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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 10:08

(Précédent [3])

Le trésorier et la construction familiale (4)
Ascension sociale et réseau de clientèle

 

-           De la paroisse au Duché : un réseau en construction

     Des relations locales puis régionales

     Des relations à la cour ducale

-          Des fondations matrimoniales pour l'avenir : l'entrée dans la "Cour des Grands" (les Rohan, la cour royale)

     1488 : le mariage Marbré, un riche héritage

     1514 : le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault

     1517 : l'arbitrage de la succession du Chaffault par le trésorier

-           La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

     1500-1526 : les trois mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)

     1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)

     1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

 

3. La protection des Rohan : la construction de l’alliance Lespinay-Perreau par les Rohan (-3-)

Le mariage Lespinay - Perreau
Lire : Marquise de Lespinay, Pierre de Lespinay et les débuts du calvinisme à Blain, Chantonnay, Impr. A.Gaultier, s.d. [ca.1939].

            Vers 1537, Pierre de Lespinay épousa en premières noces Anne Héaume, dame du Plessis-de-Mareil, fille de Pierre Héaume, seigneur de La Rousselière, et de Jeanne de Mareil (fille de René de Mareil). Il quitte alors le château de Monceaux, situé paroisse de Port-Saint-Père, pour s’installer au Plessis, paroisse de Saint-Viau, jusqu’en 1554, date à laquelle il va s’installer dans sa maison de Mallarit. Un ancêtre d’Anne, Pierre Héaume, était cité parmi les nobles de la baronnie de Retz en 1382. De ce mariage, Pierre de Lespinay eut un fils appelé René que l’on voit dans divers actes et en particulier dans ceux relatifs au deuxième mariage de son père. Ce fils, né vers 1537 (il signe comme parrain le 25 mai 1544 sur le registre de l’église Ste-Croix de Nantes), mourut avant 1570 sans descendance. [1]
         François d’Andelot de Coligny, frère de l’amiral de Coligny et mari de Claude de Rieux (fille de Claude de Rieux et de Catherine de Laval), vint en 1558 en Bretagne accompagné des ministres et prédicateurs du culte protestant Fleurier et Loiseleur de Villiers. Ils allèrent visiter à Blain Isabeau de Navarre, dame douairière de Rohan, et prêchèrent dans la grand’salle du château devant tous les officiers et les vassaux des Rohan (Bibl. municipale Nates, fonds Bizeul, mss.1519). Quant à Gaspard de Coligny (l’amiral), il avait épousé Charlotte de Laval, fille de Guy XVII de Laval et nièce de la femme de son beau-frère. Par ces deux mariages, ils devenaient très liés avec les Laval et leurs cousins Rohan. Dès 1559, le 26 avril, Eléonore du Perreau (âgée d’à peu près 13 ans), peut-être déjà convertie au protestantisme par les Rohan, paraît comme marraine avec sa demi-sœur Marguerite d’Espinay (4 ans) fille de Louis d’Espinay du Bouays-Gros, au baptême à Blain d’Henriette de Vaux.
            Les tractations de Pierre et Samson de Lespinay avec Jacqueline de Rymerswael, mariée avec Louis du Perreau en 1542, puis veuve en 1548 avec trois enfants en bas âge, remariée en 1554 avec Louis d’Espinay, et de nouveau veuve en 1557 avec deux autres enfants en bas âge, se matérialisent par un premier « traité ». Il est signé dès le 6 septembre 1557 par le « sieur du Chaffault » et la « dame de Castillon », en vue de mariage avec Eléonore du Perreau qui, née vers 1447, est alors âgée d’environ 10 ans. Le décès de Louis d’Espinay obligeait à faire vite, Jacqueline de Rymerswael étant encore jeune, puisqu’âgée d’environ 37 ans, mais en rupture avec le parti protestant et pouvant à tout moment, en tant que veuve, prendre une relative liberté dans la gestion des biens de ses deux maris.
            L’acte suivant qui nous est connu est une sommation du 26 mars 1561, reçue par Allain et Michel, notaires à Nantes, suivie de la signature d’une convention en vue de mariage, du 28 mars 1561. À ce moment, Pierre de Lespinay et les enfants du Perreau sont déjà convertis au protestantisme, contre l’avis de Jacqueline de Rymerswael, restée profondément catholique.
        Le 15 avril 1563, avec l’appui d’Henri de Rohan, Jacqueline de Rymerswael délaisse les terres de Lespinay, Trellières et Pontcorhan à sa fille Eléonore, alors âgée de 16 ans, en faveur de son mariage avec Pierre de Lespinay (voir texte ci-après). Lors du mariage d'Eléonore du Perreau, les fiefs du Boullay en Plessé, Trelières et Pontcorhan en Guenrouët lui sont donc « délaissés », ainsi que les fiefs de Lespinay et Tremar, à condition que Pierre de Lespinay, son futur gendre, fasse arrêter le procès intenté contre Jacqueline de Rymerswael et ses enfants au Parlement de Paris à propos de ces fiefs par Samson de Lespinay, les héritiers de François Gabart (gendre de Catherine du Chaffault), de Marie, Jeanne et Hélène du Chaffault et leurs époux.[2] On voit dans ces actes le désaccord relatif à la terre de La Marzelle, que Jacqueline de Rymerswael s’était attribuée après son mari, alors qu’elle appartenait aux héritiers du Chaffault.
            Après signature du contrat de mariage le jour même devant toute la cour des Rohan à Blain, le mariage eut lieu le 23 juin 1563 selon le rite réformé, en présence d’Henri de Rohan mais en l’absence d’Isabeau de Navarre, en froid avec son fils. Parallèlement à son mariage selon le rite réformé, Pierre de Lespinay faisait les bannies ou bans à l’église de Plessé pour annoncer son mariage aux habitants de Plessé : la première le 24 juin, jour de la fête de Saint Jean-Baptiste ; la seconde le dimanche suivant 28 juin 1563 ; et la troisième le 30 juin, jour de fête de Saint Pierre et Saint Paul (Nantes, fonds Bizeul, liasse Lespinay, copie). Cependant, Lenoir de Crevain, pasteur de Blain, signale que le mariage eut lieu au grand temple du bourg de Blain un dimanche de juillet 1563.

             L’aboutissement ?            

            A cette date, les Lespinay retrouvaient la majeure partie du patrimoine saisi sur leur ancêtre trésorier de Bretagne.

            De même, les héritiers d’Anne de St-Marsault et de Jean du Chaffault recouvraient enfin le reste du patrimoine saisi indûment en 1524 et non encore restitué, bien qu’entre les mains de Louis du Perreau, « proche » des familles Lespinay et du Chaffault par son mariage avec Anne de St-Marsault.
          Par ailleurs, Pierre faisait entrer sa famille dans une maison devenue illustre et bien en Cour, celle de Louis du Perreau, de Jacques de Perreau son frère, des Rymerswael et des Glimes au Brabant actuellement belge et néerlandais. Après le mariage du Chaffault, le mariage du Perreau était à la fois une consécration sociale et une sorte de « réparation » à cause des procédures qu’il avait fallu mener pendant 39 ans (c’est du moins ce que prétendent les documents conservés). Mais surtout, c’était une habile construction, menée avec les Rohan, pour redonner aux « Lespinay-Chaffault » leur puissance locale augmentée quelque peu par les relations et le patrimoine de Louis du Perreau et de sa deuxième épouse.
        Pierre de Lespinay dut cependant désintéresser tous ses parents de leurs droits sur les successions Lespinay, Chaffault et St-Marsault, pour des montants assez élevés. Ainsi, comme le mariage du Chaffault, le mariage du Perreau fut assez coûteux, mais le jeu en vallait semble-t-il la chandelle.
           Le 7 octobre 1566, Eléonore du Perreau donnait procuration à son mari pour retirer tous les biens lui venant des successions de ses père et mère. Cette succession fut augmentée ensuite par le décès sans hoirs d’Henri du Perreau, frère aîné. Le règlement et le partage de cette énorme succession prirent trois générations, mais il s’agit là d’une autre histoire.[3]


Accord entre Jacqueline de Rymerswael et Pierre de Lespinay

copie du 17è ou 18è s., Archives de Loire-Atlantique, E.826

                1563 dr. avril
                de Lespinai

Terre de Lespinay et dependances, donnée a Eleonore Duperreau en faveur de son mariage avec Pierre de Lespinay.
 

 

        Sachent tous presens et aduenir que par Notre court de Nantes et deuant nous soubz signez secretaire et notaires royaulx delad. court ont este presens et personnellement establiz Dame Jacqueline de Romersualle dame de Castillon veuffue de feu messire Louys du Perreau en son vivant chevallier sieur dud. lieu demourant au lieu de Lespinay en la paroisse de Plesse euesche de Nantes faisant le present contract auecq ses sequelles et despendences seur et vallable pour damoyselle Alienor du Perreau sa fille du mariaige delle et dud. feu messire Louys du Perreau son mary et a laquelle elle a promis faire auoir agreable le contenu en cestz d.presentes dedans ung moys prochain vouleu soubz le bon plaisir de monseigneur monsieur de Rohan dune part et noble homme Pierre de Lespinay sieur du Chaffault Monceaux Malarit etc. demourant aud.lieu de Malary en la paroisse de Plesse daultre part Entre lesquelles partyes apres submission et prorogation de juridiction deuement faicte et juree par serment de personne et de biens a notred. court pour eulx leurs hoirs sussesseurs et cause ayans y ester poursuyz et ..ennz a tenues ordinaires pour lexecution des presentes sans en pouuoir exepter ne decliner en aulcune maniere soit de suillaige de menee ceix de juridiction reuenu de rantes ny aultres exeptions quelzconques A quoy dire ne alleguer ils ont renuncze et renunczent par cesd. presentes et a lad. fin. ont choaisy de domicile Scauoir led. sieur du Chaffault en sa maison et demeurant de Malary dicte paroisse de Plesse et lad. dame pareillement au lieu de Tremar en lad. paroisse de Plesse pour les explaictz y estre faictz valloir comme silz estoinct faictz a leurs personnes Ont este congnoissantz et confessants que suyuant et en entherinant certaine sentence entre lesd. partyes donnee par la court de la prouoste de Paris des le dixuinctiesme jour de januyer lan mil cinq cens soixante deux presentement a p. signee de neuff bourge ils ont faict passe et accord‚ par entreulx les accordz et pactions cy apres pour iceulx tenir et durer entreulx leurs hoirs et cause ayans desquelz la teneur ensuilt. Pour

Maison
de Lespinay
Metairies de
Bodouan,Hirel,
Carguemer,
Coasquebit,Hte
Ville,Couedan,
Haut Epinay
f.du Boullay
f.de Trellieres
f.de Poncorhan

 

 

paruenir au mariaige de damoyselle Leonor fille de feu monsieur de Castillon et du sieur du Chaffault et la damme veufue dud. sieur de Castillon delaisse a sad. fille en faueur dud. mariaige la propriete de la maison de Lespinay ensemble des sept mestaieryes y atachantes Scauoir de Baudouan, Hiret en Rozet, Carguemer, Coesquebic, la Haulte Ville, Couedan et le Hault Espinay auecq leurs despendences  seigneurye et juridiction desd. terres en la paroisse de Plesse. Item delaisse a sad. fille le fye dismes et terraiges de la seigneurye de Boullay estant en lad. paroisse de Plesse Item le fyef et juridiction de Trelieres auecq les dismes et terraiges de Ponthorhan [Ponchorhan ?] en lad. paroisse de Guenret Parceque led. sieur du Chaffault fera se departir Sanson de Lespinay du proces par luy reucommence entre lad. dame et les hoirs dud. feu sieur de Castillon et de toute aultre action quil pouroict auoir contre lad.dame et sesd. hoirs Pour raison du don quil pretend luy auoir este faict par led. feu Sr. de Castillon de la somme de troys cens liures tournoys Au profilt de lad. dame et de sesd. hoirs quant  ala seigneurye de Tremar sytuee es paroisse de Plesse et Fegreac et quant aux terres de Lespinay et aultres mentionne cy dessus A son profilt et delad. Leonor Aussi fera cesser le proces pendant au Grant Conseil entre les hoirs feu Me. Francois Gabart Marye Jehanne Hellaine du Chaffault et aultres consors dune part et lad. dame et sesd. enffens daultre au profilt delad. dame et sesd. hoirs Quant aux terres de Tremar et quant aux aultres terres a son profilt et delad Leonor comme dict est actendu que cest une mesme cause Et ce pour tout le droict escheu de que pourroict apresent pretendre lad. Leonor en la succession de sesd. pere et mere Item vu il ny auroict enffens procryez deux led sieur du Chaffault jouyra desd. terres et seigneuryes a james par heritaige pour luy et les siens Par ceque led. sieur du Chaffault baillera alad. Leonor et ses hoirs ou causeayans la somme de troys cens liures monnoys de rente certaines par heritaige sans diminution de droict de douaire que prendra lad.damoyselle a la coustume de ce pays Aussi demoureront quictes lad.dame et sesd. hoirs des actions que on pourroict faire contreulx touchant les reparations du lieu de la Marzelle sytue au pays de Poinctou en la principaulté de Tallemont De quoy seroict trouue estre tenu led. feu sieur de Castillon attendu que depuis le deces de feue dame Anne de Sainct Marsault led. feu sieur de Castillon na jouy temps suffizant du reuenu desd. terres non pas seullement juc au montement de la somme neantmoins par led. accord pour estre employee ausd. reparations ce faisant delessera lad. dame aud. sieur du Chaffault les meubles a elle appartenant dud. lieu de la Marselle Item lad. dame acoustrera sad. fille de touz habillementz tant de robes que bagues et joyaulx Ainsi que a fille de bonne maison appartient et daultant que lad. dame et led. sieur du Chaffault nont este d’accord du contenu au penultime article cy dessus faisant mencion des reparations de la Marselle Ont voullu et veullent en passer et se sont submis et submectent entierement sans ressort A ce que en ordonneront messieurs les president Arbalestre et deux aultres des parans et amys delad damoyselle Leonor suyuant led. contract sur ce faict dont sera enuoye coppie a mesd.sieurs faict le sixiesme jour de septembre mil cinq cens cinquante sept. Signe Jacqueline de Romersualle de Lespinay Leonor de Castillon et loriginal desd. articles est demouré en la possession delad. damme et pour le regard des choses par lad. dame et aud nom delaissees et transportees aud sieur du Chaffault et lad damoyselle Leonor du Perreau celle dame apromis leur en bailler et delaisser la possession jouissant vaccue dedans ung moys prochain ven. et pour ce faire a constitue son procureur noble homme Mr. Pierre de la Tousche sieur dud. lieu et de Henlaix et [non transcrit sur la copie] chacun auec tout pouuoir dans lequel temps lad. damme pourra retirer ses meubles et desquelz elle ne faict transport par cesd. presentes conditionne que led. sieur du Chaffault entretiendra les baux afferme par lad. dame faictz aux fermiers et mestaiers que sont ausd. lieulx et terres tellement quils nen auront aucun recours de dommaiges et interestz vers lad. dame Desquelz led. sieur du Chaffault promis en acquicter et garder de dommaige parceque lad. dame la subroge entand que mestier est es baux afferme et les deliura aud. sieur du Chaffault et jouira lad. dame de la moytie des grains et leuees de bledz de lan present et des moullins juc ace jour et le surplus de reuenu en quelque chose quil puisse consister appartiendra aud. sieur du Chaffault Et pour le regard de reparations de la Marseelle dont lesd. partyes estoinct en discord et demourez aud. de monsieur le president Arbalestre et aultres parens desd. partyes led. sieur du Chaffault en a quict‚ et quicte des apresent lad. dame et ses hoirs de tout ce que luy en eust peu comporter et demander sans reseruation ne que luy ny les siens en puisse james fere aulcune demande et pour ce que aussi lad.damme apromis une chambre garnye de tapisserye et aultres gros meubles et cielz de lict pour aider a acommoder lad. maison de Lespinay disant et protestant lad. dame de naprouuer led. mariaige si non que en face deleglise rommaine et aultrement que celle dont on a acoustume user en lad. eglise rommaine et pource que lesd. partyes ont et chacune part accepte le present accord et nous notaires soubz signez pour lad. damoyselle Alienor du Perreau abscente et de chacune part ils ont ainsi voullu et conscenty promis et jure tenir et entierement accomplir de poinct en aultres et que pour l’entherinement execution et accomplissement des presentes sequelles et dependences ont renuncze oblige et ypothecque tous et chacuns leurs aultres biens presens et aduenir et renuncx a james venir au contraire mesure lad. dame audroict velleyen et a lespitre dui adrien et aultres droictz faictz et introduictz en faueur des femmes luy declarez par son conseil succe present Ce que vault a dire et luy peult seruir ou nuyre A quoy faire les auons auecq le jugement et condempnation de notred. court jugez et condempnez les jugeons et condempnons Donne de ce scel estably aux contractz de notred.court Ce fut faict et conscenty en la ville de Rennes en la maison de Me. Jacques Dauy sieur des Landes aduocat le dernier jour dapuril l'an mil cinq cens soixante troys Ainsi signe P. de Lespinay Jacqueline de Romersualle Giffart notaire royal et Letourneur secretaire. Il y a eu interlige et superligne liures sept appune en caucelle leurs hoirs faire rappune.

 


Contract de mariage entre Pierre de Lespinay et Allienor du Pereau

[23 juin 1563, copie authentique]
Archives de Loire-Atlantique, E.826;  et  Bibl.Nat., Ms.Fr., Cabinet des

Titres, Carrés de d'Hozier vol.383 [Fr.30612] fo.10 & 11.

Aux parolles et traité du mariage d'entre nobles gens Piere de Lespinay sieur du Chaffault Monceaux et du Malarit ; demeurant au dit lieu du Malarit paroisse de Plessé d'une part ; et damoiselle Allienor du Pereau fille de feü noble et puissant Messire Loÿis du Pereau en son vivant chevalier sieur du Chastillon; demeurant pour le présent au chateau du Blain d'autre part. Ont icelles partyes fait les accords et conventions qui suivent en faveur et pour parvenir au dit mariage qui autrement n'eut été ; c'est à sçavoir que combien que des le sixieme jour de septembre l'an mil cinq cent cinquante sept par certain traité fait entre le dit sieur de Chaffault et dame Jaqueline de Reimersal dame de Chatillon mere de la ditte Alienor : la ditte dame de Chastillon aît delaissé à la ditte Allienor sa fille en faveur du dit futur mariage la proprieté de la maison de L'espinay et ses appartenances avec dix sept mettairies adjacentes et d'autres heritages à plain declarés par le dit traité aux charges y contenües ; entre autre de faire le dit seigneur du Chaffault cesser le procez qui pendant etoit dans la Cour du Parlement de Paris pour raison des dittes terres entre noble homme Samson d'Espinay demandeur d'une part de [= et] la ditte dame de Chastillon et ses enfants d'autre part ; et autres procez aussy pendant au Grand Conseil entre les sœurs du dit Samson de L'Espinay, feü Messire François Gabart et tous coheritiers d'une part de [= et] la ditte dame de Chastillon et ses dits enfants d'autre [part] pour raison du partage par elles pretendu des terres de Tremar et du dit lieu de L'espinay comme fille [*] de feue Dame Anne de Saint Marsault en son vivant dame des dits lieux de Tremar et de L'espinay pour faire cesser lesquels procez auroit cousté au dit sieur du Chaffault les sommes de cinq mil huit cent livre tournois envers Samson de L'espinay dont iceluy sieur du Chaffault luy auroit cy devant payé la somme de huit cent livre tournois et le reste qui est cinq mil livre les a iceluy sieur du Chasfaut presentement payé et consigné entre les mains de noble homme Hervé de Queguezingor [Guerguezingo] sieur de la Villaudran et de Launay premier gentilhomme ordinaire de la maison de Monseigneur de Rohan pour bailler et delivrer au dit Samson de L'espinay, et d'autre part auroit coutté au dit sieur du Chaffault deux mil livres tournois en la valleur baillées aux dittes seurs du dit Samson et leurs coheritiers sans comprendre plusieurs frais et mises qu'il auroit convenue au dît Sieur du Chaffault faîre pour parvenir aux dits accords faits pour parvenir à l'execution des dits procez ainsy qu'est emplement traité par les dits accords faits par iceluy sieur du Chaffault avec les dits Samson de L'espinay et ses dits coheritiers par lequel le dit sieur du Chaffault et René de L'espinay son fils sont subrogés es droits des susdits, et aussy sans en ce comprendre les droits qu'avait le dit sieur du Chasfault des dittes terres comme fils ainé et heritier principal et noble de feüe damoiselle Marie du Chaffault qui fille ainée etoit et heritieres de la dite de Saint Marsault toutes fois de ce jour en faveur du dit futur mariage qui autrement n'eûst été comme dit est et duquel il n'y a pas encore aucun commencement soit par fiançailles ny autres promesses ; ainsy que les dittes partyes ont dit et affirmé par leur serment par devant nous, et en consideration même des dits frais et droits appartenant au dit sieur du Chasfault, de son chef pour les causes cy dessus la ditte Allienor a voulû et consenty, veut et conssent que ---- qu'il y ait enfants d'elle et du dit sieur du Chasfault en leur dit futur mariage, que ledit sieur du Chasfault et le dit René son dit fils jouissent successivement par heritage l'un apres l'autre des dittes terres de L'espinay avec ses dittes appartenances ainsy quelles sont emplement declarées et ont été baillées par la ditte dame de Chastillon par le dit traité cy devant datté : et des a present a icelle Allienor ceddé‚ quitté, delaissé, et transporté et par les presentes cedde, quitte, delaisse et transporte au dit sieur du Chasfault son dit fils prenant et acceptant et mesmes les nottaires soussignez aussi acceptant pour le dit fils le dit lieu, terres et appartenances de L'espinay à plain déclarées par le dit traité sans aucunes reservations en faire, pour en jouir le dit sieur du Chasfault à jamais par heritages et apres son decez le dit René son fils leurs hoirs ou cause ayant sans que la ditte Allienor y puisse jamais aucunes choses pretendre ou demender, et pour recompense des droits que pouroit avoir la ditte Allienor es dits heritages …a iceluy sieur du Chaffault voulû et conssenty, veut et conssent que ou il y auroit enfans de luy et de la ditte Allienor survivants les dits futurs mariez que les dits Allienor et enfants auront et leur à iceluy sieur du Chaffault pour luy et son fils promis et promet bailler assiete et recompense en ses autres biens et heritages de la valeur que sera trouvé se monter le revenu des dittes terres de L'espinay et appartenances sans y comprendre le logis d'iceluy lieu au dit de gens à ce connoissantes dont ils se conviendront et ou il n'y auroit logis commode et suffisant pour la ditte Allienor en la ditte recompense le dit sieur du Chasfault et [= a] promis pour luy et son dit fils y faire batir incontinent apres la ditte assiete faitte jusqu'a la valleur de mil ecus d'or solleil ou iccelle somme payer et bailler à la ditte Allienor et leurs dits enfants ; et outre en faveur de ce que dessus et non autrement a voulu et conssenty le dit sieur du Chasfault que neanmoins que par la coutume de ce païs lesdits enfants qui seront procrées en leur dit futur mariage ne fussent que  ------------- et partant ne seroient fondés en la succession future du dit sieur du Chasfault que en un tiers à viaige seulement touttes fois veut et conssent que les dits enfants ayent et prennent en sa ditte succession par heritages les droits qu'ils eussent pû ou vû prendre à viager derogeant en ce regard à la coutume et encore en la ditte faveur au cas que le dit René de L'espinay decederoit sans hoirs de son corps les dits enfants de leur dit futur mariage succederont au dit René es acquêts par luy en son nom faits en la ditte terre et appartenances de L'epinay sans que les autres heritiers du dit René y puissent aucunes choses pretendre ou demender. Davantage a le dit sieur du Chasfault voulû, accordé, et consenty à la ditte Allienor acceptante qu'au cas qu'il decederoit auparavant la recompense faitte du revenû de la ditte terre de L'epinay hormis le dit logis d'iceluy comme dit est que le dit fils du dit sieur du Chasfault ou son curateur baillent à la dite Allienor en douaire une de ses autres maisons qui soit completement logée parce que ce faisant elle vivra le dit lieu de L'espinay, et moyennant les dits accords ce sont les dits sieur du Chaffault et Allienor promis l'un et l'autre mariage et se sont fiancéz par les mains de noble homme Philippe de St Hilaire sieur de la Bougoniere et parce que les dittes partyes ont ainsy tout ce que dessus voulû et conssenty promis et jures faire et tenir par leur serment et sur tous et chacuns leurs biens sans jamais y contrevenir en maniere quelconque à quoy elles ont renoncé et la ditte demoiselle à tous droits faits en sa faveur luy déclarés et donnés à entendre y ont été et sont les dittes partyes partant jugées et condamnées les y jugeons et condamnons par le jugement et condamnation de nos Cours de Nantes et du Blain et par chacune d'icelle la juridiction de l'une n'empêchant point l'autre ainsy ensemble concurremment et coroborant l'une et l'autre ; ce fut fait et cons­senty au chateau du Blain en la salle de la Rayne ès presence de haut et puissant Henry vicomte de Rohan prince de Leon, comte de Porhouet, baron de Frontenay, La Garnache et Beauvoir sur Mer seigneur de Blain etca, de noble et puissant Amaury Gouyon sieur de la Moussaye et de Plouer, De noble homme Hervé Guerguezengo sieur de la Villaudran et de Launay premier gentilhomme du dit seigneur de Rohan ; Guillaume Nepveu écuyer seigneur de Carnay, François de Brehanth écuyer sieur de la Ville Corbin ; Dominique Gouyon ecuyer seigneur de Pont Normand ; François de Lanvaux ecuyer seigneur de Beaulieu et plusieurs autres gentils hommes et damoiselles, amis, et alliez des dittes partyes, le vingt troisieme de juin l'an mil cinq cent soixante trois ainsy signez au registre qui est demeuré à Me. Simon Bidé ; Henry de Rohan ; de Lespinay ; Leonore du Pereau ; Amaury Gouyon ; Hervé du Guerguezengor ; Dominique Gouyon ; Guillaume Nepveu ; ainsy signé à la grosse du contract Bidé notaire de Blain et Jubide notaire royal par vidience fidellement collation‚ par nous nottaires des Cours et juridictions de Fresnay et Tremar sur une grosse de contract nous apparüe par Messire Charle de L'espinay chevalier seigneur de Brihor et luy [rendüe] pour luy valoir et servir ainsy que de raison ce vingt unieme jour de novembre mil six cent soixante cinq ainsy signez Fr. Hervé notaire et G. Molrot notaire.

Collationé par les nottaires royaux de la Cour de Nantes soussignez sur un autant du present nous apparû par dame Anne de L'espinay veuve Messire Claude Gouyon vivant chevalier seigneur de Touraude et à l'instant luy rendû avec le present à Nantes ce vingt cinquieme jour d'octobre mil six cent quatre vingt douze ainsy signez, Anne de Lespinay ; Simon Notaire, et de la Lande notaire royal.


Collationné par nous nottaires des juridictions et encienne chatelenie de Beaufort et celle du Bourgaud, soussignez, sur une grosse et autant du present ecritte sur papier timbré nous apparû par dame Françoise Sophie Goyon dame comtesse de Beaufort et luy rendu et delivré le present pour luy servir ou estre de --- et a signé ce vingt unieme jour du mois de may mil sept cent cinquente cinq ; un mot rayez nul; interligne vu approuvé.


GOUYON DE BEAUFORT               LE TOURNEUX
                                                   Nore. du Bourgneuf 

  CAUFAUT  B
nore de Beaufort 

  BODOÜIN  J
nore de Beaufor et rapr. 

Controllé a Dol ce 24 may 1755
retires la et scellé led. pour ly vingt quatre sols. 

  REUNES

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[ *]          fille = filles (c'est-à-dire les filles du Chaffault)



[1]   C’est par erreur que la marquise de Lespinay, dans son ouvrage sur Pierre de Lespinay, écrit page 8 que René eut un fils nommé René qui épousa Françoise de la Sauvagère [en fait Saugère]. Ce René appartient à une autre famille de Lespinay, installée en Anjou, qui descend de Jean de Lespinay, époux de Jeanne de Loriaye vers 1420, qui serait un cadet de la famille d’Espinay de Champeaux en Bretagne.

[2]    Le contrat de mariage Lespinay - du Perreau, 23 juin 1563, a été mal copié. Il ne faut pas lire que Jacqueline de Rijmerswael était « fille de feue dame Anne de Sainct-Marsault », ce qui est faux puisqu'elle est fille de Jeanne de Glimes. Il faut lire : « les soeurs du dit Samson de L’Espinay [...] comme filles de feue dame Anne de Sainct-Marsault ». Cela confirme, s’il en était besoin, que Samson de Lespinay est bien fils de Jean V et Anne de St-Marsault.

[3]     Nous avions envisagé de faire une thèse de droit sur cette passionnante succession (Arch. Maine-et-Loire, E. 3174 [Lespinay], 3972-3973 [Sorhoette]), mobilisant des droits divers en conflit. Mais il nous a été conseillé d’abandonner ce projet car il n’était pas très bien vu de soutenir un diplôme sur la base de papiers de sa propre famille, en outre ci-devant « noble ». On pouvait aussi reprocher à l’étudiant d’étaler avec orgueil l’importance de ses ancêtres, faisant un travail « facile » que d’autres ne pouvaient faire faute d’avoir des ancêtres (faux débat, tout le monde ayant des ancêtres) ou ayant une autre idée, plus populaire et donc scientifique, de l’histoire et du droit. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. Il n’est pas bien vu de publier des travaux scientifiques en se fondant sur l’histoire de ses propres ancêtres, faute d’un recul suffisant.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 11:02

Les suzerains des Lespinay (XV-XVIe siècles)


 L’histoire familiale n’est pas indépendante de l’histoire locale, régionale, nationale et même internationale. Si l’on veut éclairer les débuts de l’histoire des Lespinay, nous devons nous intéresser à la paroisse (Plessé, Guenrouët), à la petite région (Blain), à la région (évêchés de Nantes, Dol, St-Malo), à la « nation » (le duché de Bretagne), aux relations internationales (France, Angleterre, Espagne, Pays-Bas…).
           Plusieurs historiens, spécialistes d’histoire économique, ont éclairé le rôle de Jean III, Jean IV, Jean V et Guillaume de Lespinay, dans de petits offices financiers, puis à la trésorerie générale du duché, puis à la Chambre des comptes de Bretagne. Certains (MM. Kerhervé, Le Page et Minois) ont fait remarquer que les Lespinay étaient arrières-vassaux des Rohan, et donc obligés de les suivre dans leurs choix politiques. Les Rohan ayant été du « parti français » lors des guerres de 1465-1491 entre la Bretagne et la France, Jean IV de Lespinay, futur trésorier en 1489, aurait donc lui aussi choisi le parti français avant de prendre « par opportunisme », en quelques mois, celui d’Anne de Bretagne, risquant en outre sa vie pour elle lors du siège de Guérande en mai 1489. En réalité, les choses ne sont pas aussi simples que cela, 1) les Rohan n’étant pas les seuls suzerains des Lespinay[1] , 2) les textes utilisés pour fonder cette interprétation étant erronés [2], 3) les Rohan n’ayant pas tous défendu la même position, en particulier ceux de Blain[3].
              Mais en effet, il est très intéressant d’étudier les relations de dépendance, de vassalité, dans lesquelles les Lespinay ont été englobés aux XV-XVIe siècles car elles peuvent ouvrir des pistes de recherche sur les origines de cette branche cadette « de la Maison de Lespinay, maison ancienne de Bretagne ». On pourrait penser que les Lespinay sont soit des cadets d’une famille noble, soit des bourgeois ayant gravi les échelons sans anoblissement apparent, ce qui était fréquent en Bretagne. Il semble que la première hypothèse soit la bonne, sans pour autant ignorer la seconde.
               Il faut rappeler qu’à Plessé, plusieurs suzerainetés étaient présentes concurremment : d’abord celle des seigneurs de Fresnay (issus d'un ramage de Blain) et de Carheil sur les paroisses de Plessé et Guenrouët, celle du Duc sur la châtellenie du Gâvre dont dépend Plessé, celle du seigneur de Blain sur la petite région. D’autre part, certaines familles nobles relevaient des suzerains de Plessé à titre secondaire et d’autres suzerains à titre principal. C’est le cas des Lespinay au début du XVe siècle, qui relevaient à la fois du Gâvre pour Rozet, des Volvire pour leurs terres de Plessé et des Carheil pour leurs terres de Guenrouët, eux-mêmes vassaux des Rohan à cause de leur seigneurie de Blain. Mais ils relevaient peut-être aussi de Bertrand de Dinan en 1419.


                Bertrand de Dinan et alii

  En effet, en 1419, Eonnet de Penhay [Eonnet d’Espinay ou de l’Espinay] et Jean de l’Espinay, ainsi que d’autres Jean de l’Espinay (de Piré où il y a trois Jean de Lespinay au XVe siècle, ou de Bouguenais où il y a un Jean de Lespinay en 1430 ?) et des d’Espinay (Robert, Jean et Guyon, fils de Simon), font partie de l’armée qui accompagne Richard de Bretagne en France, parmi les gens de Bertrand de Dinan, seigneur des Huguetières au Pays de Retz et baron de Châteaubriant, Maréchal de Bretagne (comptes de Jehan Mauléon, in Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1104-1109). Bertrand de Dinan, en tant que Maréchal de Bretagne, pouvait rassembler des gens d’armes sur tout le territoire. Il était un des plus fidèles alliés et serviteurs du Duc de Bretagne. Dans la liste des « gens » qu’il a rassemblés, on trouve beaucoup de cadets du Nord de la Bretagne, dont les membres de familles avec lesquelles les Lespinay se sont alliés dans le demi-siècle qui a suivi : La Tousche, Pinart, La Rivière, du Plessis (Robellot), Marbré (et Le Maistre)… Bertrand de Dinan, qui décède le 31 mai 1444, a des biens à Dinan (diocèse de St-Malo), à Châteaubriant et au Pays de Retz (diocèse de Nantes) : était-il en 1419 le suzerain principal des Lespinay ?
                En 1404, Guillaume de Lespinay fait aveu à Maurice de Volvire d’une petite seigneurie, Polignac en Plessé. Eonnet et son fils Pierre de Lespinay n’ont chacun qu’un hôtel dans la paroisse de Plessé en 1443 (Dom Morice, II, col.1363-1364). En 1428, Jean II (ou III) de Lespinay fait aveu au même Maurice de Volvire « à cause de certaines choses qu’il tient en la paroisse de Plessé », qui ne sont pas des seigneuries dénommables (Arch.L.-Atl., série B, aveux), ce qui laisse croire qu’il tient d’autres « choses » ailleurs, qu’il a pu vendre par la suite pour acheter d’autres biens à Plessé (on est loin ici des accusations de spéculations malhonnêtes faites par certains auteurs). En 1428, Guillemette du Guiniou n’est que partiellement dame du Guiniou (en Guenrouët) ; sa mère est dame de la Perchette en Bas-Calan (en Plessé), bien sur lequel Jean II n’a aucun droit ; Jean II à probablement un « hôtel » à Rozet et c’est tout.
                En 1437, un J. de Lespinay va prêter le serment de fidélité de la noblesse de l’évêché de Dol (Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1301). Est-ce Jean III ?

                Mais il faut aussi s’intéresser aux montres de la fin du XIVe siècle et du début XVe siècle. Elles sont souvent organisées par un chevalier banneret, à la tête de la hiérarchie militaire d’une région, ou par un suzerain qui fait l’appel de ses troupes nobles. En 1380, Jehannigon alias Jarnigain de l’Espinay participe en mars à une montre d’Olivier de Mauny, capitaine de Dol, puis en avril à une autre à Dol d’Eustache de Mauny et enfin une dernière en août de Roland Massuel, encore à Dol (Dom Morice, II, col.243, 247, 264). En mars 1418, un Guillaume de l’Espinay, peut-être le frère d’Eonnet et de Jean II de Lespinay de Plessé, est à la montre de Lancelot Gouyon à Gien (Dom Morice, II, col.965). Lancelot Gouyon est seigneur du Lude puis, en 1428, d’Escoublac (pays de Guérande) après le décès de son frère Jean Gouyon sire de Matignon. Il est fils de Marie de Rochefort (fille du vicomte de Donges, seigneur d’Assérac en Loire-Atlantique) et petit-fils de Jeanne de Dinan. Ces données ne départagent pas les deux pistes principales relatives aux origines des Lespinay : évêché de Dol (et éventuellement de St-Malo) et évêché de Nantes (entre Blain et Guérande).


              Les Volvire de Fresnay (Plessé)

   La paroisse de Plessé est sous le contrôle principal de la baronnie de Fresnay (qui dépend de la châtellenie du Gâvre, qui est au Duc, et de la seigneurie puis marquisat de Blain). Les seigneurs de Fresnay sont au début du XIVe siècle de la famille du Pont(-Château) et à la fin du XIVe siècle de la famille de Volvire. La généalogie des barons de Fresnay montre clairement le poids social et politique important des familles concernées.

         Les Volvire de Plessé sont seigneurs de Fresnay, de La Motte-Aleman, des Ponts de Piremil en Bretagne, de La Roche-Servière, Nieul-sur-l'Autise en Poitou, et Barons de Ruffec. L’épouse de Maurice de Volvire, Isabeau de Rieux, est la fille de Jeanne de Rochefort, vicomtesse de Donges, elle-même sœur de Marie de Rochefort mère de Lancelot Gouyon précité (qui organise une montre à Gien en 1428). Les Lespinay étaient-ils à l’origine des vassaux des Rochefort ? Nicolas de Volvire, frère de Maurice, est conseiller et chambellan du Duc de Bretagne ; il est cité comme baron de Fresnay le 3 avril 1440, peu avant son décès.
                Hervé de Volvire, époux d’Aliénor de Ruffec en 1363, est d’après les sources publiées au XVIIIe siècle (Dom Morice, Dom Lobineau, Dom Taillandier) le fils d’Hervé de Volvire et d’Anthèse de Fresnay ; il est le frère d’Alix (née ca.1320) qui, en 1336, épouse Olivier d’Ust. Certains généalogistes (base Roglo, http://geneweb.inria.fr/roglo?lang=fr;i=11772) en font par erreur le fils de Maurice de Volvire (époux de Marie Chabot), qui est en réalité son frère, né du « deuxième mariage » de son père avec Anthaise de Blain qui est la même personne qu’Anthèse de Fresnay.
               En ce qui concerne l’ascendance Pontchâteau et Blain, il manque une génération entre Hervé II de Blain, né ca.1230 (époux d’Olive Chabot, +1278), et ses supposés enfants Eon, Marquise (née ca.1315 !), Anthaise (née ca.1300) et Simon. Seule l’existence d’une fille (née ca.1270 ?) entre Hervé II et les 4 enfants cités expliquerait la passation de la seigneurie de Blain entre les mains d’Olivier I de Clisson, héritier féodal de sa mère Constance de Pontchâteau, seul de ses enfants à avoir eu une descendance masculine.

            Les seigneurs de Blain : Clisson puis Rohan

  Blain est passée d’Hervé II de Blain à Olivier I de Clisson à la mort d’Hervé II (cf. tableau précédent). Elle est passée ensuite d’Olivier V de Clisson (vicomte de Porhoët et sire de Blain) à Alain VIII de Rohan par son mariage en 1361 avec Béatrix de Clisson fille et héritière d’Olivier V. Les Clisson étaient d’irréductibles ennemis des ducs de Bretagne (et parfois des rois de France) et l’ont payé à plusieurs reprises. Les Rohan, vicomtes de Rohan, comte de Porhoët etc. ont tous servi les rois de France. Cependant, Jean II de Rohan, qui achète la baronnie de Fresnay vers 1493, conseiller et chambellan du roi Charles VIII (sacré en 1484), est en même temps l’époux en 1462 de Marie de Dreux, fille du duc de Bretagne François Ier. Sa fille Anne, suzeraine de Plessé, est une fidèle d’Anne de Bretagne sa cousine germaine. C’est elle qui épouse Pierre II de Gié (Rohan), cousin issu de germain de Jean du Chaffault et donc parent des Lespinay.
               Tous ces « grands » de Bretagne sont à la fois des parents proches et des rivaux, courtisant en même temps les ducs et les rois. Jean IV de Lespinay, employé par l’administration ducale, eut à en souffrir pendant la guerre franco-bretonne qui a précédé le mariage forcé d’Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII en 1491. Sa « maison » de Plessé a été incendiée à cette époque par des membres du parti français parce qu’il tenait le parti de son prince. L’interprétation contraire de MM. Kerhervé, Le Page et Minois est erronée, fondée sur une note erronée elle-même de d’Hozier et sur des supputations au fondement incertain. Il est en effet important de bien connaître les liens existant entre vassaux et suzerains, mais aussi la politique menée par les suzerains et la marge de manœuvre de leurs vassaux. Nous savons que les Rohan de Blain contrôlent directement les vassaux de Plessé à partir de 1493, alors même que Jean IV de Lespinay est au service d’Anne de Bretagne et de Charles VIII (qui cependant l’a relevé de sa charge de trésorier) et que ces Rohan sont à la fois des alliés fidèles d’Anne de Bretagne et de Charles VIII.
               Avant 1493, ce sont encore les Volvire qui sont les suzerains directs des Lespinay. Plusieurs barons de Fresnay seront au service des ducs, comme Nicolas, frère de Maurice, dans la première moitié du XVe siècle. François de Volvire, fils de Jean, est un grand personnage comme ses prédécesseurs, successivement marié à Anne de Valois en 1490, Jeanne de La Rochefoucault en 1491, Françoise d’Amboise en 1503 et Anne du Chastellier en 1515. Il ne semble pas qu’il y ait eu conflit d’intérêt entre les Volvire et les Rohan leurs suzerains. Au moment ou Anne de Bretagne devient duchesse, la baronnie est en voie d’être vendue et c’est à ce moment qu’elle a pu souffrir des guerres, non pas du fait des Rohan, mais du désintérêt des Volvire, de nouveau tournés alors vers le Poitou.



Les « seigneurs de Châteaubriant » et des Huguetières (Montceaux)

Au début du XVIe siècle, les Lespinay prennent possession des biens du Chaffault, presque tous situés en Pays de Retz (sauf Auvers et Lanvaulx en Fougeray, qui viennent des Ploesquellec). En particulier, la seigneurie de Montceaux dépend de la châtellenie des Huguetières qui dépend du duché de Retz. En effet, plusieurs des biens des du Chaffault sont des démembrements des possessions des Rezay dont ils sont juveigneurs, alors même que les Rezay sont dits descendants des comtes de Nantes. Une partie des biens des du Chaffault relève directement du duché de Bretagne, ou du duché de Retz, dont la châtellenie des Huguetières est elle-même un démembrement. Cette particularité des fiefs de la famille du Chaffault semble conforter la coutume qui dit qu’elle est issue des comtes de Nantes.
          La seigneurie des Huguetières fut donnée en dot ca.1284 à Isabeau de Machecoul qui épouse Geoffroy VI baron de Châteaubriant, puis elle passe à Charles de Dinan en 1414, baron de Châteaubriant, et enfin à Françoise de Dinan épouse de Guy de Laval en 1450.
           À cette époque, le seigneur et châtelain des Huguetières est Jean de Laval, baron de Châteaubriant, qui eut l’occasion de faire connaître en 1515 sa désapprobation du double mariage Lespinay - Chaffault et Lespinay - St-Marsault. Dans sa parenté, nous retrouvons des familles alliées aux autres suzerains des Lespinay : Dinan, Rohan, Rieux, Foix, Tournemine. Le tableau généalogique suivant en est le résumé. Après le décès de Jean de Laval, sans héritiers, la châtellenie va changer de mains (Claude d’Annebault) puis être réunie de nouveau au duché de Retz, avec les Gondy, Cossé-Brissac, Neuville de Villeroy.
            Les auteurs déjà nommés ont aussi imaginé que Guillaume de Lespinay, héritier « malhonnête » qui aurait « tout fait » pour ne pas rendre les comptes de Jean IV de Lespinay, a bénéficié de la protection particulière de Jean de Laval pour échapper aux poursuites intentées contre lui à cause de la succession de son grand-père. Cette protection s’était ajoutée à celle de la « dame de Rohan » (Isabelle d’Albret, infante de Navarre), sa parente par les du Chaffault. C’est possible, mais loin d’être sûr. La « piste » Rohan (Anne de Rohan puis Isabelle d’Albret et René de Rohan) est la plus sûre et eux savaient qu’il n’y avait aucune malhonnêteté dans les actions de Guillaume de Lespinay, c’est pourquoi ils ont encouragé « par tous les moyens » la reconstitution du patrimoine des Lespinay entre les mains de Pierre de Lespinay, fils de Guillaume.


Seigneurs des Huguetières

 
                               Charles de Dinan (+1418) = Jeanne de Beaumanoir
                                         
                             Jacques de Dinan (+1444) = ca. 1435 Catherine de Rohan
                                         
Guy XIV de Laval   =  2) Françoise de Dinan
    (+1486)        (1450)     (1436-1499)
        
François de Laval  = Françoise de Rieux
  (1464-1503)  (1482)    (+1532)
        
Jean de Laval = Françoise de Foix   Pierre de Laval = Françoise de Tournemine
(1486-1543) (1506) (1494-1537)     (1489-1521)     ép. 2)
                 s.p.                                  s.p.           Claude d’Annebault (+1562)
                                                                         sgr des Huguetières
 



[1]       Les Volvire de Fresnay sont les suzerains directs des Lespinay à Plessé pendant tout le XVe siècle.

[2]       Les auteurs ont préféré utiliser un texte erroné de d’Hozier, juge d’armes de France au XVIIIe siècle, signalant que Jean IV de Lespinay avait pris le parti du Roi pendant les guerres de Bretagne, alors que le texte de référence écrit par Jacob II de Lespinay un siècle plus tôt (ca.1665) signalait qu’il avait pris le parti de son Prince (= le Duc François II), ce qui n’est pas la même chose, et que sa maison avait été brûlée par les « ennemis » à cette occasion.

[3]       Anne de Rohan, cousine germaine de la duchesse Anne de Bretagne épouse en 1516 Pierre de Rohan-Gié, suzerain des Lespinay, membre du parti breton. Jean II de Rohan n’est devenu suzerain direct des Lespinay que vers 1493, par l’achat de la seigneurie de Fresnay à Jean de Volvire. Les auteurs lui ont donné trop d’importance.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 10:09

(Précédent [2])

Le trésorier et la construction familiale (3)
Ascension sociale et réseau de clientèle

 

-           De la paroisse au Duché : un réseau en construction

     Des relations locales puis régionales

     Des relations à la cour ducale

-          Des fondations matrimoniales pour l'avenir : l'entrée dans la "Cour des Grands" (les Rohan, la cour royale)

     1488 : le mariage Marbré, un riche héritage

     1514 : le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault

     1517 : l'arbitrage de la succession du Chaffault par le trésorier

-           La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

     1500-1526 : les trois mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)

     1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)

     1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

 

3. La protection des Rohan : la construction de l’alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

            Les 3 mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)
           
            Le cas d’Anne (alias Agnès) de Saint-Marsault est particulier et mérite d’être traité à part de celui de sa fille aînée, car elle va utiliser sa personne et son réseau familial pour protéger les intérêts de ses enfants, et les siens propres, au delà de ce qui est habituel à l’époque. En effet, il arrive souvent qu’une (jeune) veuve épouse en secondes noces un veuf au fils aîné duquel elle va donner en mariage sa propre fille aînée. C’est le cas d’Anne de Saint-Marsault, qui en profite pour se faire accorder à deux reprises (1412 et 1414) un douaire conséquent, avant d’épouser en troisième noce l’homme à qui sera donné par le roi tous les biens confisqués sur les Lespinay, et dont feront partie par erreur certaines seigneuries du patrimoine de son premier mari (Auvers & Lanvaux, Monceaux, La Marzelle) que le trésorier Jean IV de Lespinay avait eu en usufruit.

Le premier mariage (ca.1502) : Jean du Chaffault           

Anne de Saint-Marsault appartient avec certitude à la famille Green de St-Marsault. En effet, son frère Samson de St-Marsault est présent au contrat de son deuxième mariage. Elle est dite aussi sœur de François de St-Marsault, sénéchal de Périgord. Ses deux frères sont connus par plusieurs sources comme fils de Guillaume Green, seigneur de St-Marsault, et d’Hélix de St-Martin. Anne fut dame d’honneur de Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême et mère de François Ier. Elle épousa vers 1500 Jean II du Chaffault, chef de la maison du Chaffault, puînée de celle de Rezay, se disant descendante des Comtes de Nantes. Par ce mariage, elle entrait dans une grande famille bretonne, apparentée aux Rohan ; l’oncle de son mari, Pierre du Chaffault (+1488), avait été évêque de Nantes. C’est à la Cour ducale de Nantes ou à la Cour royale qu’elle dût faire la connaissance du trésorier de Lespinay.
            Lors du décès de son premier mari en 1512, elle cherche immédiatement un moyen de protéger les intérêts de ses six filles face à leurs puissants cousins tout en s’assurant son avenir, en commençant par un mari pour sa fille aînée qui puisse satisfaire ce besoin de protection et un minimum d’opulence. Ses filles étant mineures (âgées entre 4 et 12 ans), il lui fallait aussi un père et tuteur qui puisse les prendre en charge jusqu’à ce qu’elles soient en âge de se marier. Marie du Chaffault l’a donc suivie en Gascogne, en Poitou, en passant par le Périgord, puis finalement l’affaire fut négociée en Bretagne avec le trésorier de Lespinay, son fils aîné étant veuf depuis peu. Jusqu’à ce moment, il semble que les Rohan de Blain, suzerains des Lespinay et cousins des du Chaffault, ne soient pas intervenus dans les tractations, alors qu’ils vont le faire pour le troisième mariage d’Anne, puis le second mariage de Louis du Perreau et enfin le mariage de Pierre de Lespinay, petit-fils d’Anne, pour une raison bien particulière que l’on verra plus loin.
            À la mort de son premier mari, outre La Limousinière (en Poitou) qu’elle détient déjà, elle va recevoir en douaire la seigneurie et manoir de La Marzelle en Poitou (Talmont), tout en résidant avec ses enfants au château de Monceaux près de Nantes. Comme le montrent les sources, elle est considérée comme une « étrangère » en Bretagne, soit parce qu’elle est considérée comme Poitevine ou Périgourdine, soit à cause de son origine anglaise récente.

Le second mariage (1514) : Jean V de Lespinay           

Ce second mariage est éclairé par un contrat très précis, où l’on voit Jean IV de Lespinay s’octroyer l’usufruit des principaux biens du Chaffault en échange de la prise en charge des frais d’éducation des sœurs de Marie du Chaffault, de leur trousseau de mariage et de leur dot. S’il décède avant son fils Jean V, il est prévu que celui-ci le remplace dans ses droits et obligations. Ce que l’on ne voit pas, c’est qu’Anne de St-Marsault reçoit de son côté en douaire des terres achetées par le trésorier à Plessé et Guenrouët (Poncorhan et Trellières)…
            Une autre source est intéressante, car elle montre que si Anne de St-Marsault était « libre » de se choisir un mari (sous le contrôle de son frère Samson, puisque François est alors décédé), puisque veuve et « étrangère », elle n’était pas libre de marier ses enfants à qui elle voulait sans le consentement du suzerain féodal des du Chaffault, Jean de Laval sire des Huguetières, et sans l’avis du conseil de famille. Jean de Laval, par une requête de la Cour des Huguetières, fait défense à Anne de St-Marsault de marier ses filles hors du pays nantais sous peine d’une amende féodale de 10.000 livres, parce que les enfants du Chaffault « sont parents de grands et riches personnages » et que leur mère est étrangère, n’ayant au pays nantais que son douaire. « Or elle a mené sa fille en Poitou, en Gascogne, mais ce qui pis est, afin de parvenir au mariage avec Jehan (V) de Lespinay le Jeune, qui autrement ne se pourroit trouver, a persuadé et soutenu le mariage de sa fille aînée avecque le fils dudit Jehan de Lespinay le Jeune qui est soubz l’âge de douze ans ». (juin 1515, Arch.L.-Atl., fonds La Bénaste). En fait, au moment de la requête (1515), le mariage a déjà eu lieu (1514). En présence de Samson de St-Marsault, le trésorier et son fils verseront 10.300 livres à l’occasion du double contrat de mariage le 27 mars 1514… On voit donc que c’est un mariage très coûteux pour les Lespinay. L’enjeux était important et les bénéfices à venir aussi.
            On a l’impression que c’est Anne de St-Marsault qui était demanderesse et que les Lespinay en ont profité. C’est aussi ce que pense Jean de Laval, qui estime que Jean V de Lespinay n’aurait jamais épousé Anne de St-Marsault sans au préalable avoir marié son fils aîné à la fille aînée de celle-ci, tout cela sans l’accord du suzerain des du Chaffault... Les archives de Loire-Atlantique possèdent la copie de la fin du contrat de mariage Lespinay – du Chaffault, du 15 février 1514, qui contient la convention de mariage Lespinay – St-Marsault relative à l’usufruit de La Marzelle en Poitou. Il s’agit bien d’un double contrat de mariage. Voici l’extrait relatif à Anne, ici Agnès, de Saint-Marsault :

« Plus ont lesdits seigneurs de Lespinay et Mallary et ledit Guillaume de Lespinay voulu et consenty à ladite damoiselle Agnès de Sainct-Marsault acceptant qu’elle ait et jouisse pour son droict de douayre, qu’il luy pourroit compéter appartenir au désir de la coustume de Bretaigne, de la terre de la Marselle estant en Poictou ou toutes et chacunes ses appartenances et deppendences quictes de charges pour en jouyr par usufruict seullement (…). Aussi, ont lesdits seigneurs de Lespinay et Mallary et ledit Guillaume consenty et voulu à ladite damoiselle Agnès de St-Marsault acceptant comme dict est en traictant le mariage d’elle et dudit seigneur de Mallary. Au cas que le deceix dudit seigneur de Mallary adviendroict paravant celluy dudit Sr de Lespinay son pere, que en celluy cas elle ait et jouysse par douayre sur le bien dudit Seigneur de Lespinay oultre ce que luy seroit acquis par coustume faisant le mariage dudit Sr de Mallary et d’elle du consentement dudit seigneur de Lespinay le nombre de cent livres de rante en assiette par donner comme dict est en bons lieux qui se puissent perpetuez ou mille escuz deu une foys payez à choays desdits de Lespinay sans en être aucunement tenue en faire restitution (…). Ce fut faict gré et consenty en la maison de Monceaulx le 15e jour de feuvrier 1514. »

            De ce deuxième mariage, Anne de St-Marsault eut au moins un fils, Samson de Lespinay, né vers 1515, à qui elle a donné le prénom de son frère (tous les documents le présentent comme demi-frère des filles du Chaffault). Mais elle n’eut pas de chance, son deuxième mari mourant le 20 avril 1517. Elle semble être restée alors soit à Plessé (au château de l’Espinay) soit à Monceaux jusqu’au décès du trésorier le 30 juillet 1524. À ce moment, la Chambre des Comptes de Bretagne fait saisir tous les biens des Lespinay, sans trop distinguer ce qui appartient au trésorier défunt, à sa descendance et à ses brus et petites-brus. Anne de St-Marsault n’est plus en sécurité. Elle s’adresse alors aux Rohan, qui vont monter avec elle une opération lui permettant de rester « dame de Lespinay », de conserver ses douaires, d’élever ses filles et d’obtenir la protection d’un haut personnage de la Cour royale. Mais après sa mort (vers 1538), son fils Samson devra engager une procédure pour récupérer une partie de la succession du Chaffault restée entre les mains du 3e mari de sa mère, puis de la 2e femme de celui-ci. Cette procédure durera près de 30 ans avant de se conclure en 1563 par un contrat de mariage qui va résoudre d’un coup tous les problèmes des du Chaffault et des Lespinay.
            On peut affirmer comme Jean de Laval en 1515 que le deuxième et le troisième mariage d’Anne de St-Marsault n’auraient pu avoir lieu sans le mariage Lespinay – du Chaffault. C’est celui-ci qui crée les alliances qui vont gouverner les stratégies et l’ascension sociale et économique des Lespinay au XVIe siècle, donnant à cette famille la position qu’elle tiendra jusqu’au XXe siècle à travers toutes ses branches.

Le troisième mariage (1526) : Louis du Perreau        

Le 4 août 1524, la Chambre des Comptes bretonne fait poser les scellés sur tous les biens Lespinay, un trésorier étant redevable sur ses biens propres des comptes non rendus. Le 20 mai 1525, sous la pression de la régente de France Louise d’Angoulême, cherchant à faire rentrer des fonds pour le financement des guerres d’Italie menées par François Ier son fils, les gens des Comptes sont priés de saisir les biens de la succession de Jean IV et de son fils Guillaume afin de les mettre aux enchères. Les archives (qui ne seront jamais restituées) et le mobilier Lespinay-du Chaffault sont aussi saisis, de même que le douaire d’Anne de St-Marsault, pourtant elle-même dame d’honneur de la duchesse d’Angoulême (elle l’est toujours au moment de son troisième mariage en 1526). Celle-ci se défend « becs et ongles » et entame une procédure pour récupérer ses biens et revendiquer des droits d’usufruit sur la seigneurie de Lespinay. A ce moment, Guillaume de Lespinay, gendre d’Anne de St-Marsault, n’a pas encore eu accès aux documents lui permettant de rendre les comptes de son grand-père et de « sauver les meubles ».
          C’est là que commencent des tractations qui apparaissent aujourd’hui clairement au vu de l’ensemble des sources disponibles, de 1514 à 1563. Les Rohan de Blain vont encourager dès 1525 le remariage d’Anne de St-Marsault avec Louis de Perreau, gentilhomme de la Cour royale, protégé de son frère (qui pourrait être en réalité son père) Jacques de Perreau, conseiller du roi, qui décède en 1528. Ils ont à cette époque tous les deux environ 40 ans. Jacques de Perreau a reçu de François Ier la terre et seigneurie de Castillon à Fay-de-Bretagne, qui dépend de Blain, ce qui l’a mis dans l’orbite des Rohan. L’année suivante, le 5 mars 1526 (1527 semble être une erreur), le mariage a lieu à Angoulême. Louis de Perreau (dont le nom sera écrit par la suite « du Perreau ») devient le « beau-père » et tuteur de Samson de Lespinay, petit-fils du trésorier saisi et fils du second mariage de son épouse, qui continue à s’intituler « dame de Lespinay ». En 1527, le prince de Rohan suggère au roi de donner à Louis de Perreau en récompense de ses services et en dédommagement de ses dépenses non remboursées les biens saisis sur le trésorier Lespinay puisque son épouse détient des droits sur ces biens (cf. le « témoignage » de René de Bruc en 1638 - B.N., Mss.Fr., Cabinet de d’Hozier, vol.266, dos.7146). La décision est prise sur le champ mais sera officialisée en 1529.
            Louis de Perreau reçoit alors toutes les terres Lespinay et même les terres données en douaire à sa femme par ses deux premiers maris (La Marzelle en Poitou, Trellières et Poncorhan en Plessé). Anne reste donc dame de Lespinay … avec son troisième mari. Mais les terres de son douaire seront apportées après sa mort à la deuxième femme de Louis du Perreau, déclenchant à la mort de Louis une longue procédure des enfants des deux premiers lits d’Anne de St-Marsault contre son épouse Jacqueline de Rymerswael, qui finira par les restituer en mariant sa fille à l’un des héritiers d’Anne, Pierre de Lespinay (Samson de Lespinay ayant abandonné ses prétentions au profit de son neveu). Louis de Perreau n’ayant pas d’enfant de son mariage avec Anne de St-Marsault ni d’héritier vivant (son frère et le fils de son frère décèdent tous deux en 1528), ses biens, attribués en 1529, devaient revenir à son épouse en cas de décès, celle-ci ayant, au même âge, une espérance de vie plus longue, sauf décès en couches.
            La mort d’Anne de St-Marsault vers 1538 change la donne. Il va falloir remarier le veuf, devenu vassal des Rohan par ses possessions de Plessé, cette fois-ci à une jeune femme de la Cour lui donnant la possibilité d’avoir des enfants, en particulier une fille à marier. Le pari était risqué. Parallèlement, tous les héritiers du Chaffault entraient en procédure derrière Samson et Pierre de Lespinay, pour récupérer l’intégralité du patrimoine de Jean du Chaffault et d’Anne de St-Marsault.
            Plusieurs générations de Rohan se sont attelées à cette tâche. C’est Anne Vicomtesse de Rohan et dame de Blain (+1529, cousine germaine de la duchesse Anne), suzeraine des Lespinay, cousine des du Chaffault par son mari Pierre de Rohan-Gié, qui organisa le don par le roi des biens des Lespinay à Louis du Perreau, qui à l’époque n’avait pas de descendance. En 1534, son fils René de Rohan épouse Isabeau de Navarre, sœur du futur Henri IV. Isabeau de Navarre puis son fils prennent alors en charge les intérêts des Lespinay, des du Chaffault mais aussi des du Perreau, à travers plusieurs mariages ultérieurs.

 

                 Anne de St-MARSAULT                 Jacqueline de RYMERSWAEL
            dame de l'ESPINAY (1514)               dame de l'ESPINAY (1542)
                         ép.                                                  ép.

          ┌──────┬───────┐           ┌─────────┐
                                                3°                                 
     v.1500                1514                1527      1542                    1554
      Jean                Jean V                     Louis                          Louis

du CHAFFAULT   de LESPINAY        du PERREAU                  d'ESPINAY
    (+1512)            (+1517)                (+1548)                        (+1557)
                                                                                     
                                                                                     
     enfants             Samson                0      4 enfants                Martin
 du CHAFFAULT    de LESPINAY                 du PERREAU dont:     d'ESPINAY
 dont Marie ép.                                Eléonor ép.     Anne ép.      (+1609)
 Guillaume de                                  Pierre de   Claude du BOSC    │
    LESPINAY                                    LESPINAY     d'ESPINAY         
                                                                                            │
      Pierre                                         Samuel                            René
 de LESPINAY                                 de LESPINAY                     d'ESPINAY

 

Quatre maris pour deux dames de la Cour

                Le mariage Perreau - Rymerswael

(sources : Arch.Maine-et-Loire [Lespinay-Perreau], Arch. et Bibl. royales de Bruxelles [Perreau-Rymerswael], B.N. mss. fr. Carrés de d’Hozier)

              Louis du Perreau est chanoine de Liège en 1517 (source non trouvée), seigneur de Castillon en Bretagne en 1529 (don du roi à Jacques de Perreau), gentilhomme ordinaire de la chambre du roi de 1529 à 1544, conseiller du roi, valet de chambre de la reine Eléonore en 1530, chambellan ordinaire du roi et de la reine, capitaine de Guérande jusqu'en 1536, ambassadeur en Angleterre en 1533, puis de 1537 à 1539, grand maître des eaux et forêts de Bretagne jusqu'en 1541, héraut d'armes de l'Ordre de Sa Majesté jusqu'à sa mort en 1548.
               Veuf en 1538, il est âgé au moins de 50 ans, s’il est bien le fils de Jean (de) Perreau (décédé en 1489), et de 43 ans environ s’il est le fils cadet de Jacques de Perreau (né ca.1470). Dans cette dernière hypothèse (il serait né ca.1495), il a 10 ans de moins que sa première femme (née ca.1485), et déjà près de 30 ans de plus que sa seconde femme Jacqueline (alias Jacquemyne) de Rymerswael. Dans la première hypothèse (né ca. 1486), la plus plausible (René de Bruc établit sa généalogie un siècle après, et on peut supposer que, par ailleurs bien informé, il n’a pas pu se tromper), il a environ 56 ans et près de 40 ans de plus que Jacqueline… Par sa terre de Castillon en Fay-de-Bretagne, il est vassal des Rohan de Blain. Par les terres qu’il a reçues à Plessé, saisies sur Jean IV de Lespinay, il est aussi vassal direct des mêmes Rohan. Sa première femme était une dame de la Cour ; sa seconde femme, avec près de 40 ans de moins que la première, est aussi une dame de la Cour. En effet, Jacqueline de Rymerswael, fille de l’amiral des Flandres, est dame d'honneur d'Eléonore d'Autriche (1498-1558), sœur de Charles Quint et femme de François Ier (en 1530), qu’elle a accompagnée très jeune lors de sa venue en France. Elle est par son père d’une grande famille des Pays-Bas (présentée comme « Espagnole » ou « Flamande » par René de Bruc dans sa généalogie), très riche en terres, et par sa mère (Glimes) elle descend en droite ligne des ducs de Brabant.
                Les Rymerswael, dont les archives belges (Flandres surtout) et néerlandaises (Zélande surtout) sont nombreuses et anciennes (nous n’en avons consulté qu’une faible partie) étaient entre autres comtes de Rymerswael, barons de Lodick et de Nieuwstrien en Zélande, comtes-princes de Rosendael et barons de Merlebeck et Zeurebant en Brabant, seigneurs de Herselle (Ersel), Nieuwstraet, Praetz, Vueldene, Raucourt, Ombrechtegem, Sombergem, Zeuwergem en Flandre, La Cour de Vulpain, Marchainville en Picardie, etc.

                Louis de Castillon était aussi un homme très possessionné en terres, presque toutes sinon toutes issues de dons royaux à son frère et à lui-même, mais sans titulatures : Castillon ou Châtillon (en Fay-de-Bretagne), Tremar, Lespinay, Trellières, Pontcorhan (en Plessé, Bretagne), Villers-les-Guise, Les Otieux (en Picardie).
                Ce mariage est étonnant : on y voit un nouvel anobli, richement possessionné en terres par le roi, personnage important de la Cour, un des conseillers les plus écoutés du roi, épouser une dame de la Cour, de très grande noblesse, mais « étrangère » comme sa première femme Anne de St-Marsault. Il y a certes « mésalliance », ou hypogamie, pour Jacqueline de Rymerswael dont tous les ancêtres sont nobles depuis de nombreuses générations et qui est fille d’un grand baron zélandais, « prince » de Rosendael, et d’une « princesse » de Glimes. Mais Louis du Perreau, quant à lui est un haut personnage de la Cour, un peu à part au milieu de la grande noblesse française, et un grand serviteur de l’Etat, à qui l’on ne pourra reprocher aucune compromission (de même qu’à son frère défunt, Jacques de Perreau). Il est à la fois lié à la duchesse d’Angoulême, sœur de François Ier, par sa première femme, à Eléonore d’Autriche dont il est le « valet de chambre » et dont sa deuxième femme est « dame d’honneur », aux Rohan de Blain (suzerains des Perreau et des Lespinay) et à Françoise de Foix, leur parente, favorite du roi et épouse de Jean de Laval, autre suzerain des Lespinay. Selon les règles nobiliaires, il y a un déséquilibre marqué, mais selon les règles de l’Etat, il y a un équilibre certain, malgré les 40 ans de différence d’âge. Il s’agit donc bien évidemment d’un mariage arrangé au plus haut niveau de la Cour et de l’Etat, entre un homme du roi et une damoiselle de la reine, le roi ne pouvant par ailleurs rien refuser à ses « cousins » Rohan qui l’ont bien servi ainsi que ses prédécesseurs. Aussi bien les archives de Louis du Perreau que celles de Guillaume de Lespinay et son fils Pierre montrent une relation privilégiée avec le roi (Louis XII puis François Ier), qui s’est construite pour le premier grâce à son frère aîné et à l’appui des Rohan, et pour les seconds en tant que membres de la Cour de Claude de Bretagne et de celle de Blain, ceci malgré les poursuites intentées contre eux par les Chambres des comptes de Nantes et de Paris.

                Les deux fiancés vont se marier au château d'Angoulême en présence de la reine en 1542, puis ils iront s’installer à Plessé et à la Cour de Blain. Le contrat de mariage ne nous est pas connu. Ce que l’on sait, par contre, c’est que dès la naissance de leur troisième enfant, une fille nommée Léonore (comme la reine, qui semble en être la marraine), les Lespinay et les héritiers du Chaffault entrent en tractation, avec l’arbitrage des Rohan, pour mettre fin aux procédures en cours entre eux et Louis du Perreau au sujet des biens leur appartenant, indûment saisis et donnés à ce dernier. Rappelons que parmi ces biens, il y a le douaire d’Anne de St-Marsault : La Marzelle et La Limousinière en Poitou, Pontcorhan et Trellières en Plessé (Bretagne), et des créances sur la seigneurie de Lespinay ; il y a aussi Auvers et Lanvaulx en Fougeray, venant de la succession Ploesquellec – du Chaffault ; soit des enjeux relatifs à des fiefs importants, générateurs de revenus substantiels.
                L’importance de ce mariage transparaît dans les archives relatives à la succession d’Henri du Perreau (Arch. Maine-et-Loire), fils aîné de Louis du Perreau, et au fait qu’il a fallu un siècle pour régler cette succession située fort loin de la Bretagne et harmoniser des droits coutumiers discordants.

L’ascendance Rymerswael 

Dès le début du XVe siècle, les biens qui formeront l'essentiel de la succession d'Henri du Perreau sont en possession de Nicolas de Rymerswael ou van Reymerswale, son trisaïeul (source : Bibl.Royale, Bruxelles ; Arch.Maine-et-Loire, E 3174). On remarquera dans cette généalogie, établie sur pièces, un écart moyen de 40 ans entre les générations.[1]


À la mort d’Adrien (Adriaen) van Rymerswael en 1534, Nicolas (Claese) van Rymerswael, époux de Bertha van Nederveen, devient seigneur de Lodick. Mort en 1553, il n’eut pas de postérité, ni sa sœur Jeanne, puisque Jacqueline devient dame de Lodick et héritière de la presque totalité des biens de sa famille. Isabelle (alias Elisabeth), dernière fille d’Adrien, épouse 1) Jacques de Bourgogne (+1557) dont elle a une fille unique qui meurt sans alliance, 2) Baudoin de Werneberg, de Cologne (sans postérité). Devenue protestante, Isabelle fuit hors de son pays les persécutions avec Jacques de Bourgogne. Sa sœur Jacqueline est restée profondément catholique de même que son fils cadet, Martin d’Espinay.

L’ascendance Glimes ou Glymes (bâtards de Brabant)

Les Glimes ou Grimberghe sont seigneurs de Glymes ou Glimes, de Bergen-op-Zoom, Melyn, barons de Grimberghe, seigneurs de Walhain et Brecht (par Jeanne de Boutersem ou Boutershem), barons de Rode. Ils descendent des ducs de Brabant par Jean de Glimes batard légitimé de Brabant.

 

    Jean II              Isabeau
duc de Brabant = de Cortygin
 (1275-1312)
      
Jean de Glimes    Agnès de Jodoigne
 dit Gortygin   =   ou van Geldenaken
légitimé 1344

 (+1361)
      
  Jean II       Isabeau de Walhain
de Glimes = dite de Rupemont
 (+1380)

      
 Jean III                Isabeau
de Glimes = van Grave dite de Grez
 (+1428)

      
 Jean IV             Jeanne van Boutershem
de Glimes     =    de Grimberghe
(+1440)
 (+1427)   (1418)

      
 Philippe           Jeanne de Hamal
de Glimes   =   dite van Elderen
(+1464)
 
(+1476)
      
 Jacques                 Isabelle
de Glimes   =    van Boschuysen
  (+1486)

       ├────────┬───────────
────┐
 Roland        George      Philippine      Jeanne              Adrien
de Glimes   de Glimes = T'Serclaes    de Glimes  =  de Rymerswael
 Sgr. de                                       de Grimberghe     de Lodick
  Rode                                                                  
(+1532)
 



[1]     Certains généalogistes ajoutent une génération que nous n’avons pas trouvée dans les archives de Bruxelles. Celles-ci semblent montrer qu’Adrien, le père de Jacqueline (orpheline à 8 ans environ), est le fils d’Adrien et de Catherine de Herselles. En fait, il serait le fils de Nicolas Van Rymerswaal (fils d’Adrien et Catherine de Herselles) et d’Anna Van Der Sickele. Les mêmes généalogistes font de ce premier Adrien le fils de Nicolas et d’un deuxième mariage avec Elisabeth Van Arnemuiden, ce qui ne correspond pas aux données d’archives.

 
(suite)

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 09:30

(Précédent [1])

Le trésorier et la construction familiale (2)
Ascension sociale et réseau de clientèle

 

-           De la paroisse au Duché : un réseau en construction

     Des relations locales puis régionales

     Des relations à la cour ducale

-          Des fondations matrimoniales pour l'avenir : l'entrée dans la « Cour des Grands » (les Rohan, la cour royale)

     1488 : le mariage Marbré, un riche héritage

     1514 : le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault

     1517 : l'arbitrage de la succession du Chaffault-Ploesquellec par le trésorier

-           La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

     1500-1526 : les trois mariages d’Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)

     1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)

     1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

 

Des fondations matrimoniales pour l’avenir : l’entrée dans la « Cour des Grands »

            Jean IV de Lespinay va s’occuper de l’avenir de ses enfants et petits-enfants, en procurant des offices à ses fils et à son petit-fils, alors très jeunes, ainsi qu’à ses gendres. Mais surtout, il va marier son fils aîné puis l’aîné de ses petit-fils à des « héritières » (filles aînées).
              Vers 1490 il fait entrer l’aîné, Jean V, dans une famille féodale, peu connue puisque disparue aujourd’hui, les Marbré dont l’un des cadets est seigneur de Malarit en Plessé et a semble-t-il des obligations à l’égard de Jean IV au sein de la paroisse de Plessé. À la mort d’Hélène de Marbré vers 1513, il organise le remariage de son fils Jean V avec Anne de Saint-Marsault, veuve d’un grand seigneur Breton, Jean du Chaffault, elle-même d’une famille alors puissante du Périgord (connue ensuite sous le nom de Green de St-Marsault), et parallèlement il marie son petit-fils Guillaume à la fille aînée d’Anne de St-Marsault, se faisant attribuer en usufruit une partie de l’héritage du Chaffault en échange des frais à venir d’éducation et de mariage des 5 sœurs mineures de sa petite-bru.

            Les Marbré : un riche héritage (ca.1488)                                       

            La généalogie des Marbré, au vu des archives Lespinay et des documents disponibles, montre une famille alliée pour les aînés à d’importantes familles féodales bretonnes, les Pont-Château et les Montauban ; et pour les cadets à des familles influentes du Comté nantais, les Lourme, Le Maistre (ancienne extraction chevaleresque) et Juzet. La Branche aînée des Marbré est seigneur du Fresne et du Bas-Vezin, au diocèse de Rennes ; la branche cadette est seigneur de Malarit, du Breil, de la Bignonais en Plessé, de Juzet et de Trénon (B.N., Mss.Fr., Dossiers Bleus vol.424 [Fr.29.969], Mans-Marcel, dos.11.339 Marbré). Jean V est dit seigneur de Malarit le 17 avril 1489 dans un acte de la paroisse de Plessé ; il est donc déjà marié à Hélène de Marbré à cette date. De ce mariage, il a au moins quatre enfants : Guillaume, l'aîné ; Robert, qui fut seigneur de Malarit ; Jeanne, qui entra en religion ; Marguerite. D'autres enfants durent naître avant Guillaume, qui ne survécurent pas, car Guillaume est né entre 1500 et 1502 (il aurait eu 12 ans environ lors de son mariage en 1514 avec Marie du Chaffault). Hélène de Marbré mourut vers 1513. Cette dernière s’est vue attribuer dans plusieurs actes le prénom de sa mère, Jeanne.
            En 1458, Guillaume de Marbré était capitaine du château de la Bretesche à Missillac pour le duc François II. Le 23 février 1482, les paroissiens de Plessé, dont Jean IV de Lespinay (qui signe), avaient autorisé Guillaume de Marbré, seigneur de Malarit, à créer une nouvelle métairie et une maison sur le territoire de la paroisse (Arch.L.-Atl. G.541). De 1500 à 1513, une procédure est menée par des alliés des Marbré (Jean Godart, seigneur de Juzet, Perrine de Juzet veuve de Jean de Marbré, et Olivier de Vaunoyse son second mari) contre Jean V de Lespinay et sa femme (B.N., Mss.Fr., Carrés de d’Hozier, vol.382 [Fr.30.611], f°323 à 327, & 330). Elle échoue, mais elle permet de prouver qu’Hélène est fille de Guillaume et Jeanne Le Maistre, et petite-fille de Pierre de Marbré, frère aîné de Guillaume, seigneur de La Higonnaye, mort sans postérité et dont la succession n’était pas encore close. Par son mariage avec Hélène de Marbré, Jean V de Lespinay faisait entrer sa famille en relation durable avec les Le Maistre, qui seront très actifs dans les milieux protestants bretons au XVIe siècle, mais aussi avec les Giffart. En outre, Hélène est l’unique héritière féodale de la branche cadette des Marbré (seigneuries et « maisons » de Malarit, du Breil, de la Bignonais ou Higonnaye en Plessé), de même que sa mère Jeanne Le Maistre, dame de Bois-Vert, était l’unique héritière de sa branche.

Parenté Marbré (reconstitution)

Jean de Marbré (1380)
                 |
Guillaume de Marbré
                ├──  ───  ───  ───  ───  ─┬────────────────┐
Arthur de Marbré =ca.1445      Pierre de Marbré =      Guillaume de Marbré
  Georgette du Pont                Hilaire de Lourme       Sgr de La Higonnaye
                                                    ├───────────
───────┐
Robert de Marbré = 1478       Guillaume de Marbré =      Jean de Marbré =
  Aliette de Montauban             Jeanne Le Maistre       Perrine de Juzet (= Olivier de Vaunoyse)
                                                                                  
   Pierre de Marbré =            Hélène de Marbré = 1488   Olivier de Marbré
   Françoise Giffart                  Jean V de Lespinay
                                                 (+1517)

 

            Le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault (1514)

 

A la cour d’Anne de Bretagne, à la fois ducale et royale, se mêlent des officiers et courtisans du duché, du royaume et des royaumes voisins. C’est certainement là que Jean IV de Lespinay fait la connaissance de Jean du Chaffault et de son épouse Anne de Saint-Marsault [1], peut-être déjà dame d’honneur de la duchesse d’Angoulême. Ses origines poitevines et périgourdines, régions voisines d’Angoulême où elle se marie à deux reprises, et les charges importantes de deux de ses frères, chacun successivement sénéchal de Périgord, ont pu faciliter son entrée dans l’entourage royal où elle fit la connaissance de Jean du Chaffault, chef d’une vieille famille bretonne, ramage de Rezay, se disant descendante des rois de Bretagne par les Comtes de Nantes.
            Au décès de Jean du Chaffault en 1512, elle cherche un protecteur à la fois pour ses enfants et pour elle, la succession de son mari pouvant être convoitée par les cousins de celui-ci, de grande noblesse bretonne, puisqu’elle n’a pas de fils mais six filles en bas âge. Elle reçoit cependant un douaire conséquent, comprenant les seigneuries et manoirs de La Limousinière (négocié lors de son premier mariage) et de La Marzelle en Poitou (confirmé dans le contrat de son deuxième mariage). Elle parcourt la Gascogne, le Périgord et le Poitou, à la recherche d’un mari pour sa fille aînée et finit par revenir en Bretagne où le décès de la première épouse de Jean V de Lespinay lui permet d’envisager son avenir et celui de ses filles. Cependant, elle a mécontenté Jean de Laval, sire des Huguetières, suzerain des du Chaffault, en voulant marier ses filles sans son consentement. Celui-ci la menace en 1515 d’une amende féodale de 10.000 livres si elle marie une de ses filles hors du pays nantais, ajoutant que pour épouser Jean V de Lespinay, elle a dû promettre sa fille aînée Marie du Chaffault à Guillaume, fils aîné de Jean, alors âgé d’environ 12 ans (juin 1515, Arch.L.-Atl., fonds La Bénaste), sinon ce mariage ne se serait pas fait. Mais, à cette occasion, elle se fit donner par le trésorier Jean IV de Lespinay en usufruit les seigneuries de Trellières et Pontcorhan en Plessé. La négociation avait donc été profitable pour les deux parties, bien que coûteuses pour les Lespinay.
            Les deux mariages vont être officialisés par un seul contrat, très explicite bien qu’il en manque le début. Par ce contrat, daté du 15 février 1514, les trois générations de Lespinay (Jean IV, Jean V et Guillaume) s’engagent à régler toutes les dépenses utiles à l’éducation des cinq sœurs de Marie du Chaffault, à la constitution de leur trousseau et à payer le montant de leur dot fixée par avance à 5000 livres pour chaque fille, plus 200 écus à partager le cas échéant. En échange, Guillaume étant mineur, le trésorier reçoit en usufruit les seigneuries du Chaffault (en Bouguenais), d’Auvers et de Lanvault (en Fougeray). Quant à Anne de St-Marsault, son douaire est confirmé sur La Marzelle, sans qu’il soit nécessaire de rappeler l’existence de son premier douaire sur La Limousinière ni l’usufruit donné sur Trellières et Pontcorhan. Toutes ces terres seront saisies en 1525, après la mort du trésorier, avec l’ensemble des biens Lespinay.
            Le contrat précise que Guillaume de Lespinay ainsi que ses héritiers sont tenus de « prendre les nom et armes de la maison du Chaffault ». Ce que les aînés feront pendant près de 150 ans. Comme le dit Jean de Laval dans sa requête de 1515 contre Anne de St-Marsault, les enfants du Chaffault « sont parents de grands et riches personnages », en particulier les Pont-L’Abbé, Penhoët, Ploesquellec, Rohan. Les Rohan, sires de Blain, sont devenus depuis peu seigneurs de Fresnay (à Plessé) et suzerains directs des Lespinay, puis de Louis du Perreau qui leur succède à Plessé. Les du Perreau comme les Lespinay vont bénéficier de leur appui, la parenté y jouant le rôle principal en ce qui concerne les Lespinay. Une procédure successorale de 1517 entre Charles de Rohan de Gié et l’ensemble de la parenté des du Chaffault, prise en main par Jean IV de Lespinay et ses conseillers, va montrer la cohésion familiale de ces grands féodaux, englobant les Lespinay et les filles du Chaffault, qui vont en être les bénéficiaires (voir plus loin).


Un double contrat de mariage (1514) – Arch.L.-Atl. E.826
Contrat de mariage Lespinay - du Chaffault
et convention de mariage Lespinay - Saint Marsault

noté "1515"

Et payement par lesd. S. de Lespinay et Mallary soient ou par lung deux lesqueulx et chacun o lad. felaon. obligez in solid. comme dict est ont promis et se sont obligez le faire en comtemplation dud. mariage et qui aultrement neust este pour tourner au profit diceulx mariez et sera touteffois lesd. racquictz censez leritaige dud. Guillaume de Lespinay pour en jouyr des lors que lesd. payemens seront faictz sauf et reserve des terres et seigneuries du Chaffault de Lanuault et Auuers en Foulgeres desquelles terres et seigneuries led. Jehan de Lespinay Sr. de Lespinay jouyra par usufruict sa vie durant seullement sauf ou cas que le deceix delad. Marie [du Chaffault] aduiendroit auparauant celuy dud. seigneur de Lespinay en celuy cas lad. piecze du Chaffault retournera aux hoirs de la d. Marie et après le deceix dud. sieur de Lespinay le Sr. de Mallary jouyra seullement des terres seigneuries de Lanuault et Auuers par usufruict comme dict est et retournera lad. terre et Seigneurie du Chaffault après le deceix dud. sieur de Lespinay alad. Marie du Chaffault pour en jouyr iceux mariez comme des aultres heritaiges dicelle Marie du Chaffault dict accorde et convenu oultre entre lesd. parties esd. noms ou cas que led. Guillaume de Lespinay et damoiselle Marie du Chaffault ou lung deux debcederoint sans hoirs procreez de leur chair en leur mariage lesd. seigneurs de Lespinay et Mallary seront proprietaires censez seigneurs desd. terres rantes et choses par eux racquitees et en jouyront sauff le droict de douayre lesd. choses alad. damoiselle Marie du Chaffault ainsi que faict ou se pourront ceulx et chacuns de qui lesd. racquictz franchissement et payemens auront este faicts jusque a ce que lesd. deniers que auront estez payez et baillez pour lesd. paymens franchissemens leurs aint este randuz et restituez alad. Marie et ou ses hoirs lequel racquict sesd. hoirs pourront faire dedans le temps de six ans ensuyvant le deceix de lung desd. mariez seullement et non apres le temps de six ans durant lequel  temps desd. six ans lesd. seigneurs de Lespinay et Mallary ne led. Guillaume de Lespinay ne pourront aliener lesd. choses raquictees ne parties dicelles ne aucunes charges mettre dessus oultre ont lesd. seigneur de Lespinay et Mallary et chacun deux obligez lung pour laultre et chacun deux pour le tout renoncent au benefice de diuision comme dict est et aux parelles obligations que deuant ont promis payer et bailler a chacune des seurs juvegneures delad. Marie qui sont en nombre cinq lors que lon leur trouvera party de mariage pour tout leur dt par et portion et aduenant quil leur peult et pourroit competer et appartenir es successions de leur feu pere et aussi en la succession future delad. damoiselle leur mere Generallement et entierement et nous notaires soubzscriptz stipullant et acceptant pour lesd. filles et chacunes la somme de cinq mille liures monnoie Et oultre lad. somme ilz et chacun obligez comme dict et ont promis bailler la somme de deux cens escuz pour estre distribuez par la main delad. damoiselle leur mere alune desd. filles ou plusieurs ainsi quil luy plaira plus est dict et conuenu entre lesd. parties Au cas que lune ou aucune desd. filles decedroit auparauant estre mariee ou entroit en religion en celuy cas led. deu. quelle eust eu ou peu auoir pour son droit viendra en accroissement aux aultres filles juvegneures en leurs mariages et seront lesd. filles alimentees et entretenues en la maison selon leur estat jucques il leur soit trouvé party de mariage sans que ce leur couste aucune chose et quil leur soit rien defalque sur leurd. droict Et icelles filles ou lune delles ne seront par lesd. de Lespinay [et Mallary] ne lung deux contractees par mariage sans le consentement des parens et amys desd. filles Aussi par ce present traicté et en faueur dud. mariage a este conuenu et accorde que les enfans qui seront procreez desd. Guillaume de Lespinay et lad. Marie du Chaffault seront tenuz prendre le nom et armes de la maison du Chaffault et que de tous les sieurs dud. lieu ont accoustumez porter Plus ont lesd. seigneurs de Lespinay et Mallary et led. Guillaume de Lespinay voulu et consenty alad. damoiselle Agnes de Sainct Marsault acceptant quelle ait et jouisse pour son droict de douayre quil luy pourroit competer apartenir Au desir de la coustume de Bretaigne dela terre de la Marselle estant en Poictou ou toutes et chacunes ses appartenances et deppendences quictes de charges pour en jouyr par usufruict seullement en ce quelle puisse prendre ailleurs sur les heritaiges et la succession qui estoint au temps du dit deceix des pere et mere dud. du Chaffault a son choays et election jucques a la valleur et estimation delad. piece de la Marselle ses apparten.--- Aussi ont lesd. seigneurs de Lespinay et Mallary et led. Guillaume consenty et voulu alad. damoiselle Agnes de St Marsault acceptant comme dict est en traictant le mariage delle et dud. seigneur de Mallary Au cas que le deceix dud. seigneur de Mallary aduiendroict parauant celluy dud. Sr. de Lespinay son pere Que en celluy cas elle ait et jouysse par douayre sur le bien dud. Seigneur de Lespinay oultre ce que luy seroit acquis par coustume faisant le mariage dud. Sr. de Mallary et delle du consentement dud. seigneur de Lespinay le nombre de cent liures de rante en assiette par donner comme dict est en bons lieux qui se puissent perpetuez ou mille escuz deu une foys payez a choays desd. de Lespinay sans en estre aucunement tenue en faire restitution et tout ce que dessus ent  lesd. parties et chascune voulu et consenty promis et jure par serment tenir sans jamais ne venir alencontre delations ... garantaige ... Et en toutes meres formes de contract Et or toutes lesions reuuucations sauff nise et hostacge et ... comdamxre et ... Ce fut faict gre et consenty en la maison de Monceaulx le 15e jour de feuvrier 1514 / Et dempuis scauoir le XXVIIe jour de mars aud. an 1514 apres auoir este lad. concination desd. dix mille troys cens liures faict par led. Jehan de Lespinay seigneur de Mallary es mains dud. Guillaume Loysel seigneur de la Thuraudaye en presence de Sanson de Sainct Marsault escuyer et de nous notaires soubzscriptz selon et au desir en ensuyuant les poinctz au contract et promesse cy dessus se sont les choses et promesses accomplies.

Nota :     o, ou = avec
              Seigneur de Lespinay = Jean IV (trésorier)
              Seigneur de Mallary  = Jean V, son fils.
              Guillaume de Lespinay = fils de Jean V.

 

Guillaume et Marie, qui ont à peu près le même âge, ont de leur mariage au moins cinq enfants : deux garçons et trois filles, dont les cadets se marient en Anjou et l’aîné en Bretagne. Guillaume décède en 1545, à 44 ans environ, fatigué par les poursuites qu’il a dû supporter toute sa vie comme petit-fils de Jean IV de Lespinay le trésorier, bien qu’ayant finalement refusé sa succession. Il fut même emprisonné pendant cinq ans (1531 à 1536), après s’être caché pendant près de deux ans, grâce à la protection des Rohan de Blain, pour être obligé de rendre rapidement les comptes de son grand père, sans avoir accès aux documents nécessaires. Et pourtant certains historiens actuels l’ont pris comme l’exemple-type de l’héritier malhonnête (sous bénéfice d’inventaire) qui, selon eux, faisait traîner son travail volontairement afin de gagner de l’argent, car cela était paraît-il une pratique courante (c’était l’accusation officielle du pouvoir à l’époque) ! Certains biens de son épouse, saisis abusivement en 1525 et donnés en 1529 avec les biens Lespinay à Louis du Perreau, seigneur de Castillon et gentilhomme de la Chambre du roi, ne seront rendus à ses descendants qu’en 1563. D’autres seront récupérés par Guillaume, comme Auvers et Lanvault, ce qui le fera accuser par les mêmes historiens de détournement de biens saisis, alors qu’ils n’ont jamais fait partie de la succession du trésorier. Quantà Marie, elle décède en 1555 après avoir réglé sa succession, laissant à son fils aîné Pierre de Lespinay le soin de recouvrer les biens abusivement saisis et donnés par le roi à Louis du Perreau puis conservés après la mort de celui-ci (en 1548) par sa deuxième femme Jacqueline de Rymerswael.

L’arbitrage de la succession du Chaffault-Ploesquellec par le trésorier (1517)

               L'importance sociale du mariage de Guillaume et Marie du Chaffault est illustrée par une procédure successorale devant la Chancellerie et Conseil de Bretagne à Nantes qui réunit Pierre de Foix (époux de Louise dame du Pont et de Rostrenen, cousine issue de germain de Marie du Chaffault), Marie du Chaffault, Agnès de Saint-Marsault, Jean IV, Jean V et Guillaume de Lespinay, contre Charles de Rohan de Gié comte de Guise, cousin issu de germain du père de Marie du Chaffault. Cette procédure est datée de mai 1517 mais date en fait d’avant la mort de Jean V (le 20 avril 1517). Voici le texte d’un des actes conservés :

Jugement rendu en la Chancellerie et Conseil du Pays et Duché de Bretagne à Nantes le * [le quantième du mois est en blanc dans l’acte] May 1517 par lequel sur la comparution de Maître Jean Jocet, Procureur fondé en cause pour le cher et bien amé cousin de sa Majesté Pierre de Foix seigneur du Pont et de Rostrenen, en son nom et curateur de Dame Louise du Pont sa femme, et aussi ledit Jocet Procureur fondé en cause de Jean de Lespinay, seigneur dudit lieu de Lespinay, Conseiller du Roy, Trésorier et Receveur Général dudit Pays et Duché de Bretagne, au nom et comme garde naturel de Guillaume de Lespinay, fils de Jean de Lespinay seigneur de Malarit son fils, et curateur de Damoiselle Marie du Chaffault femme dudit Guillaume, pareillement ledit Jocet Procureur fondé en cause desdits Jean de Lespinay et Damoiselle Agnès de St-Marsault sa femme, seigneur et dame de Malarit, expédié par Me Pierre Audren, Avocat d'’une part, Et sur la comparution de Maître Jean Le Faye, Procureur pareillement fondé en cause pour le cher et bien amé cousin de sadite Majesté Charles de Rohan, chevalier, Comte de Guyse, seigneur de Gyé et de Penhouet, expédié par Maitre Pierre Bertran, sous la correction de Maitres Jaques Giron et Jean du Ponceau, Avocats d’autre; Quelles parties avoient été confessantes respectivement que ne procedant ci-devant entr’elles en l’Auditoire desdits Chancellerie et Conseil, elles etoient appointées à Jugement, Assavoir si, ou non, ledit Conseil selon qu’il etoit contenu par ledit Procès signé du Secrétaire dudit Conseil sous ecrit et que pour en ce proceder terme et ajournement dpendoit à huy entr’elles audit Conseil ce connu, en y procedant avoit été dit de la part dudit Jocet esdits noms en subjoignant et augmentant sous ledit Jugement, que les biens et heritages dont il certoit etoient situées esdits Pays et Duché de Bretagne, demandant ledit Jocet audit nom respons de ses faits et avoit persisté avec ce audit Jugement iceux connus ; Et de la part dudit Le Faye audit nom [avait été dit entre autres choses et au surplus] en répondant esdits faits après avoir tout protesté d’impertinence et inadmissibilité et d ses exceptions, peremptoires, salvations et deffenses dire et alleguer en tel endroit et à la fois que bon luy sembleroit et verroit l’avoir à faire, avoit bien confessé etre fils et héritier principal et noble de feu messire Pierre de Rohan seigneur dudit lieu de Gyé, Maréchal de France et de Dame Françoise de Penhouet ses pere et mere, et au parsus des autres faits avoir dit rien ne savoir sauf des notoriétés et confessions dont il avoit été dediseur en forme proposée, Ledit Conseil sur la demande faite par ledit Jocet audit nom a la preuve et information jugées à suffire chacune en sa maniere, et pour proceder à la presentation, Jurée et Enqueste de ses temoins luy commet les Maitres de Requetes et Conseillers et au parsus Envoye et Commet ladite matiere en la Cour et Barre de Nantes pardevant les Senechal, Alloüé et Lieutenant dudit Nantes et chacun pour en connoitre de six semaines en six semaines et pour etre au parsus en la matiere procédé selon raison ledit Conseil assigne lesdites parties y ajournées à d’huy en six semaines. Ce Jugement signé, à la Relation du Conseil, Mau: Kerugeon

(B.N., Ms.Fr., Carrés de d’Hozier vol.382 [Fr.30611] f°.335-336).

La procédure citée concerne la succession Ploesquellec, après le décès sans héritiers de Marguerite du Pont fille de Jeanne de Ploesquellec. Pour faciliter la compréhension des parentés et des enjeux, nous avons reconstitué le schéma de parenté des personnes vivantes et décédées concernées par cette procédure.


Beaucoup de ces familles se disent descendre des rois de Bretagne, la plupart en ligne directe masculine :

ROSTRENEN         =   ramage de CORNOUAILLE (Poher)
QUELENNEC         =   ramage de PENTHIEVRE (Comtes de RENNES)
ROHAN                  =   ramage de PENTHIEVRE (Comtes de RENNES)
FOIX                      =   ramage de CARCASSONNE et COMMINGES
BROSSE               =   ramage de LIMOGES (et PENTHIEVRE par les Blois)
PENHOËT             =   ramage de LÉON
PLOESQUELLEC  =   ramage de CORNOUAILLE (Poher)
CHAFFAULT          =   ramage de REZAY et des Comtes de NANTES (CORNOUAILLE)
 

          Anne de Rohan, qui épouse en 1516 Pierre de Rohan-Gié, seigneur de Frontenay, est la cousine germaine d’Anne de Bretagne. En effet, elle est la fille de Jean II de Rohan (1452-1516), comte de Porhoët, prince de Léon, etc., seigneur entre autres de Blain et de Josselin, et de Marie de Bretagne, sœur de François II duc de Bretagne et père d’Anne de Bretagne. Par le mariage de son petit-fils Guillaume avec Marie du Chaffault, le trésorier Jean de Lespinay s’est rapproché un peu plus encore du pouvoir ducal et royal. Les appuis dont Guillaume et son fils Pierre de Lespinay ont bénéficié s’expliquent mieux par cette parenté avec les grands de la cour ducale, « cousins » du roi de France, que par leurs liens de suzeraineté avec les Rohan dont l’intérêt n’était pas de protéger des « arrières-vassaux » auteurs de « malversations ».
              Jeanne de Ploesquellec ou Plusquellec est la fille du premier mariage d’Anne de Penhoët avec Maurice de Ploesquellec, et donc la demi-sœur (aînée) de Catherine du Pont(-L’Abbé) mère de Jean II du Chaffault, née du deuxième mariage d’Anne de Penhoët avec Jean du Pont(-L’Abbé). Unique héritière de la maison de Ploesquellec, elle épouse le demi-frère de sa demi-sœur, Charles du Pont-(L’Abbé). Leur fille unique, Marguerite du Pont, décède en 1499 sans enfants de ses deux mariages (1° Henri de Rohan ; 2° François Tournemine), laissant pour seuls héritiers, cités en 1504 : son père et, du côté de sa mère par les Penhoët, Jean du Chaffault, cousin germain, et Charles de Rohan-Gié, cousin issu de germain. Après le décès de Charles du Pont-(L’Abbé) sans hoirs en ligne directe, Marie du Chaffault et ses sœurs, filles de Jean du Chaffault, font donc partie des héritiers les plus proches de Marguerite du Pont à la fois par sa mère et par son père.
              Pierre de Foix intervient, au même titre que Marie du Chaffault, comme héritier par sa femme de Charles du Pont, mari de Jeanne de Ploesquellec. Il se joint dans la procédure aux héritiers du Chaffault puisque leur rang successoral est le même par les du Pont. Il augmente en outre ses chances parce que les du Chaffault sont aussi héritiers de la mère de Jeanne de Ploesquellec, la défunte. L’appui du trésorier général de Bretagne, Jean de Lespinay, est utile ici face aux prétentions de Charles de Rohan-Gié qui s’estime par son rang dans le duché comme le mieux placé pour hériter de Marguerite du Pont.
              L’héritage de Marguerite du Pont est partagé entre les deux lignes à la première génération : Plusquellec et Pont-L’Abbé, et deux lignes à la deuxième génération : Plusquellec et Penhoët. Les héritiers du Chaffault viennent à la succession dans la ligne Pont-L’Abbé et dans la ligne Penhoët. Les autres héritiers viennent dans une seule ligne : Pont-L’Abbé (Pierre de Foix, qui représente les autres héritiers du Pont), Plusquellec (Catherine du Chastelier, petite-fille de Plessou de Plusquellec qui épousa Amaury II du Chastelier, seule héritière des Plusquellec), Penhoët (Charles de Rohan, qui représente les autres héritiers Penhoët).
              C’est de l’héritage Ploesquellec que vient la terre d’Auvers en Fougeray possédée par les du Chaffault puis les Lespinay (cf. entre autres : Kerdaniel, B.N., Fr.32438, fo.418-419) et saisie à la mort du trésorier Jean IV de Lespinay en 1524, celui-ci étant usufruitier de cette terre par le contrat de mariage Lespinay-du Chaffault, puis restituée après plusieurs années de procédure. Une dernière transaction familiale a lieu en 1533 entre Guillaume de Lespinay et Marie du Chaffault d’une part, et François Loaysel et Françoise du Chaffault d’autre part. Elle laisse Guillaume et sa femme régler pour leur compte la succession du Chaffault et les partages inachevés avec les « seigneurs de Gyé, de Penhouët, de Brout et de Plusqualet ». En voici la transcription.

Transaction finale pour le partage de la succession Ploesquellec, 30 janvier 1533  

Transaction faite le 30 Janvier 1533. Entre Guillaume de Lespinay Ecuyer, tant en son nom que se fesant fort de Damoiselle Marie du Chaffault sa femme seigneur et dame du Chaffault et de Monceaux ; ladite Marie fille ainée et heritiere principale et noble de feu Jean du Chaffault Ecuyer seigneur desdits lieux du Chaffault et de Monceaux, d’une part, Et François Loaysel aussi Ecuyer et Damoiselle Françoise du Chaffault sa femme seigneur et dame du Plesseix Bouschet, ladite Françoise sœur puinée de ladite Marie, et ledit François Loaysel procedant sous l’autorité de Guillaume Loaysel son pere Ecuyer seigneur de la Touraudaye, d’autre.

Par laquelle les parties terminent le procès qu’elles avoient pendant en la Cour de Nantes touchant la demande que lesdits Loaysel et sadite femme fesoient ausdits de Lespinay et sa femme des droit et portion qui apartenoient ausdits Loaysel et sa femme à cause d’elle tant en noble qu’en partable, et tant en meuble que heritage à cause de la succession dudit feu Jean du Chaffault seigneur dudit lieu du Chaffault, de Monceaux, de la Marzelle en Poitou, d’Auvers [corrigé en Anvers] et de Lanvaulx pere desdites Marie et Françoise, moyennant que ledit Guillaume de Lespinay et Marie du Chaffault sadite femme pour demeurer quittes de tous les droits part et portion qui appartenoient ausdits Loaysel et sa femme tant en meuble que en heritage noble ou partable quelque part que lesdits biens fussent situés, en Bretagne ou ès Marches dudit Pays et en l’Eveché de Nantes à cause de la succession dudit feu Jean du Chaffault, à la reserve de ce qui pourroit appartenir à ladite Françoise au lieu, terre et seigneurie de la Marzelle avec ses appartenances et dependances au Pays de Poitou, et en la succession future de Damoiselle Agnès de St-Marczault leur mere, soit en Bretagne, Poitou ou ailleurs, desquels droits lesdits François Loaysel et sa femme etoient certains ainsi que de ce qu’il pouvoit leur en appartenir; s’obligent de payer ausdits François Loaysel et sa femme, savoir la somme de 55 lt de rente monnoye de Bretagne dont ledit de Lespinay feroit l’assiepte à ses dépens en fié noble et ès terres et seigneuries d’Auvers [corrigé en Anvers] ou Lanvaulx de prochain en prochain situées dans le Comté de Nantes, de leur payer aussi la somme de 80 lt tournois, et en outre de donner en leur acquit la somme de 300 lt tournois audit Guillaume Loaysel qui avoit avancé ladite somme audit Loaysel pour les habits nuptiaux deladite Françoise du Chaffault sa femme, à la charge aussi de faire l’acquit de toutes les dettes mobilières et heritelles de ladite succession dudit feu Jean du Chaffault et en acquitter lesdits Loaysel et sadite femme de ce qu’ils en pourroient etre tenus à la reserve des rentes hereditelles dües aux seigneurs sur ledit lieu de la Marzelle et ses appartenances dont chacun porteroit par autant qu’il y prendroit. Et par le moyen de ce que dessus lesdits François Loaysel [corrigé en Loysel] et sa femme subrogent lesdits de Lespinay et sa femme en tous les droits, actions, propriétés et interests, heritages des choses ... qui leur appartenoient en la succession dudit feu Jean du Chaffault, voulant que lesdits de Lespinay et sa femme pussent esliger, avoir et recouvrer à eux tous les biens heritels et mobiliers de ladite succession et ce que les seigneurs de Gyé, de Penhouet, de Brout, et de Plusqualet pourroient devoir à cause dudit feu Jean du Chaffault et ses predecesseurs tant pour le parfournissement des mariages qui avoient été faits avec les seigneurs du Chaffault que à cause de la terre et seigneurie de Bedec et aussi de la succession de feüe dame Katherine du Chastelier par aucun temps femme du seigneur de la Hunaudaye et après femme de Missire Charles de Rohan, sans que ledit François Loaysel et sa femme y pussent pretendre aucun droit soit heritel ou mobilier qu’ils cedent ausdits Guillaume de Lespinay et sa femme. Cet acte passé en la Ville de Nantes dans la maison de noble homme sage et pourveu Missire Cristophe Brecel seigneur de la Seilleraye Senechal de la Cour de Nantes, fut reçu par C. Brecel et Rouxeau notaires de ladite Cour, ... [illisible sur la photocopie] 1533. par ladite damoiselle Marie du Chaffault femme de Guillaume de Lespinay Ecuyer seigneur et dame du Chaffault, de Monceaux et de Malary, par acte passé au Bourg de Plessé et reçu par Yver et Pierre Gerbaud notaires de la Cour de Nantes. (B.N., Ms.Fr., Carrés de d’Hozier vol.382 [Fr.30611] f°.356-358).


[1]     Les généalogistes ont fait de celle-ci l’unique membre d’une famille de St-Marsault de Bretagne, parce qu’elle était en 1514 dame de Trellières et Pontcorhan en Plessé (biens venant des Lespinay, dont Guillaume fait aveu à Anne de Rohan en 1526). Ce mythe a été repris par les d’Hozier, juges d’armes de France, qui lui ont attribué un blason fantaisiste (de gueules à 4 M d’or couronnés de même). En fait, elle fait partie de la famille Green de St-Marsault ; ses frères sont connus, en particulier Samson qui l’assiste en 1514 dans ses transactions matrimoniales, comme représentant de l’aîné.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 09:15

Le trésorier et la construction familiale (1)
Ascension sociale et réseau de clientèle

 

-       De la paroisse au Duché : un réseau en construction

     Des relations locales puis régionales

     Des relations à la Cour ducale

-       Des fondations matrimoniales pour l'avenir : l'entrée dans la « Cour des Grands » (les Rohan, la Cour royale)

     1488 : le mariage Marbré, un riche héritage

     1514 : le double mariage Lespinay - St-Marsault et Lespinay - du Chaffault

     1517 : l'arbitrage de la succession du Chaffault par le trésorier

-       La protection des Rohan : la construction de l'alliance Lespinay-Perreau par les Rohan

     1500-1526 : les trois mariages d'Anne de St-Marsault (une captation d'héritage programmée)

     1542 : le mariage Perreau - Rymerswael (des liens renforcés avec la Cour royale)

     1563 : le mariage Lespinay - Perreau (l'aboutissement)

 

Les parentés concernant les trois premières générations de Lespinay à Plessé (Jean II à Jean IV) sont construites à partir de croisements de sources. Elles restent à vérifier. Il faut rappeler par ailleurs qu’au XVe siècle il existait en Bretagne au moins 4 familles nobles de Lespinay-l’Espinay et une famille d’Espinay (sans compter les provinces limitrophes de Poitou, d’Anjou et de Normandie) dont les membres masculins se prénommaient souvent Jean (prénom ducal), Guillaume ou Pierre. D’où la prudence à observer lorsque l’on « tombe » sur un(e) Lespinay, un(e) l’Espinay ou un(e) d’Espinay dans une source de cette époque.[1]

1. De la paroisse au duché : un réseau en construction

Jean IV de Lespinay, trésorier de Bretagne, était par son entourage à bonne école pour construire son réseau et s’assurer de l’ascension sociale de sa descendance.
 

Généalogie succincte des Lespinay

  Jean I de Lespinay               Dame de La Perchette (Plessé)
             
                                       

 Jean II de Lespinay = Guillemette du Guiniou (Plessé)
                              ├───────
────────┐
Jean III de Lespinay = Brience Pinart     Guillemette = [Yves] de La Rivière

                              ├────────────────────────┐
Jean IV de Lespinay = Bertranne Robellot       Guillaume, Renée, Marie, Henriette
            ┌──
───┴────────┬───────────────────┐
Jean V de Lespinay   Guillaume de Lespinay   Jeanne, Marie, Bertranne, Honorée

 

Des relations locales puis régionales

Le réseau familial « du Guiniou »                                  

Les ancêtres de Jean IV de Lespinay étaient de petits officiers du duché, bien implantés dans la châtellenie du Gâvre et la paroisse de Plessé. Là, ils s’étaient alliés aux Parageau, petits officiers comme eux, et avaient partagé avec eux des obligations en tant que sergents féodés (nobles) du Gâvre, puisque les Parageau (qualifiés de « nobles escuiers » dans les actes) étaient semble-t-il co-seigneurs du Guiniou avec les Lespinay et que les Lespinay étaient seigneurs de Rozet, ces deux fiefs donnant obligation de faire office « gratuitement » de sergent fiscal ou receveur des impôts pour la châtellenie du Gâvre. On les voit intervenir successivement ou ensemble comme sergents féodés et receveurs du Gâvre. Ils interviennent aussi ensemble dans des actes de la paroisse de Plessé, ou partagent des activités financières d’abord locales puis ducales, et par exemple signent un acte de prêt au duc le 2 juin 1465. Les Lespinay étaient alliés aussi aux Guischard, sieurs de Kerguemer, co-seigneurs de La Perchette avec les Lespinay. Ces deux alliances provenaient très probablement d’une parenté par mariage, puisque Guillaume Parageau[2] semble être déjà seigneur du Guynio (ou Guiniou) vers le milieu du XVe siècle, et qu’un Guischard était seigneur de La Perchette au tout début du XVIe siècle, seigneurie ayant appartenu à la mère de Guillemette du Guiniou, femme de Jean II de Lespinay.
             Par la suite, d’autres noms cités, comme les La Rivière [3], Spadine[4] , Carheil[5], Ménardeau[6], Coué[7], Brécel, Gabart[8], Louaysel [9], etc., descendants ou alliés des premiers Lespinay et des du Chaffault, ont hérité par des fiefs ou des charges de portions du réseau, certains étant associés à ses activités par Jean IV de Lespinay devenu trésorier de Bretagne. Tout cela est bien décrit par les travaux de Jean Kerhervé (1986 et 1987) et de Dominique Le Page (1995 à 1997), bien que des jugements de valeurs aient présenté la construction de ce réseau comme malhonnête, criminelle (alors même que nous voyons nos hommes politiques depuis 50 ans s’enfoncer dans le clientélisme et le népotisme à des niveaux identiques, sans que personne ne récrimine…).

Le réseau familial « Pinart »                                             

Par sa naissance, Jean IV de Lespinay était membre du réseau des Pinart, famille noble du Trégor et du Léon, originaire de la région de Morlaix (Le Val-Pinart en St-Mahé), officiers financiers du duché à un plus haut niveau que les Lespinay de l’époque.
               L’ascension des familles se fait ou se consolide souvent par des alliances matrimoniales[10]. On a l’impression que le père du trésorier a fait un mariage « hypergamique », s’alliant à une famille alors plus puissante et connue que la sienne, entrant ainsi dans la clientèle des Pinart et bénéficiant de leur appui. Alain Pinart était receveur de Morlaix avant 1460. Son frère aîné Paul, sieur du Val à Morlaix, était receveur du fouage de l’évêché de Léon dès 1452 (Arch. L.-Atl. B 10 f° 26 v°) puis de Tréguier en 1454, etc. ; ses fils Pierre et Yvon suivirent son exemple. Probablement frères de Brience Pinart, Paul et Alain étaient enfants de Yvon II Pinart, époux d’Ysabeau Rouzaut, et petits-enfants d’Yvon (Ier) Pinart, Sr du Val (+ av.1417), et de Catherine de La Fouais. Yvon II avait un frère cadet, Rolland Pinart (ou Le Pinart) époux de Valence Gicquel (famille de financiers des Penthièvre), auteur de la branche Pinart de Cadoalan, receveur de Guingamp de 1426 à 1446. Son fils Jean, époux en 1462 de Jeanne du Groesquer, afferma les sceaux et papiers de la juridiction de Guingamp de 1464 à 1468. Etc.
              L’aide des Pinart expliquerait certaines fermes obtenues par le futur trésorier et son père hors du Comté nantais après 1440. Quant à Guillaume, frère aîné du trésorier (très probablement, puisqu’il représente son père dans deux actes importants et ses frère et sœurs à l’occasion de la succession de Jean III), il n’est plus mentionné après 1468. C’est seulement en 1482 que Jean IV est mentionné comme l’héritier de Jean de Lespinay son père.

Reconstitution de la parenté Pinart

Yvon I Pinart, Sr du Val  =  Catherine de La Fouais
      (+ ca.1416)
            ├─────────
─────────────────────┐
Yvon II Pinart = Ysabeau Rouzaut                  Roland Pinart  =  Valence Gicquel
(1417, 1427)                                              (1419, +1462)      (+27.02.1458)
      ┌──┴
──────┬─                                 │
Paul Pinart    Alain Pinart          Brience           Jean Pinart = 1462 Jeanne du Groesquer
Sr du Val       et Roland       (née ca. 1420)     (+ ca.1488)
                                   = ca. 1440 Jean III              
                                         de Lespinay                   

       Branches du Val,                                     Branche de Cadoalan
     de la Noe-Verte et

       de Cramailles

 

Le réseau familial « Robellot »                                         

Parallèlement à l’aide probable des Pinart, Jean IV de Lespinay a bénéficié des relations de sa femme Bertranne Robellot, dont Jean Coué son beau-frère et les parents de Françoise (de) Becdelièvre sa belle-sœur. Les Robellot (Roblot, Robelot) sont de la paroisse de Guer, diocèse de Saint-Malo.
             Pierre Becdelièvre (+1504), de famille anoblie en 1442, frère de Françoise, fils de Guillaume et de Jeanne Sorel, fut trésorier général de Bretagne. Il épousa 1) Perrine/Robine Tramblay et 2) Jeanne Bourgneuf, toutes deux issues du monde des affaires et de la finance de Rennes. Or Guillaume de Lespinay, fils de Jean IV et de Bertranne Robellot, épouse Guillemette Moulnier, fille de Guillaume Moulnier et d’Olive Bourgneuf, dame de Léraudière, parente probable de Jeanne Bourgneuf. Quant à Guillaume Moulnier, il a été receveur d’une partie de l’évêché de Vannes de 1467 à 1485, soit seul soit avec d’autres. Dès 1465, il est au service d’Olivier Baud, trésorier des guerres, et vers 1474 il passe sous les ordres du trésorier Pierre Landais. Il devient auditeur à la Chambre des comptes le 17 juillet 1488. En réalité, quatre des six enfants connus de Bertranne Robellot se marient dans l’environnement de leur mère : Guillaume épouse Guillemette Moulnier ; Marie épouse 1) Jean de La Bourdonnays, du diocèse de Vannes, puis 2) Robert de Gaincru, voisin de Guer ; Bertranne épouse Jean Guéhenneuc, d’une famille de Guéméné-Penfao alliée aux Hudelor ; Honorée épouse Jean alias Yves Hudelor, de la paroisse de Guer.

Parenté Robellot (d’après René de Bruc en 1638)

                                                Guillaume du Plessis
                                                        
N. Robellot (de Campénéac)        Jean du Plessix = Isabeau Le Rebours

                                                      ├───────
────┐
Jean Robellot (viv.1450) = Guillemette du Plessix    Marguerite du Plessis  = Bertrand Hudelor
                                                                                                             
           ┌────────────┼─────────
───────┐                               
Guillaume = 1466     Jeanne = 1478            Bertranne = 1475 ( ?)          Jean Hudelor =
Françoise Becdelièvre   Jean Coué               Jean IV de Lespinay           Perrine Mouraud

   ┌───┴─────
──┬─────────┐                                                    
Yves =             Jeanne =            Rose = Jean   Jean V de Lespinay
        Yves Hudelor =

Valence Gouro  Alain de Porcaro  des Roussières  = Marie du Chaffault   Honorée de Lespinay
 

Selon l’abbé Jacques-Marie Le Claire (Guer, Rennes, Ed. rue des Scribes, 1990, rééd. de 1914, p.130), « Jean Lespinay » épouse Bertranne Robelot par contrat du 19 mars 1475 (preuves Robelot 1669, papiers Porcaro, arch. de la Ville-Hue).

Des relations à la cour ducale

            Les relations familiales des Lespinay renforcent des liens déjà établis avec l’administration du duché. En effet, Eonnet de Lespinay [écrit « de Penhay »], avec son frère (probable) Jean II de Lespinay, Hervé et Rollant Pinart, Jean de La Tousche, Eon de La Rivière, Jean de Marbré, Guillaume du Plessis, Jean Le Maistre et de nombreux écuyers, accompagne en 1419 Richard de Bretagne en France, parmi les gens de Bertrand de Dinan, seigneur des Huguetières, Maréchal de Bretagne (compte de Jehan Mauléon, in Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1104-1109 : mandements du 13 août 1419, du 4 septembre 1419, du 22 octobre 1419). Ces écuyers sont pour la plupart des cadets. On voit par la suite les Lespinay de Plessé établir des alliances avec certaines de ces familles : La Tousche, Pinart, Marbré (Le Maistre), Plessis (Robellot).
           Eonnet de Lespinay marie en 1443 son fils Pierre avec la fille de Jacquet de La Tousche, maréchal de salle du Duc de Bretagne, ce dernier accordant à cette occasion, le 18 novembre 1443, une franchise d’impôts à Pierre de Lespinay (Dom Morice, Mémoires, t.II, col.1363-1364).

               Il est difficile de croire que Jean III de Lespinay n’ait pas bénéficié des relations avec les La Tousche en 1443 comme ce fut probablement le cas avec les Pinart en 1446 ou avec les Becdelièvre 30 ans plus tard. En tout cas, dès les années 1440, Jean III de Lespinay se voit confier des charges financières, seul ou avec les Parageau. En 1446, c’est peut-être lui qui est receveur des fouages de l’évêché de Léon et dont le compte est rendu par son commis Jean Pillet en 1447 (Arch.L.-Atl. B 4296 f°227 r°). Grâce à cette activité, il semble avoir pu racheter une partie des droits d’Eonnet de Lespinay sur Rozet qui lui ont permis d’accéder à la recette de la châtellenie du Gâvre. En 1460, Jean III est fermier pour un an de la traite des bêtes vives avec Jean Parageau (Arch.L.-Atl. E 131 f°79 v°). Ce sont ses seules activités connues hors de la région de Plessé. Peut-être, cependant, est-ce lui (« J. de Lespinay ») qui va prêter serment avec la noblesse de l’évêché de Dol en 1437, en tant qu’héritier de la branche cadette des Lespinay de St-Malon.
             Lorsque Guillemette de Lespinay, sœur de Jean III, épouse [Yves ou Eon] de La Rivière, les La Rivière de Plessé sont de petits officiers de la châtellenie du Gâvre (Macé de La Rivière est le premier receveur ducal du Gâvre, placé sous la protection du Duc en 1407). On ne sait si c’est la même famille qui est représentée parmi l’administration ducale (Jean de La Rivière, écuyer du Duc, second président des Comptes en 1442, chancelier en 1450, établi dans l’évêché de Rennes, +28.02.1461). Elle continue ses fonctions de receveur ordinaire de la châtellenie du début du XVe siècle jusqu’au début du XVIe siècle et a quelques liens avec les Lespinay (Pierre de La Rivière commis receveur ordinaire du Gâvre en 1503 par Jean IV, son fils Jean succédant à Guillaume de Lespinay en 1524 comme clerc secrétaire à la Chambre des comptes de Nantes).
            Tous ces liens familiaux et de voisinage ont préparé, favorisé, l’entrée des Lespinay dans la « Cour des Grands » avec la trésorerie générale du duché d’abord puis par des alliances matrimoniales socialement et politiquement importantes hors du monde de la finance pour Jean V puis Guillaume de Lespinay son fils. En effet, après les alliances Pinart et Robellot qui ont ouvert ou élargi les portes des offices financiers et permis de se constituer un patrimoine foncier et noble, les Lespinay vont profiter de la position de Jean IV à la Cour, ducale et royale, de 1489 à 1524 pour négocier des alliances avec de riches héritières de familles féodales (Marbré, du Chaffault) apparentées à la grande noblesse bretonne et avec des familles de la Cour royale (St-Marsault, du Perreau).

  (suite)



[1]    Par exemple, plusieurs personnes du nom de Lespinay citées par la marquise de Lespinay dans son ouvrage sur Jean IV de Lespinay (p.40), sont à rattacher à la puissante famille d’Espinay de Vitré : comme Jeanne de Lespinay (+1475) femme de Guillaume Le Tourneur, sieur de La Courbe à Bazouges-sous-Hédé, ou Renée de Lespinay femme de Thomas de Québriac, seigneur du Bois Maigné en 1519, ou encore Eustache de Lespinay (fils de Robert d’Espinay), conseiller du Duc de Bretagne de 1458 à 1471.

[2]    Il est le père de Jean Parageau l’aîné, époux de Jeanne Guyolle, fille de Pierre Guyolle et de Robine Delestre (Pierre Guyolle épouse en 2de noce Marie de Lespinay, sœur de Jean IV de Lespinay). Mais dans un indult latin de la Cour de Rome, en 1510, Jean Parageau l’aîné est ainsi mentionné : « Johannis Parageau et ejus uxoris du Guynio », ce qui signifie que sa femme serait une du Guiniou ou dame du Guiniou.

[3]    En mariant sa fille Guillemette à [Yves] de La Rivière, semble-t-il de la paroisse de Plessé, Jean II de Lespinay consolidait une relation avec les La Rivière, famille d’officiers de la maison du Duc de Bretagne. Cette relation a pu aider à l’ascension de ses fils et petits-fils dans les charges ducales. Mais les descendants de Guillemette de Lespinay vont aussi, tout naturellement, bénéficier du réseau de relations du trésorier et de certaines des responsabilités des Lespinay dans la paroisse de Plessé et la châtellenie du Gâvre.

[4]    Jean Spadine, seigneur du Housseau en Carquefou (Nantes), fils et petit-fils de procureurs de Nantes, épouse Renée de Lespinay, sœur du futur trésorier. Ce mariage eut lieu probablement vers 1470, puisqu’un de leurs fils, Gilles Spadine, marié à Gillette Picart, baptise sa fille Gillette à l’église Ste-Croix de Nantes en 1490.

[5]     Une fille de Renée de Lespinay, Jeanne Spadine, épouse en 1509 Guillaume de Carheil (seigneur de Carheil, paroisses de Plessé et Guenrouët), dont la descendance existe toujours aujourd’hui (cf. travaux de Serge de l’Espinay sur la descendance des Lespinay, et ses extraits sur les bases internet Roglo et Geneanet).

[6]     Marguerite Spadine, fille de Renée de Lespinay et de Jean Spadine, épouse François Ménardeau.

[7]     Jean Coué est l’époux de Jeanne Robellot, sœur de Bertranne, femme de Jean IV de Lespinay.

[8]     Christophe Brécel épouse Catherine du Chaffault, sœur de Marie du Chaffault, épouse de Guillaume de Lespinay. Leur fille Louise Brécel épouse François Gabard.

[9]     François Louaysel épouse Françoise du Chaffault, sœur de Marie du Chaffault.

[10]  Cf. surtout les travaux sur la Bretagne de Michel Nassiet et son ouvrage : Parenté, noblesse et États dynastiques, XVe-XVIe siècles, Paris, EHESS, 2000 ; et le manuel de Laurent Bourquin, La noblesse dans la France moderne (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Belin, coll. Belin Sup Histoire, 2002.

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 09:01

Poursuites contre les héritiers de Jean de Lespinay,
trésorier de Bretagne

Résumé des pièces de procédure

 

* 19 décembre 1523, Lettres données en la Chancellerie à Nantes à la suite de lettres du roi et de la reine signifiées en février et mars 1523.

          Elles rappellent que feu Olivier de Lanvaulx, décédé en 1518, était depuis 5 ans débiteur de divers prêts de la part de Jean de Lespinay, trésorier et receveur général de Bretagne, et autorisent une action devant la Cour et Barre de Nantes, pour éviter « grosse fatigue et ennuy » au trésorier si l’action avait été portée devant une autre cour.


* 5 août 1524, Lettres données en la Chancellerie à Nantes à la suite du décès de Jean de Lespinay le 30 juillet 1524 à Plessé.

          Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier se porte héritier sous bénéfice d’inventaire, « obstant que le dit Trésorier avoit eu en son tems plusieurs grans charges et affaires esdites finances, tant à cause de la dite Trésorerie que autrement et qu’il étoit décédé sans avoir totalement rendu compte ni fait fin esdites charges envers le Roy et espoir vers plusieurs autres qui se pourroient trouver créditeurs vers ledit feu Trésorier. »
           Appel à comparaître (= ajournement) des créanciers auprès de la Chancellerie pour procéder à l’inventaire des biens du défunt.

 

* 18 août 1524, Lettres données en la Chancellerie à Nantes

  Guillaume de Lespinay mentionne que son ayeul avait commencé à rendre plusieurs comptes de ses charges, que plusieurs appellations avaient été interjetées par le défunt en la Cour de Parlement de Bretagne, qu’il voulait parachever de rendre ces comptes comme héritier à condition d’avoir accès aux lettres de garanties et aux acquits du défunt dans les huit coffres actuellement scellés à Plessé, et demande que les biens périssables soient vendus et que les autres lui soient confiés en garde après inventaire.
         Le roi confie à un commissaire spécial l’exécution des demandes de Guillaume de Lespinay, l’autorisant à demander après inventaire les lettres et garanties servant à clore son compte.


* 19 novembre 1524, Lettres données en la Chancellerie à Nantes

            Les Commissaires nommés, M. Jean des Gastz, conseiller alloué de la Cour de Nantes et M. Nicolas du Val, greffier du Conseil et Chancellerie, ont procédé rapidement à l'inventaire demandé, sauf en ce qui concerne les héritages du défunt qui restent à être gaullés et prisés (évalués). Guillaume de Lespinay demande un temps suffisant pour parfaire l’inventaire. Le roi lui accorde droit à cette demande.


* 3 décembre 1524, Jugement rendu en la Chancelletie et Conseil de Bretagne à Rennes

             Rappel de la procédure suivie par Guillaume de Lespinay : déclaration du 18 août 1524, mandement du 19 novembre 1524.

    Inventaire des héritages de Jean de Lespinay dont la maison de Bodouan (8 livres), de son patrimoine paternel; la grande maison de Rozet (15 livres) aussi de son patrimoine; la maison et manoir de Lespinay (20 livres), acquise durant son mariage; la maison et manoir de Tremar (220 livres), acquis après le décès de Bertranne Robelot.

    Mandement du 22 novembre 1524, de Guillaume de Lespinay, donnant ajournement aux créanciers et ayants droit à la succession du trésorier. Ceux-ci sont: Gilles Le Rouge, second président de la Cour de Parlement de Bretagne, maître des requêtes et conseiller ordinaire de la Chancellerie et du Conseil; Louis des Deserts, maître des Requêtes et conseiller ordinaire de la Chancellerie et du Conseil; Hervé du Quelleneuc, conseiller ordinaire de la Chancellerie et du Conseil; Gilles Caré, receveur et payeur des gens des Chancellerie et Conseil; Pierre Couriolle, procureur de Pierre Thierry seigneur du Boisorcant; maître Jean Le Faye procureur de maître Etienne Becdelièvre et sa femme; maître Anceau Botnier, tous créditeurs du trésorier.

    A la requête des conseillers Le Rouge, des Déserts et du Quelleneuc, le Conseil met l'arrêt sur les biens de la succession à la conservation des créances prétendues, le procureur des comptes s'opposant à la délivrance des biens meubles et lettres même sous caution.

   Le Conseil ordonne qu'il sera délivré à Guillaume de Lespinay les lettres, garants et acquits, biens meubles et lettres de la succession, etc. moyennant caution.

   Guillaume de Lespinay remontre, comme dans le mandement du 22 novembre, que plusieurs bien lui appartenant avaient été rapportés à l'inventaire des biens de son grand-père, malgré sa remontrance. Le Conseil commet les maîtres des requêtes et conseillers cités afin de vérifier les dires de Guillaume de Lespinay à propos des biens qu'il dit siens, et procéder à l'éclaircissement des salaires et vacations de ceux qui ont procédé à l'inventaire.

   Guillaume de Lespinay demande de contraindre Jean Kerarerault, huissier du Conseil en la maison de Lespinay, et Lyonnet Dybart, sergent du Conseil en la maison de Beausoleil à Nantes, à quitter les lieux à cause des dépenses excessives qu'ils y faisaient des biens de la succession. Il est autorisé à en faire la requête.


* 15 août 1525, Lettres de Louise mère du roi, duchesse d’Angoumois et d’Anjou, régente.

    Celle-ci demande qu’il soit procédé à l’instruction des faits suivants :

 

    Malgré la sentence du Conseil de Bretagne en la faveur de la demande de Guillaume de Lespinay, annulant la sentence antérieure des gens des Comptes, et alors qu’un appel était en cours contre cette sentence, le Procureur des Comptes a fait ajourner Guillaume de Lespinay, devant les commissaires Jean Brissonnet, Vice-chancellier, Jean Vaillant, bailli de Dunois, Pierre de Bidoulx sieur de Larrigue et Guillaume Berthelemy, Contrôleur général de Bretagne. Il a mis sous séquestre les biens de la succession, dont les papiers, lettres, titres, acquits, cedulles et autres choses servant à compter, sous l'autorité de maître Charles Luiller, aussitôt récusé par Guillaume de Lespinay pour malversations.

    Ce dernier s’engage de nouveau à rendre les comptes si on lui en donne les moyens financiers et si on lui délivre les garants et acquits servant à la redition des comptes.

    Refusant de récuser le commissaire Luiller, les commissaires des Comptes ont ordonné que les garants et acquits seraient mis à disposition de Guillaume de Lespinay en la Chambre des Comptes sous condition d’une amende de 100 marcs d’argent en cas de retard dans la redition du compte. Malgré l’appel interjeté par Guillaume de Lespinay, celui-ci fut appelé par le procureur à rendre son compte dans un délai de 3 semaines sur 4 années et demies de la Trésorerie [on est loin d’une escroquerie qui porterait sur les 35 ans d’activité de Jean de Lespinay à la tête de la trésorerie de Bretagne]. Cela était impossible pour une seule personne comme pour six, même si tous les documents utiles avaient été rendus disponibles.

    Malgré les procédures en cours, Charles Luiller a vendu à vil prix et clandestinement les biens meubles du défunt aux commissaires, à leurs gens et facteurs, sans en prévenir Guillaume de Lespinay. En outre, l’inventaire des biens vendus et les exploits de leur vente n’ayant pu être produits, Guillaume de Lespinay a fait appel devant la Cour de Parlement en Bretagne de tous ces faits et d'autres non précisés.


* 28 juillet 1527, Lettres de relief d'appel en la Cour de Parlement de Bretagne

            Guillaume de Lespinay fait savoir que, dès le 18 juin 1527 François de Guermainguy, alloué du roi en la Cour de Nantes, sur l’instance de Pierre Laurens procureur du roi à Nantes, passait outre à l’arrêt de la Cour de Parlement et au mandement du roi lui donnant accès aux titres de son grand-père. L’alloué ordonna que plusieurs lettres, garants et acquits du feu trésorier, évalué à un million d’or ou environ, seraient confiés à Charles du Bricet seigneur de la Mothe à la demande du roi pour les apporter à celui-ci en son Conseil restreint. Guillaume de Lespinay se propose de faire appel de cette ordonnance devant la Chancellerie et Conseil de Bretagne ou devant la Cour de Parlement, ne pouvant faire appel à Nantes, le sénéchal de la Cour de Nantes Christophe Brécel étant le beau-frère de sa femme.


* 27 août 1565, arrêt de la Chambre de Comptes de Bretagne
  30 octobre 1567, sentence rendue par les gens des Comptes contre Pierre de Lespinay, dont appel interjeté (non encore jugé en avril 1568)
   30 avril 1568, arrêt du Parlement de Bretagne

L’arrêt de 1568 demande l'exécution de celui de 1565. Pierre de Lespinay obtient gain de cause contre le Procureur général du roi en la Chambre des Comptes de Bretagne, tous les biens saisis sur Pierre de Lespinay du fait de la succession du feu trésorier Jean de Lespinay devant être restitués à celui-ci.

 

* 4 mars 1571, Lettres du roi  en faveur de Pierre de Lespinay

Le roi impose silence à la Cour des Comptes sur la base des motifs résumés ci-après :

 

Lors du décès du trésorier, le Procureur du roi en la Chambre des Comptes de Bretagne a fait saisir tous les biens et titres du défunt, et condamné Guillaume de Lespinay à rendre compte de la charge de son ayeul, ce qu’il fit sans avoir accès aux titres de cette charge autres que ceux que l’on a bien voulu lui communiquer.

Ce compte n’étant pas clos, les créances se montèrent à la somme de 79 350 livres 18 sous 6 deniers.

Les biens de la succession du trésorier ont été donnés par le roi François premier à Messire Louis du Perreau seigneur de Chastillon : terres et seigneuries de Tremar et de Lespinay avec leur dépendances, et tous les biens situés dans les paroisses de Plessé et Guenrouët et autres du Comté de Nantes, pour une somme de 300 à 400 livres de rente, sans compter les bâtiments et bois. Ces biens avaient été affectés au débit du compte du trésorier pour un montant de 83 000 livres,([1]) sans compter les débits du compte non clos de Guillaume de Lespinay receveur de Nantes décédé en exercice et dont le trésorier fut l’héritier.

Louis du Perreau a joui paisiblement de ces biens.

La terre et seigneurie de Lespinay est advenue à Pierre de Lespinay par son mariage avec Léonor du Perreau, fille de Louis du Perreau. Ses autres biens lui sont venus de sa mère Marie du Chaffault (Le Chaffault, Montceaux, La Marselle) et de son ayeule Hélène de Marbré (Malarit). Pierre de Lespinay n’a pas hérité de la succession de Jean de Lespinay son bisayeul ni de son grand oncle Guillaume de Lespinay. Malgré cela, le Procureur du roi en la Chambre des Comptes l’a poursuivi à plusieurs reprises comme débiteur de la succession de son bisayeul, saisissant ses biens. Il demande l’arrêt de toute poursuite.

Signification de ces lettres a été faite à Nantes le 26 janvier 1572.



([1]) Cf. les 83 465 livres mentionnées par Georges Minois (1999, p.179).

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 08:15

(prédédent : travaux de J. Kerhervé)





A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (2)

trésorier général de Bretagne 1489-1524



2)  Philippe Hamon, L'argent du roi : les finances sous François Ier. Paris : Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 1994, XLIII + 609p.

 

            Ce travail, publié en 1994, n'est pas cité par Georges Minois lorsqu'il publie en 1999 et accuse Jean IV de Lespinay et sa lignée de malhonnêteté. Or il est intéressant car il relativise la situation des financiers en France et n'émet pas de jugement excessif. Les seules citations concernant le trésorier de Lespinay sont les suivantes.

p.283 : “Les choses se compliquent lorsque le titulaire meurt en charge et que ses héritiers doivent procéder à sa place (...). D'autant que le roi et les héritiers sont souvent rivaux pour tirer profit des successions [Note: voir là-dessus les remarques d'une commission d'enquête en Bretagne dans A.N. J 818 n°2]. Cela vaut par exemple en Bretagne pour les Lespinay ou les Le Charron, deux familles de trésoriers et receveurs généraux [Note : voir C.A.F., t.I n°3640 et t.V n°17888 pour Lespinay].”


p. 288 : “A sa mort, Jehan de Lespinay, trésorier et receveur général de Bretagne, “n'avoit rendu compte de sept ans” [Note : A.N. J 818 n°2].”


p. 450 : “Sur cent dix-huit officiers de finances de haut rang retenus pour une étude détaillée (...), vingt-quatre au moins ont vu leurs biens saisis dans le cadre de poursuites engagées par la monarchie. Si l'information était complète, nul doute que ce chiffre serait plus élevé. (...) Avant la Tour Carrée [cour spéciale financière], on note la saisie du patrimoine de Jehan de Lespinay, receveur général de Bretagne, à sa mort (1524)”...


p. 477 : “A un niveau inférieur, Lespinay et Trémar, terres enlevées au trésorier de Bretagne Jehan de Lespinay et situées au comté nantais (paroisses de Plessé et Guenrouët), reviennent en 1527 à Louis de Perreau, chevalier, gentilhomme de l'Hôtel du roi, en récompense et à titre de compensation des frais qu'il a faits au service du roi [Note : A. D. Loire Atlantique B 51 f° 373].”


 

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 00:07
(précédent : Prosopographie de J. Kerhervé)

 


A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (6)

trésorier général de Bretagne 1489-1524


5) Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547. Catalogue prosopographique.


p.401 :9. Jean de Lespinay

          On ne connaît pas la date exacte de son institution, qui dut suivre de peu le décès de Charles VIII. Son premier compte conclu le 9 juillet 1518 couvre cinq années et neuf mois s'achevant le 31 décembre 1503, ce qui le fait commencer fin mars début avril 1498 (ALA B 4297 f° 543). Il était déjà mentionné comme trésorier de Bretagne dans le compte du béguin de Charles VIII d'avril à juin 1498 (D.M. Pr. III 793).

       Sa carrière avait commencé dès 1475 comme receveur ordinaire du Gâvre et, jusqu'en 1489, il avait multiplié les activités tant comme fermier que comme receveur des fouages (Cf.J. Kerhervé, Cat. t.1, notice 55, p.52-53), le plus souvent en association avec son père [NON, Jean III de Lespinay est décédé fin 1465]. Le 14 avril 1489, il avait été promu à la trésorerie générale et il conserva cette charge jusqu'à la nomination de Thomas Bohier. Après le mariage entre Anne et Charles VIII, il se replia sur la Chambre des comptes où il obtint, dès la confirmation du personnel de celle-ci, le 3 août 1492, un siège de maître et auditeur (ALA B 51 f°1). Il fut en même temps inscrit sur la liste des pensionnés du roi 13. Seule la mort de Charles VIII lui permit pourtant de retrouver un rôle de premier plan.

[Note 13 : Dans le compte d'Olivier Barraud il est crédité d'une somme de 120 l.t. pour l'année 1495, B.N. fr.8310 f° 208.]

         A partir de 1498, Jean de Lespinay combina l'exercice de sa charge de trésorier général avec le contrôle de la recette des devoirs de billots et appétissements de 1500 à au moins 1515 (ALA B 4297 f° 542 et f° 544) [NON, il s'agit de son fils Jean V]. Parallèlement, il chercha à contrôler un certain nombre de recettes en y plaçant des hommes à lui : ainsi pour la recette ordinaire de Nantes qu'il confia à Pierre Avignon puis à son propre fils Guillaume, ainsi pour la recette du Gâvre où il commit Jean de La Rivière, le 21 juillet 1503, à la demande d'Anne, ainsi pour les fouages de Dol qui revint à son clerc Jean Baptiste de Servy puis à François Bonnet. Il assura lui-même la perception des fruits de plusieurs seigneuries saisies sur ordre du roi ou placées sous l'autorité judiciaire pendant des procès : il fut notamment, à la suite de son fils Guillaume, séquestrateur des terres d'Issé et de Rieux pendant le procès entre Françoise de Rieux et son fils Jean de Laval d'une part et Jean de Rieux d'autre part (ALA B 19 f° 172) ; on le trouve aussi mentionné comme séquestrateur des terres de Derval, Guéméné et Beauregard pendant le procès entre le sr de Rieux, garde naturel de sa fille et la vicomtesse de la Bellière (ALA B 17 f° 171). Il était également sous-garde de la forêt du Gâvre (ALA B 23 f° 282).

         La documentation ne permet de saisir qu'une partie de son activité et, une allusion du 15 juillet 1530, extraite des livres de la Chambre des comptes, dans laquelle Pierre Coquays, procureur de son petit-fils Guillaume, reconnaît “avoir vacqué à l'examen, fin et conclusion des fouages et impostz de Cornouaille et des aides et autres... et confesse qu'il n'a présenté comptes des billots pour ledit de Lespinay” (ALA B 569 f° 79) laisse entendre que Lespinay contrôla, en fait, plus de recettes, soit par des commis, soit par des officiers qui lui étaient proches, que les listes dont nous disposons ne le laissent voir.

         Son crédit retrouvé sous le règne d'Anne, il put se faire quelque peu rembourser des sommes qui lui étaient dues depuis 1491. Vers 1500, il demandait en effet à être “appointé de quelques sommes de deniers à valoir sur son deu du temps precedent le mariage de la royne à ce que mieux il puisse entretenir son credit au service de ladite dame” (ALA E 209/22), requête qui fut en partie satisfaite puisque dans un compte non daté (on peut le situer vers 1500-1502), il est indiqué qu'il avait reçu 4000 l. (ALA E 209/26) dont la moitié lui avait été payée par Pierre Thierry, commis au paiement des dettes de Bretagne (ce qui peut permettre de conclure que d'autres versements ont pu être effectués par la suite) et l'autre moitié avait été prise directement sur sa propre recette de trésorier. C'est probablement en fait surtout l'exercice de cette charge qui lui permit de rentrer dans ses fonds et de continuer à agrandir une fortune héritée de son père, constituée essentiellement de biens localisés dans la paroisse de Plessé dans l'évêché de Nantes (avec la seigneurie du Rozet et les manoirs de Bodouan et de Lespinay) et déjà enrichie sous le règne de Charles VIII par l'achat de la seigneurie de Trémar aux Tournemine en 1495.

        L'agrandissement de ce patrimoine fut mené méthodiquement sous le règne d'Anne. Ainsi le 28 janvier 1498, il acquit de Pierre Olivier demeurant à Plessé quatre pièces de terre labourables (“une dans la bocze de castelles dans la frairie de langles et les trois autres dans la bocze de Kernouer”). Il semble n'avoir acheté une partie de ces biens (ceux de Langle notamment) que pour les utiliser ensuite dans d'autres opérations foncières. En effet, le 15 octobre 1499, il obtint de Brience Blanchart en échange de 30 l. et de pièces de terre situées en la frairie de Langle... “le lieu vulgairement nommé le hault Espinay consistant tant en maisons, jardins, rues, terres arables, non arables, prés et appartenances que autres heritages... lesdites choses situées en la frarie de Rozet contenant trente journaux de terre ou environ”. Il poursuivit ses acquisitions en achetant à Jean Mérot une maison et ses dépendances avec un tiers de journal de terre situés au bourg de Plessé, le 17 mars 1500 puis il reporta son attention sur le domaine de Rozet auquel il adjoignit “une pièce de terre en pré” achetée à Jean Moriceaux le 4 juin 1511. En couronnement de ce processus, il obtint de la reine Anne le transfert de l'anoblissement de l'ancienne métairie de Lespinay - qu'il fit détruire - à celle du Haut-Epinay et l'anoblissement de quatre métairies dont deux étaient construites sur son domaine de Lespinay - Bodouan et Couedan - et deux autres - nommées la Haute-Ville et Carguemer - qui avaient été acquises par lui à proximité de ce même domaine (ALA B 21 f° 289). Cette attention accordée à ses possessions de Plessé ne l'empêcha pas d'acheter d'autres biens : ainsi le 4 mai 1512 se porta-t-il acquéreur, dans la paroisse de Guenrouet, de quatre pièces de terre, ainsi fit-il également l'achat, à une date inconnue, des terres de Lanvaux et d'Auvers en Fougeray [NON, biens provenant du mariage de son petit-fils avec Marie du Chaffault]. Il possédait par ailleurs une maison nommée Beau-Soleil dans la rue Saint-Vincent à Nantes. Ce patrimoine patiemment constitué, signe de l'affirmation de Lespinay et de la faveur dont il jouissait auprès d'Anne, devint, après la mort de cette dernière, un élément de fragilité, en étant considéré progressivement comme le révélateur de malversations et en devenant l'enjeu des poursuites menées contre le trésorier.

       La mort d'Anne de Bretagne marqua, en effet, un infléchissement dans sa carrière : cela se traduisit par l'obligation qui lui fut faite de rendre compte. Il dut conclure son premier exercice de la recette générale le 9 juillet 1518 (ALA B 4297 f° 543) et présenter le compte de son fils Guillaume - dont il s'était porté héritier - pour la recette ordinaire de Nantes et la saisie de la seigneurie de Retz en 1520 (cf. notice 186). Malgré ces premières poursuites (14), il réussit à conserver la recette générale jusqu'à son propre décès survenu soit à la fin du mois de janvier, soit plus probablement à la fin du mois de juillet 1524 (B.N. CAR d'Hozier 382, il aurait encore présenté un compte le 13 juillet 1524, ALA B 568 f° 12).

 

[Note 14 : La marquise de Lespinay mentionne à deux reprises dans l'ouvrage qu'elle a consacré à son ancêtre des lettres écrites le 19 décembre 1523 au conseil du roi par Jean de Lespinay dans lesquelles il aurait demandé des délais de paiement du fait des difficultés à faire rentrer les impôts et du fait aussi des avances qu'il avait faites au trésor, Marquise de Lespinay, op.cit. p.88).][l'auteur n'a pas vu ce document, pourtant présent dans B.N. CAR d'Hozier 382, f°337]

 

       Dès sa mort, sur décision du conseil de Bretagne, la saisie fut mise sur ses biens dont l'inventaire fut confié à deux membres de la chancellerie bretonne : Nicolas Duval, secrétaire et Me Jean Degatz, conseiller. Cette mesure conduisit Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier, à se porter héritier sous bénéfice d'inventaire (dès la mise des scellés puis les 5 et 18 août 1524) et à mener une double bataille, l'une pour retrouver la jouissance des biens du trésorier, l'autre pour accéder aux documents servant à la reddition de ses comptes. Après qu'il eut fait une demande en ce sens, le conseil de Bretagne l'autorisa, le 22 septembre 1524, à rentrer en possession des biens de son aïeul ainsi que de ses papiers à condition qu'il s'engageât à remettre une caution et à rembourser les créanciers du trésorier (15). Cette décision fut toutefois remise en cause par la Chambre des comptes qui donna, le 16 mars 1525, un délai de quinze jours à Guillaume de L. pour rendre ses comptes et ne lui accorda que 300 l. pour l'aider dans sa tâche.

 

[Note 15 : Créanciers parmi lesquels on trouve Gilles Le Rouge, Louis des Déserts, Hervé du Quelenec, Gilles Carré.]

 

       Les autorités royales firent une première intrusion dans la procédure en nommant, en novembre 1524, une commission composée de Jean Briçonnet, vice-chancellier, de Jean Vaillant, bailli de Dunois, conseiller au Grand Conseil, de Pierre de Bidoux, sr de Lartigue, vice-amiral de Bretagne et de Guillaume Barthélémy, contrôleur général de Bretagne, pour faire rendre compte à Guillaume de Lespinay “et à toutes les personnes dont on trouvera des reconnaissances et de remettre tous les deniers revenant bons à Charles Luillier” (C.A.F., 18122). Cette commission mit les propriétés de Lespinay sous séquestre - la gestion en fut confiée à Charles Luillier (qui reçut ordre de vendre tous les biens périssables) ; elle tenta aussi d'accélérer les poursuites en ordonnant à G. de Lespinay de rendre compte des deux dernières années d'exercice du trésorier avant la fête de la chandeleur 1525 et lui laissa, pour cela, la disposition des papiers servant à sa décharge, tout en exigeant que les documents contribuant à sa charge soient remis à la Chambre des comptes. Le 23 avril 1525, le procureur de la Chambre des comptes obtint un mandement pour faire vendre aux enchères les biens meubles de Lespinay situés dans la ville de Nantes (ALA B 29 f° 62).

       Contrairement aux attentes du pouvoir royal et, faute d'une définition précise de ses pouvoirs, ce nouvel acteur vint compliquer le règlement du dossier, provoquant des rivalités entre commissaires et gens des comptes. Devant la confusion grandissante, la régente ordonna, par un mandement du 15 août 1525, que tous les intervenants dans le dossier fussent convoqués devant les Grands Jours de Bretagne qui, après audition de chacun, rendirent un arrêt exigeant que les papiers fussent remis dans leur totalité à Guillaume de Lespinay.

       Cette mesure ne fut pas appliquée en raison d'un durcissement des autorités royales à partir de 1527. Au mois de juin, le roi fit transférer au conseil étroit des acquits de Lespinay “à l'estimation d'un million d'or” (mention du 18 juin 1527) afin, semble-t-il, d'obtenir paiement de tous ceux qui avaient des dettes à l'égard du trésorier (16). Le 4 novembre de la même année, il fut demandé d'envoyer à Paris une copie du compte de ce dernier par Jean Pineau, sr de Kerjean et entre ces deux dates, au mois d'octobre, François Ier fit don des domaines de Lespinay et de Trémar “et généralement ce qui appartenoit audit feu J. de Lespinay es paroisses de Plessé et de Guenrouet” à Louis du Perreau, sr de Castillon, gentilhomme de la chambre du roi (ALA B 51 f° 373-375). Ce don ne fut toutefois enregistré par la Chambre des comptes de Bretagne que le 24 janvier 1530 (17) après que le roi eut délivré une lettre de jussion dans laquelle la dette de Lespinay était estimée - pour les comptes déjà clos - à 79 355 L. 18 s. 5 d. Les terres de Lanvaux et d'Auvers en Fougeray furent, quant à elles, vendues, au profit du roi (pour la somme de 1000 l.), à Anne, vicomtesse de Rohan, par acte du 24 décembre 1527 avec les domaines du Gâvre et de Lesneven, sans que, à la différence de ces derniers, la monarchie pût les racheter (ALA B 51 f° 329). Toutefois Anne de Rohan eut des difficultés pour prendre possession de ces biens que Guillaume de Lespinay semble avoir réussi à vendre avant qu'ils ne soient saisis [NON, ces biens appartenaient à sa femme et ont été restitués sans être vendus, comme le montrent les mss. B.N. CAR d'Hozier 382](18).

 

[Note 16 : C'est Charles Bricet, sr de la Mothe, qui fut chargé de percevoir les sommes dues à Lespinay.]

[Note 17 : Elle avait accepté le 19 février que Castillon fut chargé d'administrer les biens sans entériner le don, ALA B 568 f° 69-70]

[Note 18 : ALA B 51 f° 329 R° et V°.]

 

       Simultanément, le pouvoir royal accrut sa pression afin d'obtenir une conclusion de tous les comptes de J. de Lespinay : le 10 mars 1530, ordre fut donné par le roi d'arrêter Guillaume de Lespinay et de saisir ses biens (ALA B 51 f° 377) ; en Bretagne même, la commission Minut intervint, le 20 novembre 1531, pour que le compte du trésorier fût conclu avant Noël “pour bien entendre le faict des receveurs et comptables” (ALA B 568 f° 167). Suite à ces interventions, G. de Lespinay fut effectivement mis en arrêt au château de Nantes le 24 janvier 1532. Son temps d'“incarcération” fut bref puisque, le 9 février 1532, les gens des comptes l'autorisèrent à tenir son arrêt dans la maison de son beau-frère, Christophe Brécel (19), le sénéchal de Nantes. Il ne retourna pas en prison après cette date prenant, par la suite, prétexte d'une maladie pour demeurer chez lui où il fut placé sous la garde d'un huissier de la Chambre, Jean Aubin (ALA B 569 f° 173, mention du 11 mai 1532). La menace semble avoit été pourtant suffisamment forte pour l'amener à présenter et à conclure les différents comptes du trésorier, notamment le sixième compte (années 1518-1521) qui fut présenté en mars 1530 et conclu en mars 1533 et le septième compte (années 1522-1523), présenté le 24 janvier 1532 et conclu le 15 décembre 1534 (20) (ALA B 121 f° 49-53).

 

[Note 19 : Celui-ci était marié à Catherine du Chaffault, soeur de Jean du C., ALA B 31 f° 192.][NON: soeur de Marie du Chaffault]

[Note 20 : G. de Lespinay figure sur la liste remise à Julien Bertho, receveur des restes, parmi les officiers qui avaient rendu leurs comptes depuis le 21 mai 1533, ALA B 570 f°111.]

 

       A l'issue de ce dernier compte, la dette de J. de Lespinay fut estimée à 83 465 l. 8 d. ..., sans compter les sommes qui restaient encore à apurer. Malgré l'importance de ce montant, les poursuites contre lui se relâchèrent quelque peu après 1535. A cela, il est plusieurs explications possibles : la conclusion des comptes entraîna d'abord un processus de vérification des papiers fournis et de recherche des omissions faites, ce qui provoqua la convocation de receveurs ou de bénéficiaires de dons mentionnés dans les comptes. Ainsi le sr de Châteaubriant remit-il en cause les paiements qui lui avaient été faits par Lespinay sur une transaction de 70 000 l. passée entre lui et le roi. Ainsi Michel Menant demanda-t-il à ce que G. de Lespinay rende compte de 12 000 l. provenant de la saisie des bénéfices religieux. A ces difficultés s'ajouta celle constituée par les relations entre le général des finances, Philibert Tissart, et Lespinay lui-même, tous les paiements de ce dernier devant être justifiés par un acte du premier. Ce problème fut en partie résolu par l'obligation faite à Tissart puis à ses héritiers par la commission de la Tour Carrée de remettre à la famille de Lespinay des acquits pour un montant de 23 439 l. 1 s., ce qui semble avoir été fait - mais très lentement - puisque dans le jugement définitif rendu en faveur des Tissart, cette somme n'était plus demandée. Toutes ces procédures différèrent d'autant l'apurement définitif de Lespinay.

       Guillaume de Lespinay semble enfin avoir bénéficié de protections importantes : celle de Jean de Châteaubriant, gouverneur de Bretagne dont G. de Lespinay en tant que sr de Monceaux était le vassal, celle d'Anne de Rohan ensuite. Lors de l'une de ses comparutions à la Chambre, le 16 mai 1536, alors qu'on lui demandait de remettre des lettres de son grand-père, il parvint à obtenir un délai en arguant du fait qu'il était au service de la dame de Rohan et en présentant des lettres de cette dernière “par lesquelles elle prie les gens desdits comptes de expedier incontinant ledit de Lespinay et de le luy envoyer” (ALA B 571 f° 77).

       A la fin des années 1530, il était encore poursuivi à propos de litiges avec différents receveurs - Michel Menant, les héritiers de François Guillart notamment - mais les procédures ne retrouvèrent jamais l'intensité qu'elles avaient eues jusqu'en 1535. Après sa mort, survenue en 1545, son fils Pierre fut toutefois inquiété : le 22 juin 1562, il lui fut demandé de montrer les documents attestant qu'il avait bien payé les 83 465 l. 8 d. monnaie dûs (ALA B 582 f° 231). Le 27 avril 1566, il était déclaré par ailleurs redevable de 1383 l. 5 s. 8 d. dues par la conclusion du compte de Guillaume de Lespinay, pour la saisie de Retz de 1506 à 1508 (ALA B 121 f° 49-53). En 1571, les poursuites reprirent à l'instigation du procureur général de Bretagne et du procureur de la Chambre des comptes mais Pierre de Lespinay obtint, le 4 mars 1571, un mandement du roi ordonnant de cesser de l'inquiéter à propos de la somme “de 83 mille et tant de livres” s'il apparaissait bien qu'il n'était, ainsi qu'il le prétendait, aucunement héritier du trésorier général (Marquise de Lespinay, op. cit., p.238-239). L'absence de mention de ce dossier par la suite peut laisser penser que son traitement fut conclu par ce mandement royal.

       Jean de Lespinay avait eu cinq enfants (cf. J. Kerhervé, Cat., t.I, notice 55, p.53) dont deux fils : l'aîné, Jean, sr de Malarit, lui succéda en 1498 à la Chambre des comptes en tant que clerc et secrétaire puis devint maître des comptes en mai 1515 (cf. notice 427). Le deuxième fils se prénommait Guillaume ; il fit une carrière financière dans l'ombre de celle de son père, exerçant notamment la charge de receveur ordinaire de Nantes (cf. notice 186).

       Référence : Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, thrésorier de Bretagne, 1448-1524, Fontenay-le-Comte, 1937.”

p.493 : “ 185. Jean de Lespinay

       Deux hommes portaient ce nom : le trésorier général et son fils aîné, époux d'Hélène de Marbré puis d'Agnès du Chaffault [sic!]. En retenant l'hypothèse que ce dernier succéda à son père à la Chambre des comptes en 1498 ou en 1499, on peut conclure que le trésorier général tint à s'assurer le contrôle de l'une des recettes ordinaires les plus importantes de Bretagne en y commettant d'abord Pierrre Avignon, en la prenant lui-même en charge ensuite (mais il put conserver Pierre Avignon comme commis) et en la transmettant enfin à son deuxième fils Guillaume.

           Pour l'ensemble de la carrière de Jean de Lespinay, voir notice 9. ”

 

p.493 : “ 186. Guillaume de Lespinay

        Fils du précédent. Il resta probablement en charge jusqu'à sa mort survenue avant le 9 juin 1509 [NON, il meurt en 1518], date à laquelle son père obtint un exécutoire sur ceux qui lui étaient “demeurés debiteurs tant à cause de la recepte ordinaire de Nantes, Loyaulx et terre et seigneurie de Retz” (ALA B 18 f° 108).

        Il fut également responsable de la saisie de la seigneurie de Retz de 1506 (mais cette date marque le début d'un second compte) à 1508 (ALA B 121 f° 51).

        C'est son père qui conclut son compte de la saisie de Retz le 26 février 1520 (ALA B 121 f° 53), conclusion par laquelle le trésorier général resta redevable de 1152 l. 14 s. 8 d. et 1/3 de denier, somme que l'on exigeait encore de ses héritiers le 27 avril 1566 (ALA B 121 f° 53).

        Il avait épousé Guillemette Moulnier dont il eut au moins un fils prénommé Charles (il fut baptisé le 1er mai 1503) [en fait 1508]. ”

p.579 : “346. Thébaud Goures [receveur du fouage de l'évêché de St-Brieuc]

        Béchameil de Nointel signale en outre que “Pierre” de Lespinay (erreur sur le prénom ?), fils de Jean, fut également son commis pour l'année 1506 (ALA B 4296 f° 142).”

p.600 : “ 391. Jean de Lespinay

Il fut secrétaire des comptes entre 1498 et 1515.

Pour l'ensemble de sa carrière, cf. notice 427.”

p.604 : “ 405. Guillaume de Lespinay

        Son nom n'est pas mentionné dans la liste du personnel de la Chambre qui prête serment à François Ier après la mort de la reine Claude mais le 23 septembre 1524, il résigna son office de clerc, secrétaire et greffier au profit de Jean de La Rivière (ALA B 51 f° 269). Il avait succédé probablement à Jean de Lespinay le jeune, après sa mort intervenue en 1517 (cf. notice 436). Il convient donc de l'identifier avec le fils de ce dernier ; il était donc le petit-fils du trésorier général, qui était signalé comme son garde naturel en mai 1517 (B.N. CAR 382 f° 335).

       C'est lui qui dut faire face aux poursuites engagées après la mort de son grand-père Jean de Lespinay (cf. notice 9). Il décéda en 1545. Son fils, Pierre, réussit à reprendre le contrôle de tout le patrimoine familial grâce particulièrement à son mariage en 1563 avec Eléonore du Perreau, héritière de Louis - c'est-à-dire de celui-là même qui avait bénéficié du don des biens saisis par François Ier en 1529 -, un mariage qui lui permit de redevenir propriétaire de la terre de Lespinay, effaçant ainsi les effets des mesures répressives du règne de François Ier.

        Il était sr de Monceaux. Il avait épousé en 1514 Marie du Chaffault, fille aînée de Jean, sr du Chaffault, de Monceaux (paroisse de Saint-Philibert de Grandlieu) et de la Marzette / Marzille [Marzelle] en Poitou.”

p.613 : “ 427. Jean de Lespinay

         Son entrée à la Chambre des comptes en 1492 constitua pour lui un repli après son éviction de la trésorerie générale. Il y demeura jusqu'à sa restauration dans cette charge par Anne de Bretagne en 1498.

         Pour l'ensemble de sa carrière, cf. notice 9. ”

p.617 : “ 436. Jean de Lespinay le jeune

       Il fit probablement son entrée à la Chambre comme clerc et secrétaire en 1498 après le rétablissement de son père, Jean de Lespinay, à la trésorerie générale. Il devint auditeur des comptes le 13 mai 1515 après la résignation de Régnaud de Brignac (B.N. CAR 382). Il serait resté en charge jusqu'à sa mort survenue le 20 avril 1517.

       Pas d'autres activités financières connues.

       Il avait épousé en premières noces Hélène de Marbré, fille de Guillaume de Marbré, écuyer, et de Jeanne Lemaître, sr et dame de Malarit. Après la mort de sa première épouse, il épousa, en 1514, Agnès de Saint-Marsault, veuve de Jean du Chaffault, alors que, dans le même temps, son fils Guillaume épousait Marie du Chaffault, fille d'Agnès de Saint-Marsault et de Jean du Chaffault (160).

       Son cœur fut inhumé devant le maître autel de l'église saint-Yves à Paris.

       Cf. Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, thrésorier de Bretagne, 1448-1524, Fontenay-Le-Comte, 1937.”

 [Note 160 : Jean de Laval, sr de Châteaubriant, s'opposa dans un premier temps à ce mariage qui avait été conclu sans son consentement alors que la seigneurie de Monceaux - dont Jean du Chaffault était propriétaire - dépendait de lui ; il donna son approbation après que le trésorier Jean de Lespinay lui eut payé 10 300 l. à titre d'amende féodale, somme remise à Guillaume Loysel, sr de la Touraudaie.][Non vérifié]

p.647 : Greffiers de la Chambre des comptes

Guillaume de Lespinay, vers 1517 - 23 septembre 1524 (ALA B 51 f° 269).

 

487. Guillaume de Lespinay

       Les incertitudes sont les mêmes que pour le précédent [Jean Parajau] quant au début de son entrée en charge et comme Parajau, il résigna son office en faveur de l'un de ses proches, Jean de La Rivière, en 1524.”

       Cf. notice 405.


 

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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 23:26

(précédent : travaux de D. Le Page)


A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (5)

trésorier général de Bretagne 1489-1524


4) Jean Kerhervé, Les gens de finances des ducs de Bretagne (1365-1491). Catalogue prosopographique. Annexe de thèse d'Etat de Lettres, Univ. Paris IV, 1986, 3 vol., XII + 857 f. Listes et informations biographiques systématiques sur les gens de finances.

p. 52 : “ (55) Jean de LESPINAY :

- Trésorier et receveur général du 14 avril 1489 jusqu'en décembre 1491.

- Il commença son apprentissage d'officier de finances à la recette ordinaire du Gâvre qu'il géra de 1475 à 1485, avant de la prendre à ferme le 1er décembre 1485. Il ne la quitta que le 14 avril 1489, le jour même où il accéda à la trésorerie générale (ALA B 4295 f° 36). Sa fortune ne lui vint pas de ces modestes fonctions, mais plutôt des spéculations que ses parents et lui-même firent sur les fermes des revenus publics : traite des bêtes vives de l'évêché de Nantes de 1485 à 1488 (ALA B 10 f° 70 v°), recette ordinaire d'Ingrandes et Champtocé au cours de la même période (ibid., f° 75), ports et havres d'entre le Couesnon et l'Arguenon en 1487 (ibid., f° 163). Il perçut également les deniers du fouage de 1487 en l'évêché de Nantes (ALA B 4296 f° 7 v°), avant que sa promotion à la trésorerie ne lui permit d'en faire la recette générale dans toute la Bretagne, en 1489, 1490 et 1491 (ibid., f° 204 ; ALA B 12 f° 61 et 106 ; B 13 f° 132).

       Sa carrière peut paraître moins riche, ou plus mal connue que celle de ses prédécesseurs, mais il faut dire qu'en 1489 il était relativement jeune et qu'il avait encore son avenir devant lui. Ses espoirs [?] furent brisés par le mariage de la duchesse, et, dès le 27 octobre 1491, il connaissait le nom de son successeur, Thomas BOHIER, que le roi avait pourvu de la trésorerie générale de Bretagne avant même d'être véritablement maître du duché (D.M. Pr. III 705). Jean de Lespinay dut se satisfaire, dès 1494, d'un fauteuil d'auditeur à la Chambre des Comptes (ALA BB 156) où il rongea son frein jusqu'en 1498 (ALA B 116 f° 46 v°). Le retour de la duchesse en Bretagne ranima ses espérances ; il avait des arguments à faire valoir, on lui devait plus de 68000 L. (ALA E 209/24 f° 5 v°). Il retrouva alors la trésorerie générale (D.M. Pr. III 793) qu'il conserva jusqu'à sa mort le 29 janvier 1524 (ALA B 12838 f° 37 ; cf. D.M. III 847 et 888). Sa succession fut particulièrement difficile : ses biens furent confisqués et donnés à Henri Du Perreau [NON, Louis du Perreau], réformateur des Eaux et Forêts de Bretagne. Son petit-fils Guillaume, sr du Chaffault, à qui incomba la charge de rassembler les garants de son aïeul qui devait 83465 L. à l'Etat, fut arrêté en 1528 et élargi cinq ans plus tard seulement (ALA B 568 f° 11, 71 v° ; B 569 f° 146 v° - 148).

  - Il était fils de Jean de L. et de Brience Pinart (cf. receveurs ordinaires du Gâvre) et avait épousé Bertranne Robellot, dont le frère Guillaume était marié à Françoise Becdelièvre, une alliance qui avait pu favoriser l'accès de Jean de L. à la trésorerie générale. Il eut cinq enfants : Jean, époux d'Hélène de Marbré puis d'Agnès Du Chaffault [NON], mort en 1517, Guillaume, marié à Guillemette Moulnier, qui lui procura la recette de Nantes et lui ouvrit les portes de la Chambre des Comptes, Marie, épouse d'Abel Renaud [Rouaud], Bertranne, épouse de Jean Guihennec [Guéhenneuc], Marie, épouse de Jean de La Bourdonnaye puis de Robert de Gaincru. Sa fortune immobilière, concentrée dans la région du Gâvre, s'accrut considérablement au tournant des XVe et XVIe siècles : il était vassal de la seigneurie du Fresnay en Plessé et arrière-vassal de la seigneurie de Blain (aux Rohan, ce qui explique que, au cours de la guerre de Bretagne, il ait pendant un certain temps du moins, tenu le parti du roi [d'après d'Hozier, sans preuves]) ; de ses parents il avait hérité la seigneurie du Rozet et les manoirs de Bodouan et de Lespinay [NON] en Plessé. Il y acquit la belle seigneurie de Trémar (200 L. de rente, achetée aux Tournemine en 1495), le haut-Epinay, terre roturière où il transporta son manoir seigneurial (1499), le domaine du Chesnevert (1510, acheté aux Rohan), les domaines de Buhel et de Malarit [NON, bien de sa bru de Marbré]. En 1516, il possédait aussi les terres de Lanvaux et d'Auvers en Fougeray [NON, biens de sa petite-bru Du Chaffault]. Comme d'autres, il bénéficia de la bienveillance des souverains, et en 1413 la reine Anne affranchit sa terre des Rotiz en Plessé où il rebâtit sa métairie de Lespinay; trop proche de sa demeure à son gré ; elle y ajouta des franchises pour deux autres métairies récemment achetées (Carguemer et La Haute-Ville) et deux autres encore qu'il avait établies sur ses terres (Bodouan et Couedan), cf. ALA B 126/69.

- Sur Jean de L., cf. Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, thrésorier de Bretagne, 1448-1524, Fontenay-le-Comte, 1937.”

 

p. 372 : “ Receveurs ordinaires d'Ingrandes et de Champtocé :

(18) Jean PARAGEAU l'aîné et (19) Jean de LESPINAY (01.12.1485-23.11.1487), ALA B 10 f° 75. ”

 

p. 383 : Receveurs ordinaires du Gâvre.

Dont : Macé de LA RIVIERE (22.04.1407-Saint-André 1408)

Guillaume PARAGEAU (8.01.1454-31.12.1458), ALA B 4295 f° 34 v°

Jean de LESPINAY (01.01.1463-12.06.1465), ALA B 4295 f° 35

Guillaume de LESPINAY (12.06.1465-31.03.1466), ALA B 4295 f° 35

divers (François de Lonneday, Tristan Le Bascle, Pierre Simon)

Jean de LESPINAY le jeune (10.01.1475-30.11.1485) ALA B 4295 f° 36

Jean PARAGEAU l'aîné et Jean de LESPINAY le jeune (01.12.1485-14.04.1489), ALA id.

Jean PARAGEAU l'aîné (14.04.1489-31.10.1489), ALA B 4295 f° 36

p. 385 : “ Guillaume PARAGEAU / PARAJEAU / PARAJAU :

- Attesté à partir de 1454, il tenait encore la recette sous le duc Arthur III (ALA E 182/44) et fut très vraisemblablement révoqué le 31 décembre 1458, puisque François II changea les officiers du Gâvre à son avènement comme il le fit dans un bon nombre de services. On lui devait 246 L. de reliquat (ALA 131 f° 79 v°).

- Originaire de Plessé (ALA E 182/44), il consentit au duc en 1465 un prêt de 220 écus d'or gagé sur les bijoux de l'Epargne (ALA E 205/1, il s'associa à J. Parageau et à trois autres financiers dans cette opération).

- Sur son fils Jean, cf. infra, note 16. ”

p. 386 : “ (11) Jean de LESPINAY :

- En 1460 il était fermier de la traite des bêtes vives avec Jean Parageau (ALA E 131 f° 79 v°). En 1465 son fils Guillaume et lui prêtèrent 120 écus d'or au duc sur gage d'une coupe d'or (ALA E 205/1 f° 119).

- Il appartenait à une famille de petite noblesse, originaire de Plessé, où elle tenait le fief de Rozet, gage féodé d'une sergentise de la recette du Gâvre. Fils de Jean, notaire de la juridiction [NON, aucune preuve], et de Guillemette de Guiniou, il avait épousé Brience Pinart, d'une maison bien introduite dans le monde des finances (cf. receveurs de Guingamp ; Françoise d'Amboise avait été dame de Guingamp, qu'elle tenait en douaire comme Le Gâvre). Le mariage de sa soeur avec un représentant de la famille de La Rivière n'avait pu que faciliter sa carrière (supra, note 2). L'aisance matérielle du receveur se mesure à la cadence de ses acquisitions foncières à Plessé où il acheta le manoir du Rozet et s'efforça de reprendre possession pièce par pièce du domaine du Guiniou, propriété de sa mère [affirmation, peu d'achats prouvés].

- Il fut père de Jean de L. (infra, note 15) et de Guillaume, qui lui succéda au Gâvre. De ses trois filles, Renée, Marie et Henriette, les deux premières firent de beaux mariages dans les milieux d'affaires étrangers [NON, aucune preuve de l'origine étrangère récente, supposée italienne, des Spadine et Guiolle] à Nantes : Renée épousa Jean Spadine sr du Housseau, et Marie Pierre Guiole, sr de Lagné (D'après Marquise de Lespinay, Jehan de Lespinay, thrésorier général de Bretagne, passim).”

p. 387 : “ (12) Guillaume de LESPINAY :

- Fils cadet de Jean de L. ; on connait mal son itinéraire. Il est possible que ce soit lui qui ait levé le fouage de 1486 en l'évêché de Vannes pour le maréchal de Rieux (ADM fonds de Truscat). ”

p. 387 : “ (15) Jean de LESPINAY le jeune :

- Fils aîné de Jean (supra, note 11), il inaugurait au Gâvre une prestigieuse carrière qui devait le conduire à la trésorerie et recette générale. ”

p. 387 : “ Jean PARAGEAU l'aîné / PARAJAU :

- Le 1er décembre 1485 on décida d'affermer les recettes ordinaires de Bretagne (ALA B 12838 f° 211). Or Jean de Lespinay resta en fonction jusqu'en avril 1489, date de sa nomination à la trésorerie, et Jean Parageau était dit receveur du Gâvre à la mort de François II en septembre 1488 (ALA E 182/44). Tout laisse donc à penser que les deux hommes prirent la ferme de la recette du Gâvre pour trois ans le 1er décembre 1485, et qu'ils firent renouveler leur contrat à l'issue de ce premier bail en décembre 1488. Cette interprétation est d'ailleurs confirmée par le fait que l'on rencontre fréquemment l'association Parageau-Lespinay dans les fermes des revenus ducaux depuis 1460 :

- 1460 : Jean Parageau l'aîné et Jean de Lespinay l'aîné furent fermiers de la traite des bêtes vives (ALA E 131 f° 79 v°)

- 1485 : Jean Parageau l'aîné et Jean de Lespinay le jeune prirent la même ferme (ALA B 10 f° 70 v°)

- 1485-1488 : Jean Parageau l'aîné, Jean de Lespinay le jeune et leurs consorts (dont J. Parageau le jeune) tenaient la ferme des ports et havres d'entre le Couesnon et l'Arguenon (ALA B 10 f° 163).

Jean P. perdit la recette du Gâvre le 31 octobre 1489, lorsqu'elle fut baillie par la duchesse à Loys de Lornay (ALA B 12 f° 27). En dehors de ses associations avec les Lespinay, il afferma encore la traite des bêtes vives avec J. Capeau en 1480 (ALA B 9 f° 168 v°) ; en 1486 il était châtelain de Fégréac pour le sr de Rieux (ADM E 55) ; enfin il leva le fouage à plusieurs reprises dans le diocèse de Nantes pendant la guerre franco-bretonne ce qui l'obligea à consentir de lourdes avances et lui valut même de connaître la prison (ALA B 13 f° 88, B 4296 f° 7 v°, 8, 173 v° ; Arch. dép. Doubs E 1212). En 1500 il réclamait encore 7112 L. en remboursement de ses avances et 1200 L. pour les pertes subies pendant sa captivité (ALA E 209/23).

- Il était fils de Guillaume P. (supra, note 8). En 1498 un Jean P. était clerc et greffier de la Chambre des Comptes de Bretagne, un autre (?) premier président en 1528-1537 (FOURMONT, Histoire de la Chambre des Comptes, p. 296-297 ; ALA B 151 et 1583). Nous ignorons ses liens de parenté avec le receveur du Gâvre. ”

p. 453 : “Receveurs ordinaires de Ploermel

(12) Jean PILLET :

- Il doit s'agir du fils de Jean Pillet sr. de La Hataie mort en 1444 (supra, note 9). Il fut receveur du fouage dans l'évêché de Saint-Malo entre 1446 et 1450 (...) ; il leva aussi dans le diocèse de Vannes en 1446 (...), et comme lieutenant de Jean de Lespinay dans l'évêché de Léon la même année (ALA B 4296 f° 227). ”

p. 591 : “Receveurs du fouage de l'évêché de Léon

(23) Jean PILLET :

- Il n'était en fait que le commis de Jean de Lespinay, receveur titulaire, mais c'est lui qui rendit le compte du fouage à la Chambre. Cf. receveurs ordinaires de Dinan. ”

p. 601 : “Receveurs du fouage de l'évêché de Nantes :

1487 - 63 s. de fouage - J. de LESPINAY (45) - ALA B 4296 f° 7.

1488 - 8 L. 8 s. - Jean PARAGEAU avec P. Avignon et T. Erault

1489 - 60 s. - Jean PARAGEAU (ALA B 4296 f° 7 v°)

1490 - 4 L. 10 s. - Jean PARAGEAU

1490 - 8 L. 10 s. - id. avec P. Avignon et T. Erault. ”

p. 673 : “Receveurs du fouage de l'évêché de Vannes

1490 - 4 L. 10 s. - Jean PARAGEAU (ALA B 4296 f° 173 v°). ”

p. 680 : “Receveurs dans une partie de l'évêché de Vannes”

Guillaume Moulnier (auditeur des comptes)

1467, 1468, 1469, 1470, 1473, 1474, 1476, 1477, 1478, 1481, 1484, 1485.

p. 681 : “ Receveurs du fouage de l'évêché de Vannes

(42) Pierre FRANCHEVILLE :

- Institué par le trésorier Juzel pour lever le second terme du fouage en remplacement d'Alain Martin, il dut affronter la concurrence de Jean de Gravot, ... On trouve encore pour l'année 1486 Pierre de La Couldre, Yvonnet Le Cernan et Guillaume de Lespinay qui agirent aussi pour le sr de Rieux (ALA B 4296 f° 172 v°). ”

p. 718 : “Auditeurs de la Chambre des Comptes de Bretagne au XVe siècle”

(124) Guillaume MOULNIER, p. 756. Auditeur le 17 juillet 1488.

Paroissien de St Nicolas de Nantes, époux d'Olive Bourgneuf (SAN et LI, 1922, p. 137). Il se disait sr de la Mesleraye en Trans (ALA B 1875) et sr de La Raudière en St Donatien de Nantes (ALA E 1270).

Fit carrière à l'ombre de Pierre Landais. Probable receveur ordinaire de Hennebont en 1466 et 1467. Dès 1465, il était au service d'Olivier Baud, trésorier des guerres (AIV 1 F 1117), et c'est à ce titre qu'il leva le fouage de l'évêché de Dol en 1466 (ALA B 4296 f° 114), puis celui de l'évêché de Vannes en 1467, 1468, 1469, 1470 (ibid., f° 170) ainsi que l'aide des villes exemptes (1466-1468...). En 1474 au plus tard, il passa sous les ordres de Pierre Landais qui lui confia également la recette des fouages de l'évêché de Vannes en 1474, 1476, 1477, 1481, 1484, 1485 (ALA B 4296 f° 172 et ALA B 8 f° 40 v°). Vers 1479, commis au paiement des gages des gentilhommes et officiers de la maison du duc (ALA B 9 f° 1 v°) jusqu'en 1481 sans doute.

Le 30 septembre 1486, malgré la chute de Landais, il obtient l'office d'argentier de la duchesse et des princesses Anne et Ysabeau, filles de François II (ALA B 10 f° 84 v°).

p. 785 : Jean de la RIVIERE / RIPVIERE

Ecuyer du duc en 1432.

2d président des Comptes dès 1442-1444 et au moins jusqu'en 1448.

Chancelier en 1450 et capitaine de St Aubin du Cormier, jusqu'en 1457.

Puis de nouveau président dès avant le 13 mars 1460. Meurt en 1462 [28 février 1461].

Sgr. du Haultboais (St-Julien de Vouvantes), d'Eancé (id.) et de la Chauvelière en Joué...

Epousa dame Jamette Brillet (morte le 28 avril 1459), soeur de Guillaume Brillet évêque de Rennes (1427-1447). Eut un fils, Robert, évêque de Rennes, mort le 18 mars 1450.

Se remaria à Marguerite de Québriac, fille de Thomas de Québriac.


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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 22:13

La succession de Jean IV de Lespinay, trésorier de Bretagne
Informations complémentaires

Informations concernant les fonctions des personnes mêlées à la procédure contre Jean de Lespinay et les réseaux de relations qu’elles formaient.

I - Source : D. Le Page, 1997 - Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547.

1. Les Tissart

Philibert Tissart (p.395-396)

Général des finances de Bretagne sur résignation de son beau-père de Cardonne vers 1515 et jusqu’en février 1528 où il fut destitué.
Commis au paiement des gens des comptes de janvier 1512 à janvier 1519 avec Guillaume Loysel (ALA B 576 f° 65). Anobli en 1516, il reçoit en don la seigneurie de Touffou (400 ou 500 lt de rente) en 1523.
Incarcéré à la Bastille fin 1527. Destitué en février 1528, ses biens étant saisis. Maintenu en prison jusqu’au paiement de 13 594 lt.
Il devait, dans un délai de 6 mois, fournir des acquits aux héritiers de J. de Lespinay d’un montant de 23439 lt 1 s. (note 6 : Il est fait mention également d’une autre somme de 20 000 l. en litige entre Tissart et Lespinay). Le règlement de ces différends fut conduit en partie par la Chambre des comptes de Bretagne contre lui puis, à sa mort en 1535, contre Léon Tissart curateur de son fils de 1535 à 1541, puis contre son fils Joachim Tissart à partir de 1545.
Joachim Tissart fut condamné le 13 novembre 1545 à fournir des acquits pour un montant de 2 075 l. 13 s. 1 d. ou à payer comptant cette somme. Ne pouvant le faire, le lieu de Lizart fut vendu après décision du 5 juillet 1547.
Finalement, le 30 décembre 1560, la Chambre des comptes rendit une sentence relativement clémente, tenant compte des efforts effectués pour rendre les comptes et des services rendus par la famille à la France, celle-ci ayant présenté 23 439 l. d’acquits aux héritiers Lespinay (entre 1550 et 1560). ALA B 582 f° 55-58.

p.372 : 13 594 l. ont été payées sur une dette estimée à plus de 59 000 l., ALA B 582 f° 55-58.

François Tissart (p.494)

Frère du précédent. Anobli de même en 1516.
Peut-être le même que François Tissart, secrétaire de la reine Anne en 1513. Secrétaire de la reine en 1521. Receveur ordinaire de Nantes en 1510 (ALA B 19 f° 182). Receveur des seigneuries de Retz et de Machecoul pendant la saisie du 4 janvier 1509 au 20 juillet 1511, charge dans laquelle il paraît avoir également succédé à Guillaume de Lespinay (ALA B 4295 f° 395). Trésorier général de l’artillerie du duché en 1513; contrôleur général de l’artillerie en 1518. Puis maître à la Chambre des comptes de 1515 à 1524.

Etienne Tissart (p.653-654)

Receveur et payeur des gages des gens des comptes en 1520 (et peut-être avant). Résigne cet office en 1537.
Eut du mal à régulariser sa comptabilité dans les années 1525-1530. Fut maintenu contre son gré en place, n’ayant pas de répondant, jusqu’en 1537.
Très probablement de la famille des précédents.

Gilles Lesné (p.552-553)

Receveur des fouages de Cornouailles en 1518. Fermier des impôts et billots de Cornouaille avec Alain Avril en 1525.
Marié à Anne Tissart, parente de l’abbé Léon Tissart (et donc de Philibert Tissart). Mort en 1525. En 1529, sa veuve devait compter et apurer une somme de 100 000 lt (ALA B 569 f° 8). En 1550, les biens de Lesné furent vendus (ALA B 577 f° 49).

2. Les alliés et relations des Lespinay

Jean Parajau, l’aîné

Néant (cf. Kerhervé).

Jean Parajau, le jeune (p.406-410)

Dit “ l’aîné ” par l’auteur. Il fut institué trésorier et receveur général le 9 août 1524 (ALA B 51 f° 269) et resta en charge jusqu’à sa suspension par le roi le 26 décembre 1527 (ALA B 568 f° 66).
“ Sa carrière avait commencé avant 1491 en association avec son père, nommé lui-aussi Jean Parajau, et avec Jean de Lespinay, les trois hommes ayant pris la ferme des ports et havres d’entre le Couesnon et l’Arguenon en 1487. ” Il continua son activité avec son père sous le règne de Charles VIII. puis seul ensuite. Il fut secrétaire greffier à la Chambre des comptes, office qu’il résigna le 9 août 1524 en faveur de Jacques Hubert (ALA B 51 f° 269), le jour même où il fut institué trésorier général.

p.409 : “ Jean Parajau était le fils de Jean Parajau l’ainé et de Jeanne Guyolle, elle-même fille de Pierre Guyolle (35) et de Robine Delestre. ” Note 35: “ En second mariage, ce dernier avait épousé Marie de Lespinay, fille de Jean, le trésorier général. ” [non : soeur du trésorier]

Jean Parajau était, comme son père, sr du Guymo [Guynio] en Plessé.

Famille Spadine : cf. dossier Jean III

cf. Kerhervé.

Alain de La Bouexière (p.645), époux de Françoise Spadine, procureur de la Chambre des comptes le 19 avril 1522 jusqu’à sa mort en 1553.
Gilles Spadine (p.625), sr de La Nicollière, époux de Yvonne Percherel, était le 15 octobre 1546 parmi les héritiers de Jean Hux, maître des comptes, époux de Françoise Percherel.

Famille Pinart

Néant.

Guillaume Loysel, l’aîné (p.317)

Accusé en 1532 de forfaiture et remplacé par Pierre Cosnoal son accusateur.
“ Loysel figurait parmi les officiers mentionnés dans le rapport Cosnoal, ce dernier l’ayant clairement mis en cause pour avoir été à Tours lors de l’examen des comptes de Lespinay et avoir participé, de concert avec le général des finances [Philibert Tissart], à la dissimulation des fraudes du trésorier général. Loysel a bien nié ces accusations (note 113 : Il a soutenu “ qu’il n’y avoit esté ne veu lesditz estatz et qu’il voudroit bien y avoir esté pour avoir eu cognoissance des bons et notables personnages qui y estoint et que feu Me Olivier de Lanvaux et Michel Le Bigot, auditeurs et gens des comptes, y avoint esté et assisté ”, ALA B 568 f° 45-46, sans dissiper tous les doutes d’autant que ses relations avec le général Tissart étaient étroites (...). ”
En 1548, sa comptabilité n’étant pas apurée, ses héritiers et ceux de Tissart devaient encore apurer la somme de 3 982 lt 6 s.

Jean de Carheil (p.610)

Clerc secrétaire à la Chambre des comptes sur résignation de Julien Dortel le 1er janvier 1546 (ALA B 52 f° 291). Décédé en 1554.
Fils de Guillaume de Carheil et de Jeanne Spadine, il épousa Jeanne Coupegorge.

Jean Coué (p. 603)

Clerc secrétaire de comptes vers 1517 jusqu’en 1529 où son fils Julien prend sa suite. Il meurt vers 1531. Il était sr du Brossay, paroisse de Rénac, où sa famille (noble) était implantée dès 1427.
Avant d’accéder à la Chambre, il avait été fermier du billot dans l’évêché de Rennes avant 1506 (ALA B 16 f° 45), dans l’évêché de Nantes en 1510 (ALA B 18 f° 32) et 1511 (ALA B 19 f° 35), dans l’évêché de St-Malo en 1513 (ALA B 21 f° 16).
“ Plusieurs éléments permettent de penser qu’il était proche du clan Lespnay-Parajau : son mariage — il avait épousé Jeanne Robelot, soeur de Bertranne Robelot, femme du trésorier Lespinay
154 ; son association à plusieurs reprises dans son activité de fermier avec Thomas Costard (notamment en 1511 et en 1513) : celui-ci avait épousé Guyonne Parajau, apparentée à la famille de Jean Parajau, trésorier général. ” Il fut aussi caution pour Parajau en 1528. (Note 154 : Le 25 août 1514, ce dernier signait d’ailleurs un acte, par lequel Jamet Capeau lui constituait 50 s. de rente, en présence et dans la maison de Jean Coué à Nantes - B.N. CAR 382.)

Julien Coué (p. 607)

Clerc secrétaire de comptes sur résignation de son père Jean le 11 décembre 1529 (ALA B 568 f° 114). Toujours membre de la Chambre en 1557.
Il épousa Marie Complude, d’une famille nantaise d’origine espagnole.

Pierre de La Rivière (p. 506)

Commis par Jean de Lespinay receveur ordinaire du Gâvre sur mandement du conseil de Bretagne du 21 juillet 1503 “ de commettre et instituer personne feable qui des deniers de la recette du Gâvre puisse répondre et en rendre compte à la Chambre ” (ALA B 14 f° 86). Père de Jean, qui suit.

Jean de La Rivière (p.605)

Clerc, secrétaire greffier des comptes sur résignation de Guillaume de Lespinay le 23 septembre 1524 (ALA B 51 f° 269), jusqu’à fin 1552 époque de son décès.
“ Il appartenait à la famille La Rivière qui contrôla la recette ordinaire du Gâvre pendant une grande partie de la première moitié du XVI
è siècle. Il fut, pour sa part, receveur ordinaire de ce domaine de 1511 à 1524, succédant à son père Pierre de La Rivière. Il résigna son office de châtelain à son fils René en 1525 (cf. notice 212).
C’était également un proche du trésorier Parajau pour lequel il se portait caution le 27 mars 1528 (ALA B 568 f° 216).
Il avait épousé Françoise de La Chasse. ”
La Chambre en 1558 demanda aux héritiers de Jean de La Rivière, Tristan de Saint-Martin second époux de sa femme et François de La Rivière son frère, d’apurer ses comptes pour la recette du Gâvre (il était resté redevable de 1 445 l. 1 d.) ainsi que ceux de son père [fils ?] René.

Jacques Hubert (p.604)

Clerc secrétaire et greffier de la Chambre des comptes sur résignation de Jean Parajau le 9 août 1524 (ALA B 51 f° 269), jusqu’à son décès vers 1545.
“ On peut supposer qu’il était proche du clan Lespinay-Parajau puisqu’il bénéficia de la résignation de Jean Parajau et qu’il avait été commis à la ferme des ports et havres, le 11 février 1523 (ALA B 28 f° 19), par Jean de Lespinay à la place de Pierre Cosnoal. ”
Se voit accorder une sauvegarde perpétuelle le 12 mars 1533.

Christophe Brécel

p. 135 : Lors de la réformation des rentiers de France par l’édit de Moulins de février 1538, son application en Bretagne fut confiée à Hervé du Quelenec, président à la Chambre des comptes, François de Kermenguy, alloué de Nantes, Olivier de Lescoët, prévôt, Christophe Brécel, sénéchal et au lieutenant, François Ernaud.

p. 356 : Guillaume de Lespinay est transféré de la prison du château de Nantes en la maison de Me Christophe Brécel, sénéchal de Nantes, son beau-frère, qui s’engage à en répondre comme le capitaine du château de Nantes.

p. 505, note 89 : Le 25 juin 1540, Me Christophe Brecel fut nommé séquestrateur du Gâvre et de Lesneven, ALA B 574 f° 16.

Pierre Avignon (p. 492-493)

Il assuma la recette de Nantes en 1491-1492, du 1er octobre 1499 au 31 décembre 1501 (il est mentionné comme commis de Jean de Lespinay) et du 1er janvier 1514 au 31 décembre 1515. En 1509 il était commis à la recette de Nantes et de Loyaux pour Jean de Lespinay (ALA B 18 f° 61). Il fut aussi percepteur du fouage de l’évêché de Nantes en 1490.
En 1536, le procureur de la Chambre des comptes demanda à ses deux fils, Arthur et Guillaume, de conclure l’apurement du compte de leur père (ALA B 570 f° 183). Le dossier fut clos le 28 décembre 1544 par la présentation de l’apurement demandé (ALA B 4295 f° 10).
Son fils Arthur Avignon fut fermier du devoir d’impôt et billot en 1522 dans l’évêché de Vannes (ALA B 26 f° 188)., en 1523 en association avec Alain Avril, en 1524 “et pour les années prochaines”. Puis il continue sa carrière dans l’évêché de Nantes en 1530.

François Bonnet (p.557-558)

Fermier des impôts et billots de l’évêché de Saint-Malo en 1518 avec Jacques de Saint-Cire, Jean Parajau l’Aîné et Jean Parajau le Jeune (ALA B 24 f° 176), fermier des impôts de l’évêché de Nantes en 1519 avec Jean Parajau le Jeune, Jean et Hamon Goulart (ALA B 28 f° 190). “ Divers éléments suggèrent par ailleurs qu’il était un proche collaborateur de Lespinay : en 1511, il était procureur de Jean de Lespinay le jeune dans une affaire de paiement d’arriérage de rente (CAR d’Hozier 382) ; c’est en tant que commis de Lespinay qu’il exerça la recette de Dol, les deux hommes bénéficiant le 19 juin 1518 d’un mandement commun contre Jacques de Saint-Cire, fermier de l’impôt de ce même évêché en 1517 pour non paiement de 400 l. (ALA B 24 f° 146). ”
Il décéda sans avoir régularisé sa situation à la Chambre. Son père Jean Bonnet conclut ses premiers comptes sans pouvoir payer les restes. Le 16 mars 1534, ordre fut donné de saisir ses biens (La Guillebaudière et La Sauzaie), ordre réitéré en 1538. Après le décès de Jean Bonnet vers 1536, les héritiers furent Anne Blanchet, veuve de François Bonnet (remariée avec Alexandre Tempéran), son fils Jean et sa fille Jeanne (épouse de René de La Bourdonnaie). “ Les arguments dont ils usèrent face à la Chambre offrent un panorama complet des techniques habituellement mises en oeuvre par les héritiers des officiers pour se soustraire aux poursuites. Ainsi, Jeanne Bonnet ne se présenta que comme héritière sous bénéfice d’inventaire et son mari, René de La Bourdonnaie, usa même de violence contre l’huissier, Jean Aubin, venu lui transmettre une assignation à comparaître (ALA B 571 f° 71). ” Jean Bonnet soutint que les lieux de la Roche et de La Bardoulaie qu’il possédait ne provenaient pas de son père bien que celui-ci en ait été autrefois propriétaire. “ Anne Blanchet, enfin, fit apparaître un acte de renonciation à ses biens le 10 mai 1536 (ALA B 571 f° 72) ”...
René de La Bourdonnaie fut incarcéré plus de quatre mois au Bouffay, de novembre 1536 au 23 février 1537, et fut libéré sous condition de rendre les comptes de son beau-père. La dette de François Bonnet étant de 4 210 l. 6 s. 6 d., les lieux de La Roche, de La Bardoulaie et de La Prévotaie situés dans la juridiction de Ploërmel furent mis en vente [Cela ne signifie pas que Jean Bonnet n’en était pas le légitime propriétaire !]. Cette vente n’était pas encore effectuée en 1544 du fait de l’opposition de Jean et Jeanne Bonnet (ALA B 575 f° 33). Les poursuites semblent n’avoir eu aucune efficacité [Jean Bonnet avait-il réussi à prouver qu’il n’était pas l’héritier de son père ?].

Jean Paubert (p.557)

Il était commis de Jean de Lespinay à la recette du fouage de l’évêché de Dol (ALA B 4295 f° 117).
Son compte fut conclu par sa soeur, Julienne, le 13 juillet 1525.

Gilles du Cobast (p.556)

Il fut commis par Jean de Lespinay à la recette du fouage de l’évêché de Dol.

3. Les autres

Olivier Barrault (p. 400-401)

Trésorier général de Bretagne de 1494 à 1498. Maire d’Angers en 1497, réélu en 1504 et 1505. Il avait épousé Perronnelle Briçonnet, fille de Guillaume Briçonnet sr de la Kaerie et du Portau, auditeur des comptes et conseiller au parlement de Paris, et de Jeanne Brinon.
Il tarda à rendre ses comptes. Celui pour les années 1495 et 1496 ne fut conclu que le 10 mars 1520 (B.N. fr. 8310). Le troisième et dernier compte, présenté en juillet 1502, ne fut conclu que le 28 mai 1530. En 1529 la Chambre demandait à son fils aîné d’apurer une somme estimée à 100 000 l. (ALA B 569 f° 7). Lors de la conclusion en 1530, les déports étaient ramenés à 22 600 l. En 1535, la dette était estimée à 15065 l. 3 s. 8 d. et les biens de Barrault furent saisis (ALA B 52 f° 212). Cette somme était toujours due en 1540, époque à laquelle le roi accepta, avec l’accord de la Chambre des comptes, de composer avec les héritiers en raison des services rendus par Jean d’Ogier, époux d’Antoinette Barraud.

Charles Luillier (p.655-656)

Commis à recevoir les restes. Associé à la commission instituée le 17 août 1524 pour faire rendre les comptes du trésorier Lespinay (ALA B 12 838 f° 33, notice 221). Membre de la commission suivante créée le 11 novembre 1524 pour obliger Guillaume de Lespinay à rendre compte. Ses pouvoirs ont été précisés par un mandement de Louise de Savoie du 13 avril 1525 (ALA B 116 f° 52) : recevoir les restes dûs par les comptables et gérer les biens du trésorier Lespinay puisque, par lettres patentes datées du 18 février 1525, le roi ordonna de mettre entre ses mains les possessions du trésorier sans qu’il lui fut nécessaire de fournir une caution (ALA B 568).
Requis de présenter ses comptes en 1526 par la Chambre, il ne les avait toujours pas conclus “ le 5 novembre 1529, date à laquelle il fut déclaré défaillant. Les sommes dont il devait justifier l’utilisation étaient estimées à 100 000 lt (ALA B 569 f° 8). On lui demandait en outre de rendre compte de la gestion des biens de Lespinay dont il avait eu la charge ”. Il mourut vers 1534 sans avoir rendu ses comptes.
Ses biens furent saisis le 28 juin 1537. Sa veuve, Jeanne Doucet, remariée ensuite à Etienne/Jean Clavier, conclut son compte en 1539, n’ayant plus qu’à apurer les déports. “ La clôture définitive du dossier n’intervint cependant que sept années plus tard, le 8 décembre 1546, et fut marquée par la levée de la saisie mise sur ses biens suite au paiement, par ses héritiers, de la somme de 1 077 l. 12 s. 4 d. dont il était resté redevable (ALA B 575 f° 226).

p. 364 : En novembre 1529, la somme de 100 000 lt dont devait compter Charles Luillier ne correspondait qu’à une année d’activité ! [1525]. On ne sait comment elle a été calculée (peut-être en tenant compte des biens du trésorier Lespinay).

Pierre Cosnoal (p.622-624)

Fermier du billot des évêchés de Vannes et de Cornouaille en 1511, etc. Fermier de la prévôté de Nantes de 1513 à 1516 (ALA B 22 f° 25). Poursuivi par le procureur général de Bretagne qui obtint un relèvement d’appel contre lui le 14 mars 1517 en parlement de Bretagne.
Fermier en 1521 des ports et havres de Vannes, Cornouaille, Léon et Tréguier avec quatre autres de son entourage (ALA B 29 f° 204). Ayant refusé de fournir caution, le 22 janvier 1523, Jean de Lespinay fut autorisé “ à commettre un homme responsable pour faire la recette des deniers de cette ferme ” (ALA B 28 f° 8), ce qu’il fit en la personne de Jacques Hubert, qui obtint le 11 février 1523 un exécutoire sur les commis de Cosnoal (ALA B 28 f° 19). ” ...
“ Ces difficultés peuvent expliquer pourquoi il prit l’initiative d’envoyer aux autorités royales un rapport dénonçant les pratiques financières en Bretagne. ” Ce rapport n’accusait ni la Chambre des comptes ni le trésorier général mais la Commission Minut, le 16 juillet 1526, conclut différemment (ALA B 568 f° 45-46).
Le 6 mai 1527, il fut pourvu de l’office de sénéchal d’Auray et d’Hennebont, puis associé à partir du 1
er mars 1531 à la commission Le Rouge (ALA B 568 f° 150) et eut la charge de percevoir les amendes qu’elle infligea aux officiers. Il reçut en outre des lettres de grâce entérinées le 17 décembre 1530 par Gilles Le Rouge et Jean Le Cozic (ALA B 32), prolongées jusqu’à fin 1531 (ALA B 33). Néanmoins, les gens des comptes lui firent des difficultés. Il dut en 1531 engager une procédure de suspicion à leur encontre.
Malgré cela, il devient maître des comptes en 1532 et meurt la même année. Dans sa lettre de nomination le roi précise que l’office lui a été donné “ en faveur mesmement et pour consideracion des bons et agréables services qu’il nous par cy devant faitz à la vérification et élucidation d’aucuns abus faitz par le passé en nos finances ” (ALA B 52 f° 30).
A sa mort en 1532 il n’avait pas apuré son compte, antérieur à son entrée à la Chambre des comptes. Les poursuites furent donc engagées contre ses héritiers. Les biens de la succession furent saisis le 15 octobre 1538. Son fils, devenu majeur, fut condamné le 2 juin 1543 à apurer la somme de 16 000 lt déportée au compte de la ferme des ports et havres commencée en 1519 et de rendre compte de diverses sommes provenant des restes des comptables.
Liens familiaux : Henri Cosnoal (fermier), Guillaume Bellec (receveur de Hennebont), Gilles de Kermoro receveur de Hennebont (marié à Marguerite Cosnoal), Jean Guymar receveur de Rhuys (marié à Blanche Cosnoal remariée ensuite à Guillaume du Boisdelasalle, associé de Pierre Cosnoal).

Olivier de Lanvaux (p. 615-616)


II - Source : J. Kerhervé, 1986 - Finances et gens de finances des ducs de Bretagne : 1365-1491. (thèse et catalogue prosopographique). Et 1987 - L’Etat breton aux 14e et 15e siècles. Les Ducs, l’Argent et les Hommes (Paris, Maloine).

Cat. p. 51-52 : (54) Pierre Becdelièvre

Trésorier général de Bretagne.
Second fils de Guillaume Becdelièvre et de Jeanne Sorel (cf. receveurs ordinaires de Vannes), il baigna dèsson enfance dans un milieu de techniciens de la finance. Il épousa successivement Perrine/Robine Tramblay et Jeanne Bourgneuf, toutes deus issues du monde des affaires et de la finance de Rennes.
Il acquit les seigneuries du Haultbois et du Boisbasset en Maure-de-Bretagne dont il portait le titre. Il les transmit à Louis son fils qu’il avait eu de Jeanne Bourgneuf (Kerviler, Répertoire ..., t.I, p. 295). Il mourut le 1
er octobre 1504 et fut inhumé aux Cordeliers de Rennes dans un tombeau dont la table de granit portait l’effigie d’un homme, les mains jointes, vêtu d’une cotte d’armes, l’épée au côté, les pieds reposant sur un lévrier. La cotte d’armes était ornée de ses armoiries deux croix d’argent treflées, au pied fiché, et au dessous une coquille (Bourde de La Rogerie, S.A.I.-et V., 1927, p. 119).

Cat. p. 232 : Alain Pinart

Receveur de Morlaix, puis lieutenant de Paul Pinart de 1460 à 1476.

Cat. p. 232 : Paul Pinart

Frère d’Alain Pinart. Receveur du fouage de l’évêché de Léon en 1452 (ALA B 10 f° 26 v°), 1459, 1462, 1463, 1464, et de l’évêché de Tréguier en 1454. Receveur ordinaire de Huelgoat, Châteaunuf-du-Faou et Landeleau du 1er jnvier 1460 au 1er janvier 1483 (...). Ces cumuls expliquent qu’il ait fait exercer ces offices par des lieutenants (...). Il trouva alors le temps de spéculer sur les fermes ducales : l’impôt de l’évêché de Léon en 1465 (...), celui de l’évêché de Cornouaille en 1466 (...) et en 1476 (...) ; les ports et havres de l’évêché de Tréguier en 1467 (...) ; la traite des bêtes vives en 1468 (...). Ses fils Pierre et surtout Yvon se montrèrent les émules d’un père aussi actif et ambitieux.
Les Pinart étaient sous la protection de Pierre de Bretagne futur duc, et de Françoise d’Amboise veuve de Pierre II.

Cat. p. 234 : Yvon Pinart

Fils de Paul Pinart  ...
Il ajouta à ses multiples occupations de fermier celle de receveur du fouage de l’évêché de Cornouaille en 1487 (ALA B 4296 f° 203 v°).
Sr du Val à Morlaix, il était l’époux de Michèle Gibon, fille de Jean II Gibon (Rosmorduc, La Noblesse..., t. IV, p. 170 sq.).

Cat. p. 384 : (2) Macé de La Rivière/Ripvière

Premier receveur ducal [du Gâvre] institué le jour de la mort de Clisson, il fut placé le 14 mai 1407 sous la sauvegarde du duc, signe des difficultés qu’il dut rencontrer pour remplir sa mission (Blanchard, n°636).

Cat. p. 385 : (8) Guillaume Parageau/Parajeau/Parajau

Attesté à partir de 1454 comme receveur ordinaire du Gâvre, il tenait encore la recette sous le duc Arthur III (ALA E 182/44) et fut très vraisemblablement révoqué comme d’autres officiers le 31 décembre 1458 par François II.
Originaire de Plessé (ALA E 182/44), il consentit au duc en 1465 un prêt de 220 écus d’or gagé sur les bijoux de l’Epargne (ALA E 205/1, il s’associa à J. Parageau et à trois autres financiers dans cette opération).

Cat. p. 387 : (16) Jean Parageau l’aîné / Parajau

- Le 1er décembre 1485 on décida d’affermer les recettes ordinaires de Bretagne (ALA B 12838 f° 211). Or Jean de Lespinay resta en fonction jusqu’en avrl 1489, date de sa nomination à la trésorerie, et Jean Parageau était dit receveur du Gâvre à la mort de François II en septembre 1488 (ALA E 182/44). Tout laisse donc à penser que les deux hommes prirent la ferme de la recette du Gâvre pour trois ans le 1er décembre 1485, et qu’ils firent renouveler leur contrat à l’issue de ce premier bail en décembre 1488. Cette interprétation est d’ailleurs confirmée par le fait que l’on rencontre fréquemment l’association Parageau-Lespinay dans les fermes des revenus ducaux depuis 1460 :

- 1460 : Jean Parageau l’aîné et Jean de Lespinay l’aîné furent fermiers de la traite des bêtes vives (ALA E 131 f° 79 v°)
- 1485 : Jean Parageau l’aîné et Jean de Lespinay le jeune prirent la même ferme (ALA B 10 f° 70 v°)
-1485-1488 : Jean Parageau l’aîné, Jean de Lespinay le jeune et leurs consorts (dont J. Parageau le jeune) tenaient la ferme des ports et havres d’entre le Couesnon et l’Arguenon (ALA B 10 f° 163).

Jean P. perdit la recette du Gâvre le 31 octobre 1489, lorsqu’elle fut baillie par la duchesse à Loys de Lornay (ALA B 12 f° 27). En dehors de ses associations avec les Lespinay, il afferma encore la traite des bêtes vives avec J. Capeau en 1480 (ALA B 9 f° 168 v°) ; en 1486 il était châtelain de Fégréac pour le sr de Rieux (ADM E 55) ; enfin il leva le fouage à plusieurs reprises dans le diocèse de Nantes pendant la guerre franco-bretonne ce qui l’obligeau à consentir de lourdes avances et lui valut même de connaître la prison (ALA B 13 f° 88, B 4296 f° 7 v°, 8, 173 v° ; Arch. dép. Doubs E 1212). En 1500 il réclamait encore 7112 l. en remboursement de ses avances et 1200 l. pour les pertes subies pendant sa captivité (ALA E 209/23).
Il était fils de Guillaume P. (supra, note 8). En 1498 un Jean P. était clerc et greffier de la Chambre des Comptes de Bretagne, un autre (?) premier président en 1528-1537 (Fourmont, Histoire de la Chambre des Comptes, p. 296-297 ; ALA B 151 et 1583). Nous ignorons ses liens de parenté avec le receveur du Gâvre.

Cat. p. 453 : Receveurs ordinaires de Ploërmel.

(12) Jean Pillet :

- Il doit s’agir du fils de Jean Pillet, sr de La Hataie mort en 1444. Il fut receveur du fouage dans l’évêché de Saint-Malo entre 1446 et 1450 (...) ; il le leva aussi dans le diocèse de Vannes en 1446 (...), et comme lieutenant [commis] de Jean de Lespinay dans l’évêché de Léon la même année [1446] (ALA B 4296 f° 227).

Cat. p. 510 : Receveurs ordinaires de Hédé

(8) Jean Robert :

- Receveur, miseur de Hédé et chargé de lever une partie du fouage des évêchés de Rennes (1443), de Saint-Brieuc et de Saint-Malo (1447-1448, ACN E 81, compte de 1450, f° 1).
Epouse 1° Denise Bouan, 2° Denise Cheminart (ou Chuinart), 3° Perrine de Lespinay. Il meurt en 1459.

Cat. p. 530 : Roland Le Pinart

Receveur ordinaire de Guingamp et Minibriac, du 9 mars 1426 au 20 mars 1446. Fils juveigneur d’Yvon Le Pinart Sr. du Val à Morlaix, il vit sa carrière favorisée par ses alliances : son frère Yvon avait épousé Ysabeau Rouzaut (...) et lui-même était marié à Valence Gicquel, d’une famille de finances au service des Penthièvre dans la seconde moitié du XIVe siècle.
Il est mort en 1462 (ACN E 1169), après son épouse, décédée le 27 février 1458 (ACN E 906) et leur fils aîné Jean Pinart Sr de Cadollan recueillir leur succession (Rosmorduc, Preuves de noblesse des demoiselles bretonnes..., p.377).

Cat. p. 563 : Alain Pinart

- Receveur de Carhaix du 3 octobre 1459 au 1er janvier 1460, receveur de Morlaix du 8 février 1460 au 1er octobre 1485. Son frère Paul Pinart est receveur titulaire de Carhaix en 1480.
Il est notaire à Morlaix, procureur en 1481-1482 de la fabrique de l’église St-Melaine. Il meurt vers 1488, laissant pour héritier son frère Paul.

Cat. p. 668 : Jean Pinart

Peut-être le fils de Rolland Pinart, qui était Sr d Cadoalan et épousa Jeanne Du Groesquer en 1462 (?). De 1464 à 1468, il afferma les sceaux et papiers de la juridiction de Guingamp.

Cat. n° 680 : Guillaume Moulnier

- Auditeur des comptes.
A été receveur dans une partie de l’évêché de Vannes : en 1467 et 1468 avec R. Houdry (ALA B 4296 f° 170), de 1468 à 1473 seul (ALA B 4296 f° 171), en 1474 avec A. Landais et F. Avignon, de 1476 à 1484 seul, en 1485 avec A. Briczon.

Cat. p. 756 : Auditeurs de la Chambre des comptes

(124) Guillaume Moulnier

- Auditeur le 17 juillet 1488.
Paroissien de St-Nicolas de Nantes, époux d’Olive Bourgneuf [d’une famille de financiers de Rennes] (SAN et LI, 1922, p.137). Il se disait sr. de la Mesleraye en Trans (ALA B 1875) et sr. de La Raudière en St-Donatien de Nantes (ALA E 1270).

- Il fit carrière à l’ombre de Pierre Landais. Probable receveur ordinaire de Hennebont en 1466 et 1467. Dès 1465, il était au service d’Olivier Baud, trésorier des guerres (AIV 1 F 1117), et c’est à ce titre qu’il leva le fouage de l’évêché de Dol en 1466 (ALA B 4296 f° 114), puis celui de l’évêché de Vannes en 1467, 1468, 1469, 1470 (ibid. f° 170) ainsi que l’aide des villes exemptes (1466-1468 ...). En 1474 au plus tard, il passa sous les ordres de Pierre Landais qui lui confia également la recette des fouages de l’évêché de Vannes en 1474, 1476, 1477, 1481, 1484, 1485 (ALA B 4296 f° 112 et ALA B 8 f+ 40 v°). Vers 1479, il est commis au paiement des gages des gentilhommes et officiers de la maison du duc (ALA B 9 f° 1 v°) jusqu’en 1481 sans doute.
Le 30 septembre 1486, malgré la chute de Landais, il obtient l’office d’argentier de la duchesse et des princesses Anne et Ysabeau, filles de François II (ALA B 10 f° 84 v°).

Cat. p. 785 : Jean de la Rivière/Ripvière

Ecuyer du duc en 1432. Second président des Comptes dès 1442-1444 et au moins jusqu’en 1448. Chancelier en 1450 et capitaine de St-Aubin du Cormier jusqu’en 1457, puis de nouveau président des comptes dès avant le 13 mars 1460. Il meurt le 28 février 1461.
Seigneur du Haultboais (St-Julien de Vouvantes), d’Eancé (id.) et de La Chauvelière en Joué, ... Il épousa dame Jamette Brillet (qui décède le 28 avril 1459), soeur de Guillaume Brillet évêque de Rennes (1427-1447). Son fils Robert est évêque de Rennes et meurt jeune le 18 mars 1450. Jean de La Rivière se remaria à Marguerite de Québriac fille de Thomas de Québriac.

 

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