentement de s’éteindre. Les nouvelles générations, plus occupées de leurs blés, de leurs bois et de leurs moutons, portaient d’autres rêves en tête. Les huguenotières qui faisaient le cercle autour de Blain et de Plessé, avec leurs douves, leurs tourelles anachroniques, n’avaient plus à jouer que le rôle paisible de maisons des champs : La Cour Mortier, visible aujourd’hui encore au bourg même de Blain ; Henleix, La Massais, Le Pordo, Pontpiétin, Le Chesneverd autour de la petite ville ; Malaguet, l’Epinay, Buhel, Trémar, Calestré, l’Allier, Pingué autour de Plessé (…). La liste complète en serait longue, longue aussi celle des gentilshommes qui y résidaient. Il faut citer d’abord les de l’Espinay du Chaffaut, réformés de la première heure, logés à Buhel, petite place entre Plessé et Roset[82] (…). »
[Note 82 : Arch. dép. Loire-Atlantique, G 542, Plessé : Poursuite de l’évêque Philippe de Cospeau contre Isaac de l’Espinay, qui s’est permis d’enterrer sa femme Esther du Plessis en la chapelle Saint-Jean. Arch. dép. du Maine-et-Loire, I.1 : en 1628 à Sorges (Eglise d’Angers) Isaac de l’Epinay, fils de feu Pierre de l’Epinay et dame du Chaffaut [ ?], épouse Anne de la Vaizouzière. Bastide, op. cit. Granges de Surgères cite des l’Epinay de la Limouzinière et de Villiers.] [C’est la mère de Pierre de Lespinay qui est dame du Chaffaut et non sa deuxième femme, mère d’Isaac.]

Informations tirées de Mise de Lespinay

p.12.
Après 1555, Pierre de Lespinay quitte sa maison du Plessis de Mareil en St-Viau (pays de Retz) et s’installe à Mallarit, près de Plessé, se rapprochant ainsi des Rohan et du foyer protestant en gestation à Blain.

p.16. 
« En 1558, la première prédication du Calvinisme à Blain », à l’occasion du passage de d’Andelot, frère de l’amiral de Coligny, par les ministres Fleurier [alias Fleury] et Loiseleur de Villiers.

p.18. 
Isabeau de Navarre, parente du futur Henri IV, épouse de René de Rohan, aurait contribué à l’introduction du protestantisme dans l’Ouest de la France.

p.20. 
Dès 1559, le 26 avril, Eléonore du Perreau et sa demie-sœur Marguerite d’Espinay sont marraines à Blain, le vicomte de Rohan étant parrain, lors du baptême d’Henriette de Vaux, de famille calviniste. [cf. R. Joxe, p.92, ci-dessus] En 1562, l’église de Blain sera fermée (puis rouverte fin 1565 à la demande du roi Charles IX).

p.24.
Selon la marquise de Lespinay, Pierre de Lespinay aurait été attiré vers le calvinisme par l’influence de Louis du Perreau, demeurant au château de Blain, plus que par celle des Rohan et d’Andelot. Louis du Perreau aurait rapporté ses idées d’Angleterre…
[Dès 1535, les idées de la Réforme circulaient en Europe. Louis du Perreau avait épousé en 1542 Jacqueline de Rymerswael, fervente catholique, mais dont la dernière sœur, Isabelle, était huguenote : elle avait épousé Jacques de Bourgogne (+1557), veuf de Yolande de Bréderode, huguenot notoire « dès l’âge de quinze ans », ami de Calvin qui entretint avec lui une correspondance de 1543 à 1553, publiée en 1744 sous le titre Lettres de Calvin à Jaque de Bourgogne Seigneur de Falais & de Bredam & à son épouse Jolande de Bréderode, Amsterdam, chez K. Westein, 1744, in-8. Voir aussi : Jean Calvin, Excuse de noble seigneur Jaques de Bourgoigne, seigneur de Fallez et Bredam : pour se purger vers la M. Impériale, des calomnies à luy imposées, en matiere de sa foy, dont il rend confession, première édition de Genève, 1548, 49p. ; et Jean Calvin, Apologie pour Monsieur de Falais, présentée à l’Empereur Charles Quint (s.d., s.l., imp. en latin). En 1551, selon Calvin, Jacques de Bourgogne et sa femme se seraient détournés du calvinisme « authentique », parce qu’en désaccord avec Calvin, mais on sait qu’ils restèrent protestants jusqu’à leur mort. Si Jacqueline de Rymerswael n’était pas huguenote, une partie de son entourage familial l’était, mais il semble bien que son premier mari, Louis du Perreau, soit mort trop tôt (en 1548) pour que l’on sache s’il serait devenu finalement calviniste]


p.32.
« Lenoir, historien protestant et pasteur de l’Eglise réformée de Blain, nous dit qu’il [Pierre de Lespinay] était l’un des membres les plus zélés de cette Eglise. »

p.37.

Pierre de Lespinay épousa en juillet 1563 Eléonore du Perreau au grand temple du bourg de Blain, un dimanche.


p.40.

Pierre de Lespinay a été arrêté en 1570 pour profession de foi calviniste, et relaxé par arrêt du parlement de Bretagne. Ses biens avaient été saisis parce que l’on prétendait qu’il avait porté les armes contre le Roy. Le 14 mai 1570, ses biens sont saisis à nouveau.


p.43.

Pierre restait en bon terme avec le roi Henri IV. Celui-ci lui adressa de Saint-Maixent (à « Monsieur du Chauffault »), le 20 mars 1582, une lettre lui recommandant la demande en mariage d’une nièce de sa première femme, Anne Héaume de La Rousselière, qui a été élevée chez lui, par le capitaine de La Roche « enseigne de la compaignie de mes vieilles gardes ». Un post-scriptum, de la main du roi, termine la lettre : « Je vous envoye ce gentilhomme pour vous pryer d’afectyonner ce maryage et me mander ce que vous y aurez faict. » Signé : « Votre bien bon et afectyonné amy, Henry ».


p.47.

Le 9 juillet 1573, Pierre obtient de René de Tournemine une sauvegarde pour sa personne, sa famille et ses serviteurs pour pouvoir circuler entre leurs divers biens (Chaffault, Monceaux, Lemozinière, Lespinay, Malarit) et dépendances.


p.48.

Le 14 juillet 1580, l’entrée de Nantes lui est interdite ainsi qu’à ses serviteurs, étant de la religion réformée (ALA, EE 202 f°14).


p.49.

Fin juin 1586, le catéchisme général, qui se faisait quatre fois l’an, a lieu chez « Monsieur du Chaffault ».


p.50.

« Monsieur du Chaffault » participe au catéchisme général de La Rochelle en juin 1587, en la maison de Mr de Cargrois, avec les pasteurs de La Porte, Louveau et Thierry, et d’autres Bretons de l’Eglise réformée de Blain.

 

p.56.

 Le 10 novembre 1599, peu d’années après la mort de Pierre de Lespinay, le roi Henri IV accordait à ses enfants (« le sieur du Chaffault et ses frères ») le droit de faire chasser par leurs domestiques le gibier à l’arquebuse sur l’étendue de leurs terres et de faire faire la huée aux loups « par les paisans des lieux circonvoisins où ils se trouveront avec harquebuses et autres armes » (ALA E 826).
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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 11:18

Philippe Hamon, « Messieurs des finances », Les grands officiers de finance dans la France de la Renaissance. Paris : Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1999, XXXVII + 506p.


Il s’agit de la publication de la synthèse des éléments prosopographiques rassemblés pour la thèse de Philippe Hamon, publiée en 1996 sous le titre L’argent du roi : les finances sous François Ier. C’est un ouvrage à part entière qui n’est pas un catalogue, contrairement aux prosopographies habituelles, mais l’exploitation pointue et comparative des documents rassemblés sur les grands officiers de finance français du XVIe siècle. Il a tenu compte des travaux de la thèse de Dominique Le Page, publiée en 1997, reprenant une partie de ses propres interprétations, mais remettant en cause certains jugements de valeur dans la thèse antérieure de Kerhervé.


p. 40 : “La Bretagne offre des cas de figure particulièrement diversifiés. (…) Pour Jehan de l’Espinay, un office de maître offre une position d’attente en 1492, après la perte de la recette générale du duché, en attendant 1498 et les retrouvailles avec cette charge comptable. (…) En 1491, L’Espinay vient également d’être démis de son office comptable quand il entre aux comptes.”

[Note 181 : source thèse Le Page, Finances bretonne, p.406-407. Note 182 : id. p.257, 613, 630-631.]

p. 46 : cf. p.45 “La possession légale de l’office ne rend pas toujours compte de l’exercice réel des fonctions. (…) Souvent la précocité  de la détention du titre chez le plus jeune dissimule l’activité conservée par l’aîné.” P. 46 : sur 61 relativement biens connus, 28 grands officiers meurent en charge et 8 prennent leur retraite de leur plein gré. “On peut mourir en fonction à un âge assez élevé, comme (…) Jehan Lespinay, trésorier de Bretagne, vers 70 ans.”

p. 74 : “L’office n’est plus ici simple sinécure, mais un bon moyen pour disposer de relais locaux, dans un système socio-politique connus pour reposer avant tout sur les liens d’homme à homme. Le receveur général Jehan de l’Espinay semble ainsi chercher en Bretagne à contrôler un certain nombre de recette locales.” [Note : Le Page, Finances bretonnes, p. 401-402.]

p. 78 : Archives des grands officiers. “Travaillant chez eux, les officiers conservent leurs papiers à domicile : le receveur général de Bretagne Jehan de l’Espinay garde ses archives dans sa maison du Beausoleil à Nantes (…).” [note : Le Page, Finances bretonnes, p.348]

p. 85 : Le roi et son conseil. “Pour le receveur général de Bretagne Jehan de l’Espinay, souvent à la suite de la reine Anne sous Louis XII, le triangle du pouvoir est le même [que Semblançay : val de Loire, Ile de France, Lyon], auquel s’ajoutent bien sûr Nantes et le duché breton.”

[Note : Le Page, Finances bretonnes, p.36. Blois arrive en tête, loin devant Lyon/Grenoble (six séjours) et surtout Paris (deux séjours)]

p. 94 : Les risques du métier. “La guerre de Bretagne met en péril l’existence du trésorier général Jehan de l’Espinay, en particulier lors du siège de Redon en décembre 1488 [Note : Le Page, Finances bretonnes, p.33 note 149 (Redon)]. Si L’Espinay  évite le pire, la participation active aux opérations militaires est fatale à un certain nombre d’officiers de finance.”

[Cette information, tirée de Le Page (qui cite d’Argentré) est erronée : il n’y a pas eu de siège de Redon en décembre 1488, cette ville n’étant pas fortifiée. Jehan de Lespinay n’est devenu trésorier qu’en avril 1489, et il s’agit en fait du siège de Guérande en mai 1489]

p. 142 : “Les officiers de finance peuvent offrir du crédit. (…) De même Jehan de l’Espinay, trésorier de Bretagne, demande vers 1500 à être « appointé de quelques sommes de deniers à valoir sur son deu du temps précédent le mariage de la Royne [Anne avec Charles VIII] à ce que mieux il puisse entretenir son crédit au service de ladite dame » [Note : B.N. fr.2976 f°53 ; Le Page, Finances bretonnes, p.402]. Le remboursement d’avances antérieures permet alors de nouvelles avances.”

p. 164 : Une suspicion exagérée ? “On dénonce l’incapacité où sont alors les accusés ou leurs héritiers à fournir le justificatif qui s’impose. Cela va parfois jusqu’au paradoxe, ainsi lorsque le petit-fils du receveur général Jehan de l’Espinay est contraint de rendre compte… alors que les papiers de son grand-père sont mis sous scellés. [Note : Le Page, Finances bretonnes, p.348] Pour qui connaît les limites de la conservation des papiers, le fouillis des écritures, les contraintes des successions, mais aussi l’importance de l’oral et le non-respect (même sans fraude) des procédures comptables, rien de surprenant à ce que certaines demandes de la Chambre des comptes, du Conseil ou de la Tour Carrée restent lettres mortes.

[Note 250 : C’est peut-être ce qui explique en partie l’incapacité des descendants des compatbles du duché breton indépendant à justifier, sous François Ier, les comptes du siècle précédent. Une volonté d’apurement très tardive, cinquante ans et plus après les faits, donne une tonalité particulière à la gravité apparente des situations comptables. Il n’y a en effet rien d’étonnant à ce que des justificatifs manquent, d’autant que le règne du duc François II  été, sur la fin, des plus chaotiques. Ces remarques visent à corriger un peu le jugement sévère porté par Kerhervé, État breton, p.852-857. Il est clair cependant que les intéressés n’ont fait auparavant – entre 1490 et 1535 – aucun effort sérieux pour rendre leurs comptes.] [Cette dernière phrase demanderait à être nuancée cas par cas : on sait que Jehan de l’Espinay a rendu normalement ses premiers comptes jusqu’en 1507 (cités par Dom Lobineau et Dom Morice), malgré les guerres et les difficultés de l’époque. Puis il a été, semble-t-il, mis en demeure en 1517 de rendre ses comptes en retard (1508-1515), ce qu’il a fait dans les années qui suivent. Le 13 juillet 1524, 17 jours avant sa mort, il rend ses comptes 1516-1517 avec 7 ans de retard. Ces derniers comptes sont aussi cités par les historiens Dom Lobineau et Dom Morice. Parallèlement, il a rendu les comptes de Jehan son fils aîné, décédé en 1517 avec hoirs en bas-âge, les sauvant « théoriquement » de toutes poursuites, et commencé à rendre les comptes de son fils cadet, mort en 1518 sans hoirs. Sa charge complexe de trésorier général (rendue difficile du fait de la mauvaise cynergie entre officiers et de la concurrence instaurée par le pouvoir royal depuis 1490 entre les responsables des finances ducales), ses responsabilités de conseiller du roi et de la reine, ses nombreux déplacements à travers la Bretagne et la France, l’impossibilité de s’appuyer sur ses deux fils qui précédemment l’assistaient, son grand âge qu’il invoque en 1523 à propos de ses trop nombreux déplacements, tout cela devrait inciter à modérer les jugements portés sur cette fonction particulière. Il ne faudrait pas se cacher derrière les grands officiers financiers pour oublier les responsabilités fortes du pouvoir dans le choix de ses comptables ou leur maintien en poste malgré leur grand âge, probablement du fait de leur « crédit » (des avances qu’ils pouvaient faire sur leur fortune personnelle), l’inorganisation des institutions financières, les pressions constantes pour trouver des ressources nouvelles en particulier pour les guerres d’Italie, les dépenses croissantes y compris les dons dispendieux à l’entourage royal, la captation de ressources bretonnes pour les besoins financiers du royaume, etc. Il faut rappeler que Charles VIII avait mis la Bretagne en coupe réglée lors des guerres franco-bretonnes de la fin du règne du duc François II et du début du règne de la duchesse Anne de Bretagne (1489-1491).]

p. 184 : Officiers de finance en prison. [Note 67. A.N. J 958 n°18. Il est probable que certains voient leur sort progressivement adouci (…). Voir l’exemple du petit-fils de Jehan de l’Espinay en 1532, poursuivi à cause de la gestion de son grand-père : d’abord incarcéré à Nantes, puis mis en résidence chez son beau-frère, sénéchal de la ville, il est finalement autorisé à demeurer chez lui sous la garde d’un huissier de la Chambre des comptes de Bretagne : Le Page, Finances bretonnes, p.404.]

p. 191 : Négociations. [Note 109 : B.N. fr 3873 f°45 ; Dupuy 623 f° 15v°. Autre exemple de protections, celles dont bénéficie Guillaume de l’Espinay (Jean de Châteaubriant et Anne, vicomtesse de Rohan) : Le Page, Finances bretonnes, p.405.]

p. 199 : Les oppositions. “La simple saisie conservatoire des biens de Jehan de L’Espinay, à la mort de celui-ci en 1524, mobilise rapidement les créanciers.” [Note : B.N. Carrés d’Hozier 382 p.341 et 346 v°.]

p. 203 : les dix cas où le roi se retourne contre la gestion d’officiers déjà morts. Note 184 : dont Jehan de l’Espinay.

p. 265 : “Il y a cependant sûrement des créanciers privés parmi ceux qui s’opposent aux criées des biens des victimes des poursuites royales. ”

[Note 204 : Voir chapitre 3, p.199. Pour deux listes de créanciers à la succession de Jehan de l’Espinay, B.N. Carrés d’H. 382 (Lespinay), f°341 et 346v°. La nature de leur « créance » est inconnue.]

“Mais les limites de l’information empêchent sans doute parfois de mettre au jour des situations critiques. Ainsi quand en 1527 le roi fait allusion à deux domaines [Trémar et Lespinay] saisis sur le défunt trésorier de Bretagne Jehan de l’Espinay, il les décrit comme « ypothecquez et obligez de beaucoup plus qu’ilz ne le vallent » [Note : A.D. Loire-Atlantique B 51 f°373]. Mais la charge qui pèse sur eux découle-t-elle de la situation privée de l’Espinay ou a-t-elle un lien avec les finances royales ? [p. 266] Et dans ce dernier cas, est-ce que les terres de l’Espinay servaient à garantir des emprunts ou bien sont-elles simplement victimes des poursuites lancées par la monarchie, qui réclame des comptes au défunt trésorier ?”

p. 271 : “Ainsi la fortune du breton Jehan de L’Espinay fournit-elle probablement un bon exemple de ce qu’est une réussite strictement provinciale. À partir des données disponibles on peut hasarder le chiffre de 60 à 80 000 lt au décès.”

[Note : Le Page, Finances bretonnes, p.234 et 402.]

[L’auteur a confondu la dette officielle d’environ 80.000 livres avec la valeur de la fortune immobilière personnelle du trésorier, qui ne dépassait pas les 30.000 livres, puisqu’Auvers et Lanvaux faisaient partie du patrimoine de la famille du Chaffault et non du sien, contrairement aux affirmations de Kerhervé reprises par Le Page et Hamon, à partir du dossier inexact de l’accusation]

p. 284 : “Au hasard des sources on  découvre également des exploitations nouvelles, ainsi des deux métairies « de nouvelle construction » de Jehan de Lespinay à Plessé (au comté nantais)” (…).

[Note 295 : B.N. Carrés d’H. 382 p.331 ; A.N. J 958 n°15]

p. 304 : Rentabilité du capital. “Certes, celui de 2,3 à 2,4% pour deux seigneuries de Jehan de L’Espinay ne paraît guère représentatif.”

[Note 403 : A.D. loire-Atl., B 51 f°375-376. Il est vrai qu’il s’agit d’un secteur – le nord-ouest du comté nantais – de médiocre prospérité agricole.]

p. 334 : choix géographique des trésoriers de François Ier. Un breton, Jehan de l’Espinay.

p. 339 : “Jehan de L’Espinay et Jehan Parajau, qui se succèdent à la trésorerie et recett egénérale de Bretagne, ont des terres dans la même paroisse du comté nantais : Plessé. Est-ce cette localisation qui a rapproché les familles au 15e siècle, ou bien est-ce au contraire la conséquence d’une alliance antérieure (le grand-père de Parajau ayant épousé en secondes noces Marie de l’Espinay), elle-même liée à des activités financières communes ?”

[Note 105 : Le Page, Finances bretonnes, p.406-410] [Il s’agit du mariage de Marie de l’Espinay, sœur (et non fille) du trésorier Lespinay, avec Pierre Guyolle, qui serait le grand-père de Jean II Parageau. Pierre Guyolle étant un contemporain du trésorier Jean IV de Lespinay, il paraît difficile qu’il soit le grand-père de Jean II Parageau, lui aussi contemporain du trésorier. Est-ce un autre Guyolle ?]

p. 367 : Le versement des rançons par les trésoriers. Note 244 : “Le phénomène ne concerne pas que les hommes de premier plan : Loys de Perreau, seigneur de Castillon, est rançonné plusieurs fois” [à l’occasion des guerres d’Italie] (…). [L’auteur, qui cite deux cas de gentilhommes de la Maison du roi, ne sait pas que ces gentilhommes sont des personnages « importants » pour le roi]

p. 386 : “Jehan de l’Espinay, qui meurt dans son manoir de Plessé le 30 juillet 1524, s’y trouve peut-être pour un bref séjour d’été, assez fréquent depuis longtemps quand la campagne est sûre, et non en raison d’une inflexion nette de son rythme d’existence.” [probablement pour ces deux raisons au vu de son âge et de sa fatigue]

[Note 88 : B.N. Carrés d’H. 382 p.341]

p. 391 : “Plus de 75% des pères sont donc déjà des officiers, dont 68,2% pour le secteur directement financier. ”

[Note 110 : Notons qu’on peut d’ailleurs rattacher à ce monde financier les deux pères indiqués dans le tableau comme « fermiers/financiers ». (…) L’autre père est Jehan Parajau, qui participe, aux côtés de Jehan de L’Espinay, à plusieurs fermes en Bretagne : Kerhervé, État breton, p.158 note 218 et p.650 note 81 ; Le Page, Finances bretonnes, p.406]

p. 396 : “La Mothe a servi Jehan Grolier, Menant, le trésorier L’Espinay, et Laguette, Morelet de Museau.”

p. 424 : “Jehan de l’Espinay, qui vient de se faire confirmer une exemption de fouage pour ses biens nobles sur sa seigneurie de Plessé, obtient également que les habitants du lieu soient dégrevés d’un feu fiscal sur le nombre « en quoi ils sont contributifs ».”

[Note 254 : L’Espinay, Jehan de l’Espinay, p.132 et 135.]

p. 429 : “Pierre de Lespinay, arrière-petit-fils du trésorier de Bretagne Jehan, épouse en 1563 Éléonore du Perreau, héritière de celui-là même qui avait bénéficié sous François Ier du don de la seigneurie éponyme de Lespinay, confisquée après la mort de Jehan. Pierre remet ainsi la main sur cette dernière. ”

[Note 283 : Le Page, Finances bretonnes, p.606]

p. 450 : “Jehan de l’Espinay, pourvu vers avril 1498 : Le Page, Finances bretonnes, p.401 [Note 26 : L’Espinay a été trésorier général de 1489 à 1491, puis remplacé par Thomas Bohier le 23-4-1491. Il s’agit donc en fait d’un rétablissement]. Mort en charge, soit le 29-1-1524 (A.D. Loire-Atlantique B 12838 f°37), soit plus probablement le 30-7-1524 (B.N. Carrés d’Hozier 382 Lespinay) f° 345v°.” [Note 27 : Il aurait encore présenté un compte le 13 juillet : A.D. Loire-Atlantique B 568 f°12]

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 09:45
L’Historien Bertrand d’Argentré et Jean de Lespinay, trésorier

 


                Bertrand d’Argentré (1519-1590), contemporain de Pierre de Lespinay (ca.1517-1594), est le premier historien breton à faire imprimer une histoire de Bretagne – en 1582 et 1588 (les éditions suivantes sont le fait de son fils) – et pas n’importe laquelle : une histoire de la Bretagne indépendante défendant des positions bretonnes face aux ingérences françaises et revendiquant l’antériorité des Bretons sur les Francs en Armorique. C’est une histoire politique, événementielle, très orientée, peu scientifique, prenant à la lettre un certain nombre de mythes historiques bretons, mettant l’accent sur les personnages plus que sur le peuple ou le personnel de l’administration ducale. Un autre historien, le père du Paz, publie en 1619 une Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne, mais dans l’optique d’encenser à leur demande un certain nombre de grandes familles bretonnes tout en ignorant beaucoup d’autres.

Les sources qu’utilise d’Argentré sont moins nombreuses et précises que celles utilisées par ses successeurs Dom Lobineau et Dom Morice. Il a beaucoup emprunté aux écrits non publiés de son grand-oncle Pierre Le Baud, aumônier de la duchesse Anne de Bretagne et aussi historien. Néanmoins son travail, rédigé moins de 50 ans après le traité d’union de 1532 entre la Bretagne et la France, est d’un grand intérêt pour l’histoire politique de la Bretagne indépendante.

L’index limité rend difficile la recherche des divers personnages pris en compte par l’auteur. Plusieurs ne sont nommés que par leur titre. C’est le cas du dernier trésorier d’Anne de Bretagne Jean de Lespinay. Une autre difficulté vient de la disparité des diverses éditions de l’ouvrage de Bertrand d’Argentré (1re éd. :Rennes 1582, Paris 1588 ; rééd. 1605, 1611, 1612, 1613, 1618, 1668), dont la numérotation et le nombre de pages diffèrent radicalement. Nous avons utilisé une édition intitulée : Histoire de Bretaigne, des roys, ducs, comtes et princes d’icelle : l’établissement du Royaume, mutation de ce tiltre en Duché, continué jusques au temps de Madame Anne dernière Duchesse & depuis Royne de France, avec une mention 1584 probablement erronée. Premières pages arrachées, pagination par folios (831 f°), dont la numérotation comporte de nombreuses erreurs et dont les faits relatés se terminent l’an 1559 comme l’édition de 1618. Entre les folios 180 et 181 se trouve une planche généalogique des Ducs de Bretagne.

               Dominique Le Page (et après lui Philippe Hamon qui le copie sur ce point), qui a consulté l’édition de Rennes - 1613, signale que d’Argentré cite, p.1118, le siège de Redon en décembre 1488 par le Maréchal de Rieux, et nomme le trésorier Jean de Lespinay parmi les assiégés (alors qu’il ne devient trésorier qu’en avril 1489). L’édition utilisée ici ne mentionne pas ce siège, et pour cause puisqu’il n’a pas existé, mais relate brièvement le siège de Guérande [mai 1489] sans nommer le trésorier. Mais Dom Taillandier, en 1756, mentionne d’Argentré (« livre 11, chap.54 ») comme source de l’information relative au siège de Guérande et à la présence de Jean de Lespinay parmi les assiégés.

                Le Livre XII mentionne plusieurs événements concernant la famille Lespinay :

- f°749r°, chap. XXXVIII : juin 1487, siège de Nantes par le roi de France : « Le Duc deslogea de son chasteau & se logea chez un Citadin nommé Guyolle en la grande rue (…) »

- f°750r°, id. : « il [le Duc] est logé en la ville chez Guiolle ». Le dénommé Guyolle est en 1487 le beau-frère du futur trésorier Jean de Lespinay.

- f°769v°, chap. L : d’Argentré place fin 1488 (au lieu de mai 1489) le siège de Guérande par le maréchal de Rieux. Il n’y mentionne pas Jean de Lespinay mais seulement le « Chancelier » (Philippe de Montauban).

- f°777r°, chap. LIIII : aoust 1489, la duchesse envoie « son Thresorier & autres » pour délivrer la solde des Anglais. Ces envoyés, constatant que les Anglais sont en train de traiter avec les Français, en informent la duchesse. Le « Thresorier », non nommé, est évidemment Jean de Lespinay.


Nous n’avons donc trouvé chez d’Argentré (sauf oubli) qu’une seule mention concernant Jean IV de Lespinay, sans le nommer, pour août 1489. Dom Lobineau et Dom Morice, un siècle et demi plus tard, en disent un peu plus.


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4 janvier 2009 7 04 /01 /janvier /2009 00:02
L’historien Dom Lobineau et Jean de Lespinay, trésorier

 


                En lisant Dom Lobineau et Dom Morice qui sont, avec Bertrand d’Argentré, parmi les premiers auteurs de l’histoire de Bretagne imprimée, on s’aperçoit que les premiers comptes de Jean de Lespinay, trésorier général de Bretagne, ont été utilisés comme source par ces auteurs. En effet, s’il n’apparaît pas souvent dans le texte de ces premiers ouvrages imprimés, il est par contre plusieurs fois mentionné en marge comme référence des informations contenues dans le texte. 

Contrairement à ce que laissent croire certains historiens actuels, cela signifie que le trésorier général a bien rendu des comptes, et pas seulement sous la menace, même s’il n’avait pas rendu tous les comptes qu’il devait rendre, dont ceux de son fils cadet Guillaume, lorsqu’il décéda en juillet 1524.

On ne parlera jamais assez des difficultés rencontrées par les comptables pour rendre leurs comptes – surtout dans la période difficile de la fin du Duché indépendant – difficultés dues aussi bien au peu de disponibilité et parfois d’empressement qu’à l’inorganisation du système financier breton, où les ordres de dépense arrivaient à tout moment sans tenir aucun compte des disponibilités, où le comptable devait faire des avances sur ses ressources propres ou des expédients. En outre, dès 1490, la pression du pouvoir français et ses ponctions pour les besoins de ses guerres furent très fortes. Il faut ajouter à ces besoins financiers sans cesse croissants tous les dons, aides et rémunérations versés aux grands seigneurs bretons et français, amis d’aujourd’hui et souvent traîtres d’hier, ponctionnés sur les ressources du Duché sans aucune provision préalable, obligeant à trouver chaque année des ressources supplémentaires initialement non prévues. Dans ce « fatras » de mouvements comptables et financiers désordonnés, et pas toujours très réguliers sur le plan déontologique, il était difficile de rendre des comptes à date rapprochée (normalement tous les deux ans pour le trésorier général), et relativement facile aussi de « tricher »…

Les principaux comptes cités sont ceux de 1489-1491 (1er compte), 1501-1502 (« 2e compte »), 1508-1515 (« 3e compte ») et 1516-1517 (« 4e compte »). Il manque les comptes de 1498-1500 et 1503-1507, dont on a aucune raison de soupçonner qu’ils n’ont pas été rendus avant le « 3e compte » (contrairement aux insinuations d’historiens récents). Les comptes de 1518-1521 (« 6e compte », conclu en 1533), 1522-1523 (« 7e compte », conclu en 1534) et 1524 (« 8e compte », conclu vers 1536) ont été rendus par Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier (Arch. L.-A., B 121 f° 49-53). Dom Lobineau et Dom Morice n’y ont pas eu accès à l’époque de leurs recherches.

Voici un relevé des citations trouvées.



 

1. Dom Lobineau, 1707, t.I

 


1488 - p.786. XLVIII. Le Duc d’Orleans pris avec le Prince d’Orange, source « Compte de l’Espinai », cité à propos de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (dimanche 27 juillet 1488). Cette mention est curieuse et probablement erronée, puisque Jean de Lespinay ne fut trésorier général de Bretagne qu’en mai 1489, nommé à ce poste par la duchesse Anne. Le duc François II décède le 9 septembre 1488 et Anne sa fille aînée revendique immédiatement sa succession, sans demander « d’autorisation » préalable (ce que lui reproche le roi de France, qui lui conteste le droit de diriger la Bretagne).

 

1489 - p.795. LXXI. Le Mareschal de Rieux brouillé avec la Duchesse, source « Compte de l’Espinai », à propos de l’entrée de la duchesse à Redon en avril 1489 et des menaces de mort d’Albret et du maréchal de Rieux contre le chancelier de Montauban, conseiller de la duchesse. Ils firent dire à Montauban « que s’il s’avançoit plus fort en ses significations [ses conseils auprès de la jeune duchesse qu’ils croyaient manipulée par le chancelier], ils lui feroient la teste sanglante. » « Le Mareschal lui dit mesme en face, qu’il mettroit l’epée au poing, pour empescher ses procedures. » La ville de Redon n’étant pas fortifiée, la duchesse la quitte alors. P.796, il est précisé que le maréchal de Rieux faisait croire que Montauban et Dunois « avoient intelligence avec les François, & qu’ils devoient livrer la Duchesse entre les mains du Roi. » Cette croyance a semble-t-il été reprise par Georges Minois (1999, p.253) pour fustiger un peu plus le trésorier : pour cela il en fait un allié opportuniste de Montauban sans qu’aucune preuve vienne corroborer cette affirmation, ce qui lui permet de confirmer que le trésorier est un homme « malhonnête » et « calculateur ».


1489 - p.798. LXXVII. Armée d’Angleterre en Bretagne, source « l’Espinai ».


1489 - p.799. LXXIX. Revolte de l’Admiral de Quelenec ; sa charge lui est ostée, sources « Argentré » et « L’Espinai ».


1489 - p.800. LXXXV. Ambassade au Roi, source « L’Espinai ».

LXXXVI. Ambassade & armée d’Espagne, id.

LXXXVIII. Le Chancelier assiégé dans Guerrande. Relate le siège, citant les noms des protagonistes, dont le trésorier de Lespinay, et mentionne l’aide des « Allemans » (et Picards) pour lever le siège de Guérande, avec le nom des principaux commandants. Mai 1489.


1489 - p.801. XCI. Ambassade du Roi [d’Angleterre], source « L’Espinai ».


1489 - p.802. XCV. Ambassade, en Angleterre, au Roi des Romains, & en France, source « L’Espinai ».


1489 - p.805.          C. Nouveau renfort d’Anglois et Espagnols, source « L’Espinai ».

CI. Courses des Bretons en France, id.


1489 - p.806.          CIII. Estats de Redon, source « L’Espinai ».

CIV. Monstres generales, id.

CV. Ambassades en France & en Angleterre, id.

CX. Paix publiée en Bretagne, id.


1490 - p.809.          CXVII. Rohan & Laval chicannent la Duchesse, sources « Ch. C. C. 10. » et « L’Espinai ».

                               CXVIII. Ambassades du Roi & de la Duchesse, id.


1490 - p.811. II. Suspension d’armes en Bretagne, sources « Ch. T. B. 14. » et « L’Espinai », novembre 1490.


1491 - p.813.          VII. Ambassade en Hongrie, source « L’Espinai ».

XII. Ambassades en Angleterre, id.


1491 - p.814. XV. Ambassade au Roi, source « L’Espinai », août-septembre 1491. Cette ambassade est suivie d’un traité de paix « entre le roi et la duchesse » ; le roi récompense ensuite le prince d’Orange, puis convoque les États de Bretagne à Vannes en nommant par mandement passé à Laval le 27 octobre 1491 les commissaires suivants : l’Archevêque de Reims, le Vicomte de Rohan (suzerain de Jean de Lespinay mais qui est dans le camp « français » opposé à celui que défend le trésorier), le Maréchal de Rieux, Jean du Verger Président de la Cour des Aides de Normandie, Jean-François de Cardonne Général des Finances de Bretagne (qui « doubla » quelque temps Jean de Lespinay pour le compte du roi de France), Thomas Bohier Trésorier Receveur général de Bretagne (nommé par le roi pour remplacer Jean de Lespinay, évincé par le roi en septembre), ou son commis Jean Boudet Contrôleur général des finances de Bretagne, et Guillaume de Beaune président en la Chambre des Comptes de Bretagne (frère de Jacques, surintendant des finances de France en 1518, exécuté en 1527), presque tous étrangers à la Bretagne et/ou fidèles du roi de France.


1491 - p.816. XXI. Traité de Rennes, sources « Argentré, Pr.1535, L’Espinai », 15 novembre 1491. Jean de Lespinay est mentionné comme source à propos des signataires du traité : le roi de France, les ducs d’Orléans et de Bourbon, les évêques d’Albi et de Montauban, les sires de l’Isle et du Bouchage, Guillaume Briçonnet Général des Finances à la suite de Cardonne, etc.


1501 - p.828, Dom Lobineau écrit que le projet d’alliance entre Claude, née le 14 octobre 1499 d’Anne de Bretagne et du roi Louis XII, et Charles d’Autriche duc de Luxembourg, fils aîné de l’archiduc d’Autriche, ratifié en août puis le 22 septembre 1501, fut appris aux États de Bretagne par des commissaires nommés à Lyon par le roi le 28 août 1501. Ce sont : le Vicomte de Rohan, le Maréchal de Rieux, Jean-François Chevalier Général des Finances, le Chancelier de Montauban, le Vi-Chancelier alors évêque de Nantes, Jean de l’Espinai Trésorier général, et Nicolas Briçonnet Contrôleur général des Finances de Bretagne.


Puis silence entre août 1501 et mai 1507.


1507 - p.831. LXXIV. La Reine fait faire le tombeau des Carmes de Nantes, source « Comp. de l’Espinai, & ms. de la mort de la Reine », 25 mai 1507.


(même page) « On n’a rien à dire des années suivantes jusqu’en 1510. » L’ouvrage se termine p.854, sans autre mention de Jean de Lespinay.

 

2. Dom Lobineau, 1707, t.II

 

1491 - col.1525-1528. Extrait du compte de Jehan de l’Espinai Trésorier Général, institué le 14 Avril 1488 [en fait 1489] finissant, jusqu’environ le mois de Décembre 1491 que fut conclu & consommé le mariage de la Duchesse avec le Roy. « Tiré de la Chambre des Comtes de Nantes : On n’a rien mis ici du compte des mises extraordinaires du mesme Trésorier, pour les mesmes années, parce qu’il n’y a rien de remarquable qui n’ait esté inféré dans le corps de l’histoire. » Il s’agit d’une liste des officiers du duché recevant pension : grand-veneur, grand-fauconnier, trésorier des guerres, « gens de guerre », etc. pour 1489-1491 (mention pour 1491 : « il manque un cayer de dix feuilles »). Le dernier état cité est du 11 septembre 1491.


1501 - col.1569-1570. Instructions pour les Commissaires nommez par Louis XII pour tenir les Estats à Vannes, Lyon, le 28 août 1501. Ces commissaires sont : « Messires de Rohan, & de Rieux Mareschal de Bretagne, le Sire de Sens Chancelier, l’Evesque de Nantes Vi-Chancelier, Jehan-François Chevalier Général, Jehan de l’Espinay Tresorier Général, & Maistre Nicole Briçonnet Contrerolleur Général des finances du pays & Duché de Bretaigne ».


1498 - col.1585-1587. Beguin ou deuil de Charles VIII, décédé le 7 avril 1498 (compte finissant en juin 1498, rendu par Victor Gaudin, argentier de la reine Anne, commis par elle le 25 novembre 1498 pour le paiement de l’achat des draps de deuil). Col. 1587 : « À Meriadec de Lambault, Olivier de Lambault, Mr de Langueocz, & au Tresorier de l’Espinai, chacun IV aulnes III quarts à V livres V sous. »


1501-1502 - col.1590-1592. Extrait d’un compte du Tresorier general de Bretagne pour deux ans commencés le premier Janvier 1501.


1508-1515 - col.1595-1597. Extrait du troisième compte de Jean de l’Espinay Seigneur dudit lieu, Tresorier & Receveur general de Bretagne, pour huit années commencées le premier janvier 15…..


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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 23:59
L’historien Dom Morice et Jean de Lespinay, trésorier

 



1. Dom Morice, Mémoires…, 1746, t.3


Les citations des Mémoires pour servir de preuves à l’histoire ecclésiastique et civile de Bretagne tirées des archives de cette province, de celles de France &d’Angleterre, des Recueils de plusieurs sçavants Antiquaires, & mis en ordre par Dom Hyacinthe Morice (Paris, Imp. Charles Osmont, 1746) sont pour la plupart copiées sur les travaux de Dom Lobineau (Histoire de Bretagne, 1707).


1489 - col.664-665. Extrait d’un Compte de Guillaume Juzel, auquel succéda Jehan de l’Espinay institué le 14. d’Avril 1489


1490 - col.680-681. Don de plusieurs rachats faits au Sire de Guemené par la Duchesse Anne. « Anne, par la grâce de Dieu Duchesse de Bretagne, Comtesse de Montfort, de Richemont, d’Estampes & de Vertus, à nostre bien amé & féal Conseiller Jehan de l’Espinay nostre Thrésorier & Receveur General & à nos Receveurs ordinaires de Rennes, Lamballe, Montcontour & autres nos Receveurs, à qui de ce appartiendra, salut. » Rennes, le 10 Novembre 1490.


1490 - col.694. Don d’un rachat par Maximilien & Anne Roy et Roine des Romains, Ducs de Bretagne. « Maximilian & Anne par la grace de Dieu Roi & Roine des Romains, Ducs de Bretaigne ; à nostre bien amé & féal Conseiller Jehan de Lespinay nostre Trésorier & Receveur géneral, & à nostre Recepveur ordinaire de Guingamp & autres à qui ce appartiendra, salut. » Sur le dos est escrit : « Recev. à ce que de l’autre part appartient, obéissez-y, & en tant qu’il touche le fait de mon office, je m’y consens, car c’est le bon plaisir de la Royne. Fait soubz mon signe le 13. jour de Mars l’an 1490. » Signé, J. de Lespinay.


1489-1491 - col.723-726. Extrait du compte de Jehan de l’Epinai Trésorier General, institué le 14. Avril 1488, finissant jusqu’environ le mois de Decembre 1491, que fut conclu & consommé le mariage de la Duchesse avec le Roy.


1492 - col.730. Mandement de retenue & nomination des Gens des Comptes. « Charles par la grace de Dieu Roi de France… » Nomination des Présidents, Auditeurs, Clercs, Secrétaires & Suppôts de la Chambre des Comptes. Auditeurs : Guillaume de Baune, Jean Rolland, Maurice de Kerloeguen, Jean de Lespinai. Autres auditeurs : Jean Droillart, François de Callac. A La Ferté-Allais, le 3 Aoust 1492.


1498 - col.792-794. Beguin ou deuil de Charles VIII. 1498. « A Meriadec de Lambault, Olivier de Lambault, M. de Langueoez, & au Trésorier de l’Espinai, chacun 4. aulnes 3. quarts, à 5. l. 5. s. »


1501 - col.847-849. Instructions pour les Commissaires nommez par Louis XII pour tenir les Etats à Vannes. Lyon, le 18 Aoust 1501. Parmi les commissaires, « Jehan de l’Espinay Tresorier general ».


1501-1502 - col.855-857. Extrait d’un compte du Tresorier general de Bretagne pour deux ans commencés le premier Janvier 1501.


1506 - col.881. Quittance finale de la dot de Marie de Bretagne Vicomtesse de Rohan. « Nous Jehan Vicomte de Rohan (…) & Marie de Bretagne nostre compagne épouse (…) cognoissons & confessons avoir eu & receu de Sire Jehan de Lespinai Conseiller du Roy & de la Royne, Duc & Duchesse nos souverains Seigneur & Dame, Thrésorier & Receveur General de Bretagne la somme de 8.281 livres 17 sols 6 deniers tournois (…) », 3 octobre 1506.


1508-1515 -

1516-1517 - col.888-889. Extrait du troisième compte de Jean de l’Espinay Seigneur dudit lieu, Tresorier & Receveur general de Bretagne, pour huit années commencées le premier janvier 1508. (…) Le reste est de mesme, Ch. des C. de Nan. Il n’y a rien de particulier dans le 4. compte du mesme Tresorier pour 1516 & 1517.


1512 - col.904. Lettres du Roi Louis XII adressées à son très cher & très amé cousin le Sire de Rieux Maréchal de Bretagne, & à ses amés & féaux Conseillers audit pays le Sire de Sens Chancellier, Maistre Jehan Berthelot Vicechancellier, Jehan de Mondragon Chevalier, Capitaine de Rennes & de Nantes, Jehan de l’Espinay Trésorier & Receveur General des Finances, Jehan François aussi Trésorier General, Maistre Guillaume Barthelemy Controlleur General desdites finances, à ce qu’ils ayent à faire assembler les Estats de la Province, pour y establir un fouage & un impost sur les vins & les cidres (…). 19 Aoust 1512.


1513 - col.909-913. Edit en forme de Règlement touchant les différends survenus entre les Bourgeois & le Chapitre de la ville de S. Malo. Le 13 octobre 1513. « Par la Royne Duchesse en son Conseil, ouquel estoit vous (…) Jehan de Lespinay Thrésorier General (…). »


1514 - col.923-924. Testament de Philippe de Montauban Chancellier de Bretagne. Le 27 Juin 1514. « je eslis mes Executeurs, scavoir ladite Dame Anne du Chastellier madite femme & compaigne espouse, & mes très-chers amis M. le Prothonotaire de Montejan, M. Le Thrésorier General de Bretagne (…) »



2. Dom Taillandier, Histoire de Bretagne, 1756


            Il s’agit du tome 2 de l’Histoire de Bretagne de Dom Morice, décédé avant d’avoir terminé ses travaux. Comme précédemment, les sources sont les mêmes que celles citées par Dom Lobineau.

 

1489- p.197. Secours d’Espagnols en Bretagne. Sources : « D’Argentré, l.13, chap.511 ; Compt. de l’Espinai ».


1489 - p.197. Le Chancelier assiégé dans Guerrande. Source : D’Argentré, l.13, chap.54. « Le Maréchal désespéré de voir tous ses desseins traversés par la vigilance de Montauban, cherchoit l’occasion de se venger. Il crut l’avoir trouvée, lorsqu’il apprit que le Chancelier étoit allé à Guerrande avec le Thrésorier Général de l’Espinai & quelques autres Officiers. Le Maréchal fit aussitôt investir cette Place par la garnison du Croisic (…). »


1490 - p.205. Traité du Roi avec le Sire d’Albret. Sources : Act. de Bret. T.3, col.686 ; Compt. de l’Espinai ; D’Argentré, l.13, chap.56.


1491 - p.206. Ambassade aux Rois des Romains & d’Angleterre. Source : Compte de l’Espinai.


1491 - p.209. La Duchesse demande du secours au Roi des Romains & au Roi d’Angleterre. Sources : D’Argentré, l.13, chap.58 ; Compt. de l’Espinai.


1507 - p.239. Tombeau du Duc François II. Source : Compt. de l’Espinai.


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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 19:33
Missions de Jean IV de Lespinay pour Anne de Bretagne

 

             Le trésorier général de Bretagne partageait son temps entre les tâches de gestion du trésor ducal, la recherche de nouveaux financements au gré des besoins du duché (c’est-à-dire du roi et de la reine) et de nombreuses missions et déplacements pour prendre des ordres et rendre des comptes.

               Il est difficile de faire une liste exhaustive des voyages et missions effectuées par le trésorier Jean de Lespinay pour Anne de Bretagne, d’abord duchesse de Bretagne puis reine de France. En voici quelques exemples (source : Léon Maître, et Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, Thrésorier de Bretagne, 1937, p.173-174) :

14 avril 1489 [et non 1488, comme l’écrit par erreur la Marquise de Lespinay, 1937, p.185 ; à cette date le duc François II étant encore vivant], Jean IV de Lespinay est nommé trésorier général de Bretagne et conseiller de la duchesse au Grand Conseil de Bretagne,

22-24 mai 1489, il est à Guérande avec Philippe de Montauban, chancelier de Bretagne, pour certaines affaires du duché, et s’y fait assiéger par le maréchal de Rieux,

en 1489, il est aussi à Rennes,

1490, Vannes (où se tenait la Chambre des Comptes),

entre 1489 et 1491, il fait 19 voyages à Rennes,

1491, Langeais,

1492, Paris,

1493, Blois,

1494, Vienne,

1495, il fait 4 voyages à Moulins,

1497, Lyon,

1498, il fait 6 voyages à Amboise, va à Paris, Étampes, Romorantin, Le Mans et de nouveau Romorantin, Bain, Châteaubriant, Nantes,

1499, Blois,

1500-1501, Blois, Lyon, Paris,

               1501, Grenoble, Lyon (où il reçoit d’Anne de Bretagne des instructions pour faire des remontrances aux États de Bretagne assemblés à Vannes le 25 septembre 1501), Vannes,

1502, Blois,

1503, Blois, Orléans, Lyon,

1504, Lyon, Blois, Orléans,

1505, Blois, Paris, Bourges, Grenoble, Nantes,

la même année il fit le voyage triomphal de la reine Anne à travers la Bretagne : Hennebont, Vannes, Quimper, Locronan, Le Folgoët, Brest, Saint-Pol-de-Léon, Tréguier, Guingamp, Saint-Brieuc, Lamballe, Dinan, Vitré, Clermont (près de Laval), Blois,

1506, Paris, Blois, Montils-lès-Tours, Tours, Plessis-lès-Tours,

1507, Blois, Angers, Nantes, La Bérelle,

1508, Blois, Angers,

1509, Nantes, Grenoble, Lyon, Plessis-lès-Tours, Blois,

1512, Brest (pour avitailler les navires du Roy et les mettre en guerre sur la mer),

1513, Brest, Saint-Malo, Concarneau (ravitaillement des places), Bourges, Étampes, Blois.


               À ces voyages, il faut ajouter les déplacements incessants du trésorier entre son manoir de Lespinay à Plessé et son logis de Beausoleil à Nantes, y partageant ses activités familiales et ses obligations de trésorier. Il eut aussi à présider au déplacement de la Chambre des Comptes de Bretagne de Vannes à Nantes, avec toutes les archives comptables et financières du duché. Devant l’immensité des charges et le temps consacré à de nombreux déplacements lointains, on se demande comment le trésorier pouvait suivre de près les comptes du duché et en outre les tenir à jour pour leur reddition, théoriquement annuelle, sans faire appel à des hommes de confiance. On voit que ce ne fut pas chose facile puisqu’il mourut sans avoir rendu la totalité de ses comptes et de ceux de son fils Guillaume, mort sans hoirs en 1419 (il avait, prioritairement, rendu auparavant les comptes de son fils aîné Jean, mort avec hoirs en 1517, en vue de libérer ses héritiers de toute obligation à l’égard de sa charge).
 
                D’après les auteurs, Jean de Lespinay est relevé de ses fonctions fin décembre 1491 par le roi Charles VIII, avant même son mariage avec la duchesse, et remplacé par un homme à lui, de même que tous les officiers préalablement nommés par Anne de Bretagne. Il entre alors comme auditeur à la Chambre des Comptes, transférée à Nantes. Mais il semble avoir continué certaines fonctions en parallèle avec le trésorier nommé par Charles VIII jusqu’à la mort du roi en 1498 où il reprend officiellement et pleinement ses fonctions. Attestent de cette situation curieuse tant les voyages officiels faits pour le compte de la reine et duchesse que ses activités de conseiller de la reine entre fin 1491 et 1498. Lors de l’enterrement du roi Charles VIII, le Trésorier de l’Espinai apparaît dans le compte du béguin ou deuil royal, pour 4 aunes ¾ de drap de deuil à 5 livres 5 sous.


              Le trésorier, du fait de ses fonctions, reçut au moins 24 mandements ou lettres officielles de la duchesse de Bretagne puis reine de France, qui se répartissent principalement entre 1489 et 1513. Sept d’entre eux mentionnent aussi le nom de Maximilien d’Autriche, roi des Romains, qui avait alors épousé Anne de Bretagne par procuration. Exemples :

9 avril 1489, Rennes (soit quelques jours avant la nomination effective du trésorier) : mandement à Jean de Lespinay Trésorier général de Bretagne, aux capitaine et sénéchal de Guérande, affranchissant les salines guérandaises à perpétuité à cause des méfaits des guerres avec les Français (Arch. L.-A., B 127)

21 octobre 1489 : mandement chargeant Jean de Lespinay de trouver 2.100 écus pour rembourser le sieur de Quimerc’h

27 novembre 1489 : le trésorier est chargé de payer Jean Lucas, gardien des lions et des lionnes de la Cour ducale à Nantes pour ses gages et la nourriture des animaux, somme prévue dans les mandements antérieurs du feu Duc (Arch. L.-A., B 12)

25 janvier 1490 : mandement pour payer les soldes des troupes « allemandes » pour un montant de 8.325 livres, etc. (Arch. L.-A., Chancellerie, B 12)

14 septembre 1490, Rennes : mandement déchargeant de 4 feux les habitants de la paroisse de Billiers pour aider à repeupler la paroisse pendant 10 ans du fait des dommages dûs aux guerres avec les Français (Arch. L.-A., II. 157)

10 novembre 1490, Rennes :mandement notifiant le don à Louis de Rohan, sieur de Guéméné, du profit des rachats de plusieurs décès, en récompense de ses services (Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. III, 680-681)

21 novembre 1490, Rennes : mandement au trésorier receveur général Jean de Lespinay, aux fermiers de la Prévôté de Nantes, etc. de payer par termes au Maréchal de Rieux l’indemnité de 100.000 écus (Arch. L.-A., Chancellerie, B 13 folios 94-96)

25 novembre 1490, Rennes : amendement prescrivant de payer 27.600 livres au sire d’Albret à titre de pension pour une demi-année (Arch. Pyrénées or., E. 195, et E. 607 folio 146 : mention inventaire archives du château de Montignac)

                1491, Rennes, commence ainsi : « Maximilien et Anne, par la grâce de Dieu, Roi et Reine des Romains, Ducs de Bretagne, à notre bien aimé et féal conseiller Jehan de Lespinay (…) »

                1491 : 5 autres mandements d’Anne et Maximilien (Arch. L.-A., Chancellerie, B. 13)

                29 juillet 1491 : mandement d’Anne et Maximilien enjoignant de prendre possession de diverses vaisselles d’argent… avec ordre d’être déposées à la monnaie de Rennes et transformées en pièces de monnaie (Arch. L.-A., Chancellerie, B 13 fo.141)

                septembre (décembre) 1513, Blois : mandement confirmant le trésorier dans ses biens à Plessé, anoblissant sa métairie de Lespinay transférée aux Rôtiz, deux métairies nouvellement acquises : La Haute-Ville et Carguemer, et deux autres nouvellement construites : Bodouan et Couédan, et déchargeant de ce fait la paroisse de Plessé d’un feu de contribution (Arch. L.-A., Chambre des comptes, B 69).

 

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 17:01

Jean IV de Lespinay, un fidèle des autorités ducales ?

 

             En lisant aussi bien les documents d’archives que les ouvrages relatifs au règne d’Anne de Bretagne, le sentiment que l’on en tire est que Jean IV de Lespinay était un fidèle serviteur des autorités ducales. Cependant, un premier historien, Jean Kerhervé (1986), a laissé planer un doute sérieux sur cette fidélité, doute repris et augmenté sans plus de vérifications par d’autres auteurs : Dominique Le Page (1997) et Georges Minois (1999), suivis ensuite les yeux fermés dans les thèses de leurs étudiants (exemple de Nicole Dufournaud, 2007). Ce doute semble avoir été suscité par le fait que Jean IV et ses parents étaient considérés par ces auteurs comme des gens malhonnêtes, ce qui les a poussés à interpréter certaines sources comme des preuves de l’infidélité de Jean IV à l’égard des ducs et de la duchesse Anne, ou du moins de sa « fidélité » intéressée. Qu’en est-il exactement ?
 

Un homme « malhonnête » ne peut être fidèle

Ces auteurs font de Jean de Lespinay, avant et pendant sa charge de trésorier de Bretagne, un homme malhonnête, calculateur, ne faisant rien gratuitement, à la recherche permanente de bons « coups », volant allègrement le trésor ducal, cumulant les offices, les malversations et les arnaques avec des alliés membres d’un même réseau mafieux, prêtant au duché l’argent qu’il lui avait volé, digne héritier de ses parents, mis dans le même sac. Comment peut-on, dans ces conditions, être fidèle à ses maîtres ? Pour corser ces jugements de valeur, ils ajoutent que le futur trésorier avait fait le choix avec ses suzerains Rohan du « parti français » puis qu’en un tour de main, en 1488, il avait changé de position afin de mieux s’enrichir sur le dos du duché en faisant croire à son ralliement (cf. G. Minois).

Si l’on peut juger sévèrement les méthodes de gestion des comptables du trésor en Bretagne et ailleurs au XVe siècle et au début du XVIe siècle, il faut cependant rappeler les risques pris par ces comptables par ailleurs non rémunérés, redevables des exigences du pouvoir sur leur fortune personnelle. Beaucoup se sont ainsi appauvris. Il faut aussi rappeler que l’autorité ducale elle-même accordait aux officiers ducaux (et pas seulement aux comptables) des moyens d’enrichissement sur des opérations de négoce afin qu’ils se paient en partie de leur travail peu rémunéré : c’est l’exemple en 1443 (Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1363-1364) de Jacquet de La Tousche, maréchal de salle du duc, afin de favoriser le mariage de sa fille avec Pierre fils d’Eonnet de Lespinay, le duc accordant à Pierre de Lespinay et à sa femme une exemption d’impôts sur 20 pipes de vins (environ 80 hectolitres) qu’ils pourront vendre à Plessé.

Mais le mot « malhonnête » appliqué à Jean de Lespinay, ses parents et sa famille en général par ces auteurs semble reposer plus sur les jugements de valeur des auteurs, sur le dossier d’accusation du XVIe siècle (où l’on parle de « malversations ») et sur les critères de l’époque actuelle que sur les réalités du XVe siècle finissant. Quant aux critères du pouvoir aux XVe-XVIe siècles, ils fluctuaient au gré de ses propres turpitudes, faisant parfois fi du droit en vigueur : c’est le cas par exemple des héritiers poursuivis alors qu’ils avaient refusé la succession du parent débiteur, ou des accusations sans preuve faites afin d’obliger l’accusé à la difficile preuve contraire, ou de la saisie et de la vente des biens des alliés non héritiers, etc.

              La supposée malhonnêteté du trésorier semble donc accrue par le fait de sa supposée fourberie, choisissant ses options politiques en fonction de ses appétits d’escroc. C’est ainsi qu’il est passé subitement du parti français au soutien du régime breton qu’il pille par ailleurs… Qu’on en juge par ces quelques extraits :
 
J. Kerhervé (1986, t.I, p.54) : Jean de Lespinay « était vassal de la seigneurie du Fresnay en Plessé et arrière-vassal de la seigneurie de Blain (aux Rohan, ce qui explique que, au cours de la guerre de Bretagne, il ait pendant un certain temps du moins, tenu le parti du roi) ».

 

D. Le Page (1997, p.32) : Anne de Bretagne « a voulu aussi récompenser un officier, qui après une période d’hésitation (148), avait su rester fidèle aux autorités ducales, au péril même de sa vie ». Note 148 : « Il avait pendant un moment perçu le fouage pour le vicomte de Rohan, J. Kerhervé, Cat., op. cit., t.I, p.54. »

 

G. Minois (1999, p.253) : « « Le 14 avril [1489], elle [la duchesse Anne] se laisse également persuader de nommer comme trésorier général Jean de Lespinay. Cet arrière-vassal du vicomte de Rohan a choisi par calcul le camp d’Anne, et plus particulièrement celui de Philippe de Montauban, à qui il doit sans doute sa promotion. Âgé de quarante neuf ans, il a derrière lui une longue carrière d’administrateur dans le domaine ducal, au cours de laquelle il s’est bâti une solide fortune par des pratiques malhonnêtes qu’il va perpétuer dans son nouveau poste, et dont l’ampleur sera révélée par les enquêtes qui suivront son décès. »

 

             Peut-on rappeler que les Rohan, officiers des rois de France, étaient aussi alliés des ducs de Bretagne leurs cousins et que pendant les guerres franco-bretonnes les Rohan de Blain, suzerains des Lespinay à travers les Volvire seigneurs de Fresnay à Plessé, ont louvoyé entre le parti du roi de France et celui du duc de Bretagne (voir dossier « Les suzerains des Lespinay ») ? Après avoir fait partie de la ligue des barons bretons pro-français contre le duc François II, Jean de Rohan, vicomte de Léon et seigneur de Blain, devenait en avril 1488 un des chefs de l’armée bretonne du Duc François II contre les Français qui avaient envahi la Bretagne avec son aide (Dom Lobineau, Histoire de Bretagne, 1707, p.784) : si les Lespinay étaient ses arrières-vassaux, ils étaient alors dans le camp du Duc. Mais en septembre 1488, dès le lendemain du décès du Duc, Jean de Rohan se battait du côté français pour obtenir le mariage d’Anne de Bretagne et de sa sœur avec deux de ses fils (Dom Lobineau, id., p.792), alors que Jean IV de Lespinay, son arrière-vassal, entrait au service de la duchesse…
 

Un homme fidèle peut-il être malhonnête ?

             En réalité, rien ne prouve que Jean de Lespinay, officier ducal depuis 1474 (nous n’avons pas d’éléments de preuve suffisants pour avancer une date antérieure), avait intérêt à prendre un parti opposé au duc puis à la duchesse qu’il servait. Toute sa vie, ses activités semblent montrer au contraire qu’il est, comme ses parents, un fidèle du duché et que cela a été un bon choix qui lui a permis de s’enrichir mais ensuite d’avoir la totalité de son patrimoine saisi à sa mort… Dominique Le Page, bien que très accusateur à l’égard de Jean IV, en témoigne lui-même puisqu’il ajoute qu’il « avait su rester fidèle aux autorités ducales, au péril même de sa vie » citant en note : « Notamment en décembre 1488 à Redon lorsque la ville fut assiégée par le maréchal de Rieux, cf. Bertrand d’Argentré, L’histoire de Bretaigne, des Roys, Ducs, Comtes et Princes d’icelles (…), Rennes, 1613, p.1118 ». Il s’agit en fait du siège de Guérande en mai 1489.

              L’expression « au péril même de sa vie » est peut-être excessive puisqu’à cette époque on ne passait pas par les armes à l’issue d’un siège les officiers du duché, surtout non armés, qui déplaisaient aux grands aristocrates tels que le maréchal de Rieux. Cependant, il y avait bien péril (blessure, emprisonnement, exaction), car tout est possible au cours du pillage mené par l’assiégeant s’il est vainqueur.

             Le 19 juin 1487, lors du siège de Nantes par les Français, le duc François II avait dû se réfugier chez Pierre Guyolle, beau-frère de Jean IV de Lespinay, pendant que le château de Nantes était bombardé. Cette maison avait été « franchie » en 1475 à condition de servir à loger les ambassadeurs étrangers. Cela montre que le beau-frère et la sœur du trésorier étaient des fidèles du Duc, comme très certainement le trésorier lui-même (cf. Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay…, 1937, p.76).

             En effet, après être devenu trésorier de Bretagne le 14 avril 1489, Jean IV de Lespinay est assiégé avec Philippe de Montauban à Guérande le 23 mai 1489 par le maréchal Jean de Rieux, tuteur d’Anne de Bretagne. Il faut préciser que Jean de Rieux n’est pas membre du parti français mais qu’il a des intérêts opposés à ceux de Philippe de Montauban. En voici le récit fait par Dom Lobineau (Histoire de Bretagne, t.I, Paris, Veuve François Muguet, 1707, p.800) :
 
« Il n’estoit pas facile de tromper la Duchesse, pendant qu’elle auroit auprès d’elle le Chancelier de Montauban, qui ne s’endormoit point sur les démarches du Mareschal, et qui faisoit éviter tous ses pièges à la Duchesse ; aussi le Mareschal ne haïssoit-il rien tant au monde que le Chancelier, et aïant esté informé vers le mois de Juin que le Chancelier, le Trésorier Général Jean de L’Espinai et quelques autres officiers de la Duchesse estoient allez à Guerrande pour quelques affaires, le Mareschal les y fit aussi-tost assiéger par ceux du Croisic et par quelques autres troupes. Mais la Duchesse aïant appris le danger où se trouvoit l’homme du monde en qui elle avoit le plus de confiance, envoïa à son secours le Comte de Dunois, Jacques Guibé Lieutenant du Prince d’Orange, Capitaine de cent Gentilshommes de l’Hostel, Gilles de Condest, Chevalier, Capitaine des Archers de la garde, Jean de Louan, Capitaine des gens de guerre du Duc d’Orléans, avec une partie des Allemans qui estoient en Bretagne et quelques autres troupes, qui firent lever le siège. »

 

             C’est probablement ce texte qui inspira G. Minois lorsqu’il écrivit que Jean IV de Lespinay avait choisi par calcul le camp de Philippe de Montauban, chancelier de Bretagne. Peut-être avait-il aussi choisi par calcul d’être assiégé avec lui ? On voit là beaucoup de suppositions, d’insinuations, un manque de sérénité et de recul peu dignes d’historiens professionnels.

            Mais les traditions Lespinay rappellent aussi que le manoir familial fut incendié (probablement vers 1487-1488) par les « ennemis » de la Bretagne, c’est-à-dire les Français, lors des guerres franco-bretonnes, Jean IV le trésorier étant du parti de son prince (le Duc François II), comme l’écrit vers 1665 Jacob de Lespinay à sa cousine Anne, épouse de Claude Goyon :
 
« aut. jean qui fut conseiller du Roy, et receveur jeneral du duché de Bretagne, Lequel Tenant le parti pour son Prince le feu fut mis par les ennemis dans sa maison de Lespinay qui estoit maison-forte pour resister dans se temps la aux cources ennemis, leql. dt. sr. receveur général épouza bertranne Robelot de la maison de la volletoy. » (Bibl. nat., mss. fr., Carrés de d’Hozier, n° 22.349)

            Cette tradition a été transcrite par erreur par un d’Hozier, juge d’armes de France, à partir d’une « note domestique faite en 1743 » sous cette forme :
 
  « (…) le feu fut mis dans la maison de Lespinay, le thresorier (Jean de Lespinay) tenant le party pour le Roy du temps des guerres des ducs de Bretagne et des Comtes de Poitou. » (Bibl. nat., mss. fr., Carrés de d’Hozier, n° 22.349)

 

              Ce dernier texte, non critiqué par les historiens, est un enchevêtrement d’informations contradictoires : il n’y a pas eu de guerres entre la Bretagne et le Poitou à l’époque où vit Jean IV de Lespinay. Il est vrai qu’il est difficile d’écrire dans la France de 1743 qu’un Lespinay s’est opposé aux Français (donc au roi de France), qui ont incendié sa maison en représailles. On ne voit pas l’intérêt de tenir le parti du roi de France dans une guerre qui concernerait la Bretagne et le Poitou ; pourquoi a-t-on incendié dans ce cas le manoir de Lespinay si son propriétaire était neutre ? Retenons qu’en effet le feu fut mis dans la maison du trésorier : mais était-il déjà trésorier (avril 1489) ? Si oui, Jean IV était alors le serviteur dévoué de la duchesse et pas encore de son futur époux le roi de France : dans ce cas le feu a été mis par les Français (ou par les troupes du maréchal de Rieux) et Jean IV n’était pas du parti du roi de France. S’il n’était pas encore trésorier, cas le plus probable, le feu a été mis en 1488, en pleine guerre franco-bretonne, alors que les suzerains des Lespinay, les Volvire, délaissaient leur seigneurie de Fresnay à Plessé. À cette époque, Jean IV tenait divers offices ducaux (dont la recette du Gâvre, qui dépendait du Duc) et ne pouvait se permettre de prendre le parti du roi de France en étant en même temps au service du Duc. Par conséquent, ce texte rédigé 255 ans après les événements confond Roi et Duc, Poitou et France, du fait même que les Lespinay se sont ensuite installés en Poitou et ont servi les rois de France après avoir servi les ducs de Bretagne. Le texte à prendre en compte ici est donc le plus ancien, même s’il peut être discutable, c’est-à-dire celui rédigé vers 1665 par Jacob de Lespinay, et non la note domestique anonyme non conservée de 1743.

             Aucune preuve n’existe donc pour le moment que Jean IV de Lespinay ait pris le parti du roi de France et qu’il ait suivi par obligation les choix des Rohan dont il n’était qu’un arrière-vassal. La preuve contraire existe même, puisque Jean IV devient trésorier de Bretagne en avril 1489 alors que Jean de Rohan n’est pas encore complètement rallié à Anne de Bretagne. 
 

Pierre tombale contenant le coeur du trésorier, placée " au pied des marches du sanctuaire de l'Eglise St Yves à Paris(Collection Gagnières)

"Ci gist le cuer de noble homme Jean de Lespinay, Seigneur du Chaffault et de Malalrit, fils du Sr  de Lespinay, Trésorier général de Bretagne, lequel décéda le 20e jour d'apvril 1517, priez Dieu pour lui"

 

 
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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 11:10
Indult de la Cour de Rome accordé aux Lespinay

               Vers 1510, Jean IV de Lespinay, ainsi que sa famille et les Parageau de Plessé ("Johannis Parageau et ejus uxoris du Guynio") se voient adresser par le Pape Jules II (1503-1513) ou Léon X (1513-1521) un indult leur accordant diverses faveurs religieuses. Nous n'avons pu retrouver la bulle latine originale en parchemin ou sa copie et sommes obligé de nous en tenir au résumé publié par la Marquise de Lespinay, dans Jehan de Lespinay Thrésorier de Bretagne, 1937, p.92 (voir aussi Alexis Daigre, Armorial général de D'Hozier, Généalogie de la famille de Lespinay, Paris, Bureau des Publications nobiliaires, 1908, p.15).

En voici le texte français :

  • « Indult accordant à Jehan de Lespinay, Thrésorier général des Finances de Bretagne et à sa  femme, à noble Jehan de Lespinay [Jean V] et sa femme, à Guillaume de Lespinay [frère de Jean V ?] et quelques autres [dont les Parageau, cités dans le texte original dont nous n'avons que quelques extraits] la permission de choisir un confesseur à leur gré, pour les absoudre de leurs péchés, au moins une fois à l'article de la mort, d'avoir un autel portatif, de faire célébrer la Messe en tout temps, de recevoir la Communion et la sépulture même en temps interdit, d'user d'aliments gras en Carême s'il en est besoin, de gagner des Indulgences en temps de Jubilé, en visitant des églises ou des autels à leur commodité, et permettant aux épouses des mêmes personnages d'entrer dans les Couvents de femmes deux ou trois fois l'an et d'y converser avec les religieuses de tout ordre.  »

     

              Cet indult indique la haute position morale des Lespinay et des Parageau de Plessé à cette époque et probablement aussi (et surtout) leur générosité à l'égard des établissements religieux qui est à l'origine de cette faveur... Certes, il s'en dégage une impression de piété qui traduit une réalité frappante du XVIe siècle commençant, siècle de rénovations religieuses, de recherche d'un absolu dont les Perreau, les Rymerswael et les Lespinay sont un exemple au moment de la naissance du protestantisme. Mais cet indult est plus encore la reconnaissance du pouvoir, à la fois moral, financier et politique détenu par les bénéficiaires de l'attention papale qu'ils avaient certainement suscitée par une demande appropriée, profitant de leurs hautes responsabilités à la tête du duché de Bretagne.

              Un indult est, en droit canonique, une faveur papale, le plus souvent temporaire, accordée par lettres du Saint-Siège à une communauté ou à des particuliers, qui déroge au droit canon commun de l’Église catholique. Synonymes : indulgence (même étymologie, du latin indulgere, « accorder », part. indultum, « chose accordée »), faveur, privilège, grâce, exemption, dispense, dérogation; voir aussi bulle. Les bénéficiaires, qui ont droit d’indult, se nomment des « indultaires ». En général, il s’agit d’un privilège accordé « de pouvoir nommer à certains bénéfices » ou de les tenir en contradiction avec le droit commun.

 


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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 13:25
Reçu d’un prêt au Duc,
sous la caution de la signature de Jean III de Lespinay
2 juin 1465

(Arch. Loire-Atl. E 205, fol. 112 vo., copie)


Nous Guilleaume Le Beueurs, Jehan Mortier, Guille. Parageau, Jehan Parageau [son fils, tous deux de Plessé] et Jehan Le Metaier et chacun de nous congnoessons et confessons auoir eu et receu de Jehan du Boys le jeune, comis de Jehan du Boays trésorier de lespargne du duc nre. [notre] souuerain seigneur ung tableau d’or ront d’une peccine que tient ung euesque entre ses mains, duquel euesque la teste est séparée, et est led. tableau garny alentour de quatre ballais [rubis roses], huyt gross. perles et huit petiz angeloz esmaillez de blanc et de rouge cler [cercler] les esles [ailes] et par le dedans à une croez [croix] de béricle [béryl] garnye d’or et de quatre ballais, et est led. tableau esmaillé par le dedans a ymaiges des douze apoustres et des quatre euangelistes enlevez, pesant led. tableau trois marcs sept gros, pour gaige et seurté de la somme de unze uingz escuz d’or que ung chacun de nous a presté et baillé a nostre souuerain seigneur. Lequel tableau nous promectons et nous obligeons rendre et restituer à nre. d. souuerain seignr. ou sond. trésorier, nous rendant et fournissant a ung chacun de nous : Sauoir à moy led. Beueurs cent escuz vallans C XIIII [114] l. [livres tournois] XI s. [sous] VIII d. [deniers], à moy led. Jehan Mortier vignt escuz vallans XXII l. XVIII s. IIII d., à nous lesd. Parageaux quatre vignts escuz vallans IIIIxx XI [91] l. XIII s. IIII d., à moy led. Lemetaier le nombre de vignt escuz d’or neuffs, qu’est a compter ensemble led. nombre de unze vignts [220] escuz d’or neuffs. Donné soubz le signe manuel d’un chacun de nous, et du signe de Jehan de Lespinay à la requeste de moy dit Guille. Parageau le segond jour de juign l’an mil IIIIc LXV. Ainsi signé à la requeste de Guille. Leparageau, Jehan de Lespinay signe, Jehan Mortier voir est [latin : verum est, « c’est vrai »], J. Parageau voir est, G. Le Beueurs voir est, Jehan Le Metayer voir est.

 

(extrait de Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, Thrésorier de Bretagne, 1937, p.210)


La signature « Jehan de Lespinay » attribuée au futur trésorier par la Marquise de Lespinay est en fait probablement celle de son père Jean III, quelques semaines avant sa mort. En 1460, Jean Parageau, de la paroisse de Plessé, s’était associé pour un an avec Jean III de Lespinay à la ferme de la traite des bêtes vives, sous la caution de son père Guillaume Parageau, receveur du Gâvre [Arch. L-Atl. E 131 fo. 79 verso]. Du 1er janvier 1462 au 31 mars 1465, Jean III est à son tour receveur du Gâvre (ou sergent féodé ?) à la suite de Guillaume Parageau [Arch. L-Atl. B 4295, fo. 35 recto]. Mais le 12 juin 1465, c’est son fils Guillaume de Lespinay qui conclut son compte à sa place [Arch. L-Atl. B 4295, fo. 35 recto]. De même, celui-ci avait signé le 24 mai 1465 au nom de son père le reçu d’un prêt de 120 écus d’or fait au duc [Arch. L-Atl. E 205/1 f° 119]. On peut supposer que Jean III est mort peu de temps après le 12 juin 1465, mais qu’il a eu encore la possibilité de signer le 2 juin comme garant moral le reçu des Parageau et consors. Si le signataire avait été Jean IV, alors que Jean III était encore vivant à cette date, son nom aurait dû être accompagné du qualificatif « le jeune » ou, comme dans le reçu signé le 24 mai par Guillaume, de l’expression : « fils de Jehan de Lespinay », ou « en mon nom et au nom de mon père ». Jean IV ou son frère Guillaume n’ont pas encore l’envergure morale de Jean III pour signer un tel document. Enfin, la signature de « Jehan de Lespinay » est un service demandé par Guillaume Parageau avec lequel Jean III a été « en affaires » (ferme de la traite des bêtes vives, recette du Gâvre) et s’inscrit semble-t-il dans une suite de services réciproques que se sont rendu les deux hommes, probablement parents par les Du Guiniou.

Les Parageau font partie des « nobles écuyers » de Plessé, comme le montrent les délibérations des paroissiens de Plessé du XVe siècle qui citent parmi les nobles écuyers de la paroisse : les Lespinay de Rozet, Marbré sieurs de Malarit, La Rivière sieurs de La Rivière, Rouau sieurs du Chênevert, Parageau sieurs du Guynio et de Labaudan, Gautron sieurs de Launay, et Capeau sieurs de Malaguet.

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 23:17

Seigneurie de Lespinay à Plessé (XV-XVIe siècles)

Localisation et bornage d’après des aveux de 1431 et 1661


                Il paraît possible de localiser une bonne partie des toponymes, des terres des Lespinay et leur bornage dans la paroisse de Plessé, mentionnés dans les aveux de 1431 (Kerguemer) et de 1661 (Lespinay), à l’aide du cadastre de Plessé de 1845. Nous n’avons travaillé qu’à partir des plans cadastraux, n’ayant pu consulter les matrices cadastrales et les divers noms de parcelles qui y sont mentionnés. Sont accompagnés d’un ( ?) les noms de lieux non encore localisés.
              La comparaison des toponymes cités dans les aveux avec ceux du cadastre de 1845 permet de corriger certaines lectures difficiles (surtout pour l’aveu de 1431), mais aussi certaines francisations ultérieures, bien attestées dès le XVIIe siècle (comme Cardemais ou Carguemée pour Kerguemer, Croix Hallier pour Croix Ollier ou Ollive, ou Mesneuf alias Melneuf pour Meleneuc). En ce qui concerne Meleneuc, paroisse de Guenrouët, la prononciation n’a pas changé [pron. : mèlnë en gallo], mais l’écriture a fait disparaître le -c final et l’a remplacé par un -f plus intelligible, passant de « melenec » (terres « jaunes » en breton), dont le sens était oublié, à « mel neuf », où au moins le deuxième élément avait un sens.

Questions de localisation

                Il y a peu d’écart entre l’organisation de l’espace à Plessé en 1845 et celle existant en 1661. Il peut y avoir un écart plus fort entre le terroir de 1431 et celui de 1661, du moins pour les grands axes (Redon-Nantes, Plessé-Savenay, Plessé-Guenrouët, Rozet-château de Carheil) qui ont été quelque peu modifiés à partir du XVIIe siècle. Quelques chemins ont pu voir leur tracé légèrement modifié, mais ces modifications ne changent pas vraiment le bornage d’ensemble décrit par les aveux.
               
Parmi les lieux décrits ou nommés dans les aveux, beaucoup sont localisés avec certitude, d’autres restent à préciser, même si nous pensons en avoir approché la localisation exacte :
  • - Papinduaye est une erreur de lecture (le texte de 1431 est très difficile à lire) ou d’écriture pour (La) Papillonaye, le -n- correspondant à deux -l-, le -d- à un -o- et le -u- à un -n- (confusions classiques de lecture) ; cette vallée de La Papillonais est clairement localisée sur le cadastre de 1845, au Nord de Plessé ;
  • - Houssay ou Haussay, lieu duquel part un ruisseau ou fossé qui partage les landes de Bodouan au Nord de celle de Bésic au Sud : ce fossé est visible sur le cadastre de 1845, et son point de départ à l’Est devrait être le lieu du Houssay ;
  • - La Doue, jardin et courtil ; mot apparenté à d’autres toponymes de Plessé : Douette, Douettée (cf. douelle, douve, dove : courbure, creux) ; ils existe aussi au Nord-Ouest de la commune de Plessé un lieu-dit La Douettei en bordure de la commune de Fégréac (cadastre 1845, section P8 de Tresnard) ; Douettée est un toponyme répandu dans l’Ouest ;
  • - La Grée : plusieurs toponymes portent ce nom, surtout à proximité de l’Isac (entre St-Clair et Carheil) ; il y a eu en outre confusion dans les textes entre La Grée et Larré, pour les Landes de Larré, bien localisées au Sud immédiat de la route Redon-Nantes ; cela fait que nous avons dans un même texte les landes de La Grée (c’est-à-dire Larré) et le moulin de La Grée (qui semble exister encore en 1845), qui ne se situent pas au même endroit, sauf erreur de notre part ;
  • - Le chemin des Esboullays : a-t-il un lien avec le nom de la seigneurie ou fief du Boulay ? Dans la mesure où Hirel fait partie du lot dont ce chemin sert de limite, il semble qu’il s’agisse du chemin venant du carrefour des routes de Savenay et de Nantes qui conduit au moulin de La Grée plutôt que du chemin qui conduit à Rozet et qui vient du même carrefour et de la Croix de Peslan, ce dernier chemin n’englobant pas Hirel ;
  • - Le Pont de Lagodain (ferme de Lagodin, localisée sur le cadastre de 1845), à l’entrée du bourg de Plessé, est situé sur la route Guenrouët-Plessé et franchit le ruisseau de Lambaison qui se jette au Sud dans le ruisseau de Rozet ;
  • - L’aumônerie de Rozet et son étang sont localisables exactement en face de l’entrée de la route qui va de Rozet au château de Carheil, au Nord de la chaussée Redon-Nantes, le long du ruisseau de Rozet ;
  • - Quant aux toponymes Croix Ollive (ou Ollier) et Croix de Peslan, ils ne signifient pas forcément la présence d’une croix chrétienne, mais en tout cas certainement une « croisée de chemins » (les croix y sont le plus souvent). Cf. les nombreux krouez bretons (pour krouez hent, « croisée de chemin », parfois transcrit aujourd’hui par le mot français « croissant » !).

Aveu de Kerguemer, 1431, par Perrot Guischart

               Dans cet aveu, un premier lot de terres, tout à fait localisables, concerne le fief de Kerguemer. Les éléments de bornage mentionnés sont :

  • - au centre : domaine de Kerguemer [nommé ensuite Carquemer, Carguemée, Cardemais]
  • - au Nord : chemin saulnier, c’est-à-dire le chemin de St-Clair (Guenrouët) à Plessé
  • - au Sud : étang de l’aumônerie de Rozet [aujourd’hui Rozay], situé au Nord du point de rencontre entre la route Redon-Nantes et le ruisseau de Rozet à Plessé
  • - à l’Est : rouessel (ruisseau) de Béguenecte ou Baguenecte [aujourd’hui Béguenette]
  • - au Sud : chemin qui vait de Rozet à Redon, et le moulin à vent de l’aumônerie

                D’autres biens isolés sont répartis dans divers lieux voisins. On peut les regrouper ainsi :

  • - tènement ou tenue de Henleix planté en boys [aujourd’hui Le Hinlais], entre le breil de Fresnay et la vallée [vallon] de Papinduaye [lire : Papillonaye]
  • - une pièce de terre à La Haute Ville entre Kerguemer et Lespinay
  • - un pré sis à Tresnart, une pièce de pré nommée Larsilhaye, sise à Tresnart, et le pré buhel ( ?)
  • - le tènement de La Bougetaye en la frairie de La Guiguenaye, au Nord de Malarit
  • - le feu de La Chastegneraye
  • - le tènement de La Praudaye
  • - l’hébergement ès landes de Lancé
  • - le feu Dougloy Joulniet (ou Pulniet), en frairie de Meleneuc, paroisse de Guenroit (Guenrouët) ; il s’agit en 1840 (cadastre de Guenrouët) de la frairie de Melneuf, bien localisée de part et d’autre du chemin de La Douettée à Larré
  • - Haye ( ?)
  • - pièce de terre entre le bois du Rox et la chaussée de Q—reny ( ?)
  • - courtil de La Doue ( ?)
  • - le feu Gougeon au village de Flay

 

Aveu de la seigneurie de Lespinay, 1661, par Isaac de Lespinay (dans l’ordre du texte)

1) Premier lot de terres détaillé. Il comprend, outre le manoir et les terres de Lespinay, les métairies nobles de Couédan, du Haut-Espinay, de Hirel et de Bodouan, qui sont englobées dans le « fief du Boulay », décrit à la fin de l’aveu avec le même bornage. Plusieurs toponymes et chemins sont encore localisés ou localisables sur le cadastre de 1845 : les seigneuries ou fiefs du Boulay, de La Haye Cochard, de Lespinay, Rozet (aujourd’hui Rozay), les métairies de Couédan, du Haut Espinay et de Hirel, les Pontreaux de Larré, Baudonnet (aujourd’hui Baudonnais), la Croix Ollive ou Ollier (aujourd’hui Croix Allier ou Hallier), le moulin et les landes de La Grée, etc. Ils nous permettent de tracer le bornage du patrimoine Lespinay, dans ce premier lot, avec une assez grande certitude.

- à l’Est : en partant du chemin de Plessé aux Pontreaux de Larré [ancien chemin dit de Savenay en 1845], puis en remontant vers sa source le ruisseau de Larré (vallée de l’Espine de Baudonnet, aujourd’hui Baudonnais), puis le grand chemin de Rozet à Bougaré (route Redon-Nantes ; aujourd’hui Bougarre, au Sud de Plessé et de la forêt du Gâvre) par la chaussée (route Redon-Nantes) qui sépare les landes de Lespinay [au Nord de la route] de la lande de La Grée [située au Sud de Rozet].

- au Sud de la route Redon-Nantes :

  • - par un chemin qui va de la chapelle de Larré à Evédet (peut-être anciennement Enédet) et La Douettée en frairie de Mesneuf ou Mesleneuf (en 1431 : Meleneuc), paroisse de Guenrouët (sections D1, D2, D5, E1 du cadastre de Guenrouët de 1840), en passant par L’Espine du Tournouer,
  • - puis à L’Espine du Tournouer en prenant le chemin des Esboullays (chemin au Sud de Hirel),
  • - puis en rejoignant le chemin de la Croix Ollive (pour Ollier [français Olivier] : il s’agit de la Croix Allier ou Hallier, qui existe toujours en 1845) qui est l’ancien chemin de Plessé à Savenay, près du moulin de La Grée (toujours mentionné en 1845), on revient à la Croix Ollive,
  • - puis on va au Houssay, en contournant La Haye Cochard et La Motte, et de là on suit un fossé ou ruisseau qui sépare la lande de Bésic (écrit aussi Baisic, ou Boisic [prononcer Bouésic]) de celles de Bodouan (et de Lespinay),
  • - puis on remonte le cours du ruisseau de Rozet qui descend à Toulan, en laissant Toulan au Nord, jusqu’à l’aumônerie de Rozet.

  -  au Nord de la route Redon-Nantes, on remonte le ruisseau de Rozet jusqu’à l’étang de Plessé (qui existe toujours aujourd’hui), en longeant la Prée de Lespinay (vallée à l’Est du ruisseau, entre Rozet et le manoir de Lespinay).

2) Un autre lot de terres voisines dites de Rignolet est ensuite clairement délimité dans l’aveu et visible sur le cadastre de 1845 : les terres, prés, bois et landes de Rignolet, au Nord-Ouest de Lespinay et limitrophes du domaine de Kerguemer, se trouvent entre :

  • - au Sud, la limite qui va du pont de La Haute Ville (sur le bras nord du ruisseau de Rozet à Plessé, à l’entrée du chemin d’accès à la métairie) en remontant le ruisseau de Rozet jusqu’à La Fenestre des Russarts, au confluent du ruisseau de Rozet et de celui de Lambaison) ;
  • - à l’Est, le ruisseau qui descend du pont de Lagodain, aujourd’hui Lagodin (logodenn = « souris » en breton) jusqu’à La Fenestre des Russarts, nommé en 1845 ruisseau de Lambaison ; le pont est situé à l’entrée de Plessé sur la route de Guenrouët à Plessé ;
  • -  au Nord, le chemin du pont de Lagodain à la chaussée de Béguette (alias Béguenette), c’est-à-dire la route Plessé-Guenrouët, dite autrefois (en 1431) chemin saulnier ; le cadastre de 1845 donne au ruisseau de Béguenette deux noms : Béguenette entre la route Guenrouët-Plessé et le ruisseau de Rozet, et Bégnet [pour Béguet ?] entre cette route et Malarit (mais la table d’assemblage TA ne donne que le nom de Béguenette) ; ces deux noms existent dans l’aveu de 1661 sous les formes Béguenette et Béguette et désignent un même ruisseau et un même hameau situé à l’Ouest du carrefour du ruisseau et de la route Guenrouët-Plessé ;
  • - l’allée qui sépare la grande futaie de Rignolet du bois de la Noue Malo (qui est un petit bois situé en face du lieu-dit La Noë Malo, près de l’entrée de Plessé, le long de la route Guenrouët-Plessé) ;
  • - la limite ouest semble être oubliée dans l’aveu.
                3) Le lot suivant regroupe les métairies voisines de Couesquebit (écrit Couesqueby ou Quoisqueby), La Haute Ville et Kerguemer (écrit Carquemer ou Carguemé), plus le bois de la Noe Malo (situé à l’Est du bois de Rignolet) : Couesquebit et son étang sont situés au Sud du ruisseau de Rozet, entre la chaussée Redon-Nantes et la Prée de Lespinay. L’ensemble est localisé ainsi, entre les limites suivantes : 
  • - au Nord, le bois de La Noe Malo et le pré de Rignolet,
  • - au Sud-Est, le pont de La Haute Ville près de Lespinay et La Prée de Lespinay,
  • - au Sud, l’étang de l’aumônerie de Rozet,
  • - à l’Ouest, les terres de Kerguemer qui vont jusqu’au chemin qui conduit de St-Clair au pont de Lagodain (route Guenrouët-Plessé),
  • - à l’Est, jusqu’en vue de l’allée séparant la grande futaie de Rignolet et le bois de la Noe Malo (cette même allée paraît située, par erreur, à l’Ouest dans la description du lot précédent).

4) Vient ensuite le lot de Saint-Clair, en frairie de Châteaucé, éloigné des trois précédents : avec la métairie noble de La Riuière (localisée sur le cadastre), comprenant aussi des terres roturières dans les marais de Tressé, les maisons de La Colleterie et du Cellier au port de St-Clair (non localisées), les prés du Grand et du Petit Jacob et les grands prés de Saint-Clair.

               5) Le lot du Guiniou et du Bas-Calan comprend des terres éparses, toutes localisables :

  • - un pré nommé Le Marais du Guiniou,
  • - une métairie au village de Guée, aujourd’hui Gué (dans les fiefs de Guée, La Joubrays et Boumont, tous localisables en 1845),
  • - un journal dans la bosse de Couélin (aujourd’hui Coislin), au Nord-Est du Guiniou, près du Bas-Gué à l’Ouest,
  • - la métairie de La Perchette au village de Bas-Calan,
  • - quatre pièces de terre dans la pièce de La Glaye au fief du Haut-Calan.

6) Un autre lot avoisine la seigneurie de Lespinay au Sud-Est : les bois de Caparois, Ligou et Fournes, à l’Est de Larré. À l’aide du cadastre de 1845, ils sont clairement situés entre :

  • - à l’Est, Le Breil Fougeron, jusqu’aux bornes de la forêt du Gâvre (écrit Quavre)
  • - à l’Ouest, La Chapelle de Larré,
  • - au Sud, les landes de La Grée (appelées Landes de Larré, sur le cadastre de 1845), et la chaussée de Rozet à la Croix de Peslan (route Redon-Nantes, point limite entre les communes actuelles de Plessé, Le Gâvre et Guenrouët, en 1845), toponyme qui existe toujours en 1845 (commune de Guenrouët, cadastre 1840, sections G3 à 5, au Sud de Plessé),
  • - au Nord, la vallée de Baudonnet (aujourd’hui Baudonnais), dont la source est à Larré.

7) Un lot est à ajouter au lot 4 de St-Clair, puisqu’il comprend la motte du Château de Saint-Clair

                8) Un lot dépendant de la seigneurie de Fresnay, mais localisable près de Tresnard : le moulin de Sausin (au Nord du Haut-Gué) et les moulins ( ?) des villages de Saudron (cadastre 1845, section P2 de Tresnard).

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