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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 21:13

(précédent : travaux de D. Le Page [1])


A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (4)

trésorier général de Bretagne 1489-1524


3) Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547

        (suite)

 

 

p.322 : “Pour Lespinay, on a vu précédemment que l'étude de sa comptabilité avait été confiée d'abord à la commission Briçonnet qui devait travailler en collaboration avec la Chambre de Nantes. Il est peu probable que cette première phase ait abouti à de grands résultats : cela a amené le pouvoir royal à faire transférer les documents de Lespinay à Paris en 1527 (135). La Chambre de Bretagne a cependant retrouvé le contrôle du dossier dans les années suivantes puisqu'en 1531 Alain Mandart et Pierre de Callac se sont vu confier la tâche d'examiner son sixième compte (136). Le 24 janvier 1532, la Chambre a ordonné à Jacques Hubert de se joindre à eux (137). Le dernier compte du trésorier général a été enfin examiné par jacques Viart et Pierre de Callac à partir du 30 juin 1534 (138).”

 [Note 135 : Le 30 septembre 1527, la Chambre recevait l'ordre des commissaires du roi sur le fait de ses finances leur demandant d'établir un double du compte du trésorier Lespinay et de le faire envoyer à Paris par Jean Pineau, sr de Kerjean, ALA B 568 f° 62.

Note 136 : Mention le 3 mars 1531, ALA B 569 f° 86 ; il s'agit selon toute vraisemblance de son compte pour deux années finies le 31 décembre 1523, ALA B 4297 f° 546 ; c'est, significativement, à cette date qu'une partie des papiers de Lespinay - qui avaient été envoyés à Paris en 1527 - est ramenée en Bretagne.

Note 137 : ALA B 569 f° 143.

Note 138 : ALA B 570 f° 108, il s'agit sans doute du compte pour l'année 1524, mais sans que nous en ayons la preuve formelle.] [donc rendu par Guillaume de Lespinay]

p.325 ss. Les délits des officiers de finances.

Le rapport de la commission Minut, le premier et plus important, “décrit surtout les malversations des grands officiers, trésoriers, généraux et membres de la Chambre des comptes (…).”

Accusations à l'encontre des grands officiers : “un système financier, dont toutes les composantes s'entendent pour “rober” le roi. (…) une collusion entre les principaux responsables financiers face au pouvoir royal, présenté comme l'éternel floué.”

Le général et le trésorier “sous-estiment sciemment (3) les rentrées d'argent de la Bretagne (…). L'affectation des dépenses par les autorités royales se fait donc sur une somme sous-évaluée et, après avoir réussi à imposer leur estimation, les officiers s'empressent de percevoir le revenu de la Bretagne, en gardant pour eux la différence entre ce qu'ils ont déclaré et ce qu'ils perçoivent réellement. La comparaison entre l'état prévisionnel et l'état au vrai est par la suite quasi impossible pour le pouvoir royal puisque les trésoriers ne rendent pas régulièrement leurs comptes à la Chambre5 et, qu'après leur leur décès, il est illusoire pour le pouvoir de récupérer ce qu'ils doivent puisque, le plus souvent, ils n'ont pas fourni de cautions à leur entrée en charge.”

[Note 3 : Le chiffre de 50 à 60 000 F est avancé.

Note 5 : C'est le cas de Lespinay qui est accusé par les commissaires de ne pas avoir rendu compte au cours des sept années précédant sa mort.]

Deuxième accusation : celle de péculat, “le trésorier utilisant les fonds non déclarés ou ceux qu'il a gardés en sa possession, par le biais des recharges ou des déports, pour son enrichissement personnel (…)”.

Troisième accusation : entente pour “trafiquer sur les dépenses qu'ils ne peuvent éviter de faire” faisant des achats à bas prix puis des reventes à leur profit. “On les soupçonne, de surcroît, de trafiquer sur les denrées périssables, de ne pas livrer tout ce qui leur a été payé et d'en revendre une partie à leur profit” …

 [Note 7 : L'accusation va plus loin puisque les commissaires soupçonnent les receveurs de prêter au roi l'argent qu'ils lui ont dissimulé (…)]

p.329 : Le miroir de la réalité

    “Cette recherche des “plusvaleurs” révèle aussi que les grands officiers ne sont pas poursuivis seulement pour leurs erreurs de gestion mais aussi pour les sommes qu'on les soupçonne d'avoir dissimulées et qui sont évidemment inchiffrables. Leur forfaiture paraît paradoxalement d'autant plus grave qu'elle n'est pas quantifiable à une somme précise.

Cette accusation est étayée par le retard qu'ils ont mis à présenter leur comptabilité. Cela se vérifie surtout pour Olivier Barraud et Jean de Lespinay. (…) Jean de lespinay, quant à lui, n'a apparemment conclu aucun compte de sa recette du vivant d'Anne. Et ce n'est qu'en 1518, suite probablement à l'action de la commission de 1517, que son premier exercice a ét conclu (16).

Ce retard à comparaître à la Chambre, qui prête le flanc à tous les soupçons, a pour effet de rendre particulièrement difficile la quête des papiers justificatifs des dépenses faites, de gonfler les sommes dues et celles qui sont mises en déport. Ainsi la dette de Lespinay est-elle évaluée en 1529, lors de la donation de ses biens à Louis du Perreau à 79 335 l. 18 s. 5 d., somme qui est portée en 1535, après la conclusion de tous ses comptes, à 83 465 l. 8d. (17) et à laquelle il faudrait ajouter les déports qui ne sont jamais indiqués.”

 [Note 16 :Dans le rapport de la commission Minut, il est par ailleurs dit qu'au moment de sa mort ce même “Lespinay n'avait pas compté depuis plus de sept ans”, ce qui laisse à penser, qu'entre 1518 et 1524, il n'avait fait que peu d'efforts pour régulariser le reste de sa comptabilité bien que son héritier Guillaume ait prétendu, qu'avant son décès, il eût présenté un compte pour quatre années et demie.

Note 17 : Cela doit correspondre à toutes ses années d'exercice sous François Ier.]

Cependant des acquits sont encore dûs au trésorier, comme par exemple par le général Philibert Tissart : “Dans le jugement qui est rendu contre lui en février 1528, il lui est demandé de payer comptant la somme de 13 549 l. et de fournir dans un délai de six mois des acquits d'une valeur de 23 439 l. 1 s. aux héritiers de Jean de Lespinay (20).”

 [Note 20 : ALA B 582 f° 55-58.]

p.334 : “Dire ainsi que les 80 000 l. demandées à Lespinay correspondent à des sommes détournées peut paraître aventureux (47). Qu'elles ont servi à son enrichissement personnel ? c'est également incertain. Il semblait admis qu'un receveur pût faire des bénéfices. Son crédit en dépendait. Aux périodes difficiles, il devait être à même de financer les besoins des princes. Lespinay l'avait fait pendant les guerres de Bretagne, ce qui explique ce qu'il demandait en 1498. Il a bénéficié ensuite de la protection d'Anne qui n'a pas été trop pointilleuse à l'égard d'un serviteur loyal et qui n'a pas cherché à connaître le détail de sa comptabilité. Cette protection s'est muée en tolérance dans les premières années du règne de François Ier. L'accélération du contrôle à partir des années 1520, et surtout la volonté du pouvoir de parvenir à ses fins ont modifié les perspectives et entraîné la mise en accusation d'un système de gestion qui s'était jusqu'alors imposé.”

 [Note 47 : Toute période de reddition des comptes était douloureuse pour les modestes receveurs et a fortiori pour les trésoriers généraux. Et cela d'autant plus que leur période d'exercice avait été longue (…).]

p. 341 : “Pour les contrôlés, un impératif : gagner du temps”

“Les moyens utilisés par Guillaume de Lespinay, héritier de Jean, même s'ils mettent en jeu des sommes autrement plus importantes, ne sont guère différents. Leur description est faite par le procureur de la Chambre, le 8 février 1532 :

“depuis 1524, que fut le deces de son ayeul, iceluy heritier a esté par formelles appellacions continuellement en refus default et delay de tenir et rendre compte des deniers dont ledit tresorier estoit demeuré redevable et appurer des deportz qu'il estoit tenu apurer lorsqu'il decebda combien qu'il eust esté condamné à ce faire par reiterees fois tant par les gens desdits comptes que par la court de parlement et n'a fourny ni obey audites condamnations… et a esté souventefois contumax et deffaillant de ce faire, au moyen de quoy ledit sgr a esté et est par ledit Lespinay grandement interessé et que, apres lesdits defuges et delay, ledit procureur tendant affin de faire compter et appurer ledit detenu par saisie de biens qu'il possedoit par prinse et detention de sa personne, juc à faire fin et conclusion en sesdits comptes et appurementz, et iceluy detenir juc à y avoir fait fin et conclusion. Item que sur la demande et insistance que fist le procureur ceans d'avoir entherinement dudit mandement vers que ledit detenu ou son procureur apres l'avoir ouy en ses deffenses, fut ceans ordonné que ledit detenu seroit prins et constitué prisonnier jusques à avoir fait fin et conclusion en ses comptes et sesdits biens estre saisis en la main dudit sgr, quelle prinse de la personne dudit detenu n'a peu estre incontinent executée par raison que le dit detenu s'est longuement tenu latité et caché tellement qu'il n'a peu estre apprehendé et n'a comparu ceans combien qu'il eust esté souventefois contumax et ajourné à ladite fin. (…)” (96)

On voit que, dans les deux cas [celui de maurice Le Bascle, héritier de son père, et celui de Guillaume de Lespinay), l'attitude des deux personnes incriminées fait alterner les dérobades et les comparutions à la Chambre et que, devant l'impossibilité de se soustraire au contrôle les receveurs participent avec le personnel des comptes à une sorte de duel où l'enjeu n'est pas tant d'échapper à tout examen que de se ménager des délais pour justifier sa gestion ou pour obtenir des accomodements.”

 [Note 96 : ALA B 569 f° 146-148]

p.345 : Se soustraire aux responsabilités

“Le premier élément de la tactique suppose de refuser de se reconnaître comme héritier - il joue surtout pour les receveurs les plus anciens -, amenant ainsi le déclenchement d'une procédure, confiée au procureur, pour le démontrer, l'absence de preuve entraînant la fin des poursuites. (…)

       Quand les liens avec l'officier incriminé sont démontrés, la prudence veut que l'on n'apparaisse que comme héritier sous bénéfice d'inventaire. C'est le parti que choisit Guillaume de Lespinay, petit-fils de Jean, qui revendique une telle qualité par deux actes, l'un passé devant le conseil de Bretagne le 5 août 1524 et l'autre le 18 août de la même année (116).”

 [Note 116 : B.N. CAR 382.]

p.347 ss. : Se ménager des délais (a - la recherche des acquits)

“Quand le receveur est obligé de se présenter à la Chambre, sa préoccupation majeure est de gagner du temps (...). Divers moyens sont utilisés pour retarder la présentation des acquits. (...)

“Incohérence encore quand le pouvoir s'empare des papiers des receveurs pour tenter de procéder directement au contrôle de leur gestion. Cela est illustré par le destin des archives de Jean de Lespinay, trésorier et receveur général. Après son décès, les scellés ont été mis sur ses biens et notamment sur sa maison du Beausoleil à Nantes où il gardait tous ses documents. Pour parvenir à présenter ses comptes, Guillaume, son petit-fils, a demandé à ce qu'ils lui soient communiqués. En 1525, le conseil de Bretagne a rendu un arrêt en ce sens qui n'a pas été respecté du fait de l'intervention de la commission briçonnet qui a ordonné que les papiers servant à sa décharge lui soient remis et que ceux servant à sa charge soient déposés à la Chambre des comptes. Guillaume de Lespinay a fait appel de cette décision en parlement de Bretagne : celui-ci a adopté la même position que le conseil de Bretagne mais la décision, là non plus n'a pas été appliquée en raison d'une intervention du roi. A sa demande, l'alloué de Nantes, François de Kermenguy a transmis au conseil Etroit “plusieurs lettres, garantz et acquitz dudit feu Lespinay à l'estimation d'un million or ou environ estant lors en la maison dudit feu Lespinay appellee Beausoleil”, selon Guillaume de Lespinay. Cette violation des prérogatives judiciaires bretonnes [et des droits du justiciables !] a eu pour effet de retarder le traitement du dossier. Et ce n'est qu'en 1531, après une nouvelle intervention royale, que les papiers de l'ancien trésorier ont été remis à la Chambre, permettant de procéder à l'examen de ses comptes. (131)

 [Note 131 : Par mandement donné à Fontainebleau le 12 juillet de cette année-là, le roi ordonne que “acquitz, decharges, garans, cedulles, quictances et autres lectres originales” servant à la reddition des comptes de Jean de Lespinay soient remis à la Chambre - ALA B  568 f° 178. On ne sait pas si ce mandement a concerné les papiers qui étaient demeurés à Nantes en 1527 ou s'il a impliqué une restitution des papiers transférés à Paris en 1527. Quoi qu'il en soit, les papiers ont été transmis à la Chambre le 14 décembre 1531 par l'alloué de Nantes, ALA B 568 f° 184.]

p.353 : “La contrainte

       Pour obliger les receveurs à s'acquitter des devoirs de leur charge, une fois que la législation dans ce domaine a été renouvelée, les instances de contrôle disposent d'une panoplie de mesures répressives qui peuvent être utilisées à tous les stades de la procédure. Quatre d'entre elles méritent d'être présentées : il s'agit des amendes, des suspensions, de l'emprisonnement et enfin de la saisie des biens.

a - Amendes et suspension.

       La mesure la plus citée est paradoxalement aussi celle dont il est le plus difficile de savoir si elle a eu des effets pratiques : il s'agit des amendes. Celles-ci sont souvent élevées : ... Le record est atteint par Guillaume de Lespinay, en février de la même année, qui est condamné à payer 10.000 l., s'il quitte la maison du sénéchal de Nantes où il a juré l'arrêt (176).”

[Note 176 : ALA B 569 f° 148.]

p.354 : “b - L'emprisonnement.

       Celui-ci peut être décidé par les mêmes autorités que dans le cas précédent mais aussi par les officiers des juridictions voire par les grands seigneurs. Il ne constitue généralement qu'un moyen de pression, utilisé pendant la durée des ouvertures (186) sur l'officier qui a refusé de comparaître malgré les sommations qui lui ont été faites, qui a enfreint un arrêt, qui n'a pas rendu ses comptes ou qui est trop endetté.”

[Note 186 : Mais dans le cas de Guillaume de Lespinay, il est utilisé pendant la clôture pour éviter qu'il quitte Nantes et parce que l'instruction de son dossier est poursuivie.]

[N.B. Guillaume de Lespinay n'est pas poursuivi comme officier défaillant mais comme descendant du trésorier général défunt, ce que l'auteur oublie de prendre en compte]

 

p.356 : “Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier général, bénéficie, quant à lui, d'un mandement de la Chambre, le 9 février 1532, qui transfère son arrêt du château de Nantes en la maison de Me Christophe Brécel, sénéchal de Nantes, son beau-frère, qui s'engage à en répondre comme le capitaine du château de Nantes “et le rendre en personne en la Chambre dedans le der jour de la presente ouverture ou plustot s'il voit affaire et a ledit de Lespinay juré l'arrest en la maison et compaignie dudit Brecel et promis et juré n'en partir à peine de 10 000 escuz d'or executables sur ses biens en cas de deffault et oultre a ledit de Lespinay promis comparestre de jour en jour, d'heure en heure, en ladite Chambre pour faire fin esdits comptes aux jours que la Chambre tiendra et sera ouverte.” (200)

 [Note 200 :  ALA B 569 f° 148, Il n'est en fait jamais retourné en détention, en obtenant, du fait de ses problèmes de santé, que l'huissier de la Chambre, Jean Aubin soit chargé de le garder à son propre domicile pendant la clôture de la Chambre, ALA B 569 f° 173.]

p.357 : “La saisie provoque inévitablement un dialogue entre la Chambre et les poursuivis ; elle donne lieu à des tractations entre les gens des comptes et ceux qui en sont victimes, ces derniers tâchant d'obtenir des concessions. Guillaume de Lespinay promet de rendre rapidement les comptes de son grand-père si on lui redonne la jouissance de ses propriétés, conteste le choix de Luillier comme administrateur mais doit finalement se contenter de la somme de 300 l. pour faie face aux poursuites.”

p.359 : “tous les comptes de Jean de Lespinay ont été conclus par son héritier.”

p.362 : “Les poursuites ont aussi fait apparaître les créanciers des officiers, du moins ceux qui ont osé s'affirmer. (…) parmi ceux qui réclament paiement de ce qui leur est dû après la saisie apposée sur les biens de Jean de Lespinay en 1524, on retrouve du beau monde puisqu'il y a Gilles Le Rouge, Hervé du Quelenec, deux officiers de finances, Gilles Carré, payeur des gens du conseil, et Anceau Botmeur, deux représentants d'anciennes familles financières enfin : Pierre Thierry, sr de Boisorcant et Etienne Becdelièvre.”

p.368 : “Tout montre qu'il a été difficile de faire payer les receveurs et qu'il y a donc eu un décalage entre les attentes du pouvoir et les sommes réellement perçues. (...)

“Ce qui est vrai pour les officiers les plus anciens se vérifie également pour des hommes comme Jean de Lespinay dont le reste important de 80 000 l. n'était toujours pas payé en 1570 (63). Pour les uns et pour les autres, les mêmes raisons ont joué : elles tiennent aux manœuvres des successeurs qui ont multiplié les appels en parlement ou à qui la qualité d'héritier sous bénéfice d'inventaire a permis d'échapper à toute poursuite. C'est ce qui s'est passé pour le trésorier Lespinay dont le petit-fils Guillaume n'a plus été sérieusement inquiété à partir de 1535-1536. Le fils de ce dernier, Pierre, a même pu, par un mariage avec la fille de Louis du Perreau, rentrer en possession des biens de son aïeul sans que la Chambre puisse lui demander quoi que ce soit. (65)

[Note 63 : On ne sait si les biens de Jean de Lespinay ont été pris en compte dans l'estimation de son reste - auquel cas le montant de ce dernier serait supérieur à 80 000 l. - ou s'ils ont été purement et simplement confisqués pour punir [après sa mort !] l'ancien trésorier d'avoir commis des fraudes. Un acte d'octobre 1527 prescrivait pourtant de faire l'estimation des biens pour que le montant en soit déduit de ce que devait alors Lespinay (ALA B 51 f° 373-375).

Note 65 : En 1570, le roi a ordonné de le laisser tranquille s'il apportait la preuve que ses biens ne lui venaient pas de l'ancien trésorier.]

p.372 : “Le roi a profité enfin de la mise en cause des officiers pour faire preuve de générosité à l'égard de ses proches. Ceux-ci ont pu recevoir des propriétés confisquées : Louis du Perreau, sr de Castillon et grand maître des eaux et forêts de Bretagne, a reçu en 1527 les domaines de Lespinay et de Trémar qui appartenaient à Jean de Lespinay (95).”

 [Note 95 : Le don date du mois d'octobre 1527, ALA B 51 f° 329.]

p.376 : “Pour Lespinay, les opérations de contrôle ont eu pour conséquence la perte de la totalité du patrimoine patiemment construit depuis la fin du XVe siècle. La situation est un peu identique pour Jean Parajau même si la chute s'est faite par étapes (...).”

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 21:12

(précédent : travaux de Ph. Hamon)


A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (3)

trésorier général de Bretagne 1489-1524


3) Dominique Le Page, Finances et politique en Bretagne au début des temps modernes, 1491-1547. Paris: Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 1997, 748p. dont catalogue prosopographique. (118 références en index + 54)

p. 5 : “ Deux actes manifestent la prise de pouvoir de Charles VIII sur le plan financier : le premier est la nomination, le 20 avril 1491, d'un trésorier et receveur général, en la personne de Thomas Bohier, qui doit drainer au profit du roi les revenus du duché et concurrencer Jean de Lespinay, trésorier d'Anne de Bretagne. Deuxième acte : l'institution le 23 avril 1491 de Jean François de Cardonne comme général des finances. ” [le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII n'aura lieu que le 6 décembre 1491]

p. 28 : “ Malgré le nombre réduit d'actes, on voit apparaître quelques conseillers privilégiés : Guillaume Guéguen jusqu'à son décès en 1506, le maître d'hôtel Régnaud de Brignac, Cardonne et Lespinay, le chancelier Philippe de Montauban (116). ”

[Note 116 : Noms auxquels on peut rajouter le prince d'Orange jusqu'à sa mort en 1502 et les bénéficiaires des faveurs de la duchesse comme Jean Gibon ou Olivier de Lanvaux, tous deux maîtres à la Chambre des comptes.]

p. 32 : [pouvoirs du trésorier] “Barraud est demeuré en charge jusqu'au décès de Charles VIII et, bien qu'il ait été candidat à sa propre succession, Anne de Bretagne ne lui a pas accordé sa confiance. Il a été remplacé par Jean de Lespinay (145). Celui-ci a conservé cette responsabilité jusqu'à son décès en 1524. Avec lui, on renoue avec la Bretagne ducale puisqu'il avait déjà été trésorier et receveur général de 1488 à 1491 ; on renoue aussi avec un groupe de financiers issus de l'évêché de Nantes (146) qui avait connu une ascension importante à la fin du règne de François II. En lui confiant à nouveau la recette générale, Anne a voulu s'acquitter d'une dette à l'égard d'un serviteur à l'égard duquel elle était demeurée redevable d'une grosse somme (147) depuis  les années 1488-1491. Elle a voulu aussi récompenser un officier, qui après une période d'hésitation (148), avait su rester fidèle aux autorités ducales, au péril même de sa vie (149). Elle a voulu surtout s'assurer que les deniers du duché de Bretagne seraient perçus par une personne fiable en toutes circonstances. Cette attitude contraste avec celle qu'elle a observée à l'égard de l'office de général, ce qui amène à s'interroger sur le rôle du trésorier dans le nouveau schéma de l'administration financière mis en place à partir de 1492.

 (…) La séparation entre ordonnancement des finances et manipulation des deniers est venue le réduire au rôle de comptable chargé de centraliser une partie des fonds et d'effectuer les paiements en fonction des commandements du général. L'intérêt accordé tant par Charles VIII que par Anne de Bretagne à cet office (150) dément pourtant cette approche réductrice. (…)

L'importance de l'office découle ensuite du fait que le trésorier partage avec le général la responsabilité du personnel financier. (…) De ce fait, il a gardé d'importantes prérogatives en matière de nomination.”

 

[Note 145 : Celui-ci est entré en activité fin mars, début avril 1498, ALA B 4297 f° 543.

Note 146 : Plus précisément de la région de Plessé. Les Lespinay avaient fait leurs premières armes en gérant le domaine du Gâvre, cf. notice n°9.

Note 147 : Il réclamait 68 000 l. en 1498, ALA E 209/24 f° 5.

Note 148 : Il avait pendant un moment perçu le fouage pour le vicomte de Rohan, J. Kerhervé, Cat., op. cit., t.I, p.54.

Note 149 : Notamment en décembre 1488 à Redon lorsque la ville fut assiégée par le maréchal de Rieux, cf. Bertrand d'Argentré, L'histoire de Bretaigne, des Roys, Ducs, Comtes et Princes d'icelles (…), Rennes, 1613, p.1118.

Note 150 : Cela explique aussi les convoitises que cet office suscite au sein des milieux financiers. Malgré les risques que cela comportait, Jean de Lespinay n'a pas hésité à reprendre du service après des années passées dans la “quiétude” de la Chambre des comptes.]

p. 47 : [fonctions du trésorier général]

“Comme dans les autres provinces, les réformes se mettent en place sans que les hommes changent. (…) La seule modification intervient à la trésorerie générale : elle est due au décès de Jean de Lespinay au mois de juillet 1524. Mais il n'y a pas là non plus de véritable rupture. Son successeur, Jean Parajau, est en tout point son digne héritier. Comme lui, il est originaire de Plessé dans l'évêché de Nantes, comme lui il appartient à une famille qui s'est lancée dans la carrière financière sous le règne de François II. Les Lespinay et les Parajau ont, dès cette époque, tissé de multiples liens d'affaires, marqués par un commun intérêt pour la recette du Gâvre et par l'association dans la gestion de nombreuses fermes (16).”

 

[Note 16 : Le père de Jean Parajau prit notamment la ferme des ports et havres d'entre Couesnon et Arguenon en 1487 en association avec Jean de Lespinay le jeune, futur trésorier général, J. Kerhervé, Cat., t.I, notice 16.]

“Elle [la création de la commission Minut de contrôle des comptes] est aussi la conséquence fortuite d'un rapport qui a été adressé aux autorités royales pour dénoncer les pratiques financières en Bretagne, rapport qui a été rédigé par Pierre de Bidoux, sr de Lartigue, et par Pierre Cosnoal, un receveur breton. Ce rapport n'a pas été conservé mais son existence est certaines : la commission Minut l'a utilisé comme base pour ses propres investigations, comme l'atteste cet extrait des livres de la Chambre des comptes lors de la première intervention des commissaires à la Chambre le 16 juillet 1526 :

Coznoual certifie qu'il n'a envoyé articles ni contre la Chambre des comptes ni contre le tresorier general, ce que mesdits sgrs ont faict mectre en leur proces-verbal (…).

Suite à ces révélations et à sa propre enquête, la commission Minut a rédigé un rapport à l'intention des autorités royales où sont mises en lumière les malversations des grands officiers de finances bretons.”

p.181 : [pensions] “(…) de hauts officiers de l'administration ducale comme l'ancien trésorier et receveur général Jean de Lespinay - gratifié de 120 l. de pension - (…)”

p.190 : “La nature des remboursements a également varié, rendant là encore impossible une évaluation précise : (…) ; pour les financiers, l'indemnisation a pu se faire en leur octroyant une responsabilité (comme dans le cas de Jean de Lespinay) ; (…).”

p.209 : “Il [Charles VIII] a même offert une compensation à Jean de Lespinay, écarté de la trésorerie générale en le nommant maître des comptes (69).”

[Note 69 : Fourmont [Histoire de la Chambre des comptes] indique que son fils Guillaume était lui aussi membre de la Chambre en 1492, mais nous n'en avons pas trouvé de traces pour notre part.]

p.212 : “L'influence du clan Lespinay-Parajau est perceptible puisque quatre personnes peuvent y tre rattachées, dont trois parmi les secrétaires : en la personne tout d'abord de Jacques Hubert et de Jean de La Rivière, détenant tous les deux l'office stratégique de greffier. Ils ont fait leur entrée à la Chambre en cette année 1524, en bénéficiant pour le premier de la résignation de Jean Parajau (100) et pour le second de celle de Guillaume de Lespinay (101). On peut adjoindre à cette mouvance au moins deux autres hommes : Jean Coué, sr du Brossay (102), et Charles Jouhan, huissier (103).”

[Note 100 : Après sa promotion à la trésorerie générale.

Note 101 : A identifier selon toute vraisemblance avec le petit-fils du trésorier qui renonce à son office, et ce n'est sans doute pas une coïncidence, alors que les poursuites ont commencé contre son grand-père.

Note 102 : Il était l'époux de Jeanne Robelot, soeur de Bertranne Robelot, femme du trésorier Lespinay, BN CAR 382.

Note 103 : Il fut commis par Jean de Lespinay pour faire la perception du fouage de l'évêché de Léon après le décès de Jean Carré.]

p.221 : “Dans cette stratégie [de népotisme ou pouvoir de nomination], la conquête d'un emploi important “pouvait permettre à tout un groupe de mettre la main sur l'ensemble d'un service de finances" (168). Trois cas peuvent être observés en Bretagne : celui des grandes familles tourangelles tout d'abord, essentiellement sous le règne de Charles VIII, celui de Cardonne-Tissart ensuite, celui des Bretons Lespinay et Parajau enfin. On peut dans chacun des cas parler de réseau d'influence (169) dans la mesure où chacune de ces familles a réussi à placer plusieurs de ses membres dans différentes charges stratégiques du duché, grandes charges, recettes particulières ou offices de la Chambre des comptes.”

[Note 168 : Chevalier, op. cit., p.475.

Note 169 : “Nous sommes conscient, surtout dans le cas de Tissart, Lespinay et Parajau, que ce terme est un peu exagéré mais nous l'employons tout de même faute d'avoir trouvé une expression plus appropriée. Il veut montrer que jusqu'à la fin des années 1520, les grands officiers ont profité des capitaux dont ils disposaient, de leur influence aussi pour placer un certain nombre de leurs proches dans l'administration financière bretonne.”]

p.223 : “Le troisième réseau est celui de Jean de Lespinay et de Jean Parajau. Il plongeait ses racines dans la Bretagne ducale d'avant 1491 et avait pour référence géographique le berceau de ces deux familles dans la région de Plessé et du Gâvre (183). L'influence de Lespinay fut certainement la plus importante. Il administra personnellement des recettes soit temporairement, comme la recette ordinaire de Nantes, soit plus longuement comme celle des devoirs de billots et appétissements de 1500 à au moins 1515 (184). Parallèlement, il chercha à contrôler un certain nombre de charges en y plaçant des hommes à lui : ainsi pour la recette ordinaire de Nantes qu'il confia à Pierre Avignon après la mort de Clément Collet puis à son propre fils Guillaume, ainsi pour la recette du Gâvre où il commit Jean de La Rivière, le 21 juillet 1503. Il accorda une attention particulière à la recette des fouages de Dol qu'il contrôla au moins jusqu'en 1519 d'abord par son clerc Jean-Baptiste de Servy puis par le biais de Jean Paubert et de François Bonnet. Son influence s'étendait aussi aux milieux rennais - il avait commis Michel Thierry à la recette des fouages de cet évêché en septembre 1500 (185) - et à la recette des fouages de Léon où Charles Jouhan fut commis par lui pour faire la recette après la mort de Jean Carré en 1518 (186). Cette influence dans le monde des receveurs (pour ne rien dire sur le monde des fermes où là aussi les solidarités du clan devaient jouer) était complétée par la détention de charges à la Chambre des comptes. Depuis 1492, la famille Lespinay était représentée dans cette institution : par le trésorier lui-même jusqu'en 1498, puis par son fils Jean - secrétaire jusqu'en 1515 puis maître après la résignation de Regnaud de Brignac - et enfin par son petit-fils jusqu'en 1524. La présentation du personnel de la Chambre nous a montré par ailleurs qu'à cette date plusieurs autres de ses membres pouvaient être considérés comme les alliés de sa famille (187).”

 

[Note 183 : Lespinay et Parajau étaient tous les deux originaires de Plessé, leurs deux familles étaient liées par de multiples activités menées dès avant 1491, cf. notices n°9 et 11.

Note 184 : ALA B 4297 f° 542 et f° 544. Il fit lui-même la perception des fruits de plusieurs seigneuries saisies sur ordre du roi ou placées sous l'autorité judiciaire pendant des procès : il fut notamment, à la suite de son fils Guillaume, séquestrateur des terres d'Issé et de Rieux pendant le procès entre Françoise de Rieux et son fils Jean de Laval d'une part, et Jean de Rieux d'autre part - ALA B 19 f° 172 ; on le trouve aussi mentionné comme séquestrateur des terres de Derval, Guéméné et Beauregard pendant le procès entre le sr de Rieux, garde naturel de sa fille, et la vicomtesse de la Bellière, ALA B 17 f° 171.

Note 185 : ALA B 4296 f° 45. Il était par ailleurs le parrain de la fille de Clément Dautie (cf. notice n° 337), commis à recevoir le fouage dans ce même évêché sous Daville et Champion en septembre 1501, ALA B 4296 f° 45.

Note 186 : Il s'imposa ensuite comme receveur.

Note 187 : Cf. supra p. 212.

 

       Parajau hérita de ce réseau et son institution à la trésorerie générale se plaça dans la continuité de l'action de Lespinay. On dispose cependant en ce qui le concerne d'informations plus précises qui viennent des poursuites menées à son encontre à la fin des années 1520. (...) il produisit une série de personnages qui vinrent personnellement à la Chambre se porter caution pour lui.

       Ce groupe était composé de quinze personnes (...). Deux étaient dans ce cas [membres de la Chambre] (mais ils avaient auparavant exercé des activités financières) : il s'agit de Jean Coué, sr du Brossay, secrétaire, et de Jean de La Rivière, secrétaire et greffier, ancien receveur ordinaire du Gâvre. Les autres personnages se rattachaient dans deux cas soit à la famille de Lespinay (193), soit à celle de Parajau (194). Les liens de parenté ne se limitaient d'ailleurs pas à ces deux personnes puisque parmi les financiers, deux au moins avaient des liens avec Jean de Lespinay - c'était le cas de Jean Coué (195) - ou avec Jean Parajau - c'était le cas de Jean du Fresne (196). (...)

       Le réseau Lespinay pas plus que celui de Parajau n'ont pu contrôler toutes les charges financières du duché. Les deux hommes ont dû compter, notamment à partir de 1516, avec un général, en l'occurrence Philibert Tissart, plus soucieux de placer les siens que ne l'avait été Cardonne et qui bénéficiait de l'appui du pouvoir central, appui qui fit défaut à LespinayLespinay et Parajau semblent avoir tous deux contrôlé la recette des fouages de Dol (...) ; l'influence des Tissart s'est fait sentir, en dehors de la trésorerie des guerres, dans la recette des fouages de Cornouailles (...).” après la mort d'Anne de Bretagne en 1514. Jusqu'en 1524-1528, on constate ainsi, grâce à certains indices, qu'un partage d'influence s'est opéré entre le trésorier et le général, chacun imposant sa marque dans des charges spécifiques :

[Note 193 : Abel Rouaud, sr de Tréguer : il était l'époux de Jeanne, la fille du trésorier Lespinay.

Note 194 : Comme Jean Parajau, sr de Logoden/La Godolin.

Note 195 : Il était marié, comme l'ancien trésorier, avec une Robelot.

Note 196 : Il était marié avec une certaine Marie Parajau. Seules deux personnes n'ont pu être identifiées : il s'agit de Guillaume Lambart, sr de Leurnas, et de François de La Grée.

p. 231 : “(...) lors des opérations de contrôle lancées contre les officiers dans la deuxième moitié des années 1520, certains d'entre eux ont recherché la protection de Grands pour échapper aux poursuites. L'exemple le plus connu est fourni par Guillaume de Lespinay, le petit-fils du trésorier général, qui, malgré le passif de plus de 80 000 l. que son grand-père avait laissé, n'a plus été sérieusement inquiété à partir des années 1535-36. Il a pu bénéficier, sans qu'on en ait la preuve, de l'appui de Jean de Châteaubriant, gouverneur de Bretagne, dont il était, en tant que sr de Monceaux, le vassal. Mais ce qui semble l'avoir épargné (246), c'est la protection d'Anne de Rohan. Lors de l'une de ses comparutions à la Chambre, le 16 mai 1536, alors qu'on lui demandait de remettre des lettres de son grand-père, il parvint à obtenir un délai en arguant du fait qu'il était au service de la dame de Rohan et en présentant des lettres de cette dernière “par lesquelles elle prie les gens desdits comptes de expedier incontinant ledit de Lespinay et de le luy envoyer" (247). L'accumulation des problèmes l'a incité à se tourner vers les suzerains de la famille Lespinay (248) et à rechercher dans cette position d'abri une échappatoire aux poursuites.”

 

[Note 246 : En dehors du fait qu'il a pris la qualité d'héritier sous bénéfice d'inventaire, cf. infra p.346.

Note 247 : ALA B 571 f° 77.

Note 248 : Jean de Lespinay, du fait de ces domaines de Plessé, était arrière-vassal de la seigneurie de Blain, ce qui l'avait fait hésiter pendant les guerres de Bretagne entre sa fidélité aux Rohan et celle due à François II ; J. Kerhervé, Cat., op. cit., notice 55, p.52-54.

p.234 : “Au sommet de la hiérarchie financière bretonne, Jean de Lespinay disposait d'une aisance certaine (263). En 1529, la valeur de ses biens s'établissait comme suit : les terres de Lespinay et de Trémar situées dans les paroisses de Plessé et de Guenrouet, qui constituaient le coeur de son patrimoine, rapportaient 367 livres 7 s. 5 d. et 1/3 de denier de rente, somme à laquelle il fallait rajouter 15 527 livres correspondant à la valeur des bâtiments et 955 l. 18 s. 8 d. pour les métairies et les bois de Lespinay et de Trémar (264) ainsi que d'autres biens composés de propriétés (Lanvaux et Auvers) dans la paroisse de Fougeray (265) et une maison à Nantes, dite du Beausoleil (266).”

[Note 263 : Sans commune mesure toutefois avec celle des grands financiers de l'époque.

Note 264 : ALA B 51 f° 375-376.

Note 265 : Elles furent vendues pour la somme de 1000 l. à la vicomtesse de Rohan en décembre 1527, ALA B 51 f° 329.

Note 266 : Voir la notice n°9 pour la description précise de sa fortune. (...)] [Informations erronées]

p.247 : “Les Lespinay se perpétuent, pour leur part [à la Chambre des comptes], sur trois générations. Jean, maître des comptes de 1492 à 1498, est remplacé par son fils prénommé lui aussi Jean, qui siège d'abord comme secrétaire jusqu'en 1515 puis comme maître de cette date à 1517. Son fils Guillaume prend le relais jusqu'en 1524. La décision de ce dernier de résigner sa charge, alors que les menaces s'accumulent sur la famille, interrompt la succession.”

p.284 : [en 1491] “Il y a d'abord ceux qui parviennent à garder un office comme Jean de Lespinay à la Chambre des comptes ou Gilles Thomas à la garde des chartes. Ces offices sont le plus souvent donnés à titre de compensation ou à titre honorifique. Ils n'amènent plus leur titulaire à assumer des responsabilités de premier plan. (…)

[1498 : une chance inespérée] Il n'est pas exagéré de dire que la restauration des pouvoirs d'Anne constitue pour les financiers bretons la divine surprise. La volonté de la duchesse de s'assurer le contrôle des finances et de récompenser les services passés permet à des officiers de rependre des responsabilités. C'est le cas des plus puissants comme Jean de Lespinay, rétabli à la trésorerie générale, (…).”

p.301 : “On ne sait par contre si les sommes demandées par les autres grands officiers - notamment Lespinay (5) - étaient également le produit d'estimations faites par elle [la commission Le Roux].”

 [Note 5 : Il demandait à être remboursé de plus de 60 000 l. en 1498.]

p.304 : “(…) en confiant des recettes à des officiers à l'égard desquels elle avait reconnu des dettes pour les services rendus avant 1491, Anne, de ce fait, s'est privée des moyens d'un contrôle rigoureux. Cela est vérifié dans le cas de Jean de Lespinay, trésorier général qui réclamait la somme de 68 000 l. (21) en 1498 et dont il semble bien qu'il n'ait conclu aucun compte de sa charge sous le règne d'Anne.”

 [Note 21 : ALA E 209/24 f° 5.]

p.306 : “C'est en fait la commission [de contrôle] de 1523 qui semble avoir eu le plus de conséquences. On peut penser que c'est elle, ou du moins le climat de contrôle dont elle était le révélateur, qui a amené le conseil de Bretagne à poser les scellés sur les biens de Lespinay aussitôt après sa mort fin juillet 1524. C'est de toute façon dans le prolongement de son action que, le 17 août 1524, pouvoir a été donné à une commission (33) pour “se transporter en Bretagne  et illec s'informer et faire venir à lumière tous les deniers bons et revenant bons audit sr, faire rendre compte audit sr de Lespinay. (34)" La décision royale n'a pas été immédiatement appliquée, et le 11 novembre 1524, a été créée une seconde commission (35) pour obliger Guillaume de Lespinay, l'héritier du trésorier, à rendre compte. (...)”

 

[Note 33 : Elle était composée de Guillaume Luillier, maître des requêtes de l'hôtel du roi et conseiller en Parlement de Bretagne, de Marc Le Groing, sr de la Mothe-au-Groing et gentil­homme de la Chambre du roi et de Pierre de Broons, vice-amiral de Bretagne.

Note 34 : ALA B 12 838 f° 33. (...)

Note 35 : Sa composition est quasiment la même que la première à l'exception de Luillier qui est mort dans l'intervalle. On y trouve le vicomte de la Mothe-au-Groing, le vice-chancelier de Bretagne, Jean Briçonnet, Guillaume Barthélémy, contrôleur général, le vice-amiral de Bretagne Pierre de Bidoux, Jean Vaillant, bailli de Dunois et conseiller au grand conseil, et Charles Luillier.

Note 38 : Le déclenchement de poursuites contre les héritiers de Jean de Lespinay semble plus dû à une coïncidence - sa mort survient dans un climat de suspicion à l'égard des officiers - qu'à une volonté délibérée de faire la lumière sur l'ensemble de la gestion des finances.

Note 39 : Ce que, dans le cas Lespinay, elles n'arrivent que difficilement à faire et, jusqu'en 1527, Guillaume de Lespinay en jouant de la rivalité entre conseil, commission et Chambre, en faisant appel en Parlement, en bénéficiant aussi de complaisance de la part des membres des institutions bretonnes, parvient à gagner du temps.]

p.307 : “(…) en mettant à [au] jour les malversations des officiers bretons, elle a aggravé la prévention ressentie par le roi à l'égard du haut personnel financier. C'est donc elle [la commission Minut] qui l'a incité à créer, le 24 novembre 1526, une commission de six membres - connue sous le nom de la commission de la Tour Carrée - chargée de mener le procès des grands officiers. (…) Parmi eux [les commissaires], on retrouve d'abord Jacques Minut dont deux interventions sont attestées à la Chambre des comptes de Nantes après 1527 : la première, en date du 20 novembre 1531, pour demander que les comptes de Jean de Lespinay soient conclu avant la fête de Noël ; la seconde, le dernier jour de février 1532, pour exiger que Guillaume de Lespinay remette les récépissés de son aïeul “affin de faire esliger les sommes contenues esditz recepissez et cedulles pour tourner en l'acquit dudit Lespinay de ce qu'il doibt ou pourra devoir au roy (47)". Le fait que, dans les deux cas, Minut est intervenu dans le cadre de l'affaire Lespinay laisse à penser qu'il a joué un rôle de coordination entre les différents organes chargés du contrôle à Paris et en Bretagne (…).”

 

[Note 47 : ALA B 569 f° 154.]

p.316 : “(…) il est donc clair que la tâche première des commissions est de fournir au roi de l'argent frais et rien ne le montre mieux finalement que l'ordre donné par le roi en juin 1527 de faire transférer à Paris, par Charles Bricet, sr de La Mothe, une partie des acquits de Lespinay que son petit-fils, de façon excessive sans doute, estime “à un million d'or”, le souci de la monarchie étant par cette mainmise, non pas tant d'obtenir un éclarcissement complet de la comptabilité de l'ancien trésorier général - ce qui était jugé probablement impossible - que de sauver ce qui pouvait encore l'être. (…)

Dans l'action des commissions, il y a en effet deux sous-entendus : le premier est que les officiers de finances sont fondamentalement corrompus et qu'une action rapide contre eux est nécessaire ; le second est que si les receveurs commettent des abus c'est que les instances traditionnelles du contrôle ne remplissent pas leur mission ou, pire, laissent faire, ce qui place la Chambre des comptes sur la sellette et en fait l'une des cibles des commissaires (109).”

[Note 109 : Cette mise en accusation apparaît dans les propos de Louis du Perreau, qui affirme, pour convaincre la Chambre d'entériner le don qui lui a été fait des biens Lespinay, que “le roy luy avait donné charge de dire à Messieurs des comptes qu'il trouvoit estrange que l'on n'avoit fait compter le feu tresorier en son vivant et que en recompense ilz s'acquitent à faire compter l'heritier dudit feu tresorier”, 16 février 1528, ALA B 568 f° 69-70.]

p.319 : [problème de compétence pour juger des officiers] Note 121 : Dans le cas de l'affaire Lespinay, l'héritier du trésorier se trouve confronté aux sentences quelque peu contradictoires des commissaires menés par Jean Briçonnet, des gens des comptes voire même du conseil de Bretagne.

 

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 23:14

Deux généalogies Lespinay (17e s.)

1. 1639 - La généalogie Lespinay de René de Bruc
(B.N., Ms.Fr., Cabinet de d'Hozier, vol.211 [Fr.31092] Dossier 5464 Lespinay fo.2)

 

 

 

 


de Lespinay porte d'argent
a trois espines de synople

 

 

Led.Trésorier maria de son
viuant, & pendant sa grande
fortune, son fils et le fils
de son fils auecq deux des
riches héritières du Comté
nantois, Cest d'ou leur sont
restés leurs grands biens
Car de son chef il ne leur
laissa rien.

 

 

 

 

Jehan de Lespinay Seigneur de Lespinay
en la parroisse de Plessé Euesché de
Nantes enuiron l'an 1400.

                    
  ┌─────────┐│┌─────────┐

Jehan de Lespinay Seigneur dudit lieu
espouza Gilette du Guignou dame du Guignou et
de la Perchette en ladite paroisse de Plessé.

                     
  ┌─────────┐│┌─────────┐
Jehan de Lespinay Seigneur dudit lieu
espouza Brience Pinart.

                    
  ┌─────────┐│┌─────────┐
Jehan de Lespinay Seigneur dudit lieu
Trésorier général de Bretagne espouza
Bertranne Robelot fille du Seigneur
de la Voltaye et vescut un grand âge.

                    
  ┌─────────┐│┌─────────┐
Jehan de Lespinay Seigneur de Malarit,
mourut auant son père. Il auoit espouzé
Hélène de Marbré fille et héritière de
Guillaume de Marbré Seigneur de Malarit
et du Chesneuert en Plessé, de la
Hignonnaye en Guéméné, du Boisuert etc.
Capitaine du Chasteau du Gavre.

                    
  ┌─────────┐│┌─────────┐
Guillaume de Lespinay Seigneur du
Chaffault parroisse de St.Pierre de
Bougonnais et de Monceaux près St.
Philbert de Grandlieu à cause de Marie
du Chaffault dame desdits lieux sa
compagne niepce de Mre.Pierre du Chaffault
euesque de Nantes.

                    
  ┌─────────┐│┌─────────┐
Pierre de Lespinay Seigneur du Chaffault,
Monceaux, Malarit etc. espouza Alienor
de Perreau dame de Lespinay.

 

 

                                                             
      ┌──────────────────────────────┐│┌───────────────────────┐
Samuel de Lespinay Seigneur    Yzaac de Lespinay Seigneur       Il y a encore un fils sieur
du Chaffault, Monceaux, Briort,  de Lespinay espousa première-  de la Limousinière et
etc.
          │                             ment N. du Plessis dame du       des filles mariées en
   ┌─────┐│┌─────┐                Plessis en la paroisse de St-Dolay   Anjou et Poitou.
Samuel de Lespinay à présent    euesché de Nantes dont il n'eut
1639. Seigneur du Chaffault,        enfans, puis il a espouzé
Monceaux, Briort etc. a espouzé   une feme en Anjou, fille d’une
N. Jousseaume de la maison de   d'une fille de la maison de Soucelles
Couboureau en Poitou dont il a    dont y a des enfans.
des enfans.


Marie du Chaffault dame du Chaffault près
Nantes, et de Monceaux près St.Philbert de Grandlieu
qui sont deux bonnes et très anciennes maisons
portoit de sinople au lyon d'argent. Ses prédécesseurs
se disoient issus des Vicomtes de Rezay près Nantes
terre à présent apartenante à Mr.de la Galissonnière Barrin.





Cette généalogie a été annotée par d'Hozier en 1693 :


* En titre:  "Lespinay, seigneurs dudit lieu, paroisse de Plessé Evesché de Nantes".

* Note en haut de la marge de droite: "Escrit par Mre. René de Bruc Sgr. de La Chesnais, en 1638,  ami intime et correspondant en Bretagne de feu mon père pour les curiosités généalogiques."

* Pour Jean le trésorier, il ajoute: "Noble homme, écuyer", seigneur "de Baudoin", trésorier "et receveur général",  "l'an 1513, ne vivait plus l'an 1524, au mois d'Août". "Il vivait le 19 septembre 1482 avec Mme Bertrand sa feme." En marge de gauche,  à la suite de la note de René de Bruc concernant le trésorier,  il ajoute:  "L'an 1489 il était Trésorier Général de la Duchesse Anne de Bretagne et l'an 1501. Il fut institué dans cette charge le 14 Avril 1489."

* Pour Jean, fils du trésorier, il ajoute: seigneur de Malarit "dans la paroisse de Plessé".  "Ils étaient mariés l'an 1513 en octobre et ne vivaient plus l'an 1524."

*  Pour Guillaume, il ajoute: seigneur de "Monceaux. L'an 1524 le 9è d'Aout qu'il fit apeller les pretendans droit à la succession de son ayeul Jean de L'Espinai Trésorier Général des Finances de Bretagne, pour faire l'inventaire de ses biens." En fin de paragraphe: "et dame de Monceaux [barré], du Chaffaut, de la Marzelle, de Mélari, de la Limousi­nière et de Monceaux, de la Guilleterre, de Medina sur denombremt avec son mari, le 29 juin 1541. Le 4 septembre 1550 elle fit une donation des terres de la Marzelle, de la Limousinière à Pierre de L'Espinai son fils aîné." En marge de gauche: "fille du Sgr.du Chaffaut et d'Anne de St-Marsaut dame de Trémar et de L'Espinai."

*  Pour Pierre, il corrige Aliénor par "Léonore, encore vivante l'an 1610". En fin de paragraphe: "le 23 juin 1563 fille de Louis du Perreau, Sgr de Castillon ou Chastillon, de Trémar, et de L'Espinai, et de Jaque­line de Reimerswal une des demoiselles de la Reine, l'an 1542."

En marge de gauche, il note:  "noble Samson de L'Espinai, vivant l'an 1557, il avait des soeurs l'une mariée avec Mre.François  Gabart"  [en fait, la fille de l'une de ses soeurs].

*  Le reste de la généalogie est complété sur des points que nous con­naissons déjà et deux générations sont ajoutées (jusqu'en 1693).

 

2. Ca.1665 - Un mémoire généalogique non daté, produit par Jacob II de Lespinay
(B.N., Manuscr.Fr. 22.349, Carrés de d'Hozier, Coll.Bretagne)

 

                      Pour satisfaire madame de Touraude
                      pour sa généalogie.

    Le Seigr. de villers fait voir que quoy ql. soit sorti d'une branche
    de cadet de la maison de Lespinay, maison anciene de bretagne, peust
    prouver que depuis que sa branche est sortie de l'aîné,
    Commence 

    par  jean de Lespinay y ajoutant les aliances des femmes qui  ont
    entré dans Laditte maison de lespinay. Le dit jean, ecuyer, épouza
    ainsi  ql. se justifie quil épouza dans Lanée 1402 guillemette du
    guinien, 

    aut. jean marié aveque briance pinart de la maison du val pinart,

    suit autre jean qui épouza anne de St marssaut,

    aut. jean qui fut conseiller du Roy, et receveur jeneral du duché de
    bretagne, Lequel Tenant le parti pour son Prince le feu fut mis par
    les ennemis dans sa maison de lespinay qui estoit maison-forte pour
    resister dans se temps la aux cources ennemis, leql. dt. sr. rece-
    veur général épouza bertranne Robelot de la maison de la volletay, 

    Suit aut. jean qui fut marié aveq helaine de Marberé

    des quels suit guillaume [qui] épouza marie du Chaffaut maison
    anciene proche de nantes, 

    Suit pierre qui épouza Leonor du perreau qui estoit dame dhoneur de
    la Reine Leonor, Laqlle. ditte du perreau [fille] de jaqueline de

╫- Romaersvalle,╫- 

   Suit samuel [qui] épouza suzanne des Roussiere,

    Suit jacob qui épouza anne Tinguy sortie du chasteau de nesmy maison
    anciene du bas poitou 

    Suit aut.  jacob qui épouza henriette de Goullaine anciene maison de
    bretagne, --- 

    de  toutte La susditte filliation ql.  n'y a eu aucun qui se  soient
    mesalliez par mariage,

 

╫- Nota Laqlle. fut heritiere de henri du perreau et le marquis de
    Lespinay, lesqls. faisant partage des biens de la succession dudt.
    du  perreau, Laqlle. dte. dame Leonor ust dans son partage La
    principauté de Rosendal au païs de braban aveq plusieurs fiefs aux
    environ de gan, un seigr. de briord ainé de sa branche a du de puis
    vendre,
    Le sr.  marquis de lespinay jouist encore a present du partage qls.
    eurent dans ce païs la, 

    Vous voyes madame ma cousine par se petit Receuil le temps  ql. ma
    faleu pour faire cette filliation. Si mr. de briord d'aujourdhuy
    vouloit se donner La peine comme representant La branche de lainé il
    pouroit bien aller au dela de se que j'ay Ramassé, je souhette que
    sesi soit à vostre satisfaction puisque vous laves souhettez de moy,
    ayant beaucoup a estime de trouver les occasions a vous assurer que
    je suis entieremt. 

    Madame ma cousine

    portent pour arme dargan a trois espine de sinople

                                                        Vostre tres humble
                                                        et tres obeissant serviteur 

                                                   Villers
                                            a la Ruffeliere

 

Note : Le seigneur de Villers est Jacob II de Lespinay (1637-1711). Madame de Touraude est soit Anne de Lespinay (née 1664), fille d'Isaac II de Lespinay (+1664), cousine issue de germain de Jacob II, et épouse par contrat du 10 mars 1691 d'Amaury Henri Goyon de Beaufort, seigneur de Touraude, son cousin germain (fils de Claude Goyon et Anne de Lespi­nay, fille d'Isaac I de Lespinay), soit Anne de Lespinay, fille d'Isaac I, veuve en 1676 de Claude Goyon de Touraude qu'elle épousa en 1661. La date devrait être antérieure à 1668, époque à partir de laquelle les Lespinay abandonnent leur prétention aux titres de chevalier et de marquis. Anne de Touraude est dans ce cas la fille d'Isaac I.

 

3. 1668 - Déclaration pour la réformation de la noblesse
(B.N., Mss.Fr., Carrés de d'Hozier, vol.382-383 [Fr.30611-30612] Lespinay)

 

Déclaration de Charles de Lespinay, sieur de Briord, le 17 septembre 1668,

Que depuis 400 ans ou plus, ses autheurs ont toujours pris et porté la qualité de messire et escuier qui, par droit du sang, ont passé à sa personne...

Armes : trois buissons d'espines de sinople (Charles)
d'argent à trois espines de sinople (Jacob)

 

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 18:52
(partie précédente)
 

Les photographies ci-après, de mauvaise qualité, sont provisoires. L’interprétation des dalles funéraires est peu prisée des historiens et des historiens de l’art. Néanmoins, nous espérons que notre tentative suscitera des réactions qui nous ferons progresser. À l’avance merci.



La tombe de Jacques de Perreau à Magnitot (suite 3)
Ascension familiale et débuts du protestantisme (XVe-XVIe s.)

Charles de LESPINAY, juin 2003

──────

Annexe

Description des dalles funéraires de Jehan d’Isque
et de Jacques de Perreau (début XVIe siècle)

Chapelle de Magnitot
(commune de St-Gervais, canton de Magny-en-Vexin, Val d’Oise)

 

            Il s’agit de deux grandes dalles épigraphes32 calcaires de forme rectangulaire ciselées à plat et situées de part et d’autre de l’autel de la chapelle de Magnitot, celle de Jehan d’Isque à droite et celle de Jacques de Perreau à gauche.
           Dans la description qui suit des épitaphes sur bandeau, qui entourent les dalles sur trois côtés, l’écu vide indique la place de l’écu aux armes du défunt coupant le texte. Le cercle indique la représentation figurée des quatre évangélistes, faite au milieu d’un cercle et située aux quatre coins des deux dalles funéraires.
          On parlera de tête, de côtés et de base ou de pied pour ces deux pierres tombales, les défunts étant représentés « debout » dans un décor architectural religieux.

            Nous nous consacrerons surtout à la description de la dalle funéraire de Jacques de Perreau, objet de ce dossier, comparée à celle de Jehan d’Isque et à d’autres de même époque, ou plus anciennes.


1. Jehan d’Isque

La gravure de cette pierre tombale (201 x 93 cm), réalisée après 1504, date du décès, correspond, par son style archaïque, aux pierres tombales d’époque antérieure. La pierre calcaire a souffert de l’humidité et des concrétions calcaires sont en train de faire disparaître une partie des ciselures. Des mesures conservatoires d’urgence s’imposent.

Vue partielle de la dalle de Jehan d’Isque


Epitaphe :

Côté droit :  O Cy gist noble home Jehan de Isque en son  viuant cheuallier et seigneur dudit lieu de Isque O 

Base :  et magnitot et de omeruille le quel ala

Côté gauche :  O  de vie a trespas le XXe jour dauril lan mil cinq cens  et quatre apres pasques. Priez dieu pour son ame  O 

Transcription :

Cy gist noble homme Jehan d’Isque, en son vivant chevalier et seigneur dudit lieu d’Isque, de Magnitot et d’Omerville, lequel alla de vie à trépas le 20e jour d’avril l’an 1504 après Pâques. Priez Dieu pour son âme.


Commentaires :

La date de 1504 ne correspond pas à celle donnée dans d’autres documents, qui mentionnent 1505 comme l’année de la mort de Jehan d’Isque.
       Le défunt est représenté dans un cadre architectural religieux, sacré, comme s’il était debout sous une voûte, devant une ouverture ou dans une stalle. Cependant, sa tête repose sur un coussin, ce qui montre qu’il est considéré aussi comme couché. Cette double position est curieuse mais non exceptionnelle, comparée à d’autres dalles funéraires connues. Tête nue, les yeux ouverts, mains jointes, il est en tenue de chevalier[33], en armes (l’épée à sa gauche, la dague à sa droite), avec ses deux gantelets au côté droit, un lion aux pieds et son heaume emplumé posé sur le sol à sa gauche. La tête et les mains sont gravées sur une plaque de marbre blanc incrustée dans la pierre tombale. Les autres inclusions (la croix du blason, répété cinq fois, deux fois dans le texte et trois fois sur le personnage : sur ses épaules et sur le devant de son pourpoint ou tabard), si elles ont existé, devaient être en cuivre. Celui-ci, facile à enlever, a pu être récupéré à une époque récente.
       Aux quatre coins de la dalle, les quatre évangélistes (Jean, Luc, Marc et Matthieu) sont représentés dans un cercle par une symbolique conventionnelle : l’aigle pour Jean, le taureau ailé pour Luc, le lion ailé pour Marc, un ange pour Matthieu, chacun tenant un rouleau de parchemin représentant un évangile. La même disposition et la même symbolique seront reprises pour la dalle de Jacques de Perreau : en bas à gauche le taureau, en haut à gauche l’aigle, en haut à droite l’ange et en bas à droite le lion.
         Comme dans les dalles funéraires du siècle précédent, le défunt est accompagné d’anges et « d’orants » (un abbé et un évêque, qui peuvent être les saints patrons du défunt, intercesseurs auprès de Dieu pour le salut de son âme), représentés sour forme de statues qui prient pour son salut dans de petites chapelles ou niches étagées sur les piliers, de chaque côté de lui, surmontées d’un clocheton ou pinacle. Cette iconographie, classique [34], ne sera pas entièrement reprise sur la dalle de Jacques de Perreau qui, cependant, comporte la symbolique ancienne de l’élévation de l’âme, absente de la dalle de Jehan d’Isque.


2. Jacques de Perreau

Cette pierre tombale (200 x 94 cm) semble avoir été copiée sur la précédente. Son style est archaïque pour le début du XVIe siècle, puisqu’elle est postérieure à 1528, date du décès. La pierre calcaire utilisée est de meilleure qualité et mieux conservée que celle de Jehan d’Isque. Les décors, très nets, sont cependant plus simples et moins affinés.


Epitaphe :

Côté droit : O Cy gist noble hnẽ Jaques de perreau  en son viuãt sr de cattillon et O 

Base :   pannetier ordinayre du

Côté gauche : O  roy de frãce & dãgleterre lequel  passa le XIIIIo Jor de Jãuier  m.Vc.XXVIII O 

Transcription :

Cy gist noble homme Jacques de Perreau, en son vivant sieur de Cattillon et panetier ordinaire du roy de France et d’Angleterre, lequel trespassa le 14e jour de janvier 1528.

Commentaires :

La date correspond à celle donnée par René de Bruc en 1638, un siècle après. La mention « Cattillon » est une erreur de gravure pour « Castillon » (aujourd’hui « Châtillon »). En outre, la mention « panetier ordinaire du roy de France et d’Angleterre » paraît erronée et confondre deux activités du défunt, mort en exercice : panetier du roi de France et ambassadeur auprès du roi d’Angleterre. On remarquera que certaines lettres sont collées à celle qui précède : « hnẽ » pour homme (le h est imbriqué dans les deux premiers jambages du m), de, pe, pa, dã, et que plusieurs mots sont abrégés : hmẽ (homme), vivãt (vivant), Frãce (France), etc., outre l’écriture identique du v et du u (sauf parfois en début de mot). L’absence de majuscule est habituelle. Souvent les « j » sont écrits en caractère majuscule en début de mot. De telles observations sont courantes dans les manuscrits des XVe et XVIe siècles.
            Comme pour la pierre tombale précédente, le texte (la base des lettres toujours tournée vers l’intérieur) court sur un bandeau tout autour de la dalle sur les côtés et au pied de celle-ci, la tête étant libre de texte. Il part du côté droit (à gauche du personnage) et se termine du côté gauche (à droite du personnage). Il est coupé aux quatre coins par un cercle contenant une représentation figurée d’un des quatre évangélistes. Au milieu de chaque grand côté, le texte est en outre coupé par un écu aux armes du défunt, orienté vers le pied de la dalle. La dalle ne comporte pas d’incrustations en marbre blanc mais elle a pu comporter des inclusions de cuivre dans l’écu du personnage, répété cinq fois (deux dans le texte, un sur le devant du pourpoint ou tabard, un sur chaque épaule). L’écu du défunt comporte un chevron avec une coquille saint-jacques en pointe. La coquille saint-jacques est à la fois une référence au prénom (et au saint patron) du défunt et à sa piété.
            Les quatre évangélistes sont représentés par leur symbole dont la tête est surmontée d’une auréole ou nimbe. Chacun tient une bande de parchemin déroulé, représentant le texte d’un évangile. On reconnaît facilement à la base de la dalle, à gauche, un taureau ailé, symbole de Luc, et à droite semble-t-il le lion ailé de Marc. En haut à droite est bien visible l’ange de Mathieu et à gauche l’aigle de Jean, moins net. Les quatre représentations, ainsi que celles des anges en tête de la dalle, sont ailes éployées (ouvertes), prêtes à l’envol.

Les quatre évangélistes


Luc
 
Marc
 
Matthieu
 
Jean


Contrairement à la pierre tombale de Jehan d’Isque, il n’y a pas de représentations d’orants, mais le cadre architectural religieux est le même, en plus simple (position du défunt sous un arc de voûte trilobé, comme s’il était debout au milieu d’un passage, d’une baie ou dans une stalle). Il est possible que les quelques différences entre les deux dalles marquent une différence de statut entre les deux hommes (Jacques de Perreau a été anobli), mais ce n’est pas sûr car les fonctions de Jacques de Perreau auprès des rois de France et d’Angleterre le plaçaient à un haut niveau dans la hiérarchie sociale. On peut faire remarquer simplement que les deux dalles funéraires ont été gravées à quelques années d’intervalle, probablement par des sculpteurs différents, le second ayant copié le premier en simplifiant les thèmes représentés, quoique travaillant avec une grande minutie.
        Le défunt est présenté tourné vers l’observateur, debout, tête nue, les yeux ouverts, en orant (mains jointes) et en tenue de chevalier (cotte de mailles, armure, épée, poignard, heaume, écu personnel ou familial sur le devant, sur les épaules et, certainement, dans le dos, non visible), avec un lévrier aux pieds (symbole de fidélité), le heaume emplumé étant posé sur le sol. Il tient ses armes à la ceinture : à sa gauche l’épée en partie cachée dans les plis du tabard, et à sa droite le poignard accompagné d’un gantelet métallique. Le costume ainsi que les éléments d’armure et d’armement sont très détaillés, comme on le voit par exemple avec les rivets de genouillère, les jonctions des différentes pièces, les solerets (protection des pieds), ou simplement les plumes du heaume ou encore son crochet d’attache.

L’élévation ou re-naissance de l’âme

            Deux anges nus et ailés, jouant de la flûte (ou sonnant de la trompe), surmontent la tête du défunt de part et d’autre. Entre ceux-ci et au dessus de la tête se trouve représenté le thème de l’élévation de l’âme, selon des conventions qui remontent à l’art byzantin mais aussi aux origines de l’art chrétien occidental[35] : dans une petite chapelle ressemblant à un temple antique, figurant le sanctuaire divin du ciel ou paradis (à l’image du tabernacle des églises), Abraham auréolé est assis et tient sur les genoux un enfant nu émergeant de son giron[36] (réceptacle formé avec le tissu de son vêtement), image de l’âme du défunt en train de renaître entre les mains de son père du ciel.


3. Eléments de comparaison

Rares sont les travaux sur l’iconographie funéraire de cette époque[37]. Quelques éléments de comparaison se trouvent, en ce qui concerne le Val-d’Oise, dans les mémoires et le bulletin de la Société Historique et Archéologique du Val d’Oise.
            On pourra tout d’abord citer la dalle funéraire en cuivre de Guillaume Guillemère[38], prieur de Notre-Dame d’Argenteuil, décédé en 1490, et qui se trouve être, par un étonnant hasard, originaire de la paroisse Saint-Léonard de Corbigny (en Nivernais) comme les Perreau et cousin de Jacques de Perreau [39]. Parmi les éléments de comparaison à retenir, notons la position debout du défunt au milieu d’une baie ou stalle, les mains jointes, les yeux ouverts, deux lévriers aux pieds, avec au dessus de la tête une représentation de Jésus ou d’Abraham auréolé et assis portant dans son giron le corps naissant d’un enfant, image de la renaissance de l’âme du défunt, encadré par des anges ailés, avec aux quatre coins une représentation ailée des quatre évangélistes.
           La dalle funéraire de Jean du Perchay (décédé en 1280) est beaucoup plus ancienne[40] et assez différente de nos exemples précédents. Elle est quasi identique à d’autres dalles de même époque ailleurs en France (vêtement, position du corps et de l’épée, etc.) comme par exemple celle dite de Guillaume Taillefer d’Angoulême (mort en 1028) trouvée dans l’abbaye Saint-Cybard d’Angoulême, et datée du XIVe siècle. On y retrouve cependant en particulier l’arc ogival trilobé qui encadre la tête du défunt, le chien ou lévrier couché aux pieds de l’homme en cotte de mailles, celui-ci debout les yeux ouverts dans une chapelle, mains jointes, surmonté de deux anges ailés. Sur d’autres dalles funéraires de même époque, que l’on peut voir au Musée du Louvre (Aile Richelieu, gisants gothiques), on retrouve les anges thuriféraires encadrant la tête de la défunte (Agnès de Dompierre, dame d’Aubiné, épouse de Guillaume de Fontaine, morte en 1313) ou la foule de détails religieux et la finesse de la gravure en dentelle (Jean Casse, chanoine et chancelier de la cathédrale de Noyon, mort en 1350) préfigurant les dalles du XVe siècle.
        Deux autres dalles funéraires situées dans l’église de Piscop (Val d’Oise), de la deuxième moitié du XVIe siècle, offrant des éléments de comparaison supplémentaires, ont été remarquablement étudiées par Madame Hartmann[41] . Il s’agit des dalles funéraires de la famille Bracque (Robert Bracque, son frère François de Bracque, ainsi que leurs épouses), chacune représentant un couple : d’une part un chevalier en armure à dextre (à gauche de l’observateur) et d’autre part une femme en robe à senestre (à droite de l’observateur). Les hommes ont au pied un lion, symbole de force. Le style est assez différent de celui des dalles de Magnitot mais on y retrouve en grande partie la même symbolique et les incrustations en marbre des visages et des mains (comme pour Jehan d’Isque). Il manque cependant les représentations des quatre évangélistes et le thème de l’élévation de l’âme. On pourra se reporter à l’étude d’Eliane Hartmann dont le texte conviendrait aussi bien aux dalles de Magnitot. La dalle funéraire de Jehan d’Isque et celles des deux frères Bracque sont les seules connues du Val d’Oise avec incrustations de marbre.
            On peut ajouter, parmi les nombreuses pierres tombales françaises gravées et connues des XVe - XVIe siècles, les deux dalles provenant de la chapelle du château de Montry (près de Meaux), classées en 1910. On y retrouve la même inspiration et le même style archaïque. La première concerne Abel de Buz, décédé en 1529, panetier du roi Charles VIII (+ 1498), et son épouse Anne de Reilhac, décédée en 1522. Abel de Buz, panetier du roi, est un « collègue » de Jacques de Perreau, décédé un an après lui. La dalle représente les deux époux côte à côte, chacun dans un décor de chapelle, l’homme à dextre, la femme à senestre, mains jointes, la tête encadrée dans un arc ogival trilobé, avec son âme en élévation sous forme d’un enfant nu naissant dans un tissu tendu entre les mains d’un personnage assis et auréolé (Jésus ou Abraham). L’homme, en tenue de chevalier, a un lion aux pieds, alors que sa femme a deux levrettes, symboles de fidélité. Ils sont tous deux couverts de leur blason, pour l’homme sur le devant et les épaules de son tabard, pour la femme sur le devant de la robe. L’ensemble obéit aux mêmes règles symboliques que les dalles précédemment citées. Cependant, comme sur la dalle de Jehan d’Isque, les défunts sont à la fois debout dans une chapelle et couchés, un coussin sous la tête. La seconde dalle, de gravure assez fruste, concerne Claude II de Reilhac (1553-1595), représenté en armure selon un style qui s’apparente à celui du XVe siècle, le heaume emplumé à ses pieds à gauche et les gantelets à droite comme dans les autres représentations citées. Il n’y a plus de lion ou d’élévation de l’âme. En outre, l’épée est portée au côté droit contrairement aux autres exemples donnés, le défunt étant peut-être gaucher.
            Ces diverses dalles, issues d’ateliers spécialisés, sont à la fois les témoins d’un art consommé et de conventions stylistiques souvent archaïques par rapport aux époques de leur réalisation. Elles ont en outre été réalisées pour porter un message aux vivants des générations ultérieures. Pour ces raisons, elles sont une source de réflexion pour les observateurs, qu’ils soient ou non croyants. Il est important de pouvoir les décrire, les interpréter et les faire parler le plus possible avec l’aide et au profit des diverses disciplines concernées : archéologie, muséographie et conservation, histoire de la société, de l’art, de l’architecture et des religions, généalogie, héraldique, etc.

Dalles funéraires des XVe et XVIe siècles

     

Guillaume Guillemère                          Abel et Anne de Buz

.

32   On parle de dalle avec inscription ou « épigraphe ». A l’inverse, en l’absence d’inscription, on parle de dalle « anépigraphe ».

[33]    C’est-à-dire en armure, cote de mailles, cubitières, canons de bras, cuissards, genouillères, cuissards, solerets, éperons, gantelets, heaume à plumail, etc.

[34]     Elle est en effet classique, dans tous ses détails : habillement, posture, positionnement des armes, du lion, des gantelets, du casque ou heaume emplumé, du bandeau épigraphe, des éléments architecturaux, etc.

[35]     Cf. le verset 2 du Psaume 130 de la Bible : « …mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère ». Dès le XIe siècle, cette représentation de l’âme, sous forme d’un enfant nu accueilli dans le giron du Christ ou celui d’Abraham, apparaît dans l’art chrétien oriental relatif à la dormition (assomption) de Marie (par exemple : fresque d’Agaç Alti Kilise, Turquie). Selon la thèse orthodoxe de la dormition, Marie, mère du Christ, est morte avant son assomption : son âme serait donc montée au ciel avant son corps. Dans l’art chrétien occidental, on voit apparaître très tôt la représentation de l’élévation de l’âme du bon larron sous forme d’un bébé ou jeune enfant nu que des anges tirent de son corps pour l’élever au ciel, alors qu’au contraire, du corps de l’autre larron est tiré un autre enfant pour être descendu aux enfers. En règle générale, les défunts, tant qu’ils ne sont pas admis au ciel, sont représentés nus dans l’ensemble de l’iconographie chrétienne.

[36]     C’est ce que l’on appelle « le giron d’Abraham », ancêtre proclamé de tous les chrétiens, dans lequel sont accueillies les âmes des « justes » après leur mort (exemple : Colmar, musée d’Unterlinden, chapiteau (?) en grès, milieu XIIe siècle). En ce qui concerne la « dormition » de Marie, c’est le Christ son fils qui accueille dans son giron l’âme de sa mère enveloppée ou non de langes. Dans les autres cas, on peut interpréter le personnage dans le giron duquel émerge l’enfant-âme du défunt comme étant celui d’Abraham plutôt que celui du Christ. Parmi les exemples anciens, citons : Valenciennes - BM - ms.0500, f.062v, Vita S. Amandi, vers 1160-1170, « âme de saint Amand dans le giron d’Abraham ».

[37]   Voir cependant Georges Duby, Le Temps des cathédrales, Gallimard, Bib Histoires, 1976 et L’Art et la Société : Moyen-Âge – XXe siècle, Collection « Quarto », 2002, 1282p. ; Emile Male, L'Art religieux de la fin du moyen âge en France : étude sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration, Armand Colin, 1999, 570 p.

[38]     Eliane Hartmann, « Argenteuil au XVe siècle, 2e partie : la société », Mémoires de la SHAV, tome LXXX, 1997, p.163. Voir sa bibliographie.

[39]     Il est probablement fils de Guillaume Guillemère et de Marie Perreau, grande tante de Jacques de Perreau.

[40]   Jacques Picard, « Quelques aperçus de la vie religieuse d’un village du Vexin français sous l’ancien régime : le Perchay », Mémoires de la SHAV, tome LXXX, 1997, p.259.

[41]     Eliane Hartmann, « Les dalles funéraires gravées de l’église de Piscop (XVIème siècle) », Bulletin de la SHAV, n°49-50, 1989, p.15-30.

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Published by Famille Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 14:08
(partie précédente)

La tombe de Jacques de Perreau à Magnitot (suite 2)
Ascension familiale et débuts du protestantisme (XVe-XVIe s.)

Charles de LESPINAY, juin 2003


Une curiosité : des alliances imbriquées

            Si l’on n’a pas trouvé de source mentionnant l’alliance de Jacques de Perreau, on connaît beaucoup mieux les alliances de son environnement familial. Celles-ci, par leur imbrication, sont une curiosité digne d’être présentée, montrant l’étendue des relations familiales et de clientèle qu’elles ont favorisées, prélude à la circulation des idées et à la propagation du protestantisme.

Louis d’Espinay[22] veuf de Charlotte d’Isque, nièce de Jacques de Perreau, épouse en 1554 la belle-sœur de Jacques de Perreau, Jacqueline de Rymerswael[23] . C’est probablement autant à cause de cette parenté que de leur présence conjointe à la cour royale qu’ils se sont connus. Le mari défunt de Jacqueline de Rymerswael, Louis du Perreau, frère de Jacques de Perreau, avait épousé vers l’âge de 40 ans (en 1526) Anne de Saint-Marsault, elle-même âgée d’environ 40 ans, veuve en deuxièmes noces de Jean de Lespinay (mort en 1517) fils d’un trésorier de Bretagne. Les biens de ce trésorier, saisis à sa mort en charge en 1524, avaient été donnés sur proposition du « prince de Rohan »[24] par le roi en 1527 (et lettre de 1529) à Louis du Perreau, époux depuis 1526 de la bru du trésorier, devenu par ce mariage tuteur de Samson de Lespinay, né vers 1516, fils du deuxième mariage de sa femme et petit-fils du trésorier. Cette donation royale à un allié du réseau familial Lespinay-St-Marsault n’est pas une coïncidence. Les princes et vicomtes de Rohan étaient les suzerains des Lespinay et leurs protecteurs, et surtout des parents de Marie du Chaffault, fille du premier mariage d’Anne de Saint-Marsault avec Jean du Chaffault (décédé en 1512), qui avait épousé Guillaume de Lespinay, demi-frère de Samson. Si Louis du Perreau était décédé avant son épouse et sans postérité, ses biens seraient revenus à celle-ci puis à ses enfants, et donc en grande partie aux Lespinay, par droit d’aînesse.

Le tableau suivant essaie de montrer une partie des relations créées par des alliances successives : sept personnes liées ensemble par veuvages consécutifs, dont la descendance a contracté alliance et bénéficié de contacts familiaux élargis. Il ne montre pas la proximité généalogique des Rohan et de la duchesse Anne de Bretagne avec les du Chaffault, et par conséquent avec Anne de St-Marsault et les Lespinay, ni celle de Louis XII et de François Ier avec les Perreau, parentés de type « féodal » qui nécessiteraient d’autres tableaux complexes nous éloignant du Vexin. Ces personnes, pour la plupart, avaient en commun d’être proches de la cour royale de France.


Tableau 2 – Des alliances imbriquées[25]



           On a l’impression que plusieurs de ces alliances imbriquées ne sont pas des hasards. La famille de Rohan semble avoir pris en main la destinée de Louis du Perreau (dont la propre tante, Léonarde Perreau, a épousé Herman de Clèves, cousin du roi), encourageant son mariage en 1526 avec une cousine par alliance des Rohan (puisque veuve de Jean du Chaffault cousin des Rohan), bru en seconde noce du trésorier de Bretagne défunt, saisi par le pouvoir royal. Puis, une fois Louis devenu veuf et sans enfants de ce mariage, René de Rohan encourage son remariage en 1542 (il a environ 56 ans !) avec une jeune dame d’honneur d’Eléonore d’Autriche de très haute lignée, Jacqueline de Rymerswael, et les héberge tous deux en son château de Blain. Après la mort de Louis du Perreau en 1548, il prend en charge l’éducation de ses trois enfants. Peu après la naissance vers 1547 de leur seule fille et troisième enfant Eléonore, Isabeau de Navarre, alors veuve de René de Rohan, favorise les tractations en vue de mariage entre les Lespinay et Jacqueline de Rymerswael, veuve de Louis du Perreau, qui vient de se remarier avec Louis d’Espinay. Ces tractations dureront 10 ans, au cours desquels Samson de Lespinay abandonne sa place à son neveu Pierre de Lespinay, chef du nom et d’armes, lui-même veuf, qui a le même âge que lui et qui épousera donc à l’âge d’environ 46 ans la riche héritière âgée de 16 ans, récupérant ainsi tous les biens saisis sur sa famille.

            L’action des Rohan ne s’arrêtera pas là non plus. Fondateur de la communauté huguenote de Bretagne, grand ami de François d’Andelot de Coligny, protecteur des huguenots, Henri de Rohan [26] fera convertir au protestantisme tous les membres de sa cour, dont les Lespinay et les enfants Perreau, malgré l’opposition de Jacqueline de Rymerswael, alors veuve de Louis d’Espinay, décédé en 1557. La descendance de Louis d’Espinay restera catholique. Quant à Duplessis-Mornay, neveu par alliance de Louis d’Espinay, élevé dans un milieu familial catholique, mais entouré de personnes (dont sa mère) qui se tournent vers le protestantisme, lui-même ami de l’amiral de Coligny, frère d’Andelot, il se convertit au protestantisme par une démarche que les historiens ont présentée comme personnelle mais qui correspond à celle de son entourage familial étendu, lié à la cour des Rohan, convertie dès 1559, et à la cour royale.


Une famille d’une grande piété ?

Outre son ascension sociale et économique rapide, la particularité de cette famille fut une grande piété, très représentative de l’époque, à la recherche de voies d’expression nouvelles. Jacques meurt « en odeur de sainteté » à Londres et son corps est rapatrié en France pour être enterré à Magnitot où sa pierre tombale le montre les mains jointes, un « pacifique » lévrier à ses pieds. Son frère cadet Louis est aussi réputé pour sa piété, de même que sa belle-sœur Jacqueline de Rymerswael. Si les deux frères, morts trop tôt, n'ont pu avoir de rôle direct dans l’avènement du calvinisme dans le Vexin et en Bretagne, leur famille y fut étroitement mêlée. Selon certains érudits [27], Monsieur de Castillon aurait puisé les idées protestantes en Angleterre mais cela n’est pas si sûr car il semble être resté fervent catholique jusqu’à sa mort. En 1558 eut lieu la première prédication calviniste par les ministres Fleurier et Loiseleur au château de Blain, à l’instigation de François d’Andelot de Coligny, devant les Rohan et leurs vassaux rassemblés. Dès 1559, les enfants Perreau et les Lespinay, tous vassaux des Rohan, étaient convertis. Leur descendance persistera jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes et même après, certains rejoignant la confession catholique pour recouvrer leurs biens mis sous séquestre, une autre étant convertie en douceur à la Bastille.

Cependant, Jacqueline de Rymerswael resta fervente catholique jusqu’à sa mort, contrairement par exemple à sa sœur Isabelle, huguenote dès 1555, réfugiée à Cologne. Le fils de son second mariage, Martin d’Espinay, comte de Rosendael, ne suivra pas ses demi-frères et sa demi-sœur dans leur choix religieux. Lors des pourparlers (1557-1563) en vue du mariage entre sa fille Eléonore du Perreau (filleule de la reine Eléonore) et Pierre de Lespinay (petit-fils de Jean V de Lespinay), elle insista dans un contrat notarié du 30 avril 1563 pour que le mariage soit catholique mais, sur la pression des Rohan, les futurs mariés étant en outre déjà convertis au calvinisme, celui-ci fut célébré au grand temple du bourg de Blain selon le rite réformé. Ses deux premiers fils, très pieux, vécurent dans une assez grande austérité au sein de la religion réformée.

On n’a aucune autre information sur Jacques de Perreau, le frère aîné de Louis. Le fait qu’il décède en 1528 en Angleterre pourrait laisser supposer qu’il y était en mission pour le roi de France et que les relations qu’il y avait ont pu favoriser le choix de son frère comme ambassadeur du roi de France en 1533. Sa pierre tombale représente en tout cas un personnage important, en tenue de chevalier. L’étude plus approfondie des archives du XVIe siècle pourrait nous en dire plus[28]. La coïncidence entre l’apparition du protestantisme à Blain et dans le Vexin où les Perreau avaient des relations familiales laisse à penser que ces deux régions étaient liées de façon particulière à travers quelques personnes influentes et attirées par de nouvelles formes de dévotion. Parmi ces personnes il y a les Coligny, les Rohan, les Perreau et les Mornay, les uns étant à la tête d’un réseau de clientèle, les autres au sein d’un système d’alliances familiales complexes, comme le montre le tableau d’alliances imbriquées ci-dessus, exemple parmi d’autres des relations familiales « étendues » qui pouvaient lier entre elles diverses régions de France ou même d’Europe.

L’intérêt des généalogies utilisées ici est qu’elles permettent de poser des questions, dans la mesure où leur construction est fiable. Il reste cependant encore beaucoup de zones d’ombre. Par exemple, Marguerite Perreau, qui est sans aucun doute une proche parente de Jacques de Perreau, est-elle sa fille ou plutôt sa sœur ? Jacques de Perreau est-il le beau-père de Louis d’Isque, son beau-frère ou celui de son père, Jehan d’Isque, près duquel il repose à Magnitot ? Louis du Perreau, présenté comme le frère de Jacques de Perreau, ne serait-il pas plutôt un de ses fils (est-ce un hasard s’il porte le même prénom que Louis d’Isque ?), si l’on tient compte de l’écart d’âge entre eux et du fait que Louis[29] lui succède entre autre comme gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, portant le même écu fleurdelysé ? Nous avons fait des choix qui nous paraissent logiques au vu des dates et des documents dont nous disposons, mais qui pourront être contredits par des données et des hypothèses ultérieures. En ce qui concerne les d’Isque, il subsiste aussi des zones d’ombre sur leur généalogie. La certitude que nous pouvons avoir est que les Perreau et les d’Isque sont liés par Louis d’Isque et Marguerite Perreau et peut-être par Jehan d’Isque et Jacques de Perreau (époux d’une sœur ou d’une fille de Jehan d’Isque, ou père de Marguerite Perreau).

Pour mieux comprendre à la fois l’histoire politique de la France et celle du protestantisme, il conviendrait d’étudier un peu plus les familles alliées partiellement présentées dans le tableau relatif aux alliances imbriquées. On y voit que les Perreau, les Lespinay, une partie des d’Isque et des Mornay vont entrer dans le protestantisme de façon presque concommitante sous l’influence des mêmes réseaux familiaux et politiques, comme nous en avons déjà donné un aperçu auparavant. En particulier, l’histoire des d’Isque vient semble-t-il apporter d’autres éléments de réflexion à l’histoire du protestantisme, puisque plusieurs descendants de Jehan d’Isque, devenus protestants, seront obligés de migrer au delà du Rhin ou en Suisse, puis pour certains aux Amériques. On s’aperçoit ainsi que Jacques de Mornay, père du célèbre Duplessis-Mornay et petit-fils de Jehan d’Isque, avait plusieurs cousins germains protestants, enfants de son oncle Philippe d’Isque, dont Jean d’Isque, fils de la deuxième femme de Philippe, Catherine de Lamparé. Ce cousin avait épousé la fille de Jean Lenfant, relation de Calvin et chef des protestants lorrains à Strasbourg, qui fut condamné à mort et exécuté comme protestant en 1571. Un dernier schéma généalogique, celui des d’Isque vexinois au XVIe siècle, va illustrer ce qui vient d’être dit et peut-être ouvrir d’autres pistes de recherches.


Tableau 3 – Les descendants de Jehan d’Isque au XVIe siècle 

 

      

Charlotte d'Isque eut de son mari Louis d'Espinay une fille, Madeleine, qui épousa le 22 février 1571 Jérôme Maynet, sieur de La Vallée, protestant dieppois (+1574), conseiller clerc au Parlement de Rouen, dont elle n'eut pas d'enfants. Ses cousins germains Tite et Jean (fils de Philippe d'Isque), et Jacques de Mornay (fils de Berthe d'Isque) se sont eux-mêmes convertis au protestantisme.

François d’Isque, prêtre, conseiller au Parlement de Paris, est chancelier [30] de la reine Eléonore et donc membre de sa cour comme Louis du Perreau, frère probable de Marguerite Perreau (belle-sœur de François), et Jacqueline de Rymerswael. Louis d’Isque apparaît dans la liste de bénéficiaires de pensions diverses pour services rendus au roi en 1516[31], ce qui montre bien qu’il fréquente aussi l’entourage royal.

             Nous avons vu que les deux réseaux familiaux des Perreau et des d’Isque se sont trouvés inclus dans les réseaux politiques des Rohan et des Coligny, en relation étroite avec la cour royale. Il sera intéressant de chercher s’il existe de même des liens entre les familles alliées des d’Isque (Chaumont, Bièvre, Lamparé, Mornay, du Bec, Lenfant, etc.), ces mêmes réseaux et d’autres encore qui n’apparaissent pas ici. Pour le moment, à partir de l’étude rapide de la pierre tombale vexinoise d’un homme de foi, d’une origine qui paraissait obscure, on a commencé à percevoir que cet homme était l’un des chaînons d’un ensemble de réseaux, à la fois témoins et acteurs de la révolution religieuse qui parcourt l’Europe au XVIe siècle.

 


[22]     Seigneur de Boisguéroult ou Bois-Gros, chef de la branche aînée de la famille normande des d’Espinay-Saint-Luc.

[23]     Par conséquent sa « tante par alliance ».

[24]   D’après le généalogiste breton René de Bruc, en 1638, B.N., Mss.Fr., Cabinet de d'Hozier, vol.266, dos.7146. Par sa femme Anne, princesse de Rohan, dame de Blain (+1529), qu’il épouse en 1516, Pierre de Rohan-Gié (+1526) est le suzerain des Lespinay. Anne est la cousine germaine de la duchesse Anne de Bretagne. Quant à son mari, il est lui-même cousin germain de Jean du Chaffault, premier mari d’Anne de Saint-Marsault. A la suite d’Anne de Rohan, sa bru Isabeau de Navarre, épouse de René de Rohan (+1552), continuera de prendre en main les intérêts de Louis du Perreau et de la descendance du trésorier déchu.

[25]   Le signe [=] est une convention en ethnologie de la parenté pour désigner les relations matrimoniales en général, à travers ou non un mariage « régulier ». Les généalogistes utilisent plutôt le signe [x] qui symbolise le mariage légal mais non l’union « libre ». On trouvera aussi l’abréviation « ép. » pour « épouse un tel ou une telle ». Les dates d’alliance marquées ne sont pas toujours celles de la cérémonie religieuse mais parfois celles du contrat de mariage, antérieur à la cérémonie.

[26]    Petit-fils de Pierre de Rohan-Gié et d’Anne de Rohan, fils de René de Rohan et d’Isabeau de Navarre.

[27]     Voir : Marquise de Lespinay, Pierre de Lespinay et les débuts du calvinisme à Blain, Chantonnay, Gaultier [1939], p.26.

[28]     Voir entre autres : Bibl.Nat., mémoires de Castelnau, successeur de Castillon en Angleterre, fonds Dupuy 33.

[29]     Louis nomme en outre son fils cadet Jacques (la tradition de l’époque veut que les aîné(e)s des enfants portent assez souvent le prénom d’un de leurs grands-parents, ceux-ci pouvant d’ailleurs être les parrains et marraines).

[30]     Il est encore garde des sceaux de la reine douairière Eléonore le 28 février 1547, date à laquelle il reçoit dispense d’exercer sa charge de conseiller au Parlement de Paris tant qu’il vacquera aux affaires de la reine. Arch. Nat., X LA 1562, f°26 v°.

[31]     Bibl. nat. de France, ms.fr. 25720, f°61 ; U 2037, f°246 v° et 247. Informations transmises par Jean-Philippe Gérard.

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15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 12:17
L'article ci-après, qui n'a pas intéressé les revues spécialisées, a au moins son intérêt pour la compréhension des systèmes d'alliances familiales, les réseaux de parenté et de clientèle qui se sont formés au début du XVIe siècle, au moment où le protestantisme s'installait en Bretagne et ailleurs autour de quelques grands notables : les d'Andelot-Coligny, les Rohan, les Mornay.

Dans le Vexin, comme en Bretagne, les Lespinay et les Perreau se sont trouvés incorporés dans ces trois réseaux interdépendants, formant eux-mêmes ensemble un curieux réseau d'alliances imbriquées. L'étude que nous présentons donne quelques informations sur l'ascension sociale considérable des Perreau, les imbrications d'alliances, les stratégies matrimoniales organisées par les Rohan et impliquant les Lespinay et les Perreau, tout cela à partir de l'étude de la pierre tombale de Jacques de Perreau, à l'inventaire des Monuments historiques, située à Magnitot près de Magny-en-Vexin et d'indications données en 1638 par René de Bruc, généalogiste breton, qui nous ont mis sur la piste de Jacques de Perreau à Magnitot.

Over-blog n'acceptant pas de gros articles, celui-ci est découpé en trois parties :
1) Famille ; 2) Alliances et piété ; 3) Pierre tombale.


La tombe de Jacques de Perreau à Magnitot (1)
Ascension familiale et débuts du protestantisme (XVe-XVIe s.)

Charles de LESPINAY, juin 2003

 

La chapelle de Magnitot (commune de Saint-Gervais, Val-d’Oise) offrait jusqu’il y a peu un mystère. En effet, son autel est encadré par deux magnifiques dalles funéraires épigraphes décorées[1] : l’une concerne un personnage connu, Jehan d’Isque, seigneur d’Isque, Omerville et Magnitot, vêtu en chevalier[2] l’épée à la ceinture, un lion et un heaume à ses pieds, le visage et les mains incrustés de marbre ; l’autre, de même facture et de même époque que la précédente, est celle d’un inconnu dont le nom a souvent été mal déchiffré.[3]

              D’après l’épitaphe sur bandeau répartie sur trois côtés de la dalle funéraire, il s’agit d’un dénommé Jacques de Perreau, Sieur de Cattillon, « panetier ordinaire du roy de France et d’Angleterre », décédé le 14 janvier 1528. Il devait alors avoir environ 50 ans. Représenté debout dans un décor architectural religieux, il est vêtu exactement comme le seigneur d’Isque (décédé en 1504), portant cote de mailles, armure, épée, poignard et gantelet, avec à ses pieds un heaume à plumail de chevalier et un lévrier. Son blason ou écu, représenté de part et d’autre du gisant, ainsi que sur le devant et les épaules de son vêtement, comprend un chevron avec une coquille saint-jacques[4] en pointe et un canton à senestre semé de fleurs de lys. L’existence de cette sépulture est signalée dès 1638 dans une généalogie donnée à d’Hozier par son correspondant en Bretagne René de Bruc[5], qui signale que Jacques de Perreau est décédé à Londres en 1528, « en odeur de sainteté », et enterré en la chapelle de Ma(g)nitot près Magny-en-Vexin. Sa présence dans la chapelle des Isque pouvait logiquement s’expliquer par une proche parenté ou par une alliance avec la famille d’Isque, en tant que beau-frère par exemple.

Et en effet, diverses sources mentionnent le mariage, en 1508, de Louis d’Isque (fils de Jehan précité) sieur d’Omerville et de Magnitot avec une Marguerite Perreau, leur fille Philippe d’Isque épousant le 24 février 1548 Antoine de Chaumont fils de Gilles seigneur de Bellaître[6]. Cette Marguerite Perreau, qui paraît de même génération que Jacques de Perreau, devait donc être sa sœur[7] , celui-ci étant dans ce cas le beau-frère de Louis d’Isque, inhumé probablement à son côté dans l’ancienne chapelle de Magnitot (sa pierre tombale n’a pas été conservée dans la chapelle actuelle). On peut supposer aussi qu’un fort lien d’amitié les avait unis jusqu’à la mort. Cela dit, et sans en savoir plus, nous pouvons essayer de préciser de quelle famille était issu l’homme inhumé à côté du seigneur d’Isque, avant d’étudier une partie du réseau familial auquel il appartenait avec les d’Isque et diverses familles qui vont s’engager dès les années 1550 dans le protestantisme.

Une famille obscure à l’ascension rapide

La famille (de) Perreau est très peu connue des historiens. Son existence nous est révélée essentiellement par les manuscrits français de la Bibliothèque Nationale (Cabinet des Titres) [8], à utiliser avec précaution, et par les archives de la famille de Lespinay[9]. Louis de (ou du) Perreau, frère cadet de Jacques de Perreau, a laissé une correspondance avec M. de Marillac alors qu’il était ambassadeur en Angleterre[10]. A la lecture de ces sources on découvre que, malgré les origines obscures de cette famille, son ascension fut très rapide.

Les Perreau, implantés récemment en Picardie, sont originaires de la paroisse Saint-Léonard de Corbigny dans le Nivernais. Leur premier auteur connu est Jean Perreau, « bourgeois de Saint-Léonard » au début du XVe siècle. Il a deux fils et une fille connus. L’aîné de ses fils, Antoine (de) Perreau, qualifié d’écuyer comme le seront tous ses descendants, est l’auteur de la branche noble du Boucquin subsistante au XVIIe siècle. Le second, Etienne Perreau, marié à Simone Bouchard, est bourgeois de Saint-Léonard. Parmi les cinq enfants d’Etienne Perreau, très bien alliés à des familles essentiellement bourgeoises du Nivernais, « maistre Jean Perreau », épouse début 1479 « honorable femme Magdaleine Laurens » ou de Laurento. Notaire-secrétaire et clerc à la chambre des comptes du roi, il vient s’installer semble-t-il en Picardie, se rapprochant de Paris où son beau-père Nicolas Laurens est maître d’hôtel du roi Louis XI. Les qualificatifs de « maistre » et d’« honorable » semblent indiquer que les deux époux n’étaient pas nobles[11]. Jean Perreau est le père de Jacques et Louis de (du) Perreau [12], tous deux chevaliers et nobles, et très probablement de Marguerite Perreau, tous liés au Vexin : Jacques et Marguerite par les d’Isque de Magnitot, Louis par sa petite-fille Edmée qui épouse Claude du Bosq sieur d’Espinay, résidant dans le Vexin normand.

La généalogie de la famille (de) Perreau établie par René de Bruc vers 1638 a comme personnage central ce Louis de Perreau (ou du Perreau) déjà nommé, chevalier, chanoine de Liège en 1517, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi François Ier de 1529 (ou 1526) à 1547, conseiller du roi, valet de chambre de la reine Eléonore dès son mariage en 1530, chambellan ordinaire du roi et de la reine, capitaine de Guérande en Bretagne jusqu'en 1536, grand maître des eaux et forêts de Bretagne jusqu’en 1541, ambassadeur en Angleterre en 1533, puis de 1537 à 1539, héraut d’armes de l’Ordre de Sa Majesté jusqu’à sa mort en 1548. Il est né avant 1489, année de l’inventaire après décès de feu Jean Perreau son père. Selon René de Bruc, Louis de Perreau est un « Picard de naissance », seigneur de Catillon ou Chastillon « en Picardie » (en réalité, paroisse de Fay en Bretagne). Il est aussi seigneur de Villers (don du roi en 1544), Les Otieux et Marcheville en Picardie. C’est donc un voisin du Vexin et des d’Isque. Une bonne partie, sinon la totalité, de son patrimoine en Picardie et Bretagne provient de dons du roi faits à lui-même ou à son frère Jacques dont il héritera en 1529. Il a épousé en premières noces à Angoulême le 5 mars 1526 Anne [Green] de Saint-Marsault (veuve en premières noces de Jean II du Chaffault et en secondes noces de Jean V de Lespinay, tous deux Bretons), dame d’honneur de la duchesse d’Angoulême et sœur du sénéchal de Périgord. En secondes noces, il épouse au château d’Angoulême en 1542 Jacqueline de Romerswale ou Rymerswael, dame d’honneur d’Eléonore d’Autriche (sœur de Charles Quint et femme de François Ier), fille d’Adrien baron de Lodick, comte de Rosendael, amiral de Flandres, et de Jeanne de Glimes de Grimberghe (descendante des ducs de Brabant) : leurs enfants hériteront d’une fortune considérable. En effet, les six frères et sœurs de Jacqueline n’eurent pas de postérité. Sa dernière sœur, Isabelle de Rymerswael, avait épousé en premières noces le huguenot Jacques de Bourgogne (1557) [13].

Tableau 1 - Les Perreau, aux XVe et XVIe siècles [14]


                     
Jean (de) Perreau          Jacques de Perreau            Louis de Perreau

 

Leurs armes étaient « D’or au chevron d’azur accompagné de trois roses de gueules posées 2 et 1 ». Cependant, les armes portées par la descendance de Jean (de) Perreau et Madeleine Laurens sont, comme on le voit sur la pierre tombale de Magnitot : « D’argent au chevron de sable avec une coquille saint-jacques (ou une rose) en pointe, au franc canton d’azur semé de fleurs de lys d’or » pour Jacques de Perreau, alias « D’argent au chevron de sable, au franc canton d’azur chargé de cinq fleurs de lys d’or posées en sautoir » pour son frère Louis. L’adjonction des fleurs de lys royales ne pouvait se faire qu’avec l’autorisation du roi et en reconnaissance de services particuliers qui ont pu être rendus soit par le père de Jacques et Louis de Perreau, soit par les deux frères eux-mêmes. Il semblerait plutôt que ces armes aient été données aux deux fils de Jean Perreau, lors de leur anoblissement, puisque ceux-ci sont qualifiés nobles selon les documents de leur époque, alors que leurs parents ne le sont pas. Et en effet, Jacques et Louis de Perreau, tous deux gentilhommes ordinaires de la chambre du roi (le premier jusqu’en 1528, date de sa mort, et le second à partir de 1529) ont semble-t-il accompli plusieurs missions de confiance pour le roi François Ier, en particulier en Angleterre et en Italie. Les dons de terres faits à plusieurs reprises par le roi à Louis de Perreau en sont un témoignage de reconnaissance.

Il est intéressant aussi de suivre l’évolution de l’écriture du nom. On sait que la particule n’est pas un indice de noblesse mais, dès la fin du XVe siècle, les Perreau ont semble-t-il commencé à écrire leur nom précédé d’une particule, Antoine de Perreau (auteur de la branche noble du Boucquin, ayant fait ses preuves à la réformation de la noblesse française) lorsqu’il apparaît comme écuyer, et Jean de Perreau lorsqu’il devient « clerc à la chambre des comptes du roi », puis ses fils et leurs enfants après lui, hésitant entre le « de » et le « du ». Cependant, les documents administratifs et notariés de l’époque leur refusent en général la particule que les documents ultérieurs vont parfois leur donner. Le plus souvent, Jean le père de Jacques, Louis et, probablement, Marguerite, est mentionné sans particule, de même que sa fille Marguerite. Même les membres de la branche du Boucquin dont la noblesse a été prouvée sont mentionnés en général sans particule (sauf dans le mémoire de preuves qu’ils ont présenté pour la confirmation de leur noblesse).

Etienne Perreau, père de Jean, était présenté dans une généalogie de la Bibliothèque nationale[15] comme chevalier, Sieur de Roches et de Terripereau (= « terre au Perreau » ou « terre de Perreau »), alors que d’autres sources montrent qu’il était bourgeois de la paroisse Saint-Léonard de Corbigny, titre qui ne s’appliquait pas ici à un noble, membre de la municipalité d’une ville-bourg, mais à un commerçant d’un bourg. Il s’agit d’une amusante reconstruction (« Etienne Perreau, Sieur de Terre au Perreau ») faite au XVIIe siècle à partir de la situation sociale exceptionnelle de Jacques et Louis de Perreau. De façon inhabituelle pour l’époque il semble donc que les Perreau, bien qu’issus de petite bourgeoisie, aient tenté, dès la fin du XVe siècle, d’agréger à leur nom une particule pour mieux coller à leur rang social qui était rehaussé par les alliances qu’ils avaient contractées[16]. Parmi ces alliances bourgeoises et nobles, notons en Nivernais les Bouchard, Guillemère (de St-Léonard, dont un membre était curé d’Argenteuil), de Corbigny, de Tournes, de Morogues, de Clèves (Herman, bâtard légitimé de Nevers) et en Vexin et Picardie les Laurens, d’Isque, du Bosc d’Espinay.

            Jacques de Perreau est donc quelqu’un qui a des relations, par son travail et par sa famille. Son père a dû le faire présenter très jeune au roi ainsi que son frère Louis, tous deux devenant attachés à son entourage. Sous le règne de Charles VIII ou de Louis XII, il reçoit la terre de Castillon en Bretagne [17] en remerciement de ses services. A la mort de Louis XII en 1515, il devient un proche du roi François Ier, époux de Claude fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, son frère étant lui-même nommé chanoine laïque de Liège le 1er juillet 1517. Il faut dire qu’en outre tous deux ont parmi leurs cousins germains par alliance Herman de Clèves, « cousin du roi », petit-fils légitimé de Jean Duc de Clèves, frère de Marie de Clèves, mère de Louis XII[18]. On ne sait à quelle date Jacques de Perreau est devenu « panetier ordinaire du roy de France et d’Angleterre ». La mention paraît curieuse car aucun des rois concernés (Louis XII et François Ier) ne s’intitule roi de France et d’Angleterre[19]. Peut-être faut-il y voir une confusion faite par le sculpteur de la pierre tombale, parmi les informations qui lui ont été données pour réaliser son œuvre, entre l’office de panetier ordinaire tenu par Jacques de Perreau auprès du roi de France et ses ambassades auprès du roi d’Angleterre.

            Un Jacques de Perreau, dit « le jeune Castillon », est mentionné après le décès de notre défunt de Magnitot, ce qui en fait très probablement son fils (la mention « jeune » rappellant en général que le père porte le même prénom, et « Castillon » signifiant qu’il est seigneur, ou fils du seigneur, de cette terre). Il semble avoir pris la suite de son père dans les missions spéciales confiées par le roi. C’est le cas dans un mandement du trésorier de l’épargne du 26 août 1528 pour porter des lettres du roi au comte de Saint-Pol en Italie, et dans un autre mandement du même du 22 septembre 1528 pour rapporter à M. de Saint-Pol en Italie la réponse aux lettres dont celui-ci l’avait chargé pour le roi, et lui faire tenir 10.312 livres 10 sous tournois destinées à son armée [20] . Dès 1529, Louis de Perreau est nommé seigneur de Castillon, ayant semble-t-il succédé à son frère et au « jeune Castillon » très probablement décédé. En mars 1529, il est chargé d’une mission diplomatique pour le roi en Italie et de porter 40.000 livres tournois au comte de Saint-Pol (lieutenant général du duché de Milan) et 40.000 autres livres à Renzo de Cere (lieutenant général du duché de Naples) pour le paiement des gens de guerre [21]. Si Jacques de Perreau le jeune est bien le fils de son homonyme de Magnitot, on peut envisager que ce dernier ait pu épouser une sœur de Louis d’Isque à la même époque où celui-ci épousait Marguerite Perreau, un double mariage par lequel deux amis épousant leurs sœurs respectives renforcaient ainsi leurs liens (ce que pourrait montrer la présence d’un lévrier sur la pierre tombale, symbole de fidélité).



[1]    « Epigraphes », c’est-à-dire avec inscription. Ce sont les seules dalles funéraires qui subsistent dans l’actuelle chapelle. Elles sont inscrites à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

[2]     C’est-à-dire, ici, en armure, cote de mailles, etc.

[3]     La description et le commentaire de ces deux dalles et de leur iconographie justifieraient un article à part. Nous en ferons une description succincte en annexe.

[4]     Il pourrait s’agir soit d’une erreur d’interprétation du graveur : la rose des armes des Perreau étant confondue avec une coquille Saint-Jacques, soit d’un choix : rappelant le prénom du défunt (et son saint patron) et symbolisant peut-être aussi la piété connue du défunt.

[5]       B.N., Mss.Fr., Cabinet de d'Hozier, vol.266, dos.7146.

[6]    J. Depoin, Cartulaire de St-Martin de Pontoise, p.395 ; R. Vasseur, F. Waro, article sur Omerville dans Mémoire de la Société Historique et Archéologique de Pontoise, 1987.

[7]      La tante et la cousine germaine de Jacques de Perreau portent aussi le prénom de Marguerite (voir tableau 1).

[8]      Bibliothèque nationale : Dossiers Bleus vol.517 [Fr.30062] dos.13505 ; Cabinet de d'Hozier vol.266 [Fr.31147] dos.7144, 7145, 7146 ; Fr.7853 fo.1680, et aussi Le Laboureur, Mémoires de Castelnau, t.III, 1731.

[9]   Archives départementales de Loire-Atlantique et de Maine-et-Loire [E 3174], Archives municipales de Nantes, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

[10]   Jean Kaulek, Correspondance politique de MM. de Castillon et de Marillac, ambassadeurs de France en Angleterre (1537-1542), Paris, Félix Alcan éditeur, 1885.

[11]     Cependant, les généalogistes du XVIIe siècle ont tenté de rattacher Madeleine Laurens (alias « de Laurento » en latin) à la famille nivernaise noble de Loron ou Lauron, ce que semblent démentir les documents d’archive.

[12]    Jean Kaulek (op.cit., 1885), dont le travail est très sérieux, en doute fortement à cause des erreurs présentes dans la généalogie publiée par Le Laboureur. Mais, ni Le Laboureur ni Jean Kaulek ne connaissent l’existence de Jacques de Perreau, même si Louis de Perreau est crédité d’un frère aîné par les sources anglaises étudiées par Jean Kaulek. Cependant, les autres sources semblent bien confirmer la filiation proposée ici. De nombreuses questions restent non résolues sans une étude systématique et critique des sources disponibles et des hypothèses, qui n’a pas été faite pour le moment.

[13]    Jacques de Bourgogne (ca.1520-1557 Strasbourg), ami de Calvin, veuf de Yolande de Bréderode (1525-1553), converti dès 1545 à la Réforme comme ses frères François, ancien protonotaire apostolique, et Jean, tous trois persécutés aux Pays-Bas pour leur religion (cf. P. van Kerrebrouck, Les Valois, Villeneuve d’Ascq, 1990, pp.641-642).

[14]    Voir Le Laboureur, Mémoires de Castelnau, t.III, 1731, p.200.

[15]     Bibliothèque nationale, Dossiers Bleus vol.517 [Fr.30062] Perichon-Perrinot dos.13505 Perreau, fo.13.

[16]    La pratique d’ajouter une particule devant le patronyme d’une famille noble sans particule se généralise au cours du XVIIIe siècle, comme le montrent de nombreux cas répertoriés à travers les actes d’ancien régime, dans des régions aussi éloignées que la Bretagne et la Franche-Comté (et la Bourgogne dont dépend Corbigny).

[17]     Paroisse de Fay.

[18]   Presque toute la génération de Jacques de Perreau (Jacques, Marguerite, Louis, et leurs cousines Marguerite et Léonarde) est entrée dans la noblesse, soit par anoblissement soit par mariage, ce qui n’est probablement pas une coïncidence.

[19]     Noter cependant que les rois d’Angleterre de cette époque, quant à eux, se titrent depuis Henry VI « rois d’Angleterre et de France ». Jacques de Perreau aurait-il été panetier du roi d’Angleterre ? Les missions exécutées pour le compte du roi de France et l’octroi dans ses armes d’un franc canton semé de fleur de lys semblent montrer que cela n’était pas le cas. Nous n’avons pas trouvé cependant de mention de Jacques de Perreau comme panetier du roi de France (ou du roi d’Angleterre)…

[20]     Bibl.nat., ms. fr. 10.406, f° 70 et 72 verso. Sources communiquées par Jean-Philippe Gérard, Société d'histoire et d'archéologie du Vexin et du Val d'Oise.

[21]    Jean Kaulek, op. cit., Introduction,

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 22:44
(précédent : Prosopographie de D. Le Page)


Georges Minois, Anne de Bretagne, Paris: Fayard, 1999, 571p.
Extraits, commentaires, procédure, bibliographie


Cet ouvrage est le sommet de l'accumulation en quelques lignes des jugements de valeur contre Jean IV de Lespinay, trésorier de Bretagne, repris de la thèse de Jean Kerhervé soutenue en 1986. La démonstration est simpliste.


 

1) Extraits concernant Jean de Lespinay, trésorier général de Bretagne

p. 145 : « Le duc, puis la duchesse, ne peuvent même plus payer leurs officiers : en 1500, Anne devra toujours 91 819 livres à l’héritier du garde-robier Michel Le Doulx, 27 334 livres à l’argentier de l’écurie Thomas de Riou, 60 009 livres au trésorier et receveur général Jean de Lespinay, 53 200 livres au trésorier de l’Epargne Gilles Thomas, pour une dette publique totale de 486 000 livres. »

p. 179 : « La gestion de Jean de Lespinay, trésorier général d’Anne de Bretagne, est encore plus malhonnête, mais le scandale n’éclatera qu’après sa mort. Issu d’une lignée de receveurs du Gâvre, il est lui-même gestionnaire de cette châtellenie pendant treize ans ; il y ajoute bientôt les domaines de Champtocé, les fermes de la traite des bêtes vives, ports et havres entre le Couesnon et l’Arguenon en 1485, la perception des fouages du diocèse de Nantes en 1487, la direction des finances en 1489, un poste à la chambre des Comptes en 1492, la Trésorerie générale de 1498 à 1524. Sa gestion est dénoncée après sa mort, et laisse apparaître un déficit de 83 465 livres. »

p. 253 : « Le 14 avril [1489], elle se laisse également persuader de nommer comme trésorier général Jean de Lespinay. Cet arrière-vassal du vicomte de Rohan a choisi par calcul le camp d’Anne, et plus particulièrement celui de Philippe de Montauban, à qui il doit sans doute sa promotion. Agé de quarante neuf ans, il a derrière lui une longue carrière d’administrateur dans le domaine ducal, au cours de laquelle il s’est bâti une solide fortune par des pratiques malhonnêtes qu’il va perpétuer dans son nouveau poste, et dont l’ampleur sera révélée par les enquêtes qui suivront son décès. Dans le choix de ses conseillers, Anne semble avant tout guidée par une considération : l’hostilité à d’Albret. Aveuglée par son aversion d’adolescente, elle se laisse imposer un entourage dont la fidélité et les capacités sont sujettes à caution. »

p. 265 : « Les impôts rentrant mal, le trésorier Jean de Lespinay a recours à des subterfuges : le 25 juin 1491, il fait avancer par les dix plus riches familles de chaque paroisse le montant des fouages, à charge pour elles de se rattraper ensuite sur les autres contribuables. On imagine les disputes que cela peut engendrer. »

p. 336 : « C’est le roi — c’est-à-dire son administration — qui règle désormais les affaires bretonnes. Certes, il s’est engagé dès le début de 1492 à maintenir en fonction les officiers nommés précédemment par Anne, et il leur envoie à chacun des lettres de confirmation. Jean de Lespinay, par exemple, garde sans interruption son poste de trésorier receveur général de 1490 à 1513. Cette décision provoque un fort mécontentement dans l’entourage royal, où l’on attendait une distribution des dépouilles. »

p. 389 : [Après la mort de Charles VIII] « Installée au château de Nantes, entourée de Philippe de Montauban, son chancelier, d’Orange, de Rieux, d’Avaugour, de Rohan, assemblage hétéroclite d’anciens ennemis plus ou moins réconciliés, elle dirige personnellement les affaires. Elle a aussi retrouvé son trésorier général, Jean de Lespinay, qui avait été destitué par Charles VIII en 1491. Sa nomination à la trésorerie dès le mois d’avril 1498 est de la part d’Anne une décision éminemment politique, qui illustre sa volonté d’affirmer son indépendance. Lespinay prend en effet la place du trésorier nommé par Charles VIII, Olivier Barraud. C’est aussi une reconnaissance de dette : Anne lui doit 68 000 livres qu’il avait avancées pendant la guerre. Le changement touche d’ailleurs [p.390] toute l’administration des finances, où l’on peut presque parler d’une chasse aux sorcières : sur les neufs receveurs des fouages, huit sont remplacés, le seul qui conserve son poste étant Martin Ayrolde, à Nantes. Des changements de même ampleur ont lieu dans les services de la recette ordinaire, où Anne place des fidèles. Jusqu’à sa mort, Lespinay va conserver la haute main sur le personnel, puique c’est lui qui reçoit la caution des receveurs à leur entrée en charge. Il confie d’ailleurs la recette de Nantes à son propre fils, Guillaume, et place des gens à lui dans tous les services.

Jean de Lespinay est un auxilliaire précieux pour Anne, dont les exigences financières sont considérables. Grosse dépensière, elle dépend beaucoup des capacités de son trésorier à lui fournir rapidement des liquidités. Aussi voit-on ce dernier se rendre fréquemment près de la reine, qui n’est jamais en Bretagne : en 1500 et 1501, il va la rejoindre à Blois, à Paris, à Lyon, à Grenoble, en 1502 et 1503 encore à Blois, Lyon, Orléans. L’homme est habile et efficace, et n’oublie pas de remplir sa propre bourse en même temps que le Trésor ducal : les enquêtes menées après sa mort, en 1524, révéleront de colossales malversations et un débit de plus de 80 000 livres à l’égard du roi. »


2) Commentaires

On remarquera que Georges Minois ne cite Jean de Lespinay que dans les 7 pages mentionnées et presque à chaque fois avec des commentaires négatifs touchant le plus souvent sa seule gestion financière. La notion de « malhonnêteté » n’est pas expliquée mais seulement sous-entendue. Ce qui est sous-entendu c’est que toute l’existence « malhonnête » de « malversations » accumulées de Jean de Lespinay serait démontrée par l’enquête menée après sa mort, ainsi que par le cumul des charges (qui serait à prouver date par date) et par la non clôture de ses comptes avant sa mort (qui ne porte « que » sur 4 ans et demi).
             Les conséquences positives de son activité en Bretagne (y en a-t-il eu ?), son dévouement pour une duchesse et des rois aux exigences très difficiles à satisfaire et l’obligeant à des artifices financiers anormaux, ses nombreuses missions, ses relations privilégiées avec la reine Anne et le roi de France comme conseiller sont minimisées ou ignorées. La fatigue de ses constants déplacements à un âge dépassant 60 ans n’est pas prise en compte comme un témoignage de son dévouement plutôt que de sa supposée âpreté au gain. Même ses origines sont sous-entendues comme moralement douteuses, étant paraît-il issu d’une lignée de receveurs.
             Si l’on peut comprendre l’aversion de cet auteur à l’égard des financiers des XVe-XVIe siècles, sur la base des critères de notre société de la fin du XXe siècle, on a l’impression qu’il n’a pas compris la situation particulière des financiers à cette époque, ni les travaux des autres qu’il a utilisés. Il ne semble pas connaître la responsabilité juridique personnelle des comptables du Trésor sur les créances de l’Etat non recouvrées, jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs. Il ne met pas non plus en balance les créances que Jean de Lespinay a sur le Trésor et qu’il cite lui-même (68 000 livres en 1498, 60 009 livres en 1500) avec les dettes qu’il a du fait de ses comptes non clos au moment de sa mort (83 465 livres en 1524). Rien ne laisse croire que ses créances aient été remboursées. En outre, l’auteur ne semble pas connaître les Lettres données en la Chancellerie à Nantes le 19. xbre 1523 par Jean de Lespinay pour signaler les difficultés qu’il avait à faire rembourser plusieurs prêts par Olivier de Lanvaulx, seigneur de Beaulieu. Elles montrent que le trésorier avait à faire face à de mauvais payeurs, ce qui paraît évident.
            Les travaux de Jean Kerhervé, dont les commentaires sont parfois sévères, donnent au contraire tous les éléments utiles pour comprendre l’époque et les gens de finances du duché, mais aussi porter un jugement sur leurs pratiques peu régulières bien que provoquées souvent par les exigences de l’Etat et par leur statut mal défini. Ils nous apprennent beaucoup de choses sur Jean de Lespinay, futur trésorier (en particulier ses diverses charges de fermier et celle de receveur du Gâvre), mais aussi sur son environnement et ses liens avec les Pinart, les Parageau (du Guiniou) de Plessé, les Becdelièvre (Robellot), les Spadine, les Guiolle qui sont ses parents et alliés (ce que l’auteur oublie de mentionner). Néanmoins, il subsiste quelques erreurs ou incertitudes d’interprétation des documents réunis.

            Nous allons examiner quelques points litigieux, par ordre chronologique.

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Une lignée de receveurs du Gâvre

C’est une affirmation tirée de J. Kerhervé (1987, p.800 : « Jean de Lespinay, issu d’un lignage de receveurs du Gâvre ») et reprise par G. Minnois (1999, p.179). On ne sait sur quoi elle repose. En effet, aucun ancêtre de Jean de Lespinay, futur trésorier, n’est cité comme financier. J. Kerhervé mentionne p.743, note 183, J. et G. de Lespinay (qu’il traduit en index par Jean et Guillaume de Lespinay), receveurs du Gâvre, profitant selon lui de leur fonction pour s’adjuger des coupes de bois à bas prix en 1465 et 1469. Si cette information est exacte, il s’agit très probablement de Jean (IV), le futur trésorier de Bretagne, et de son frère. En 1465, leur père, Jean (III) de Lespinay est mourant et se fait représenter dans certains actes par ses fils. Il est fort probable que ceux-ci ont pris sa suite à la châtellenie du Gâvre, mais étaient-ils bien receveurs ?
            Jean III de Lespinay, père du trésorier, possédant en fief depuis 1448 la ville et passée de Rozet, est à ce titre sergent féodé de la châtellenie du Gâvre, d’après les travaux du marquis de Goué (dans les années 1930), ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose qu’un receveur. Quant à ses ancêtres, on ne sait rien de leurs activités, de leurs fiefs et de leurs seigneuries. Les sergents étaient « chargés de recueillir les rentes dues au seigneur par les particuliers », quant aux sergents féodés ils étaient « pourvus d’un fief qui servait de gage à leur sergenterie » et « n’avaient droit à aucun salaire » contrairement aux sergents ordinaires (Marcel PLANIOL, Histoire des Institutions de la Bretagne, III, 1981, p.355). De là à penser qu’ils se payaient en détournant des fonds...

             Par la suite Jean (IV) de Lespinay est mentionné comme receveur du Gâvre avec Jean Parageau, qui a épousé une de ses cousines du Guiniou. Il semble en fait qu’ils soient tous les deux sergents-féodés à cause de certains fiefs qu’ils possèdent (Rozet, Le Guiniou). P.179 : « il est lui-même gestionnaire de cette châtellenie [du Gâvre] pendant treize ans ». En dehors de certaines hypothèses du Marquis de Goué, historien local, rien ne prouve cette affirmation, la fonction d’un sergent-féodé n’ayant rien à voir avec celle du sénéchal du Gâvre. Néanmoins, les activités d’acquisition foncière de Jean II, de Jean III et de Jean IV de Lespinay semblent montrer qu’ils disposaient de fonds à placer et que très probablement ils travaillaient dans l’administration et la finance locales comme beaucoup de petits nobles ruraux. Par conséquent, parler d’une lignée de petits financiers de campagne aurait été peut-être plus près de la réalité, mais on ne connaît pas la fonction des Lespinay dans la finance locale avant 1489 (ou 1463 pour la recette du Gâvre), contrairement à ce qu’affirme l’auteur.
Donc pas de trace de lignée...

Un lignage qui avait perdu sa terre éponyme

             D’après J. Kerhervé (1987, p.737), « certains lignages avaient perdu leur terre éponyme comme les Maillechat à Hédé, ou les Lespinay à Plessé : ces derniers, en difficulté au début du XVe siècle, devaient racheter pièce par pièce les domaines de leurs ancêtres ». Cette affirmation est tirée de l’ouvrage de la Marquise de Lespinay (1937, pp.88, 123, 129) qui était persuadée que les Lespinay, bien que se disant « cadets », étaient originaires de Plessé. En fait, les achats faits par les Lespinay ne concernent que la reconstitution semble-t-il du patrimoine de Rozet (comprenant en partie la future seigneurie de l’Espinay créée de toutes pièces vers 1492), provenant sans doute de la mère non connue de Jean II de Lespinay, et du patrimoine de la famille de Guillemette du Guiniou, femme de Jean II. Il s'agit donc des patrimoines relatifs aux premières alliances locales des deux premières générations connues des Lespinay à Plessé.
              Rien n’indique nulle part que les Lespinay aient été « en difficulté au début du XVe siècle ». Les travaux de J. Kerhervé à propos des cadets de familles se lançant dans la finance au début du XVe siècle, en utilisant leurs relations familiales, illustrent tout-à-fait ce qui se passe chez les Lespinay de Plessé.

Cumuls financiers de Jean (IV) de Lespinay avant 1489

            J. Kerhervé montre (1987, p.650) que Jean de Lespinay était associé avec Jean Parageau, de Plessé, en 1485 pour la traite des bêtes vives du duché, en 1486 pour la recette ordinaire d'Ingrandes et Champtocé, de 1485 à 1488 pour les ports et havres d'entre le Couesnon et l'Arguenon. Le cumul de fermes a été en général de courte durée (souvent un chevauchement de charges financières), puisqu'on ne peut prouver que ces fermes étaient encore de leur responsabilité après ces dates.
          Le même auteur (1987, p.289) signale que Jean de Lespinay, de même que les autres trésoriers, avait une riche expérience d'administrateur avant de devenir trésorier, expérience qui le recommandait spécialement à l'attention du prince. C'est ce que montrent les sources qui sont produites.
            Il montre aussi (p.757-758) que les Lespinay et les Parageau avaient reçu du duc des joyaux en gage de prêts qu'ils lui avaient accordés, d'après un compte de 1469 à 1472. Il subsiste néanmoins une incertitude car nous connaissions jusqu'à maintenant deux autres mentions dans la même source utilisée par Kerhervé (Archives L-Atl. E 205) : une du 2 juin 1465, concernant la signature de Jean (III ou IV) de Lespinay comme témoin au bas d'un acte de prêt au Duc par les Parageau garanti par des objets précieux ; et une autre aussi de 1465 où Jean (III) de Lespinay, père du futur trésorier, fait un prêt au duc de 120 écus d'or en gage d'une coupe d'or, signé pour lui par son fils Guillaume. Rien n'indique qu'il s'agisse d'une pratique habituelle, répétée.

             Même auteur (1987 p.800) repris par G. Minois (1999 p.179) : en 1485, Jean de Lespinay, tout en étant gestionnaire de la châtellenie du Gâvre (pendant 13 ans), cumulait les fermes du “riche domaine de Champtocé”, des bêtes vives, des ports et havres d'entre Couesnon et Arguenon, puis en 1487 le fouage du diocèse de Nantes et enfin en 1489 les finances de Bretagne. Ce cumul, possible, n'est pas démontré : d'une part, Jean de Lespinay exerce ces activités avec Jean Parageau, d'autre part rien n'indique que, pendant la période 1485-1489 ainsi qu'avant et après, ces deux personnes aient conservé chaque année le bénéfice de leurs fermes de façon continue. Rien n'indique non plus que le trésorier ait conservé ces fermes après 1488, ce que J. Kerhervé n'affirme pas. Cela est valable aussi pour le Gâvre. Il faut rappeler que ces charges, peut-être lucratives, étaient coûteuses et non rémunérées, en particulier la charge de sergent-féodé du Gâvre. La rédaction ici ambigüe de J. Kerhervé a entraîné l'interprétation excessive de G. Minois sur le passé malhonnête de Jean de Lespinay avant même d'être nommé trésorier.
            A citer une autre mention de J. Kerhervé (1987 p.158) : disant que Jean de Lespinay, le futur trésorier général, associé à Jean Parageau, en emportant la gestion des domaines du Gâvre et de Champtocé a réussi un beau coup. Il faudrait préciser que cela ne dura qu'un an. Il faudrait aussi pouvoir évaluer ce que cela leur coûta et les revenus qu'ils en tirèrent en un an. L'appréciation de l'enrichissement personnel à partir de ces charges reste à faire. Outre les détournements de fonds sous prétexte de faire face aux dépenses, la seule façon de s'enrichir pour les receveurs domaniaux était de faire du crédit avec les fonds récoltés et de profiter des informations et marchés fournis par ces charges pour faire des plus-values (achat et revente de bois, de vins, etc.).
            L'accusation de "cumul", qui laisse entendre que le trésorier a conservé toutes ses charges antérieures et y a ajouté celle d'auditeur à la Chambre des comptes, est simpliste et ne résiste pas à l'étude des sources, qui montrent que ces charges ont été successives pour la plupart. En outre, les auteurs lui attribuent aussi des charges (par exemple de receveur de Nantes) qui ont été celles de son fils homonyme Jean, exercées aussi par son autre fils Guillaume, et dont on ne voit pas l'intérêt du cumul. Seul le népotisme peut être invoqué ici, pas le cumul.

La gestion de Jean (IV) de Lespinay à partir de 1489


            J. Kerhervé (1987 p. 281, 635) comme G. Minois (1999 p.145, 389) mentionnent la créance de Jean de Lespinay de 68.306 livres en 1498, et 60.009 livres en 1500.
           Ils mentionnent aussi l’entrée du trésorier, destitué par Charles VIII en 1491 et remplacé par Olivier Barraud, comme auditeur à la Chambre des Comptes en 1492 (1987 p. 290, 404, 800; 1999 p.179). Ce point est discutable : d’une part il peut s’agir de Jean (V) de Lespinay le jeune, fils du trésorier, portant le même prénom (son autre fils, Guillaume, était [peut-être] déjà en 1492 clerc secrétaire dans la même Chambre), et d’autre part il semble que le trésorier soit resté en fonction parallèlement à l’arrivée en charge d’Olivier Barraud, étant maintenu par le roi cette même année.
              Selon ces auteurs, il aurait été nommé de nouveau en 1498 et serait alors resté en fonction jusqu’à sa mort. Cependant, il accomplit des missions en tant que trésorier et conseiller de la reine en 1492, 1493, 1494, 1495, 1497, 1498 (et ensuite, bien entendu), comme le montrent entre autres les mandements le concernant. On ne voit pas comment il aurait pu assurer des fonctions à la Chambre des Comptes et en même temps les nombreuses missions dont il était chargé. Si cela est néanmoins vrai, cet office permettait dans ce cas de rémunérer ses fonctions spéciales de conseiller du roi et de la reine.
            Ce qui est certain, c’est que le trésorier a placé ses enfants dans une administration « sûre » et prometteuse pour leur avenir par la formation et les contacts procurés. Jean de Lespinay le jeune, fils du trésorier, reçoit des lettres d’auditeur à la Chambre des Comptes le 3 mai 1515, en récompense du travail qu’il y faisait déjà depuis des années comme secrétaire et clerc.

Les auteurs cités mentionnent l’utilisation du prêt à intérêt à tous les niveaux de la société et en particulier par le trésorier général et sa famille. « C’est ce que leur reprochaient les commissaires envoyés par François Ier en Bretagne pour y réformer les finances, après la mort du trésorier Lespinay » (1987 p.753 note 277). Outre les Becdelièvre, « les deux neveux et l’un des frères du trésorier général » sont créanciers du prince. Ces neveux ne peuvent être que Jean et Gilles Spadine, enfants de Renée de Lespinay sœur du trésorier et de Jean Spadine, homme de finance (miseur et conterolle de Nantes). Le frère du trésorier ne peut être que Guillaume de Lespinay (à moins qu’il ne s’agisse, par erreur, de Guillaume fils du trésorier). On ne lui connaît pas d’autres frères. Cette information inédite provient des archives du Doubs (1987 p.753 note 281). On ne voit pas ce qu’il y a de malhonnête à prêter de l’argent au roi ou au duc, à sa demande d’ailleurs.
             A propos des abus et malversations (1987 p.842), « Le mémoire pour réformer les abus des finances de Bretagne, rédigés après la mort du trésorier Lespinay, en brosse un tableau synthétique, dénonçant toutes les “ficelles” utilisées pour rober le Roy ». Il faut rappeler que « rober le Roy » de France ne signifie pas obligatoirement « rober le duché » de Bretagne et que les abus ne sont pas toujours des détournement de fonds comme le sous-entend cette phrase. Les graves accusations portées contre la gestion du trésorier et de ses collègues par le mémoire cité devraient être analysées point par point. D'autant plus qu'elles auraient pu entraîner une condamnation à mort, si le trésorier n'était pas déjà décédé (comme ce fut le cas de Jacques de Beaune
, surintendant des finances de François Ier, pendu en 1527, sans preuves suffisantes...).
            Le même auteur (1987 p.853) parle à propos de Jean de Lespinay du « scandale de sa gestion, dénoncé seulement après sa mort, qui aurait pu servir de révélateur ». Où était le scandale ? dans la non-reddition de 4 années et demies de comptes[2], dans un enrichissement outrancier ou dans des malversations et malhonnêtetés sortant de l’ordinaire des gens de finances ?
            On aimerait en savoir plus, de façon plus précise. C'est là que manquent des travaux d'historiens-juristes, peu intéressés par l'histoire financière de cette période. L’imprécision laisse planer des doutes permettant à certains auteur de parler de la malhonnêteté du trésorier alors qu’il semble qu’il ait utilisé les mêmes ficelles que ses prédécesseurs sous le contrôle des gens de la Chambre des Comptes qui n’étaient pas des imbéciles mais des collègues. Quant aux malversations et malhonnêtetés, il faudrait montrer qu’elles ont bien eu lieu, se traduisant par un enrichissement abusif. Il est difficile de juger des hommes et une époque très éloignés de nous avec nos propres critères et nos modèles actuels de l’Etat et de l’administration.
              Il semble en fait que ces auteurs ignorent certaines informations, ou n’en tiennent pas compte : la non-reddition de 4 ans ½ « seulement » (et non de la totalité de sa fonction), les difficultés de ses derniers moments de trésorier (dettes non récupérées, grande fatigue à se déplacer, compte de son défunt fils Guillaume à rendre, après avoir rendu en 1421 celui de son fils aîné Jean, mort en 1417), la hâte de l’administration à saisir et vendre ses biens à bas prix, les pressions faites par Louise d’Angoulême régente de France, les freins exercés par la Chambre des Comptes pour empêcher Guillaume de Lespinay (petit-fils du trésorier) d’avoir accès aux titres de son ayeul et de rendre ses comptes en établissant ainsi la valeur de ses créances. Ces dernières, connues en 1498 et 1500, sont totalement ignorées ensuite comme si elles s’étaient évaporées du fait des prétendues malversations de leur auteur.
            Il faut rappeler que Guillaume de Lespinay est à la fois un petit-fils qui tient à prendre la défense de son aïeul et de son nom, mais aussi un secrétaire à la Chambre des Comptes (office qu'il a vendu peu avant 1543; cf. B.N., Ms. Fr., Titres, Carrés d’Hozier vol.383)[3] : de ce fait il connaissait la maison et était connu de ses collègues, ce qui explique peut-être pourquoi ceux-ci ont voulu lui rendre la tâche impossible, connaissant ses compétences, afin de ne pas avoir à rembourser des créances considérables à la famille du trésorier. C’est évidemment une hypothèse à vérifier.

L’âge du trésorier

G. Minnois se fonde semble-t-il pour une part de ce qu’il écrit sur l’article de D. Le Page « Jean de Lespinay, trésorier et receveur général de Bretagne, 1448-1524 » (dans Bretagnes, art, négoce et société de l’Antiquité à nos jours, Mélanges offerts au professeur Jean Tanguy, Brest, 1996). La date de 1448 a été reprise sans critique par D. Le Page dans le titre de l’ouvrage de Madame de Lespinay (1937) sur Jean de Lespinay, qui la citait comme hypothèse. En réalité, on ne connaît pas la date de naissance de Jean de Lespinay. Sans même tenir compte de la date incertaine de 1448, l’auteur signale, on ne sait sur quelle base, que le trésorier a 49 ans en 1489, date de son entrée en fonction, ce qui le fait naître en 1440. Le qualificatif « environ » aurait été utile. Son absence est une illustration de plus du caractère trop affirmatif des assertions de l’auteur qui ne vérifie pas toutes ses sources, même « mineures » en ce qui concerne les Lespinay, et manque ainsi de prudence dans son engagement d’historien critique.

Jean de Lespinay, un calculateur

G. Minnois (1999, p.253) : « Cet arrière-vassal du vicomte de Rohan a choisi par calcul le camp d’Anne, et plus particulièrement celui de Philippe de Montauban, à qui il doit sans doute sa promotion ». C’est une affirmation dont on ne sait sur quelles présomptions elle est fondée, tirée aussi de la thèse de J. Kerhervé. Il faut savoir que Jean II de Rohan, seigneur de Blain, achète à Jean de Volvire la seigneurie de Fresnay, dont relèvent les Lespinay, vers 1487. C'est seulement à cette époque que "les Rohan" deviennent suzerain des Lespinay, alors même que les Lespinay sont déjà serviteurs des Ducs depuis plusieurs générations (voir le dossier "Histoire résumée des premiers Lespinay").
                Il semble que cette supputation soit tirée d'une mention de d'Hozier au XVIIIe siècle, citée dans l'ouvrage de la marquise de Lespinay sur le trésorier (1939, photographie p.124), à propos des titres familiaux qui auraient été "brûlés lorsque le feu fut mis dans la maison de Lespinay, le thresorier (Jean de Lespinay) tenant le party pour le Roy du temps des guerres des ducs de Bretagne et des comtes de Poitou" (B.N., mss.fr., Cabinet des titres, n°22.349). Les auteurs ont imaginé qu'avant d'être trésorier Jean IV de Lespinay était un fidèle des Rohan, ses suzerains, alliés au roi de France contre le duc François II. En fait, il ne relevait pas encore des Rohan mais des Volvire. Quant à sa présence dans le parti breton du roi de France, cela reste à prouver alors même que tout son entourage est au service du duc. Le texte de d'Hozier au XVIIIe siècle est une mauvaise copie du texte écrit par Jacob II de Lespinay ca.1665 dans une généalogie mentionnée aussi dans l'ouvrage de la marquise de Lespinay : "aut Jean qui fut conseiller du Roi et receveur général du duché de Bretagne, lequel tenant le parti pour son Prince le feu fut mis par les ennemis dans la maison de Lespinay qui estoit faite pour résister dans ce temps aux forces ennemies". Il est évident ici que le "Prince" est le Duc de Bretagne, et pas le roi de France. Que de suppositions, "tirées par les cheveux" et non étayées. Les auteurs ont choisi la copie plutôt que l'original...

Jean de Lespinay, homme malhonnête

 G. Minnois (1999 p.253) : « il a derrière lui une longue carrière d’administrateur dans le domaine ducal, au cours de laquelle il s’est bâti une solide fortune par des pratiques malhonnêtes qu’il va perpétuer dans son nouveau poste » : autre affirmation étonnante fondée sur la seule base des poursuites intentées contre la succession du trésorier en 1524 à propos uniquement de sa gestion en tant que trésorier et non de ses activités antérieures comme le suppose explicitement l’auteur. Rien ne permet de parler de pratiques malhonnêtes en ce qui concerne en tout cas l’activité de Jean de Lespinay avant son entrée en fonction comme trésorier.[4] Il aurait fallu examiner les comptes de ses fermes pour les années qu’il a eues en charge afin de déterminer s’il y avait eu malhonnêteté, et à partir de critères précis datant de la même époque et non du XXe siècle.
               Ainsi, sur le seul fondement des enquêtes sur la gestion du trésorier après sa mort en 1524, Jean IV de Lespinay est traité de malhonnête pour toutes les activités qu’il a menées au cours de sa vie (G. Minnois, 1999) ou d’auteur d’abus et malversations (J. Kerhervé, 1987). Les arguments de la défense, présentés par le trésorier peu de temps avant sa mort puis par son petit-fils Guillaume et enfin son arrière-petit-fils Pierre, n’ont pas été pris en compte. Le fait que le roi impose ensuite le silence sur cette affaire, les descendants de Jean IV de Lespinay n’ayant pas été ses héritiers et en outre n’ayant pas été mis en situation de pouvoir défendre la mémoire de leur aïeul en prouvant son innocence, semble ignoré par les auteurs qui ont donc fait un choix parmi leurs sources. Il est vrai que l’examen du cas du trésorier d’Anne de Bretagne demande du temps et les rares personnes qui s’y sont intéressées n’ont tenu aucun compte des arguments de la défense, dont ils n’ont d’ailleurs probablement pas pris connaissance.
            Ils ne savent pas non plus qu’une des conséquences curieuses de la procédure intentée contre le trésorier Jean de Lespinay a été de faire disparaître tous ses titres familiaux et de permettre ainsi, lors de la réformation de la noblesse de Bretagne au XVIIe siècle, de nier à sa descendance sa filiation à son égard. Il faudra attendre la fin du siècle suivant pour que cette filiation à l’égard du trésorier et de ses ascendants soit finalement reconnue, malgré l'abondance des preuves contenues entre autre dans les actes de procédure.

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Néanmoins les travaux cités nous apprennent beaucoup de choses sur les Lespinay du XVe siècle, les activités du trésorier Jean de Lespinay et de son entourage familial. Ils nous montrent qu’il existe encore des documents non étudiés ou insuffisamment exploités concernant les Lespinay. Il faut cependant conserver une certaine prudence car il existe à cette époque et dans la même région plusieurs familles portant le nom de Lespinay et dont les membres portent le prénom de Jean : à Segré (1400, 1460), à Piré près de Rennes (1400, 1460, 1490), à Bouguenais près de Nantes (1460), à Dol (J. de Lespinay, 1437). Mais il semble qu’aucune des mentions faites par les auteurs étudiés ne concerne ces autres familles, ne serait-ce que par les noms qui sont associés (Parageau, J. et G. de Lespinay).
            A partir des informations citées, on peut se poser une question relative à la lignée des Lespinay du XVe siècle. On a toujours cru que les aînés se sont appelés Jean de père en fils sur 5 générations. Or il est probable que Guillaume de Lespinay, fils de Jean (III) de Lespinay et frère du trésorier, signant pour son père en 1465 et associé avec lui la même année pour la recette du Gâvre, soit en fait l’aîné, mort sans héritiers avant son frère. Cela serait confirmé par les registres de la chancellerie de Rennes, le 15 février 1468, qui citent l’appel de Guillaume de Lespinay et consorts, héritiers de feu Jean de Lespinay, contre Guillaume de Montauban, seigneur de Sens (Archives L-Atl. B 6-24 p.295). La même réflexion est envisageable pour Guillaume fils du trésorier : si en 1492 Jean (IV) de Lespinay, ex-trésorier, devient auditeur à la Chambre des Comptes alors que son fils Guillaume y est déjà clerc-secrétaire, et que son autre fils Jean n’a pas encore intégré la dite Chambre, il est possible que Guillaume soit l’aîné, mort en 1518 sans postérité vivante. Dans ce cas, Guillaume de Lespinay, petit-fils du trésorier, serait le premier aîné de ce nom à avoir une descendance.[5] On voit là certaines implications inattendues des livres cités...



([1] ) Cf. les 83 465 livres mentionnées par Georges Minois (1999, p.179).

[2]  Déjà âgé et fatigué, il dut entreprendre de rendre les comptes de ses deux fils à leur mort : ce qu’il fit en 1521 pour Jean mort en 1517, mais ce qu’il n’eut pas le temps d’achever pour Guillaume mort sans descendance fin 1518 et dont il s’était porté héritier. C’est son petit-fils Guillaume qui, emprisonné, finira de rendre en 1531 les comptes de son grand-oncle Guillaume et de son grand-père.
[3]  Il est cité par les historiens comme auditeur à la Chambre des Comptes, ayant peut-être pris la suite de son père à sa mort en 1517, puis ayant résilié sa charge en 1524 à la suite de l’enquête menée sur la gestion de son grand-père. Nos sources (Carrés de d’Hozier, vol. 383) montrent qu’il fut secrétaire à la Chambre des Comptes jusqu’en 1543. Il y a là une contradiction à résoudre.

[4] G. Minois se fonde probablement d’une part sur deux opérations sur coupes de bois réalisées par J. et G. de Lespinay en 1465 et 1469, et d’autre part sur le prétendu cumul de fermes entre 1585 et 1588, citées par J. Kerhervé. Cela sous-entendrait qu’il ne s’agit que de la faible partie connue des nombreuses exactions du futur trésorier.

[5] Mais tout dépend de la date de mariage de son père Jean V de Lespinay. Celui-ci est cité en 1499 comme Marié à Hélène de Marbré dame de Malarit. Guillaume étant né vers 1500, il semble bien être l’aîné. Un autre document mentionnerait Jean de Lespinay seigneur de Malarit comme paroissien de Plessé en 1489, et donc déjà marié à Hélène de Marbré à cette date. Dans ce cas, il a très bien pu avoir un fils aîné du nom de Jean, mort en bas âge, avant la naissance de Guillaume. On voit là certaines incertitudes de la généalogie. Par contre la filiation de Jean le trésorier à son aïeul Jean époux de Guillemette du Guiniou est certaine grâce à des actes collatéraux (c’est-à-dire autres que naissance, mariage, décès), en particulier les héritages transmis et les partages effectués (La Rivière, Spadine, Guiolle surtout).

 

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 20:29

Commentaires relatifs à diverses publications récentes concernant
Jehan de Lespinay, trésorier de Bretagne, et sa famille

 

01. Les Lespinay « famille de notaires »

L’un des documents les plus anciens concernant les Lespinay de Plessé, du 30 juin 1431 (Arch. Loire-Atl., E.336), contenant la première signature connue d’un Lespinay (Jean II), pourrait laisser croire au vu de la signature que celui-ci était notaire de la juridiction du Gâvre, ce qui a été affirmé par un historien puis repris par d’autres sans citer les fondements de leur affirmation(1).

Il est signé en premier par Nicolas Février, notaire de la cour de Trémar, et en second par Jean II de Lespinay (ou son fils Jean III). Il s’agit d’un aveu à la seigneurie de Fresnay du domaine de Carguemer en Plessé-Guenrouët fait par un dénommé Perrot Guischard. Il semble que Jean II de Lespinay signe soit comme témoin (2) soit comme représentant des intérêts de sa femme Guillemette du Guiniou et de la mère de celle-ci, dame de La Perchette. Un Guischard étant seigneur de La Perchette à la fin du XVe siècle, on peut supposer que les Guischard sont des parents ou alliés de la mère de Guillemette du Guiniou. Comme son père avant lui, Jean IV de Lespinay (le trésorier) continua de racheter les biens appartenant aux successions du Guiniou et de La Perchette. C’est dans cette optique qu’il clôt ces rachats par l’acquisition du domaine de Carguemer limitrophe de son propre domaine à la fin du siècle (cf. supra  le chapitre relatif à la  seigneurie de Lespinay).

La signature de Jean II de Lespinay, comme celle de Nicolas Février, est suivie du terme « passe » et d’une griffe en « 8 » fréquents en particulier chez les hommes de loi. Cette mention et cette griffe sont en général utilisées dans les actes par les notaires, mais aussi par les témoins (parfois eux-mêmes juristes), pour montrer l’importance juridique de leur signature. Il faut rappeler qu’au XVe siècle l’activité de notaire dans les zones rurales bretonnes reste souvent une activité ponctuelle, exercée parfois pour un acte ou deux par des personnes sachant lire et écrire et possédant des rudiments de droit. Ces personnes sont souvent de petite noblesse à la recherche d’activités rémunératrices. C’est le seul document connu où un Lespinay de Plessé signe de cette façon, ce qui ne suffit pas à prouver une profession déterminée mais, plutôt, une formation de juriste. Néanmoins, cette signature accompagnée de la mention « passe » et de la griffe en « 8 » semble bien montrer que Jean II de Lespinay a l’habitude de ce type de signature et qu’il exerce donc à titre habituel une activité juridique (et peut-être fiscale) probablement dans l’administration ducale.

 

02. Les Lespinay, « lignée de receveurs du Gâvre »

               Rappelons que le fief de Rozet était tenu par les Lespinay en gage féodé d’une sergentise de la recette du Gâvre. Sergents féodés de la châtellenie du Gâvre, les seigneurs de « la ville et passée » de Rozet, comme ceux du Guiniou, exerçaient donc à titre gratuit une activité de receveur des impôts pour le compte de la châtellenie. Lorsqu’ils sont mentionnés comme « receveurs » dans des documents de seconde main, ils le sont peut-être encore à titre gratuit, en tant que sergent féodés, à moins qu’ils aient pu pérenniser leur charge par une activité officielle de receveur ordinaire, plus rémunératrice.

 

Les sergents étaient « chargés de recueillir les rentes dues au seigneur par les particuliers », quant aux sergents féodés ils étaient « pourvus d’un fief qui servait de gage à leur sergenterie » et « n’avaient droit à aucun salaire » contrairement aux sergents ordinaires (Marcel Planiol, Histoire des Institutions de la Bretagne, III, 1981, p.355). Certains auteurs, comme G. Minois, ont donc supposé qu’ils se payaient en détournant des fonds... En fait, ce que la déontologie actuelle réprouve tout autant, ils spéculaient sur les biens dont ils percevaient les taxes, avec parfois l’appui des autorités ducales. En effet, au début du XVe siècle les activités des receveurs étaient rémunérées par la spéculation sur certains types de ventes. Pierre de Lespinay, fils d’Eonnet, probablement sergent féodé jusqu’à la cession finale de Rozet par son père à Jean III de Lespinay en 1448, avait obtenu en 1443 un avantage de ce type du duc François I (1442-1450), l’autorisant à spéculer sur le vin grâce à une franchise d’impôts annuelle (Dom Morice, Mémoires II, col.1363-1364). J. et G. de Lespinay (probablement Jean IV et Guillaume son frère aîné), « receveurs du Gâvre », sont acquéreurs de 80 à 100 journaux de bois dans les forêts d’Abbaretz, dépendant de la seigneurie de Nozay, en 1465 et 1469 (Archives L-Atl. B 1847) ; ils sont supposés les avoir revendus avec de confortables bénéfices(3).

               Trois Lespinay sont mentionnés dans les diverses sources comme receveurs du Gâvre : Jean III de Lespinay, Jean IV et Guillaume son frère aîné. On ne peut dire alors que Jean IV est « issu d’une lignée de receveurs du Gâvre » puisqu’il est la deuxième génération(4). Mais avant Jean III, Eonnet de Lespinay avait des droits sur  Rozet et était peut-être aussi sergent féodé. On peut imaginer que Jean II de Lespinay, frère probable d’Eonnet, a pu l’être de même et avant lui son père ou le père de sa mère, à moins qu’Eonnet ait acquis lui-même les terres de Rozet. Mais, si ces spéculations sont vraies, il s’agirait d’une lignée de sergents féodés, exerçant une charge non rémunérée.

 

Il faut d’ailleurs préciser les dates connues concernant les receveurs ordinaires du Gâvre(5) :

  • Guillaume PARAGEAU (8.01.1454-31.12.1458), ALA B 4295 f° 34 v°
  • Jean (III) de LESPINAY (01.01.1463-12.06.1465), ALA B 4295 f° 35
  • Guillaume de LESPINAY (12.06.1465-31.03.1466), ALA B 4295 f° 35
  • divers (François de Lonneday, Tristan Le Bascle, Pierre Simon)
  • Jean (IV) de LESPINAY (10.01.1475-30.11.1485) ALA B 4295 f° 36
  • Jean PARAGEAU l’aîné et Jean IV de LESPINAY (01.12.1485-14.04.1489), ALA id.
  • Jean PARAGEAU l’aîné (14.04.1489-31.10.1489), ALA B 4295 f° 36

 

                On remarque que les principaux receveurs ordinaires du Gâvre sont en même temps sergents féodés du Gâvre, les Parageau à cause du Guiniou et les Lespinay à cause de Rozet, ce qui ne paraît pas être un hasard.

 

 

03. L’enrichissement des Lespinay

               Jean III de Lespinay, père du trésorier, est présenté comme notablement enrichi par ses activités de receveur, qu’il n’a pourtant exercées que deux années et demi (1463, 1464 et 1er semestre 1465), au vu des diverses acquisitions qu’il a faites de son vivant(6). Or nous ne connaissons que les suivantes :

 

  • - 1447 & 1448 : acquêt de diverses rentes foncières à Eonnet de Lespinay (Bibl. Mun. Nantes, Fonds Bizeul, n°804).
  • - 26.12.1447 : acquêt de rentes dues à Blanchart, « homme roturier », qui demeure au Haut-Espinay appelé aussi Les Rôtiz (Bibl.Municipale Nantes, Fonds Bizeul, n°1684).
  • - 12.06.1453 : acquêt avec sa femme Brience Pinart d’une rente à Dom Robert du Guiniou, prêtre et paroissien de Fégréac (Arch.Loire-Atl. E 336).
  • - 28.04.1457 : acquêt à Robin et Perrot Sauldouy d’une rente sur les hoirs de Jean Bonnet (Arch. Loire-Atl. E 336).
  • - 13.03.1459 : échange et acquêt relatifs à la succession de Jean du Guiniou par Jean de Lespinay de Rozet (Bibl. Mun. Nantes, Fonds Bizeul, n°1684)(cf. en 1482 et 1483 : B.N., Ms.Fr., Carrés de d’Hozier vol.382).
  • - 30.03.1459 : acquêt par Jean de Lespinay du lieu du Guiniou (mais pas de la seigneurie, qui reviendra aux Parageau), mentionné dans les titres de la Vicomté de Carheil (Arch.Loire-Atl.).
  • - 15.08.1465 : il achète avec Brience sa femme à Jeanne Nouel, sœur de Jean Nouel, une part du devoir du port et passage de Saint-Clair.
               Comme on le voit, seule la dernière transaction correspond à la période ou Jean III est receveur ordinaire du Gâvre. Les autres transactions, antérieures à son activité financière connue, sont dues à des sources de revenu antérieures dont on n’a aucune raison de croire qu’elles étaient illégales. La valeur des achats (essentiellement des rentes foncières) n’est pas mentionnée. On ne sait pas s’il rachète le fief de Rozet à Eonnet de Lespinay ou plutôt les parts qu’il détient sur ce fief. À sa mort, vers 1465-1466, il est propriétaire par succession de la métairie de Bodouan, et par achat partiel (et pour le reste par succession) de « la grande maison » de Rozet, et d’une partie de la succession du Guiniou. Cela ne paraît pas être considérable.

 

 

04. Les dettes de Jean IV de Lespinay

Si les auteurs citent les créances de Jean IV de Lespinay sur le duché en 1498 (68000 livres), ils ne mettent aucune dette à sa charge en 1524 (impôts et taxes non rentrés). Les papiers du trésorier ayant été saisis, ses descendants n’ont jamais eu les moyens de faire le débit du compte entre créances et dettes : seule la preuve des dettes subsistait…

On trouve dans Wikipedia un article sur Jean IV qui fait fort intelligement litière des accusations de malhonnêté portées contre lui après sa mort. 

Les dettes du trésorier avancées par l'Etat français, qui avait tout intérêt à charger le dernier grand dignitaire breton une fois mort pour remplir des caisses françaises qui en avaient bien besoin, se montaient à 83.465 livres. Elles sont présentées par les historiens comme exorbitantes. Or, si l’on compare cette situation à celle d’autres financiers en Bretagne, dont certains s’en sont mieux sortis - probablement parce qu’ils ont été accusés de leur vivant et ont pu prouver leurs créances en regard de leurs dettes - on s’aperçoit que si elles sont réelles les dettes de Jean IV de Lespinay ne sont pas extraordinaires. Voici quelques exemples pris chez d'autres trésoriers :

  • Philibert Tissart : plus de 50.000 livres de dettes en 1528 (ALA B 582 f° 55-58)
  • Gilles Lesné époux d’Anne Tissart : 100.000 livres en 1525 (ALA B 569 f° 8)
  • Olivier Barrault époux de Péronnelle Briçonnet : 100.000 l. en 1500 (ALA B 569 f° 7)
  • Charles Luillier : 100 000 l. en 1529 (ALA B 569 f° 8)
                C. Luillier avait été chargé de faire rendre les comptes du trésorier Jean de Lespinay. Par lettres patentes datées du 18 février 1525, le roi ordonna de mettre entre ses mains les possessions du trésorier sans qu’il lui fut nécessaire de fournir une caution (ALA B 568). Il fut déclaré défaillant le 5 novembre 1529 pour une somme de 100.000 livres correspondant à une année d’activité (et comprenant probablement les biens du trésorier qu’il avait reçus).

 

 

05. Les procédés malhonnêtes des héritiers du trésorier

                 Les auteurs font remarquer que l’acceptation sous bénéfice d’inventaire de la succession de Jean IV de Lespinay par son petit-fils Guillaume est un procédé dilatoire et malhonnête. Cette observation paraît curieuse quand on sait que c’est un droit de l’héritier de suspendre son acceptation, ou son refus, d’une succession grevée d’un lourd passif à un inventaire préalable des biens, des créances et des dettes. Cette condition suspensive et l’éventuel refus de la succession qui pourra suivre si les dettes sont trop importantes sont des droits de l’héritier qui peuvent choquer les créanciers. Mais on ne peut demander à un « héritier » de payer les dettes d’une succession qu’il a refusée, ni l’obliger à l’accepter, ce que les représentants du pouvoir ducal comme royal ont essayé de faire en permanence.

 

                 En l’affaire, les biens du trésorier étant saisis en août 1524 et donnés dès 1527 à Louis du Perreau, c’est-à-dire dans un délai très court, il était demandé aux héritiers de payer le passif sans contrepartie. Ils perdaient les biens du trésorier dont l’évaluation finale est inconnue et risquaient de perdre leurs biens propres. Les procédés des administrations royale et ducale ne paraissaient pas spécialement plus honnêtes que les délais habituellement pris par les financiers ou leurs héritiers pour rendre les comptes. En outre, on n’a jamais su si le passif de 80.000 livres dû par les héritiers était un passif net des valeurs de l’actif personnel du trésorier ou s’il s’agissait d’un passif brut ne tenant pas compte des actifs. Ces actifs restant inconnus en 1527, on peut supposer qu’il s’agit bien d’un passif « brut ».

 

On a aussi laissé croire que certains biens du patrimoine saisi du trésorier avaient échappé à la vente par des artifices de l’héritier, aussi malhonnête que son grand-père. En réalité, dans le cadre du contrat de mariage de son petit-fils Guillaume et pour financer le trousseau des quatre sœurs mineures survivantes de la fiancée, Jean IV de Lespinay s’était fait remettre en usufruit une partie des biens dont sa petite-bru avait hérité de son père défunt : il s’agit en particulier des fiefs d’Auvers et Lanvaux en Fougeray qui ont été saisis en 1524 avec le patrimoine du trésorier. Le contrat de mariage de Guillaume de Lespinay avec Marie du Chaffault de même qu’une procédure relative à la succession du Chaffault montrent cela clairement. Il est donc heureux que les descendants, non héritiers puisque la succession a été finalement refusée, aient pu récupérer des biens injustement saisis. Il n’y a aucune malhonnêteté à cela.

                Le rapport de la commission Minut décrivant les pratiques financières bretonnes dénonce le retard de Jean IV de Lespinay dans la reddition de ses comptes et les procédés (légaux et justifiables) employés par ses héritiers (en fait Guillaume de Lespinay, aîné, représentant l’ensemble des héritiers) pour échapper à toute sanction(7). On s’aperçoit que les critiques des historiens actuels se fondent essentiellement sur les positions des représentants du pouvoir en 1526 qui estiment que l’acceptation d’une succession sous bénéfice d’inventaire est une forfaiture à l’égard de l’Etat et que les descendants des débiteurs, même non héritiers, doivent rendre des comptes. Guillaume de Lespinay ayant essayé d’échapper à cette obligation fut bien obligé de s’y soumettre et fut incarcéré pour cela pendant cinq ans (1528-1532), sans avoir l’ensemble des documents nécessaires (dont les actifs) pour rendre le dernier compte de son grand-père.

 

Il y avait beaucoup de jugements de valeurs, probablement de part et d’autre, en 1526. Ils ont été repris tels quels par les historiens actuels, sans vraiment tenir compte des positions et des arguments des héritiers jugés d’emblée de mauvaise foi. Or il semble bien que la mauvaise foi était aussi et parfois plus du côté du pouvoir dont les besoins financiers étaient énormes et qui croyait pouvoir les satisfaire par une « chasse aux sorcières » à l’encontre des hommes de finances du royaume. On s’aperçoit, face à l’impossibilité de la plupart de s’acquitter du passif, qu’ils ne s’étaient pas aussi enrichis qu’on le dit et qu’ils n'étaient probablement pas si bons gestionnaires que le laissaient supposer leurs relations et leurs créances sur l’Etat.

 

 


Notes :

 

(1)   Jean Kerhervé, Les gens de finances des ducs de Bretagne (1365-1491). Catalogue prosopographique. Annexe de thèse d'Etat de Lettres, Univ. Paris IV, 1986, 3 vol., XII + 857 f. Voir p.386 : Jean II est présenté comme « notaire de la juridiction » du Gâvre. Sa source, non citée, doit être l’ouvrage de la Marquise de Lespinay sur le « Jehan le thrésorier », de 1937 qui, a aucun moment, ne dit que Jean II de Lespinay est notaire mais présente la photographie des signatures de Nicolas Février et Jean de Lespinay.

(2)   La mention : « Donne tesmoygn sauff notre droit » qui termine le document pourrait confirmer cette interprétation.

(3)   Jean Kerhervé, L'Etat breton aux 14e et 15e siècles. Les Ducs, l'Argent et les Hommes. Paris : Maloine, 1987, 2 vol., 1078p., voir p.743 note 183.

(4)   Georges Minois, Anne de Bretagne, Paris : Fayard, 1999, 571p. ; voir p.179. Et Jean Kerhervé, 1987, p.743 (note 183) et p.800.

(5)   Jean Kerhervé, 1986, p.383.

(6)   Jean Kerhervé, 1986, p.386. « L'aisance matérielle du receveur se mesure à la cadence de ses acquisitions foncières à Plessé où il acheta le manoir du Rozet et s'efforça de reprendre possession pièce par pièce du domaine du Guiniou, propriété de sa mère. »

(7)   Dominique Le Page, « Jean de Lespinay, trésorier et receveur général de Bretagne, 1448-1524 », in Mélanges Tanguy, p.923.

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23 juillet 2005 6 23 /07 /juillet /2005 22:00

Histoire résumée des premiers Lespinay de Plessé


  

A la lecture de travaux récents (1986-1997) sur les hommes de finance dans la Bretagne des XVe et XVIe siècles, de nouvelles sources et des interprétations différentes des sources déjà connues précisent un peu mieux l’histoire des premières générations des Lespinay de Plessé.

Nous avions déjà envisagé que les acquisitions de terres, effectuées à plusieurs reprises par les premiers Lespinay de Plessé étaient financées par des activités administratives dans le duché, par exemple dans les offices financiers. Cela se confirme, sans aucun doute possible, pour Jean III et Jean IV (futur trésorier général de Bretagne), et d’autres membres et alliés de la famille de Lespinay.


 
0 - Le nom de Lespinay

Il s’écrit en latin «de Spineto», ce qui se traduit en français par «de Lespinay» ou «d'Espinay» indifféremment (et en breton par «Spernec»). Si les intéressés ont choisi dès le XVe siècle, sinon plus tôt, le nom avec article (L'Espinay ou Lespinay), souvent cet article est oublié dans les documents administratifs, surtout lorsqu'ils sont une traduction du latin. L'apostrophe n'est en général pas notée, sauf dans certains imprimés. Les Lespinay signeront du XVe siècle jusqu'au début du XIXe siècle sans apostrophe entre le "L" et le "e", jusqu'au moment où les membres de l'actuelle branche cadette choisiront la graphie "L'Espinay".


 
1. Jean I de Lespinay

Cité comme seigneur de Lespinay à Plessé dans une généalogie établie sur titres par René de Bruc, en 1638, il est pris en compte par les d'Hozier, juges d'armes de France, au cours du XVIIIe siècle, sans que l'on sache qui il est et s'il a réellement existé.

En effet aucun texte connu ne cite un Lespinay, encore moins un Jean de Lespinay, dans cette partie de la Bretagne à cette époque, c'est-à-dire la fin du XIVe siècle. Cependant, plusieurs textes relatifs à des montres de gens d'armes bretons à Dol et à Saint-Payen (1380) mentionnent un Jehannigon, Jehingon, Jarnigon ou Jarnigain de Lespinay, en compagnie d'un Raoul et d'un Olivier de Lespinay (cf. Dom Morice et Dom Lobineau). Ces derniers étaient d'une ancienne famille de Lespinay établie dès la fin du XIIe siècle dans les évêchés de Saint-Malo et de Dol (à St-Pern et St-Malon), dont les paroisses dépendantes se retrouvaient jusque dans le Morbihan, à proximité de Guer où les Lespinay de Plessé eurent ensuite des attaches (alliances Robelot, Hudelor, Gaincru, La Bourdonnaye, etc.). Il y a une quasi certitude pour que ces personnages (Jehannigon, Raoul et Olivier de Lespinay), cités ensemble, soient de la même famille.

Si ce Jehannigon [«tout petit Jean»] alias Jarnigain [ancien prénom breton] est bien la même personne que Jean I de Lespinay, fondateur des Lespinay de Plessé, ceux-ci sont donc issus de cette ancienne famille comme semble l'affirmer d'après une tradition familiale Jacob de Lespinay dans une généalogie écrite vers 1665 à sa cousine Anne de Lespinay-Goyon. Cette généalogie repose sur les mêmes sources que la généalogie établie en 1638 par René de Bruc, sources qui ont ensuite disparu à l'occasion des poursuites menées par la Chambre des comptes contre les descendants de Jean IV de Lespinay, trésorier de Bretagne, et de la saisie en 1524 des archives familiales et professionnelles de Jean IV, Jean V, Guillaume de Lespinay et de leurs épouses...

Ce cadet de famille aurait quitté, comme beaucoup d'autres à la même époque en Bretagne, sa région d'origine pour s'installer dans la région de son épouse, vivant des biens de celle-ci, dont il avait l'administration, et de diverses rémunérations au service du duché qui lui permirent d'acquérir quelques biens dans la paroisse de Plessé d'où était originaire probablement son épouse. Celle-ci devait être titulaire du fief de Rozet en Plessé, gage d'une sergenterie féodée de la châtellenie du Gâvre, comme l'était aussi semble-t-il le fief voisin du Guynio (ou Guiniou), situé à cheval sur les paroisses de Guenrouët et de Plessé. Ce premier Lespinay a néanmoins gardé des attaches, des obligations et des biens dans sa région d'origine, comme très probablement les deux générations qui vont suivre.


 
2. Jean (II), Guillaume et Eonnet de Lespinay

Ces trois personnes, résidant toutes trois dans la paroisse de Plessé, pourraient être des frères. Aucune trace n’existe d’autres Lespinay à Plessé avant eux. En outre, ils semblent avoir eu tous les trois des activités hors de leur paroisse, soit à travers des montres, soit au service du duc, qui supposent qu’ils ont suivi la voie tracée par leur père et profité probablement de ses relations.

A - Jean II de Lespinay

Pourrait être l’aîné.

1392 - Est peut-être le Jean de l’Espenay, écuyer breton, qui organise une montre au Mans en 1392 (cf. Dom Morice, t.II).

1402 - Il est dit avoir épousé en 1402 Guillemette du Guiniou, fille de la dame de la Perchette, toutes deux possédant des biens dans les paroisses de Guenrouët et Plessé. Cette alliance est certaine, comme les efforts de Jean III et Jean IV de Lespinay, leurs fils et petit-fils, de reconstituer les patrimoines du Guiniou et de la Perchette. Mais la date de 1402 n'est appuyée par aucune source.

1416 - Il achète une rente à Guillaume Agasse.

1419 - Il a pu être un moment au service armé du duc et rémunéré pour cela, comme en 1419 où il serait l’un des Jean de l’Espinay ou d’Espinay ayant fait partie de la suite de Richard de Bretagne avec son frère Eonnet.

1428 - Lors des aveux faits à Morice de Volvire en 1428, Jean II (ou Jean III ?) de Lespinay n’a que « certaines choses » en la paroisse de Plessé.

30.06.1431 – C’est lui ou son fils qui signe en 1431 un aveu de Perrot Guischard, parent probable de la belle-mère de Jean II (un Guischard est seigneur de la Perchette au cours du XVe siècle), relatif à la seigneurie de Kerguemer en Guenrouët et Plessé, après la signature de Nicolas Février, notaire habituel du Gâvre. Sa signature étant suivie de la griffe : « passe » ou « passé », typique des notaires, il a été présenté par certains auteurs (J. Kerhervé, D. Le Page) comme notaire du Gâvre, or ce type de griffe est aussi une attestation que la signature qui précède est authentique, comme pourrait le faire un témoin ou un homme de loi. L’activité de notaire d’une châtellenie, souvent occasionnelle, pouvait être exercée par un membre de la noblesse sans déroger, comme c’était aussi le cas des sergents féodés. C’est la seule signature de ce type connue de Jean II (ou Jean III) et il est difficile dans ce cas de généraliser comme l'on fait les auteurs cités (Arch. L.A. E.336).

1437 – C’est peut-être lui ou son fils Jean III qui, sous le nom de J. de Lespinay, va prêter serment avec la noblesse de l’évêché de Dol en 1437. Dans ce cas, cela montrerait que les Lespinay ont conservé des obligations dans leur évêché d’origine.

B - Guillaume de Lespinay

Pourrait aussi être l’aîné, du fait de l’ancienneté de la seule mention sûre le concernant.

1404 - Fait aveu de Polignat ou Polignac en Plessé.

1418 – C’est peut-être lui qui participe à une montre à Gien en 1418.

C - Eonnet de Lespinay

Doit être le dernier des trois, marié probablement tardivement puisque son fils Pierre se marie en 1443. Il vit encore en 1448.

1419 - Mentionné sous le nom d’Eonnet de Penhay [d’Epenay] accompagnateur de Richard de Bretagne en France (compte de J. Mauléon).

1443 - Il marie son fils Pierre à la fille de Jacquet de La Tousche, maréchal de salle du duc. A cette occasion, une franchise d’impôts sur des achats de vin est accordée à Pierre de Lespinay, fils d’Eonnet de Lespinay de Plessé (Dom Morice, t.II). Cette franchise étant un moyen de faire des opérations ponctuelles d’achat et de revente de vins avec un bénéfice facile pour quelqu’un qui n’en fait pas le commerce habituel, on peut supposer que, comme cela a été le cas de Jean III de Lespinay, Pierre et/ou son père Eonnet exerçaient de petits offices financiers, pas très rémunérateurs. Cet avantage, momentané, était un moyen pour eux de couvrir une partie de leurs besoins. Ils ont dû à un moment donné faire office de sergent féodé du Gâvre, avant qu’Eonnet se déssaisisse de ses parts de l’héritage maternel sur le fief de Rozet, gage de la sergenterie.

1447-1448 - Eonnet vend, à travers plusieurs transactions, ce qu’il détient des terres de Rozet à Jean III de Lespinay qui, par la suite, va se faire appeler « Lespinay de Rozet ».


 
3. Jean III de Lespinay

Il va être le premier titulaire certain d’un « office » financier, celui de receveur de la châtellenie du Gâvre, selon les livres d’inventaires de Béchameil de Nointel établis en 1679-1680 (Arch. L-Atl. B 4295), les originaux n’existant plus. Néanmoins, nous savons que peu après 1448, il est seul titulaire du fief et de « la grande maison » de Rozet qui lui donnent obligation de servir gratuitement en tant que sergent féodé, c’est-à-dire receveur des impôts, de la châtellenie du Gâvre.

Lorsque Georges Minois (dans son Anne de Bretagne, Paris, Fayard, 1999, p.179) dit que son fils Jean IV est "issu d'une lignée de receveurs du Gâvre",  il n'a que la source de Béchameil qui cite 1462-1465 comme seules années de fonction de Jean III à la recette du Gâvre. Avant Jean III, nous n'avons aucun élément prouvant l'existence d'une lignée de receveurs.

v.1445 - Epouse Brience Pinart, fille du sieur du Val-Pinart près de Morlaix.

1446 - C’est peut-être lui qui est receveur des fouages de l’évêché de Léon en 1446 (Arch. L-Atl. B 4296 f° 227 r°) dont le compte est rendu par son commis Jean Pillet en 1447. Il a pu obtenir cet office avec l’appui des Pinart dont plusieurs sont pourvus d’offices financiers.

1447-1448 - Acquet par Jean de Lespinay des droits d’Eonnet de Lespinay sur Rozet.

12.06.1453 - Il se nomme dans un acte « Jean de Lespinay de Rozet », nom qu’il gardera par la suite (acquêt d'une rente à Dom Robert du Guiniou, Arch. L.A. E.336).

1460 - Il est cette année-là fermier de la traite des bêtes vives avec Jean Parageau (Arch. L-Atl. E 131 f° 79 v°), fils de Guillaume Parageau alors receveur du Gâvre (depuis 1453) et sous la caution de celui-ci. Etant sieurs du Guynio, les Parageau sont probablement des parents des Lespinay.

1462-1463 - « Compte de Jean de Lespinay receveur du Gavre depuis le premier jour de janvier 1462 jusques au premier dudit mois 1463 conclud a Nantes le 6e avril 1464 signé Lebel et Barin. » (Arch. L-Atl. B 4295, f° 35 r°).

15.08.1464 - Acquêt à Jeanne Nouel d'une part du devoir du port et passage de St-Clair.

24.05.1465 - Son fils Guillaume signe pour lui le reçu d’un prêt de 120 écus d’or au duc sur gage d’une coupe d’or (Arch. L-Atl. E 205/1 f° 119).

1465 - « Compte de Guillaume de Lespinay fils de deffunct Jean de Lespinay en son vivant receveur du Gavre depuis le temps du dernier compte dudit deffunct de Lespinay qui fut conclud a Vennes le 12e juin 1465 jusques au dernier mars audit an. Signé Lebel. » (Arch. L-Atl. B 4295, f° 35 r°). Jean III aurait donc été une nouvelle fois receveur du Gâvre de début 1464 à mars 1465, mais c'est Guillaume, son fils, qui conclut son compte en juin 1465.

 

 

 
4. Guillaume, Jean IV de Lespinay

 

A - Guillaume de Lespinay

Est probablement l’aîné.

1465 - Signe le 24 mai 1465 au nom de son père un prêt fait au duc de Bretagne avec comme gage un bijou ducal.

1465 - Il prend temporairement la suite de son père, Jean III de Lespinay, juste avant sa mort, comme receveur du Gâvre et rend son compte. C’est en effet normalement l’aîné qui est chargé de cette responsabilité.

1468 - Il est mentionné en 1468 dans les registres de la chancellerie à Rennes, comme héritier de feu Jean de Lespinay, dans une procédure contre Guillaume de Montauban, seigneur de Sens (Arch.Ille-&-V., B.6-24, p.295). C’est là aussi une responsabilité d’aîné.

1465 et 1469 - Jean et Guillaume de Lespinay sont acquéreurs de 80 à 100 journaux de bois dans les forêts d’Abbaretz, dépendant de la seigneurie de Nozay (Arch. L-Atl. B 1847).

1486 - Un Guillaume de Lespinay, probablement un homonyme, lève le fouage de 1486 en l’évêché de Vannes pour le maréchal de Rieux (ADM, fonds de Truscat). A cette date, il semble que Guillaume de Lespinay soit décédé, son frère Jean IV étant installé dans « la grande maison de Rozet » dès 1482 et dit héritier de Jean de Lespinay son père. On ne sait rien d’autre de lui.

B - Jean IV de Lespinay

Son activité financière certaine commence en 1474 avec la recette du Gâvre (de 1474 à 1488) puis, en association avec Jean Parageau, la gestion de quelques fermes pendant peu de temps entre 1485 et 1489, et elle continue en 1489 avec la charge de trésorier général de Bretagne qu’il garde jusqu’à sa mort en 1524, après une courte interruption de 1492 à 1498. Ce qui pourrait montrer qu’il est bien le cadet de Guillaume de Lespinay, c’est qu’il ne porte pas comme son père le nom de Lespinay de Rozet, mais celui de Lespinay de Bodouan, nom d’une ancienne métairie noble de sa famille. Cependant il réside dans la « maison de Rozet », jusqu’à la création de la seigneurie de Lespinay.

1465 - Il est peut-être le Jean de Lespinay, à moins que cela soit son père, qui signe comme témoin d’un prêt de 220 écus d'or (gagés sur les bijoux de l'épargne) fait au duc de Bretagne le 2 juin 1465 par les Parageau et consorts (Arch. L-Atl. E 205/1).

1465 et 1469 - Jean de Lespinay est mentionné avec Guillaume ("J. et G. de Lespinai") comme acquéreur de 80 à 100 journaux de bois dans les forêts d’Abbaretz, dépendant de la seigneurie de Nozay (Arch. L-Atl. B 1847).  Les historiens récents les citent comme "receveurs du Gâvre", mention absente des documents originaux. Il s'agit peut-être de Jean III en 1465, et de Jean IV en 1469 qui, à cette époque, n'est pas encore receveur du Gâvre...

1474 - « Compte de Jean de Lespinay receveur du Gavre depuis le 10e janvier 1474 jusques au premier octobre 1478 lequel est conclud a Vennes le 14e novembre 1478. Signé Rolland et Le Boutier. » (Arch. L-Atl. B 4295 f° 35 v°).

19.03.1475 – D’après l’abbé J.M. Le Claire dans son ouvrage sur Guer (rééd.1990, Rennes, éd. Rue des Scribes) Jean Lespinay épouse Bertranne Roblot par contrat du 19 mars 1475 (date qui paraît tardive, si leurs deux fils étaient en poste comme secrétaires à la Chambre des Comptes de Nantes en 1492, ce qui n'est pas prouvé).

1478 - « Compte de Jean de Lespinay receveur du Gavre depuis son dernier quy fut le premier jour d’octobre 1478 jusques a la conclusion d’icelluy qui fut a Nantes le 26e febvrier l’an 1482. » (Arch. L-Atl. B 4295 f° 36 r°).

26.04.1479 – L’une des premières mentions sûres concernant Jean IV de Lespinay est relative à un acquêt qu’il fait avec son épouse Bertranne Robelot le 26 avril 1479 de biens appartenant à Guillaume Aougstin, fils d’Eonnet Aougstin et Guillemette Giquel, en frairie de Chasteaucé (Castellum Sei), paroisse de Plessé (B.N., Carrés de d'Hozier, vol.382, ainsi que pour les actes suivants).

19.09.1482 - Lors d’un échange d’héritages situés « en la ville de Rouzet », qui eut lieu dans la maison de Jean de Lespinay à Rozet, il est nommé « noble Jehan de Lespinay, escuyer, seigneur de Bodouan, héritier de Jehan de Lespinay son père ».

1482 - Plusieurs échanges « d’héritages » entre Jean de Lespinay et Bertranne sa femme, et :

  • - Jean Boulot, demeurant dans la ville de Rozet (19.09.1482),
  • - Jean Le Moyne (19.09.1482),
  • - Michel Guillemot, pour Olivier et Jean Guillemot (19.09.1482),
  • - Jean Huby ou de Rube (1.10.1482), et une acquisition auprès de Pierrot Bonneron (ou Bouverone) et sa femme de terres sises en Gloacquen (1.10.1482).

1483 - Vente de Michel et Olivier Lévesque, dont la mère est une du Guynio, à Jean de Lespinay et sa femme Bertranne (13.12.1483).

1485 - Vente par Jean Alain à Jean de Lespinay d’une terre sise en Gloacquen (17.02.1485).

1485 - « Compte de Jean de Lespinay receveur du Gavre depuis son dernier compte qui fut le premier jour d'octobre 1485 jusques au 14e avril 1488 conclud a Nantes le 13e juillet 1503. » (Arch. L-Atl. B 4295 f° 36 r°). Il serait devenu fermier de la recette du Gâvre avec Jean Parageau l’aîné, après en avoir été le gestionnaire, à partir du 1er décembre 1485 (selon J. Kerhervé, 1986, p. 52, citant Arch. L-Atl. B 4295 f° 36, qui écrit par erreur qu’il le fut jusqu’au 14 avril 1489, ce que cette source ne dit pas). En fait, son successeur est Jean Parageau dès le 15 avril 1488, qui continuera cette fonction du 29 mai 1489 au 30 octobre 1490 (Arch. L-Atl. B 4295 f° 36 r°).

1485 - Jean de Lespinay est pour un an, avec Jean Parageau l’aîné, fermier de la traite des bêtes vives de l’évêché de Nantes (Arch. L-Atl. B 10 f° 70 v°). J. Kerhervé (1986), à partir de la même source, donne la période 1485-1488.

1485-1487 - A la fin de la ferme de la traite des bêtes vives, il prend pour deux ans la recette ordinaire d’Ingrandes et Champtocé avec Jean Parageau l’aîné (01.12.1485-23.11.1487) (Arch. L-Atl. B 10 f° 75).

1485-1488 - En même temps, il prend la ferme des ports et havres d’entre Couesnon et Arguenon conjointement avec Jean Parageau l’aîné et d’autres consorts dont Jean Parageau le jeune (Arch. L-Atl. B 10 f° 163). J. Kerhervé (1986), à partir de la même source, ne mentionne que l’année 1487.

1487 - Fouages de l’évêché de Nantes - « Compte de Jan de Lespinay receveur en partie des fouages de soixante trois sols par chaque feu, ordonné au mois de xbre 1487 auquel il n'y a point de conclusion. » (Arch. L-Atl. B 4296 f° 7 v°). Cette activité de l’année 1488 prend la suite de celle de la recette ordinaire d’Ingrandes et de Champtocé.

14.04.1489-déc.1491 - Jean de Lespinay est trésorier et receveur général de Bretagne. Il n'assume directement aucune autre activité financière, contrairement à ce qu'affirment les historiens Kerhervé, Le Page ou Minnois, confondant le trésorier et son fils aîné Jean.

2.10.1491 - Vente de Marc Bonneau et sa femme à Jean de Lespinay et Bertranne sa femme.

3.08.1492 - Jean de Lespinay, évincé par Charles VIII, devient auditeur à la Chambre des comptes de Bretagne, à Nantes.

2.10.1492 - Transaction avec Macé Coureau à propos de l'hébergement de Regmollet [Rignolet] en Plessé.

28.01.1498 - Vente de quatre pièces de terres labourables à Plessé, « une dans la bocze de Castelles dans la frairie de Langles et les trois autres dans la bosze de Kernouer », par Pierre Ollivier, de Guilliers, à Jean de Lespinay.

1498-1524 - Jean de Lespinay redevient trésorier et receveur général de Bretagne à l’issue de la mort de Charles VIII et quitte son poste à la Chambre des comptes.

14.12.1499 - Vente par Brience Blanchart veuve de Jean Rouer de l’héritage en rôture du Haut-Epinay à Jean de Lespinay et son fils Jean. Ou : vente par Brience Blanchart contre 30 livres tournois et l’échange de pièces de terre situées en la frairie de Langle du «lieu vulgairement nommé le hault Espinay consistant tant en maisons, jardins, rues, terres arables, non arables, prés et appartenances que autres héritages ... lesdites choses situées en la frarie de Rozet contenat trante journaux de terre ou environ» (15.10.1499).

17.03.1500 - Vente par Jean Merot à Jean de Lespinay d’une maison et ses dépendances avec un tiers de journal de terre situés au bourg de Plessé.


4.06.1511 - Vente par Jean Moriceaux d’une pièce de terre en pré à Rozet à Jean de Lespinay.

4.05.1512 - Vente de quatre pièces de terre dans la paroisse de Guenrouët à Jean de Lespinay.

 

 

25.04.1514 - Constitution de rente par Jamet Capeau, seigneur de Malaguet en Plessé, stipulant par Jean Coué seigneur du Brossay.

1517, mai: “acte qui prouve la filiation dudit Jean tresorier a venir à Guillaume de Lespinay” : pièce de procédure entre Pierre de Foix Seigr. du Pont et de Rostrenen, Louise du Pont sa femme, Jean de Lespinay Seigr.de Lespinay au nom de Guillaume de Lespinay fils de Jean de Lespi­nay Seigr. de Malarit son fils et Marie du Chaffault femme dudit Guillau­me, Jean de Lespinay et Agnès de St.-Marsault sa femme, seigneur et dame de Malarit, - et Charles de Rohan Comte de Guyse, Seigr.de Gyé et de Penhouet, fils de Pierre de Rohan, Maréchal de France, et de Françoise de Penhouet (B.N., Mss.Fr. Carrés de d'Hozier, vol.382, f° 335-336).

 

 

{C}

1523, 19 décembre: requête au Conseil par Jean de Lespinay, chan­cellerie de Nantes (B.N., idem, vol.382, f° 337).


 
5. Jean V, Guillaume de Lespinay

A - Jean V de Lespinay

Paraît être l'aîné, puisqu'il achète en 1499 avec son père Jean (IV) l'héritage en rôture du Haut-Epinay à Brience Blanchart, acquisition qui achève la constitution de la seigneurie de Lespinay.

1489 - Paraît être déjà marié en 1489 à Hélène [alias Jeanne] de Marbré, fille de Guillaume, seigneur de Malarit en Plessé, et de Jeanne Le Maistre. En effet, il est mentionné comme seigneur de Malarit le 17 avril 1489. Cependant, leur premier enfant vivant (Guillaume) naîtra entre 1500 et 1502.

1498 (?) - Secrétaire-greffier à la Chambre des comptes de Nantes (ou peut-être 1507 ?) [1498 est une supposition sans fondement de J. Kerhervé, 1986, Jean IV de Lespinay étant suspecté avoir installé son fils aîné à la Chambre des comptes avant de quitter son poste d'auditeur pour redevenir trésorier général de Bretagne].

1.01.1501 - Receveur ordinaire de Nantes : «Compte de Jean de Lespinay receveur du domaine de Nantes pour cinq années commançant le premier janvier 1501 et finissant le dernier jour de decembre 1506 conclud à Nantes le premier avril 1521» (Arch. L-Atl. B 4295 f° 8 v°). Son compte a été conclu par son père après sa mort (survenue en 1517). [J. Kerhervé (1986) a supposé, à tort semble-t-il, que ce Jean de Lespinay était le trésorier, alors que son titre principal de trésorier aurait dû être mentionné et que ce cumul direct ne s'explique pas (il aurait dû s'effectuer par l'intermédiaire d'un commis). En outre, ce même poste ayant aussi été confié à son autre fils Guillaume, on ne voit donc pas pourquoi le Jean de Lespinay cité ne serait pas le frère aîné de Guillaume. Dans ce cas, il n'a dû devenir secrétaire des comptes qu'ensuite, après avoir rendu ses comptes, qui n'ont été conclus qu'après sa mort.]

15.02.1504 - Pièce de procédure entre Jean de Lespinay, Jeanne de Marbré et Jean Godart seigneur de Juzet pour prouver la filiation de Guillaume de Marbré père de Jeanne (B.N., Carrés d'Hozier, vol. 382 f°323).

12.02, 11.03. et 26.03.1511 - Pièces de procédure entre Jean de Lespinay et Olivier de Vaunoyse, Perrine de Juzet sa femme et Olivier de Marbré fils de ladite Perrine (B.N., idem, vol. 382, f°324-327).

1514 - Après le décès d'Hélène de Marbré, vers 1510, il épouse une dame d'honneur de la duchesse d'Angoulême, Anne [alias Agnès] de Saint-Marsault, veuve en 1512 de Jean du Chaffault, en même temps que son fils Guillaume épouse Marie du Chaffault, fille d'Anne de St-Marsault, les négociations étant menées par le trésorier en personne (contrat du 15.02.1514).

3.05.1515 - Auditeur-maître à la Chambre des comptes, jusqu'à sa mort en 1517, sur résignation de Regnaud de Brignac, et après avoir été secrétaire-greffier (peut-être depuis 1507). La lettre de provisions donnée par le Roy est éloquente : "à son cher et amé Jean de Lespinay, le jeune, escuyer Seigneur de Malarit, naguère secrétaire et clerc de ladite Chambre des Comptes, sur la résignation pure et simple faite ce jour là, en sa faveur entre les mains de Sa Majesté, par son amé et féal conseiller et premier maistre d'hostel ordinaire de la très chère et amée compagne la Royne, Regnault de Brignac, et en considération des bons et agréables services que ledit Jean de Lespinay avait par cy devant faits à sa dite Majesté et à feu son très cher Seigneur et Beau Père le Roy Loys dernier décédé [en 1515], au dit état et office de secrétaire et clerc de la dite Chambre des Comptes des dits pays et Duché de Bretagne".

20.04.1517 - A son décès, son coeur est enterré au pied de l'autel de la chapelle Saint-Yves à Paris (dalle dessinée dans la collection Gaignières, Bibl. Oxford).

B - Guillaume de Lespinay

1492 - Secrétaire à la Chambre des comptes, selon Fourmont (Histoire de la Chambre des comptes), information non vérifiée et peut-être erronée.

1500 - Epouse vers cette date Guillemette Moulnier dont il a un fils, Charles, baptisé le 1er mai 1508, paroisse St-Nicolas de Nantes (acte en latin, registre folio 174 v.10).

1506 à 1508 - Séquestrateur des terres d'Issé et de Rieux pendant le procès entre Françoise de Rieux et son fils Jean de Laval, et Jean de Rieux (il s'agit d'un deuxième compte, ce qui suppose qu'il a assuré cette fonction aussi d'environ 1504 à 1506).

1508 (?) - Receveur ordinaire de Nantes après son frère Jean V, ainsi que de Loyaux et Retz (information non retrouvée dans Arch. L-Atl. B 4295).

23.06.1512 - Fonde avec son frère Jean une chapellenie à Massérac (Arch. Loire-Atl. G.434). Acte latin dans lequel il est mentionné comme "Receptor Namnetensi", receveur des Nantais.

1518 - Est décédé dès cette année sans hoir, son père étant déclaré son héritier en janvier 1519 et devant rendre ses comptes.

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Published by Jean-Philippe de Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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23 juillet 2005 6 23 /07 /juillet /2005 22:00

A propos des « malversations » de Jean de Lespinay (1)

trésorier général de Bretagne 1489-1524


 

 

1) Jean Kerhervé, L'Etat breton aux 14e et 15e siècles. Les Ducs, l'Argent et les Hommes. Paris : Maloine, 1987, 2 vol., 1078p. (nombreuses références en index)


p.158 : “On remarque que l'appétit des fermiers trouva surtout à s'employer en basse Bretagne où les châtellenies ducales étaient nombreuses. Vers l'est les cumuls furent plus rares, mais Jean de Lespinay, le futur trésorier général, et Jean Hagomar, en emportant le premier le Gâvre et Champtocé, le second Rennes et Fougères, réussirent de beaux “coups” (218).” 

  Note 218: “Lespinay était associé à Jean Parageau, Hagomar à Colas Moustiers pour Fougères”... 

p.281 : “Ces versements [les mouvements de fonds de la trésorerie] n'étaient pas non plus superflus pour rembourser le véritable banquier qu'était l'officier général, obligé d'alimenter en permanence sa caisse sur ses ressources propres, et dont le compte restait souvent à découvert à sa sortie de charge. Tous les bilans des gestions individuelles ne sont pas connus. Certains trésoriers, peut-être moins pressés par les circonstances, ou moins habiles à présenter leur comptabilité, accumulèrent envers l'Etat une dette dont leurs biens ou leur personne firent directement les frais. Plus nombreux ceux qui, comme Auffroy Guinot, Jean d'Ust, Geffroy Le Ferron, Mathelin Hervé, Hervé Maydo, Raoul de Launay, Guillaume Le Roux, Gilles Thomas, Jean de Lespinay, pouvaient présenter des titres de créances parfois considérables (55).” 

Note 55 : “ ... ; Thomas déclarait avoir avancé 53 942 L. en 15 mois d'exercice, B 51 f° 14 ; Lespinay réclamait 68 306 L. pour 31 mois, E 209/24 f° 5 v°.”

p. 282 : Note 59 : “Seules les comparaisons de comptes pouvaient apporter la preuve des fraudes, le compte par lui-même présentant toutes les apparences de la régularité, d'autant que le trésorier pouvait obtenir du duc les décharges les plus contestables pour couvrir ses irrégularités, cf. Archives L-Atl. B 3 f° 28 v°, huit décharges enregistrées de l'exprès commandement du prince.”

p. 289-290 : “Mais, pour la plupart de ses titulaires, l'office de trésorier fut comme le couronnement d'un bel itinéraire : Hervé Guihemarou, Guillaume Le Camus, Jean Périou, Jean Couldebouc, Raoulet Le Nepveu, Jean Droniou, Auffroy Guinot, Jean Rolland, Jean de Vay, Hervé Maydo, Guillaume Juzel, Pierre Becdelièvre, Jean de Lespinay avaient une riche expérience d'administrateurs des caisses de l'Hôtel – Argenterie, Provision, Coffres –, des antécédents de receveur des fouages ou du Domaine, qui les recommandaient spécialement à l'attention du prince. Arrivés au sommet de leur carrière de comptables, ces hommes avaient encore la possibilité de voir s'ouvrir devant eux les portes de la Chambre des Comptes, puisque 24 trésoriers au moins passèrent par la cour suprême, soit près de la moitié d'entre eux. Ils y occupèrent un poste d'auditeur ou un fauteuil de président. [p.290] Certains d'ailleurs en provenaient, et y retournèrent leur mission accomplie, tels Jean Roussel, Jean Rolland, Morice de Kerloeguen, Hervé Maydo, Guillaume Chauvin ; d'autres furent promus à leur sortie de charge ou quelque temps après, comme Jean Hilary, Jean de Malestroit, Raoulet Eder, Jean Fréséro, Auffroy Guinot, Raoul de Launay, Jean de Lespinay”...

p. 291 : “L'accroissement du pouvoir du trésorier général tint pour une bonne part au développement de ses services. On en connaît très mal l'organisation, mais on sait qu'il était entouré de commis dévoués autant à l'office qu'à lui-même. (...) Thomas Sanschausses collabora avec Pierre Becdelièvre, puis Jean de Lespinay (115).” 

Note 115 : Archives L-Atl. B 11 f° 169 v°, B 12 f° 112 v°.

p. 404 : Tableau 32. La Chambre des Comptes après la réunion à la France (1492). Mentionne parmi les auditeurs Jean de Lespinay, supposé être le trésorier [il s'agit peut-être de Jean de Lespinay le jeune].

p. 405 : “Il importait également, pour bien la tenir en mains, d'en sélectionner le personnel, ce qui fut fait le 3 août 1492 : même si l'essentiel des membres en place furent reconduits, on adjoignit aux auditeurs, non seulement Jean de Lespinay qu'on venait d'écarter de la trésorerie générale, mais aussi Guillaume de Beaune, Sr. de la Charmoye, général des Monnaies de France en 1490 (345) (...).”

       Note 345 : “LAPEYRE et SCHEURER, Les notaires..., t.II, planche XII.”

p. 635 : “Les plus grosses sommes, bien dans la tradition des gouvernements médiévaux, correspondaient aux créances des officiers locaux ou centraux : Arthur Du Pan, héritier du garde-robier Michel Le Doulx, y émargeait pour 91 819 livres, Thomas de Riou, argentier de l'Ecurie et receveur du fouage, pour 27 334 livres, Jean de Lespinay, trésorier et receveur général, pour 60.009 livres, Gilles Thomas, trésorier de l'Epargne, pour 53 200 livres ! La dette publique connue s'élevait à plus de 486 000 livres, pour les seuls états antérieurs au mariage de la duchesse, et l'essentiel restait encore à rembourser dix ans plus tard.”

p. 646-647 : “Mais sur les bords de la Loire résidaient quelques-uns des plus grands capitalistes du duché, les Thomas, dont nous avons jadis relaté la réussite spectaculaire, et plus encore les membres des colonies étrangères, Espagnols et Italiens. (...) Les noms des Spinolle, Spadine et Lomelin, originaires de Gênes, (...) figurent presque chaque année parmi ceux des fermiers de la Prévôté (66). Mais si le cadre nantais, dans lequel ils étaient parfaitement intégrés, leur convenait à merveille (67), ils n'en sortaient guère, et pas beaucoup plus qu'eux leurs associés bretons, les Couppegorge, de La Roche, Le Pennec, Lespinay, Parageau (68).”

 

Note 66 : (...) “par contre, parmi les fermiers de la Prévôté, on trouvait (...) Jean Spadine le jeune et Jean Spadine l'aîné, 1480-1483 (...) Archives L-Atl. E.164/10 (...)”

       Note 67 : “LE MENÉ, La ville..., p.100 sq.”

      Note 68 : (...) “Pour les familles de fermiers nantais, cf. Catalogue, pp.52-54 et 386-387 (Lespinay), 360 (Le Pennec), 385-388 (Parageau), 605 (de La Roche).”

 

p. 648-650 : “On pense aux relations familiales, trop superficiellement connues (77) ; mais on doit aussi insister sur les origines communes qui permettaient à des équipes issues d'un même terroir et liées par des relations d'affaires, d'amitié, de famille, d'échafauder des plans d'action réfléchis, et de réunir les capitaux nécessaires pour s'imposer chez soi et plus encore loin de ses bases. Ainsi agirent les Quimpérois Mahé Santhoes et Michel Marion, Alain Le Sandevez et Alain de Tréanna, les Rennais Jamet Du Plessis et Yvon de Lescallun, les Morlaisiens Paul Pinart et Bizien Mérien (80), les financiers nantais, originaires du petit bourg de Plessé, Jean de Lespinay et Jean Parageau (81), et bien d'autres encore.”

 

Note 77 : “Elles sont faciles à établir dans les cas déjà cités des Spadine ou des Spinolle, des Goesbrient, des Jouhan; (...)”

Note 80 : “Associés en 1465 pour l'impôt du diocèse de Léon, Archives L-Atl. B 5 f° 46 v°, et en 1468 pour la traite des bêtes vives du duché, B 6 f° 77 v°.”

Note 81 : “Associés en 1485 pour la traite des bêtes vives, Archives L-Atl. B 10 f° 70 v°, en 1486 pour la recette ordinaire d'Ingrandes et Champtocé, B 10 f° 75, et de 1485 à 1488 pour les ports et havres d'entre le Couesnon et l'Arguenon, B 10 f° 163.”

p. 737 : “La première surprise vient en effet de la médiocrité d'un certain nombre de manoirs familiaux. Celui des Tréanna à Elliant valait en 1446, avec ses dépendances, 18 livres de rente (...). Dans de telles conditions, les cadets n'avaient pas le choix et devaient nécessairement chercher d'autres moyens de subsister. Certains lignages avaient même perdu leur terre éponyme comme les Maillechat à Hédé, ou les Lespinay à Plessé ; ces derniers, en difficulté au début du XVe siècle, devaient racheter pièce par pièce les domaines de leurs ancêtres, après avoir fait fortune dans les finances (149).”

 

Note 149 : “Cf. Catalogue..., p.386, et LESPINAY, Jehan de Lespinay...”

 

p. 743 : “La première forme de commerce qui s'offre à l'attention concerne les receveurs ordinaires. (...)

     C'est la spéculation sur les produits du Domaine qui apparaît le mieux. Il est fréquent de les voir participer à titre privé aux adjudications de coupes de bois dont les châtellenies ducales étaient bien pourvues (183).”

 

Note 183 : (...) “D'autres emportaient les coupes de seigneuries voisines de leur recette, tel G. Lambart, contrôleur de Redon, J. et G. de Lespinay, receveurs du Gâvre, acquéreurs de 80 à 100 journaux de bois dans les forêts d'Abbaretz, dépendant de la seigneurie de Nozay, en 1465 et 1469, Archives L-Atl. B 1847.”

 

p. 752-753 : “ “Le prêt à intérêt, prohibé par l'Eglise, était la matière première de la finance”. La formule s'applique fort bien aux officiers des Montforts. A tous les niveaux de la hiérarchie, ils le pratiquèrent, suivant en cela une attitude commune aux catégories enrichies de leur temps, et utilisant aussi bien les capitaux dégagés par leurs affaires commerciales ou leurs spéculations sur les fermes que les liquidités temporairement déposées entre leurs mains du fait de leur office (277).”

“C'est parmi eux [les officiers de finances] que l'on rencontrait les principaux bailleurs de fonds de l'Etat, mais aussi les créanciers des grands seigneurs de la cour ducale. (...) Jean de Chalon, prince d'Orange, s'adressait de préférence aux officiers du pays nantais: Colinet de Marchy, qui fut le dernier argentier breton, Jean Parageau, receveur du Gâvre et de Champtocé, Thomas de Riou (...).”

 

Note 277 : “C'est ce que leur reprochaient les commissaires envoyés par François Ier en Bretagne pour y réformer les finances, après la mort du trésorier Lespinay (1524), A.N. J 818 n°2.”

Note 281 : “ID, ibid. Parmi les autres créanciers du prince on trouve trois Becdelièvre, les deux neveux et l'un des frères du trésorier général [Guillaume de Lespinay], Id. [Arch. Dép. Doubs] E 1213.”

 

p. 757-758 : “A côté de la simple stipulation d'un intérêt et de la rente constituée, la prise de gages mobiliers était aussi fréquemment utilisée pour garantir les prêts.” (...) “Pourtant l'exemple venait de haut, puisque le duc lui-même y recourait lorsqu'il cédait des joyaux de l'Epargne à ses bailleurs de fonds : dans le compte de 1469 à 1472, une vingtaine d'officiers – les Parageau, Le Peigne, Le Bonnier, Coëtlogon, Le Doulx, Lespinay, Préseau, Landais, Bourgneuf, Bouédrier, Blanchet... – sont inscrits parmi les détenteurs de pièces d'orfèvrerie diverse provenant du trésor (306).

 

Note 306 : “Archives L-Atl. E 205/1 f° 112 v° sq.”

 

p. 800 : “A la fin de l'époque ducale, Jean de Lespinay, issu d'un lignage de receveurs du Gâvre, et lui-même gestionnaire de la châtellenie pendant 13 ans, démontra sa puissance financière en affermant, outre le Gâvre, le riche domaine de Champtocé, la traite des bêtes vives, les ports et havres d'entre le Couesnon et l'Arguenon, le tout en 1485, et en levant le fouage du diocèse de Nantes, en 1487, avant d'être appelé par la duchesse à la tête des finances en 1489.”

             “Lespinay entra même à la Chambre des Comptes en 1492(201).”
Note 201 : “On sait qu'il connut une seconde carrière à la trésorerie générale de 1498 à 1524. Catalogue, pp. 52-54.”

 

p. 842 : B. Abus et malversations

“C'est un lieu commun d'évoquer les excès des gens de finances à une époque où, participant à l'institutionnalisation de l'Etat, auquel ils étaient indispensables, ils bénéficièrent souvent d'une indulgence coupable. Le mémoire pour réformer les abus des finances de Bretagne, rédigé après la mort du trésorier Lespinay, en brosse un tableau synthétique, dénonçant toutes les “ficelles” utilisées pour rober le Roy (262).

Note 262 : “A.N. J 818 n°2 (...).”

 

p. 853 : “Mais il n'est pas exclu que beaucoup d'entre eux [les comptables] aient bénéficié d'une sorte de sursis, et leurs héritiers après eux, durant tout ce temps. Plusieurs faits incitent à le croire : la situation hybride de la Bretagne sous le régime de l'union personnelle jusqu'en 1532, la longue stabilité de Jean de Lespinay à la trésorerie générale jusqu'en 1524 et le scandale de sa gestion, dénoncé seulement après sa mort, qui aurait pu servir de révélateur (337), la rareté des allusions à des poursuites antérieures (...).”

“Les comptables incriminés sont si nombreux qu'un dépouillement exhaustif justifierait un travail de recherche spécifique. Nous avons donc procédé par sondages, (...) ce qui permet de dresser une liste impressionnante des individus décédés sans avoir apuré leur comptabilité après la fin de l'époque ducale (342).”


Note 337 : “Il laissa un déficit de 83 465 L., Archives L-Atl. B 12838 f° 37 (comptes de 1531 et 1534) ; dès 1525, ordre avait été donné de saisir et de vendre ses biens, Archives L-Atl. B 29 (22 avril 1525); B 568 f° 95 v° (1529) ; B 573 f° 131 (1538).”

Note 342 : “(...) On trouve en outre des renseignements très dispersés sur (...) J. de Lespinay, (...) Y. Pinart, (...) J. Spadine, Y. Thomas (...).”

 

p. 911-914 : III. Donations et fondations pieuses.

“Beaucoup avaient pris leurs dispositions plus ou moins longtemps à l'avance, (...), et prévu des dotations en faveur des établissements ecclésiastiques où ils avaient fait élection de sépulture (344).”

Note 344 : “J. Thomecy, Archives L-Atl. H 223 ; J. de Boull, G 465 ; J. de Lespinay, G 541 ; P. Landais, LA NICOLLIERE, “L'église...”, pp.270-275.”

 

p. 920 : “Leurs dons comme ceux des autres officiers concernaient en priorité les églises paroissiales et les fabriques des lieux où ils vivaient, même si certains surent ne pas oublier le “pays” d'origine (397).”

 

     Note 397 : “(...); J. de Lespinay, fondateur à Plessé, Archives L-Atl. G 541.”

 

p. 925 : “Comment déterminer la valeur d'une maison abandonnée à un chapelain ou une fabrique, celle d'une rente en blé, celle d'une terre laissée à un établissement religieux ou même échangée contre une autre de moindre prix, avec compensation en service (419) ?

 

Note 419 : “Archives L-Atl. G 541 (J. de Lespinay) ; ADM E 1542 (J. Gibon).”

 

p. 929 : “Certains, comme Landais à la collégiale de Nantes, Jean Gibon à Notre-Dame-du-Méné à Vannes, Jean de Lespinay à Plessé (455), furent même autorisés à détruire murs et verrières existants, pour donner plus d'ampleur et de somptuosité à leur fondation.”

Note 455 : “Archives L-Atl. G 541.”

 


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Published by Jean-Philippe de Lespinay - dans Jehan de Lespinay et sa famille
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